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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 14:05

 

 

La double naissance





842   Serments de Strasbourg
 

 

Les  serments de Strasbourg sont les premiers documents où le latin cède la place aux langues vulgaires, le  "roman"  pour la partie occidentale de l'empire, le  "tudesque" pour la partie orientale.

Le mot  "tudesque"  vient de l'adjectif germanique tiudesc, qui signifie «populaire». Cette racine se retrouve aussi dans le mot tiudesc-Land qui signifie le «pays du peuple».  Au fil du temps, il se transformera en Deutschland, nom actuel de l'Allemagne.




Ils sont trois, Lothaire (ci contre), Louis et Charles. Les deux premiers sont frères. Lothaire, quarante-sept ans, et Louis, http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/fb/Lothar_I.jpg/180px-Lothar_I.jpgtrente-quatre, sont les fils de l'empereur Louis le Pieux et d'Ermangarde. Charles est le fruit du remariage de l'empereur avec la jeune et belle Judith de Bavière. Il a dix-neuf ans. Tous les trois sont les petits-fils de Charlemagne. Ils se font la guerre depuis deux lustres, et plus encore depuis la mort de leur père. Le Pieux semblait pourtant avoir tout prévu et réglé depuis longtemps. En 817, l' année suivant son couronnement, il a rompu avec la tradition franque du partage en instituant son premier fils, Lothaire, en futur détenteur de la couronne impériale. Ses autres fils, Louis et Pépin (ce dernier devait mourir quelques années plus tard), recevraient en lots de consolation des royaumes soumis à l' autorité de Lothaire. Entre la coutume des Francs et le rêve d'un Empire romain reconstitué, Louis 1er choisit l'unité de l' Empire et celle de l' Europe chrétienne. L'Église applaudit. Les guerriers francs et leurs chefs plient, sans enthousiasme. La naissance de Charles, l'ambition de Judith et  l'amour de Louis pour sa jeune épouse vont bouleverser le schéma. Pour doter le petit Charles et lui assurer un bel avenir, on va peu à peu rogner sur les territoires promis à Lothaire, lequel n'entend pas être dépossédé par un gamin et par une marâtre qui a ensorcelé son père. Le ton monte et, chez les princes francs, il est rare qu' on en reste aux mots. D'autant que Lothaire est pressé de ceindre la couronne promise avant qu' elle ne tombe en quenouille. Si pressé que, par deux fois, il monte une expédition, dépose son père - avec l' appui de l' archevêque de Reims - et l' envoie méditer, en compagnie de l' impératrice, derrière les murs d'un couvent. Deux fois, le vieil empereur refait surface. Intrigues, coups de main, assassinats, yeux crevés, alliances faites et défaites, mais aussi, comme personne ne l' emporte durablement, réconciliations spectaculaires, embrassades, pardons, traités, nouveaux partages. Les royaumes virtuels et leurs titulaires se font et défont. Lorsque Louis meurt à Mayence en 840, l'idée impériale est morte. Elle n'aura pas duré un demi-siècle. Elle entre dans la légende de l'Europe.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/75/Charlemagne_et_Louis_le_Pieux.jpg/300px-Charlemagne_et_Louis_le_Pieux.jpgMais Lothaire s'y accroche encore, et pour cause. L'Église franque, elle, hésite. L'unité politique de I'Empire, garante de son unité spirituelle, c'était sa grande idée. Un empereur, un pape, une chrétienté. Mais elle vient aussi, dans les dernières années du règne de Louis le Pieux, de découvrir les bénéfices d'un pouvoir impérial affaibli et divisé ; sous Charlemagne, elle était soumise ; depuis 830, elle dirige l' essentiel des affaires politiques et l' administration d 'un monarque affaibli. Et Lothaire, le violent, le brutal, risque de replacer l' épiscopat sous le joug.

 Le sort des armes va trancher le cas de conscience des évêques et exprimer, faute d'un message plus clair, la volonté divine : le 25 juin 841, les troupes conjointes de Louis, dit le Germanique, et de Charles, qu' on sumommera le Chauve, rencontrent à Fontenoy en Puisaye, près d' Auxerre, les soldats de Lothaire. Le choc fut, disent les annales, d'une extraordinaire violence. Lothaire, défait, s' enfuit, abandonnant sur le champ de bataille les corps de la plupart de ses partisans. La guerre est finie, la parole appartient désormais aux politiques, c'est-à-dire aux clercs.

Faute de document, on doit imaginer les tractations entre les camps, les émissaires, les cartes rudimentaires, les colères des uns
et des autres et les efforts des religieux pour mettre fin au plus vite à un conflit dont les hordes païennes, les Arabes au sud, les Normands à l' ouest et au nord, les Hongrois à l'est, pourraient profiter.
Sans doute est-ce d'un groupe de ces clercs savants, formés aux écoles d'Aix-la-Chapelle, de Corbie ou de Fulda*, imprégnés de culture latine traditionnelle, qu' est venue cette idée si simple et si révolutionnaire : effectuer le partage entre Charles et Louis - Lothaire, provisoirement, est hors course, contraint d' accepter ce qu'on lui donne - selon la langue parlée par leurs sujets. Une Francia occidentalis à l' ouest, dont les habitants parlent le roman ; une Francia orientalis à l'est, de langue germanique. Entre les deux, en tampon parce http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:9r-hKF_nmmqTGM:http://osee3.unblog.fr/files/2009/10/0a2.jpgqu' on n' est pas naïf, on réservera pour Lothaire un royaume tout en longueur et assez invivable, multilingue de surcroît, qui court de la Lombardie à l' embouchure du Rhin. En guise de consolation, Lothaire conservera la couronne impériale, réduite à un simple symbole d'unité. L'idée de la France et celle de l' Allemagne sont nées autour de l' appartenance homogène à une manière de parler.

*
fr.wikipedia.org/wiki/Fulda

Le roman est une langue doublement vulgaire : un dérivé populaire du latin populaire, celui des marchands, des esclaves et des soldats arrivés en Gaule avec la conquête romaine huit siècles plus tôt. Du mauvais latin mâché et remâché par l'usage quotidien jusqu'à n'avoir plus qu'un vague souvenir de sa naissance. Ces origines fort plébéiennes de la langue française n' ont jamais fait l' affaire des nationalistes : on n' avoue pas aisément que le génie de la langue, ce don des dieux, est né dans le ruisseau. Selon les époques, les idéologies et l' état des connaissances linguistiques, idéologues et grammairiens - c'est tout un - se sont échinés à trouver des parents plus nobles ou à imaginer des mariages augustes dont serait issu le divin enfant. Le celtique, le grec, le germain, l'hébreu. Peine perdue, immenses chantiers ouverts pour n'y découvrir qu' une poignée de cailloux, quelques mots, quelques formes grammaticales, quelques racines importées, comme il en existe dans toutes les langues, perdues dans un océan de latin bâtard et rustique, lequel traînait déjà avec lui un fantôme de grec.

Dater la naissance de la langue française parlée est donc une vaine entreprise. Chacun croit parler le latin de son père et de sa mère et chacun le transforme. Mais à un moment, vers le début du VII ème  siècle, chacun se rend compte qu'il ne comprend plus que vaguement le vieux latin des gens instruits, celui qu' on parle http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/28/Sacramenta_Argentariae_%28pars_longa%29.png/180px-Sacramenta_Argentariae_%28pars_longa%29.pngdans les églises, et moins encore celui des livres. Il a cessé de parler latin. Déjà, les évêques recommandent aux prêtres d'utiliser dans leurs prêches un latin simplifié.  Que Charlemagne et sa cour d'intellectuels rénovent les études et les lettres latines tombées en déshérence, et l' écart se creuse encore, définitivement. Les contemporains de Charlemagne ont conscience qu'il existe désormais deux langues dans la partie occidentale de l'Empire, celle de l' écrit, le latin, et celle des illettrés, de la parole, que personne encore n'appelle le français et qui s'éparpille d'ailleurs en une infinité de dialectes.

Du côté de l' écriture - latine : le sacré, le pouvoir, la justice, la littérature, les formes nobles du savoir; le tout entre les mains d 'une toute petite minorité de clercs, bilingues, seuls détenteurs de cette immense puissance, celle de traduire en langue romane rustique la parole de Dieu, les ordres de l' administration, les décisions des juges et la mémoire de la civilisation. Du côté de la parole : la sujétion, l'espace restreint des patois, la force brutale de l'aristocratie militaire franque, l'exercice rugueux et borné de la vie quotidienne.

Le 14 février 842, Louis le Germanique et Charles le Chauve se rencontrent à Strasbourg pour sceller l'alliance d'où sortiront,
quelques mois plus tard, les traités de Verdun. Les conseillers des deux rois ont tout fait pour donner à l' événement un éclat exceptionnel. Plus que publique, la cérémonie est publicitaire. II ne s' agit pas d'un simple serment d'accord entre deux princes comme il y en a eu, comme il y en aura tant, mais d'un acte fondateur, directement inspiré par la volonté divine : la création de deux royaumes égaux que les deux demi-frères se donnent l'un à l'autre par total consentement, après le jugement de Dieu sans appel qu' est la victoire de Fontenoy.

II est donc essentiel que tous entendent et comprennent le serment échangé. lls sont donc là, présents, < <en la cité qui jadis s' appelait Argentaria, mais qui aujourd' hui est appelée communément Strasbourg >>, les conseillers qui ont préparé l'accord, les clercs qui administrent, les législateurs, les hommes de cour, mais aussi,  mais surtout, les chefs de guerre et leurs troupes. C'est à eux que s' adressent en priorité Louis et Charles. Le premier, le plus âgé. parle d' abord, en langue germanique, à ceux de son camp pour leur expliquer la force particulière du serment qu'il va prononcer : << Si toutefois, ce qu'à Dieu ne plaise, je venais à violer le serment juré à mon frère, je délie chacun de vous de toute soumission envers moi, ainsi que du serment que vous m' aurez prêté. >> Charles, en langue romane, reprend exactement les mêmes termes.

C' est après ce moment que se produit le coup de théâtre politique et linguistique préparé en coulisse. Louis le Germanique, toujours au bénéfice de  l' âge, se tourne vers les troupes de Charles et jure, en langue romane : <<Pro Deo amur et pro Christian poblo et nostro commun salvament, dist di en avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai eo cist meon fradre Karlo et in aiudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra salvar dift, in o quid il mi altresi fazet. . . >>


On est obligé aujourd'hui de traduire cette première apparition du français : <<Pour l'amour de Dieu et pour le  salut commun du peuple chrétien et le nôtre, à partir de ce jour, pour autant que Dieu m' en donne le savoir et le pouvoir, je soutiendrai mon frère Charles ici présent de mon aide matérielle et en toute chose, à condition qu' il m' en fasse autant. .. >>

Et Charles prononce un serment de nature identique, en langue tudesque: <<In Goddes minna ind thes christianes folches ind unser bedhero gehaltnissi. .. >>

Vient ensuite un troisième serment, celui que  << le peuple de chacun des deux >> prononce dans sa propre langue. << Si Louis tient le serment qu' il a juré à son frère Charles et que Charles, mon seigneur, de son côté n' observe pas le sien, au cas où je ne pourrais l' en détourner, je ne lui prêterai en cela aucun appui, ni moi ni nul que j' en pourrais détourner >>.

Les Serments de Strasbourg marquent la naissance conjointe de la France et de l' Allemagne, sous le signe de la reconnaissance mutuelle de leur spécificité linguistique sur la ruine de l'idée impériale latine
fondateur.


Les Serments de Strasbourg sont primordiaux du point de vue de l'histoire linguistique, car ils sont une des premières attestations écrites de l'existence d'une langue romane en Francie occidentale (ici l'ancêtre de la Langue d'oïl) et d'un dialecte germanique.


(extrait  du Préambule : "Le Pays de la Littérature" Pierre Lepape - Edition du Seuil)

 

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 23:00

 

 

1873 - 1914

 

 

Poète, dramaturge, penseur, Péguy est le combattant catholique des plus grandes causes.

 

Tout les essais publiés par Péguy dans "Les Cahiers de la Quinzaine" débuteront par ces mots : <<De la situation faite.....>>, à l'imitation des titres latins. Outre des attaques contre la Sorbonne, Péguy y développe des méthodes de pensées modernes et ses thèmes privilégiés : la mémoire, la haine du formalisme intellectuel, la tradition http://www.charlespeguy.fr/content/galery/images/600x600/portrait-cp-jpg.pngnationale, l'union du spirituel et du temporel.

 

Un jeune socialiste

 

Charles-Pierre Péguy est né le 07 janvier 1873 à Orléans. Son père, menuisier, mourut la même année des suites de la guerre de 1870 et laissa à sa mère, rempailleuse de chaises, le soin d'élever ce fils unique. Elève brillant, Péguy, grâce à une bourse,   put entrer au lycée  d'Orléans. En hypokhâgne par la suite au lycée Louis-le-Grand, il se lie d'amitié avec Joseph Lotte, les frères Tharaud et Marcel Baudouin dont il épousera la soeur plus tard.  

 

C'est avec ce dernier qu'il rêve de la "cité harmonieuse" d'inspiration anarchiste et proudhonienne. Dès cette époque, où il entre à l'Ecole normal supérieure, il est officiellement socialiste, fonde le  Groupe d'études sociales d'Orléans et écrit sa première oeuvre, drame en trois pièces, "Jeanne d'Arc" (1897). A travers l'histoire de la sainte, Péguy exprime ses propres angoisses et développe une critique acerbe des classes possédantes. En 1898, il ouvre, à l'aide de fonds collectés depuis plusieurs mois, la Librairie socialiste, bientôt gérée par la Société nouvelle d'éditions avec Jean Jaures, Lucien Herr et Léon Blum. Mais très vite, il dénonce leur dogmatisme marxiste, leur intolérance anticléricale et leur appétit de pouvoir.

 

Les "Cahiers de la Quinzaine"

 

Excommunié par les socialistes, suspect aux catholiques, Péuy fonde en 1900 "Les Cahiers de la Quinzaine". Fruit d'un travail acharné, dans des conditions financières précaires, ils paraîtront jusqu'à la mort de l'écrivain. Après avoir publié, outre les oeuvres majeures de leur fondateur, des textes de R. Rolland, A. Suares.H. Bergson, J. Jaures..., les "Cahiers de la Quinzaine", fondés pour être "un journal vrai", respectueux des libertés individuelles, imprégné de spiritualité, traitaient aussi des sujets divers : des problèmes sociaux (travail des enfants, grève des mineurs, universités populaires) et d'actualité politique (répression coloniale, oppression des minorités).

 

La découverte de la foi

 

En 1905, "Notre patrie" (dénonçant le danger allemand et la menace de guerre) marque  une distance vis-à-vis de l'idéologie socialiste et une redécouverte des valeurs nationales. Mais c'est surtout l'époque d'une lente http://www.charlespeguy.fr/content/galery/images/600x600/peinture-laurens-1-jpg.pngmaturation vers la foi que Péguy a toujours refusé d'appeler "conversion". Ce moment est donc impossible à dater. C'est l'époque où cet ancien anarchiste parcourt  les rues de Paris en récitant des "Je vous salue Marie" et rentre chez lui se nourrir des écrits de Blaise Pascal. Il écrit alors le "Mystère de la charité de Jeanne d'Arc" (1911), où le mystère est à prendre au sens du Moyen Âge, c'est-à-dire d'une représentation sous forme de fresque biographique des hauts faits d'un saint. 

 

C'est  sa période la plus féconde : après "Clio", il publie "Victor-Marie, comte Hugo", qui est autant une oeuvre de critique littéraire que l'occasion pour Péguy de célébrer l'amitié et de faire l'apologie de son passé dreyfusard... Il pense trouver dans l'Evangile les fondements d'une cité future faite de justice et de vérité. Son art s'épanouit dans le mysticisme du verset à travers les mystères, "Le Porche du mystère de la deuxième vertu" (1911) et "Le Mystère des saints Innocents" (1912), et les "Tapisseries, "La Tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d'Arc" , écrite à la suite de son premier pèlerinage à Chartres. Il rédige "L'Argent et Eve", mais le 2 Août 1914, c'est la mobilisation gébérale. Péguy, lieutenant, participe à la campagne de Lorraine, et le 5 septembre, il est tué à Villeroy en Brie.

 

La communion des saints

 

Péguy restera toujours hors de l'église institutionnelle, il refusa, malgré les instances de Jacques Maritain (philosophe français du XX ème siècle), de recevoir les sacrements. Sa vie religieuse est nourrie de prières personnelles et de pèlerinages. Il s'est toujours montré hostile au clergé catholique qui, du reste, le considère avec méfiance.

 

C'est dans la communion des saints que s'enracine toute sa foi. C'est elle qui guide ses pas vers Chartres pour guérir son fils malade : il faut savoir se remettre entre les mains de la Vierge.

 

L'opposition entre le charnel et le spirituel est, d'après lui, à l'origine de  toutes les erreurs : elle conduit soit au matérialisme, soit à un intellectualisme éthéré. Alors que leur union, "l'éternel constamment couché sur le lit de camp du temporel", mystère central de son oeuvre, signe de l'incarnation du Christ, porte à aimer les autres, et particulièrement Marie, en qui Dieu s'est révélé, ainsi que les figures de l'histoire chères à la dévotion populaire : Jeanne d'Arc, Geneviève, qui sauva Paris des Huns, Saint Louis, mort de la lèpre en croisade. Mère, épouse ou veuve, la femme est au coeur du drame humain dont elle port tout le poids.

 

Aussi est-ce à Eve, "la mère des vivants", que s'adresse le long poème de mille neuf cent onze quatrains de la fin de vie de Péguy, dit par Jésus lui-même.  Pour elle, il écrit de longs poèmes qu'il veut construits , source d'apaisement au mouvement du vendredi saint.

 

<< Ce qui caractérise le style de Péguy, c'est l'entrelacement des thèmes qui donne un mouvement au texte. C'est l'art de la "tapisserie", qui change de couleur de temps à autre pour revenir à la même couleur. Les thèmes s'enchaînent à la manière d'associations d'idées, avec un perpétuel recommencement. L'espérance est la vertu qui va permettre de saisir le changement de nature du recommencement. Aussi Péguy aime-t-il prendre comme image de l'espérance un enfant qui fait vingt fois le même trajet sans jamais se lasser >>.

 

 

Published by Cathou
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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 12:00

 

1899  1972

 

Prix Nobel de littérature en 1968, qualifié de << plus grand écrivain japonais contemporain>> président, de 1948 à 1965, du PEN-club (réunion de poètes -  essayistes - nouvellistes) de son pays, membre de l'Académie des arts, Kawabata risque de pâtir quelque peu, aujourd'hui, d'une consécration officielle aussi éclatante ; trop d'écrivains japonais du XX ème  siècle ont vécu leur carrière littéraire comme une révolte parfois tragique pour que l'oeuvre n'ait pas à se défendre contre une certaine réputation de complaisance. L'image reçue de Kawabata, le solitaire, le sage qui vit encore dans l'ancien Japon, contraste, elle aussi, un peu trop facilement avec les succès de l'homme public. Mais l'oeuvre, à s'en tenir à elle, http://www.google.fr/url?source=imglanding&ct=img&q=http://www.kangchenjungamovingpictures.co.uk/blog/wp-content/uploads/2011/04/Kawabata.jpg&sa=X&ei=F4MZT5adEZSQ8gPE0OGrCw&ved=0CAsQ8wc4JA&usg=AFQjCNG8rveowY7CnAxH7JAMCf-jwHzOIwest d'une réelle grandeur : une lecture superficielle n'y découvrira que drames d'amour, effusions sentimentales, orchestration nostalgique des usages d'antan. Or, ce qui fait le prix de chaque page de Kawabata, c'est la qualité du regard, les correspondances du paysage et du sentiment, le dépouillement d'un récit sans figure voyante ni abstraction, où la beauté des choses, l'apparence des êtres parvient à rendre compte des troubles les plus profonds.


Quand Kawabata y naît le 14 juin 1899, Osaka est déjà une grande ville, sans charme particulier. Son père y exerce la médecine ; c'est, comme d'ailleurs la mère de l'écrivain, une personne d'une haute culture, versé en particulier dans la poésie chinoise. Mais l'enfant n'a pas deux ans qu'il est déjà orphelin et il sera élevé dans la ferme de ses grands-parents. Sa grand-mère meurt bientôt et il reste seul avec son grand-père maternel, malade et aveugle. Il a quinze ans à la mort de celui-ci et connaît alors l'internat. Sa première oeuvre, publiée en 1925, sera l'écho de cette enfance assombrie par les deuils ; il s'agit du "Journal d'un garçon de quinze ans", dont le thème fondamental est la solitude de l'orphelin.

 

Au carrefour de l'Orient et de l'Occident

 

Très tôt, il se sent le goût de la peinture et de la littérature, publie des nouvelles dans les journaux, dévore la littérature russe et française. Ses études supérieures, à l'Université impériaIe de Tokyo, manifestent à la fois son intérêt pour l'Occident (il acquiert une connaissance approfondie de la langue anglaise) et son attachement à la tradition nationale (sa seconde spécialité est l'histoire de la littérature japonaise). Ses études terminées, son activité littéraire s'intensifie, d'autant plus que l'héritage paternel le délivre du souci de sa subsistance. En 1924, il fonde avec d'autres écrivains un groupe qui se propose de faire profiter les lettres japonaises des divers courants intellectuels d'Occident (néo-romantisme, symbolisme, expressionnisme, psychanalyse, etc.). Mais si, pour certains d'entre eux, ce renouvellement passe par une rupture avec les conventions figées de la littérature traditionnelle, ce n'est pas exactement le cas pour Kawabata, qui ne renonce pas complètement à l'esthétique ancienne et reste imprégné de religiosité bouddhique. Un récit paru en 1922, "La Petite danseuse d' Izu", est, à cet égard, caractéristique : sous la forme de notes de voyage, nous est contée une intrigue amoureuse entre un étudiant et une jeune danseuse ; mais, au-delà de l'anecdote, on y déchiffre le sentiment de la beauté éphémère, de la pureté fragile, la nostalgie d'une tradition où la danse est moins exhibition que participation à un rite.


"La Petite danseuse d' Izu" n'est encore qu'une nouvelle, quoique assez longue. Kawabata prendra l'habitude de publier ses oeuvres en feuilleton dans les journaux, et de constituer un roman à partir d'une suite de courts récits. Ce sera le cas d' "Asakusa Kurenaidan"  publié en 1925 (Asakusa est le quartier des plaisirs des confins de Tokyo). Ce sera également le cas de "Pays de neige", dont l'élaboration s'étend de 1935 à 1948. On a pu qualifier ce roman, et certains de ceux qui ont suivi, de << tragédies du sentiment humain>>. L'unité de l'oeuvre, plus encore que dans l'intrigue amoureuse (un dilettante, Shimamura, retrouve à chacun de ses séjours en montagne une femme, Komako, qui ne pourra supporter cette discontinuité et finira tragiquement), réside dans l'intense poésie qui émane de ce pays de neige, coupé du reste du monde par un long tunnel, lieu hors du temps où naît un nouveau sentiment des choses.


Dans les années qui précèdent la Seconde Guerre mondiale, Kawabata échappe à l'agressivité nationaliste en se plongeant dans les Sûtra bouddhiques, de plus en plus pénétré de la présence de la mort dans la vie même, voyant dans toute beauté une allusion à une autre existence. Beaucoup de nouvelles de cette époque montrent comment le spectacle de la nature peut conduire à une communion au-delà de la mort. C'est ce sens religieux qu'il faut donner au thème, si fréquent dans toute l'oeuvre, de la floraison des arbres.

 

Pendant ce temps, Kawabata reste éloigné des vicissitudes historiques ; aucune trace dans son oeuvre de la campagne de Chine ; mais le désastre de 1945 l'atteint profondément : << Je n'écrirai plus, déclare-t-il alors, que des poèmes voués aux morts.>> Est-ce ainsi qu'il faut interpréter "Nuée d'oiseaux blancs", roman publié en 1952 ? Il s'agit encore d'une histoire d'amour et de mort. Kikuji connaît, avec la maîtresse de son père, mort récemment, une indicible plénitude amoureuse ; mais celle-ci se suicide ; sa fille Fumiko se donne à lui, mais elle sent qu'elle ne saurait être, pour Kikuji, qu'une réminiscence de sa mère, et elle disparaît. Cette trame, grossièrement résumée, ne rend cependant pas compte de l'essentiel : les deux femmes pratiquaient en expertes l'art du thé et il s'établit une correspondance constante et très délicate entre la perfection des objets, des gestes traditionnels, et les expériences sensuelles des amants, à la recherche d'une harmonie sensible, que sa perfection rendrait inaccessible à toute souillure. Ainsi, dans la multitude des notations concrètes se dessine cette intuition de l'être.


Quoique très différent, "Le Grondement de la montagne", publié deux ans plus tard (1954), témoigne de la même recherche intuitive, par l'image, des sentiments les plus profonds. La mélancolie d'un vieillard, qui sent sa fin proche et dont la vie n'a pas été heureuse, la délicate sympathie qui l'unit à sa belle-fille, jeune femme qui supporte courageusement l'infidélité de son mari : rien là de très romanesque ; tout le charme du livre est dans la succession de petites scènes, apparemment banales, mais qui sont toujours l'écho d'un état de conscience du vieillard, d'un aspect de sa mélancolie, de la délicatesse de ses sentiments. Nombreux sont les drames qui surviennent dans la famille, mais les personnages principaux vivent leur mélancolie dans la lenteur du quotidien, dans les gestes simples de la vie, comme s'ils trouvaient là - et non dans quelque décision violente - la voie d'une
secrète plénitude.

 

<< Il est facile d'entrer dans le monde des Bouddha, il est difficile d'entrer dans le monde des démons. Ce propos d'Ikkyu, moine zen, me touche au plus profond de moi-même, a dit Kawabata dans sa conférence de Stockolm. Tout artiste aspirant au vrai, au bien et au beau comme objet final de sa quête, est hanté fatalement ar le désir de forcer cet accès difficile du monde des démons, et cette pensée, apparente ou secrète, hésite entre la peur et la prière.>> De cette quête et de son ambivalence témoigne un court roman, paru en 1961 : "Les Belles endormies". Singulière maison de prostitution où les clients, tous très âgés, passent des nuits à contempler le corps parfait de jeunes compagnes qu'ils n'éveillent pas. Par la méditation et par le rêve, le héros y évoque les femmes qu'il a connues. Ce sommeil est bien proche de la mort, et si la quête érotique donne accès au monde des démons, les beautés parfaites qu'on y rencontre ne sauraient être tout à fait étrangères à la perfection des Bouddha.


Publié l'année suivante, "Kyoto" semble sacrifier à un romanesque un peu facile : des jumelles, orphelines dès leur enfance et que le destin a séparées, se retrouvent une fois devenues jeunes filles. Mais elles appartiennent à des milieux différents et décident d'elles-mêmes de ne plus se revoir. Cependant, le vrai sujet du roman, c'est la relation quasiment amoureuse qui unit les personnages à la ville ; ce qu'ils recherchent en fuyant la cité moderne, en se réfugiant dans les jardins, dans les monastères, dans les sanctuaires, c'est, à travers la nature et la beautéhttp://img.over-blog.com/185x300/1/35/13/57/nouvelle/kawabata-couv.jpeg.jpg préservée, le sentiment de l'intemporel.

 

On l'aura compris, dans ses romans et dans ses nouvelles, Kawabata est avant tout un poète. A l'analyse, il préfère l'intuition, à la grande fresque, le tableau intimiste, aux péripéties, la subtilité du regard. Laisser aux images les plus simples, aux gestes les plus quotidiens le soin de dire toutes les instances de l'être, voire l'intuition de l'au-delà : l'intrigue ne vaut que par les images, et les images ne sont pas un décor ; tout est signe, dans la discrétion et la plénitude.

 

Il se donne la morte le 16 avril 1972 à Zushi.

Published by Cathou
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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 15:00

 

 

1885 - 1972

 

 

<< Le dernier Américain à vivre la tragédie de l'Europe >>


Ezra Pound risque d'être plus connu pour ses causeries anti-américaines à la radio romaine fasciste pendant la Seconde Guerre mondiale, pour son antisémitisme, que pour ses "Cantos" - suite épique de poèmes de captivité -  Voilà une constatation accablante. On ne peut en effet passer sous silence une activité politique qui, pour avoir été souvent incohérente, n'a pas manqué cependant d'avoir des retentissements regrettables. On ne peut non plus refuser, pour des raisons idéologiques, d'aborder une oeuvre monumentale, vivant pilier de la poésie contemporaine.

 

Ezra Weston Loomis Pound   est un provincial : ses maladresses, ses emportements, ses engouements ne font que le souligner. Né dans l'Idaho, à Hailey, petite ville de 2000 habitants, le 30 octobre 1885, il appartient à une famille bourgeoise, aisée, cultivée, dans laquelle la poésie et la culture sont à l'honneur. Pound compose très tôt : à 15 ans, il décide http://www.google.fr/url?source=imglanding&ct=img&q=http://1.bp.blogspot.com/-w2k30jzV0O8/TbY_kZ97OUI/AAAAAAAAEFU/9JPBwXarRYU/s1600/pound4.jpg&sa=X&ei=2OLQTvOwHcPGswapmtjNDA&ved=0CAsQ8wc&usg=AFQjCNGRw0JXvD7qox7I8UznUronOQhS5Ad'être poète.
Tout son effort tend dès lors à inventer un mode poétique qu'il ne devrait qu'à lui seul. Il explore les possibilités que lui offrent les langues romanes, la poésie provençale, la poésie gréco-latine. Déjà apparaît la préoccupation majeure du poète, <<faire du neuf >>.


A 23 ans, il quitte définitivement l'Amérique ; en 1908, il publie à Venise son premier recueil "A Lume Spento", qu'il jette rageusement dans le Grand Canal avant de partir pour Londres. Quelques exemplaires échappent à l'engloutissement et vont faciliter ses contacts avec les milieux littéraires londoniens. Dès 1909, il côtoie les écrivains les plus célèbres : Conrad, Thomas Hardy, Henry James, W.B. Yeats : il ne lui reste plus qu'à se trouver.

 

En 1920, il fait partie du mouvement "moderniste" rattaché à "la Génération perdue". Il a été le chef de file de plusieurs mouvements littéraires : l'imagisme et le vorticisme.

* http://fr.wikipedia.org/wiki/Imagisme

* http://fr.wikipedia.org/wiki/Vorticisme

 

En 1940, il part pour l'Italie et se rapproche de Mussolini et du fascisme. Il fait la propagande de ce mouvement par l'intermédiaire de la radio italienne, ce qui lui vaut d'être interné le 21 novembre 1945 pendant treize ans par les autorités américaines qui préfèrent le déclarer  "fou"  plutôt que de concevoir qu'un Américain puisse trahir sa patrie. L'inculpation pour trahison est abandonné le 18 avril 1958 suite à une campagne menée par diverses personnes et magazines influents.

 

Le 30 juin il retourne en Italie déclarant aux journalistes : << toute l'Amérique est un asile de fous >>. Il continua jusqu'à la fin de sa vie à s'opposer au système américain  à travers divers journaux et meurt le 1er novembre 1972.

 

Quelques citations d'Ezra Pound

«L'usure est le cancer du monde que seul le scalpel du
fascisme peut extraire de la vie des nations.»


«Les soixante Juifs qui ont commencé cette guerre devraient
être expédiés à Sainte-Hélène par mesure prophylactique.»
(émission à la radio fasciste italienne, 30 avril 1942)


«Le capitalisme pue.»
(10 décembre 1943)


«Tout simplement, je veux une nouvelle civilisation.»

 

(tiré de ERZA POUND par Kerry Bolton)

 

 

Les Cantos
de
Ezra Pound
Flammarion
26.00 €


Article paru dans le N° 038
Mars-mai 2002

par Renaud Ego

*

   Les Cantos


 

La nouvelle édition, désormais complète, des "Cantos" permet de lire l'oeuvre majeure mais d'un abord ardu d'Ezra Pound. Un hymne novateur et apocalyptique en quête d'une nouvelle civilisation.


Il est peu d'oeuvres au XX ème siècle dont l'ambition fut aussi grande que celle des "Cantos" ; et il en est peu qui furent à ce point un échec, ne serait-ce qu'aux  yeux de leur auteur, et cela malgré l'influence déterminante que ce long poème épique exerça, notamment sur la poésie américaine. Avec Pound "la catastrophe côtoie la gloire" remarquait Denis Roche qui fut l'un de ses premiers traducteurs ; chez lui l'extrême générosité le dispute à l'ignominie, la lucidité poétique, à l'aveuglement politique. Mais cet échec -si c'en est un- doit avant tout se mesurer à l'aune de l'immense défi qu'il lança à la littérature : rien moins que reprendre le cours de l'Histoire, dans la prolixité des voix qui la composent, pour forger un autre chant, collectif et anonyme, qui soit aussi l'hymne d'une civilisation à venir.


La genèse des "Cantos" est indissociable d'une autre oeuvre cardinale, "Ulysse" de Joyce, dont Pound fut l'inlassable critique, l'impresario, et le premier éditeur. L'un comme l'autre firent le choix, en apparence archaïque, d'écrire une épopée ; Joyce dans le miroir de "L'Odyssée", Pound dans celui de "La Divine comédie". Joyce commence en 1914 l'épopée psychologique d'une conscience quelconque, celle d'un juif errant dans les rues d'une ville moderne ; Pound, lui, esquisse dès 1915 l'épopée anonyme du monde saisi à travers la figure multiple de quelques civilisations en proie aux forces qui les détruisent ou au contraire, en quête de perfection. Ce sera "Les Cantos", "l'oeuvre de ma vie, en vers, un long poème nouveau, vraiment LONG, sans fin".


Pour Pound, l'épopée est "un poème qui inclut l'histoire", et comme chez Dante, elle débute dans une forêt obscure. En l'occurrence, la Première Guerre mondiale où meurent quelques-uns de ses amis, comme le sculpteur Gaudier-Brzeska. Pound assigne au poème l'énorme tâche de réfléchir cette violence et d'en élucider les causes, au moment où il comprend qu'elle est le moteur véritable de l'histoire. C'est pourquoi "Les Cantos" débutent aux enfers. On y voit Ulysse, comme dans le chant XI de L'Odyssée, questionner les morts et demander au devin Tirésias de lui expliquer comment il reviendra à Ithaque. Tout le projet des "Cantos" tient dans cette parabole : par un long périple à travers l'Histoire, Pound va chercher les voies d'un autre avenir. Il y puise des exemples de sagesse et expose les innombrables situations où l'homme se fourvoie. Son extravagante  érudition le conduit à travers la Chine de Confucius, la Provence des troubadours, l'Italie de Dante et Guido Cavalcanti, l'Amérique de John Adams. Sigismond Malatesta et Confucius deviennent pour lui les modèles des princes éclairés. À l'opposé, il stigmatise les responsables à ses yeux des désordres du monde, "les politiciens", "Les pervers, les pervertisseurs du langage,/ Les pervers, qui ont placé soif d'argent/ Avant les plaisirs des sens" (Canto XIV). Puis c'est le célèbre Canto XLV où Pound extirpe ce qui lui semble être la racine du mal, celle qu'il nomme usura -l'âpreté au gain, le lucre - terme péjoratif qui désigne le  gain, le bénéfice ou le  profit -. sans fin dont le libéralisme sauvage est la forme actuelle.


Puis le projet des "Cantos" commence à se perdre. Pound qui s'installe en Italie en 1924, s'éloigne de Joyce, dénonce "la colique psychique" des pages de Work in progress. Quant à lui, il veut "voir la réalité" c'est-à-dire l'économie et se fait le chantre de théories fumeuses, comme "le crédit social" de C. H. Douglas. La tension poétique des premiers cantos se relâche dans les cycles des cantos "chinois" et "américains" qu'il écrit dans les années 30, à la fois confus et pesamment didactiques. Il se pense en chef révolté de ce parti de l'intelligence qu'il a toujours voulu constituer. Non sans paradoxe, ce pacifiste convaincu  se rapproche de Mussolini et se lance dans de vigoureux plaidoyers en faveur du fascisme qui lui valent en 1945 d'être inculpé de trahison.


Emprisonné à Pise, il y écrit les "Cantos pisans", somptueuse introspection d'un homme sur qui l'histoire s'est brisée, un homme qui n'est plus qu' "un chien sous la grêle/ une pie gonflée dans le soleil changeant" et qui chante "l'énorme tragédie du rêve dans les épaules courbées du paysan". Il y a là d'admirables pages. Certes Pound continuera jusqu'à la fin l'oeuvre de sa vie, mais sans plus croire possible l'avènement d'un paradis, comme dans La Divine comédie. Au contraire tout le portera à écrire une apocalypse.


On ne saurait juger Pound, en trop peu de mots. Joyce disait à son propos qu'il faisait "de brillantes découvertes et de criantes erreurs". Disons seulement qu'en adoptant la figure épique du "nostos" - du retour - et cherchant dans l'histoire les figures d'un autre futur, Pound s'attelait à la tâche, réactionnaire par essence, d'ériger le passé en avenir. Dès lors, il était logique qu'il trouvât dans le fascisme, cet avatar anachronique de la Rome impériale, un modèle.
Pourtant, le meilleur de Pound est aussi à chercher dans cette immense synthèse de langages et d'histoires que sont "Les Cantos". Pour près d'un tiers, ce poème est la compilation et le collage d'un matériau brut, poétiquement retaillé. Les Objectivistes (Charles Reznikoff, Louis Zukofsky, William Carlos Williams) s'en souviendront. "Les Cantos" y puisent là leur dimension impersonnelle ou anonyme, si neuve dans la poésie du XXe siècle. Ils y trouvent aussi une exceptionnelle diversité de phrasés, une scansion et un sens très neuf du vers que cet écrivain, qui croyait "en un rythme absolu", a su déployer en une composition musicale chatoyante, même si elle est d'une lecture souvent difficile.
Il est étonnant que Pound demeure encore si mal connu en France. Son long poème impersonnel est peut-être "ce livre futur" que Lautréamont appelait de ses voeux, lorsqu'il enjoignait la poésie à être faite par tous, ou que Rimbaud célébrait dans "la poésie objective" qu'il opposait à celle "horriblement fadasse" et "subjective" de son temps. Gageons que cette nouvelle édition des Cantos comblera quelque peu ce retard.


Les Cantos  Ezra Pound
sous la direction d'Yves di Manno
Traduits de l'américain par
J. Darras, Y.di Manno, D. Roche, P. Mikriammos et F. Sauzey
Flammarion

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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 14:30

 

1904 - 1973

 

 

Des trois paysages fondamentaux dont la poésie de Neruda se nourrit, le premier, chronologiquement et sans doute aussi par ordre d'importance est le Sud, où s'installe, en 1906, la famille du poète, deux ans après la naissance de ce dernier.                                                             

 

Au début du siècle, c'est vers ces terres encore presque vierges que le capitalisme chilien cherche à réaliser son expansion.
C'est sur une nature sauvage, livrée à l'énergie d'une population de pionniers, que l'enfant portera ses premiers regards. Dans cette région extrêmement humide et froide, couverte de lacs, de volcans et d'immenses forêts, ce n'est pas seulement l'interminable pluie australe qui accompagnera sa rêverie, mais le chant de la scie luttant contre le bois ou encore (Neruda a eu un père cheminot) le cri des trains déchirant le silence végétal. Tout autant que les longues promenades solitaires à travers bois, les rythmes du travail humain contribueront, dans les années d'enfance, à former la sensibilité du futur poète.

 

Site "BiblioMonde" sur Pablo NERUDA :  http://www.bibliomonde.com/auteur/pablo-neruda-241.html


Dans la poésie de Pablo Neruda, le Sud, lieu de l'enfouissement vertical, s'articule dialectiquement avec l'immensité horizontale du paysage océanique. L'océan Pacifique, face auquel il s'installe en 1943, à Isla Negra, petit village situé à une quarantaine de kilomètres au sud de Valparaiso, fait de l'enraciné des forêts australes un perpétuel voyageur. Par sa présence constante dans la poésie de Neruda, il témoigne de l'ambition totalisatrice qui en constitue le trait fondamental. Mais surtout il s'y impose comme le modèle le plus accompli du mouvement dialectique qui traverse la nature et l'histoire et auquel toute l'oeuvre du poète se montre attentive.


Le troisième paysage constitutif de la poésie nérudienne est celui, désertique, du Nord du Chili. S'il arrive que Neruda le compare à l'Océan, il en diffère cependant par un aspect essentiel. Sur l'Océan, l'homme n'a pas de prise, tandis qu'il arrache, au prix d'un effort gigantesque, son cuivre et son salpêtre à la pampa hostile. Le paysage du &lt;&lt;Norte Grande&gt;&gt; par la quotidienne victoire que l'ouvrier chilien y remporte sur la nature, permet de prendre la mesure de la grandeur de l'homme mais aussi, dans un ordre social fondé sur l'injustice, la mesure de son infinie misère. C'est au sein de ce paysage que pour le poète, devenu en 1945 le candidat du Parti communiste chilien aux élections sénatoriales, s'inscriront les dures leçons de la lutte des classes.


C'est une géographie inextricablement nationale et personnelle que celle de la poésie de Pablo Neruda. En devenant histoire, elle s'universalise, mais elle ne le devient qu'au travers d'une pratique et d'une mythologie personnelles. Par quel cheminement et par quels détours ? il faut, sur ce poin, interroger l'itinéraire poétique nérudien.


L'oeuvre de Pablo Neruda déconcerte la critique de diverses façons : par son étendue peu commune (quarante-trois recueils dont certains comportent plusieurs volumes) et aussi par l'extraordinaire diversité de ses registres. Il y a, chez Neruda : un poète au verbe hermétique et oraculaire et un chroniqueur dont l'humilité côtoie le prosaïsme, un satirique féroce et un homme dont le lyrisme amoureux est un des plus purs de ce temps, un barde* malicieux de la tradition populaire et un poète grave sans cesse enclin à la méditation. Mais plus encore que ce caractère multiple, ce qui complique et souvent fausse l'approche de la poésie de Pablo Neruda, c'est le rapport qu'elle entretient avec le politique, l'idéologique, et plus généralement, avec l'histoire. Deux dates y tiennent une place décisive : 1936 et 1958.

 

* Tardivement et par extension, le mot barde est employé comme synonyme de poète ou chanteur d'expression bretonne, galloise ou gaélique.

 

De la saison en Enfer à L' Espagne au coeur


C'est vers 1920 que le jeune Neftali Reyes adopte le pseudonyme de Pablo Neruda (en hommage au poète thèque Juan Neruda - http://fr.wikipedia.org/wiki/Jan_Neruda). Dans les années qui suivront, entre 1921 et 1927, au prix d'une douloureuse transplantation qui l'a mené de Temuco à Santiago, l'enfant timide et silencieux de &lt;&lt; La Frontera&gt;&gt; est devenu un poète fêté par les milieux littéraires de la http://image5.evene.fr/img/livres/g/2070404218.jpgcapitale. Son étonnante précocité en a fait, à vingt ans, l'auteur d'un livre qui, aujourd'hui encore, demeure, avec plus d'un million d'exemplaires vendus, un des best sellers de la poésie de langue espagnole : "Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée" (1924). L'envie de tout quitter tourmente, cependant, l'adolescent. En 1927, il s'embarque pour la Birmanie, où il a obtenu une obscure charge consulaire. A Rangoon, puis à Batavia et à Colombo, au rêve d'évasion va rapidement se substituer le cauchemar de la solitude. C'est d'une véritable saison en enfer que les poèmes de "Résidence sur la Terre"  (1927-1931) tiennent le journal. Ce livre lucide et désespéré, un des sommets de la poésie contemporaine de langue espagnole, est tout entier dominé par une obsession : la destruction temporelle. Le poète y assiste impuissant à l'implacable mouvement par http://ecx.images-amazon.com/images/I/51X5DXDKZFL._SL500_AA300_.jpglequelles les êtres et les choses se désagrègent, mais il y est déjà un témoin pour lequel l'objectivité du réel en constitue la dimension essentielle, un homme pour lequel iI ne saurait y avoir de résidence que sur cette terre. Aussi n'est-ce pas dans un ailleurs imaginaire qu'il cherchera à fuir l'angoisse, mais dans les arcanes du monde matériel. En cela, les poèmes de l'exil oriental peuvent être considérés comme le creuset du matérialisme poétique à venir. Il n'en est pas moins vrai que c'est l'irruption de l'histoire dans l'existence du poète qui permettra à la sombre saison des "Résidences" de porter ses fruits dans toute leur plénitude.


En 1936, Neruda est en Espagne où il a réussi à se faire nommer. Il est l'ami de Federico García Lorca, de Rafael Alberti, de Miguel Hernandez. Au coup d'état fasciste, iI répond par un cri de révolte d'une violence inouïe. C'est "L'Espagne au coeur", qui fera partie de la "Troisième résidence" (1935-1945). Ce poème marque la rupture de Neruda avec tout un passé poétique. << Le monde a changé et ma poésie a changé>>, dira-t-il. Ce changement devait, pendant des années, être une source intarissable de polémiques et de malentendus : la critique nérudienne a longtemps opposé de façon irréductible le poète des "Résidences" et celui postérieur à 1936, sans voir que la transformation de l'un en l'autre s'était faite sur la base d'une profonde continuité. Avec la publication, en 1950, du "Chant général", c'est un projet aussi ancien que la poésie de Neruda elle-même qui trouve son épanouissement : celui d'un vaste poème cyclique.

 

La découverte de l'inépuisable


En 1973, au lendemain de la mort de Pablo Neruda et de l'installation à Santiago de la junte du général Pinochet, l'écrivain argentin Julio Cortazar pouvait écrire : << Il faudrait êtte sourd et aveugle pour ne pas sentir que ces pages du Chant général ont été écrites il y a deux mois, il y a quinze jours, hier soir, aujourd'hui même, écrites par un poète mort, écrites pour notre honte et, peut-être, si un jour nous le méritons, pour notre espoir>>. La terrible actualité que conservent certains poèmes du "Chant Général" (1950) s'explique par les circonstances qui présidèrent à son écriture.


En 1947, deux mois après son arrivée au pouvoir où l'ont porté les forces unies de la gauche chilienne, Gonzalez Videla trahit ses engagements. Dans un discours au Sénat intitulé << J'accuse >> - inspiré du "J'accuse" d'Emile Zola - , Neruda, qui a adhéré en 1945 au Parti communiste chilien et qui deviendra bientôt membre de son comité central, dénonce la forfaiture. Un ordre d'arrestation est lancé contre lui. C'est dans la clandestinité que le poète achèvera d'écrire le livre qu'il a commencé d'écrire autour de 1940 et auquel il a donné pour titre "Le Chant général".

 

Le vaste cycle des "Odes élémentaires" (1954, 1956, 1957, 1959) s'étend sur quatre livres mais déborde en réalité sur toute la production de cette période. Il se présente comme une sorte de chant général de toutes les choses, des plus humbles aux plus nobles, de tous les aspects de la vie, des plus légers jusqu'aux plus graves. Les odes proprement dites sont plus de deux cents et chacune d'elles traite un thème différent. On y trouve célébrés pêle-mêle le lézard et la cuillère, Arthur Rimbaud et la bicyclette, l'abeille et la tomate, la paresse et l'Océan. Une paire de ciseaux ou même les chaussettes du poète sont jugés dignes par ce dernier de la même ferveur poétique que l'espérance ou la solidarité humaine. Avec un vers raccourci à l'extrême, où chaque mot acquiert le relief et la densité de l'objet, les "Odes" semblent vouloir enserrer dans leur sinueuse calligraphie l'univers tout entier afin de le soumettre à la loi de leur simplicité et de leur transparence. Rien de plus démystificateur que le lyrisme souriant des "Odes élémentaires" : l'inspiration poétique y est désacralisée, quant au mythe têtu du <<poète maudit>>, il fait eau de toutes parts. L'histoire littéraire fournit peu d'exemples d'une poésie aussi consciente et aussi sereine.
Une double circonstance va néanmoins troubler cette sérénité, et être à l'origine, un peu avant la fìn des années cinquante, d'une crise qui aura sur la poésie de Pablo Neruda d'importantes et durables conséquences.

 

1958 : Le retour au chant personnel


Il s'agit de deux événements antérieurs à 1958 mais dont on ne mesure les effets qu'avec la publication à cette date de "Vaguedivague". Le premier est le divorce du poète. Il se sépare en 1955 de celle qui avait été la compagne de ses débuts dans la vie militante, Delia Del Carril, pour épouser Matilde Urrutia, l'inspiratrice des admirables sonnets de "La Centaine d'amour" (1959).
Le second événement est la révélation, faite lors du XX ème  congrès du Parti communiste de l'Union Soviétique, des crimes de Staline. Tout en ne reniant rien de ses convictions communistes (<<Je ne suis pas de ceux qui reviennent de la lumière>>, déclarera-t-il fièrement), Neruda est profondément bouleversé.
Le souvenir de l'erreur stalinienne ne cessera plus désormais d'être présent à l'horizon de la méditation du poète sur l'histoire.
Cette crise de la fin des années cinquante ne saurait certes être comparée à celle de 1936. Les lignes de force de l'univers poétique nérudien demeurent les mêmes : l'exploration passionnée du monde élémentaire se poursuivra dans "Pierres du Chili" (1961) ou dans "Pierres du ciel" (1970), et l'adhésion aux luttes historiques ne se démentira pas, qu'il s'agisse de célébrer la Révolution cubaine "Chanson de Gester 1960" ou de dénoncer ceux qui sont tout à la fois les auteurs du génocide vietnamien et du complot contre le Chili de l'Unité populaire dont il fut pendant deux ans l'ambassadeur en France.

 

Pablo Néruda obtient le Prix Nobel de littérature le 21 Octobre 1971. Après le coup d'Etat du 11septembre 1973 au Chili qui renverse Salvador Allende, sa maison est saccagée et ses livres brûlés ; il meurt le 23 septembre 1973. Suite à des soupçons d'assassinat, le Partie Communiste Chilien a demandé  l'ouverture d'une enquête le 2 juin 2011, pour déterminer les causes de sa mort. L'inhumation de Pablo Neruda devient, malgré la surveillance policière, une manifestation de protestation contre la terreur militaire. (Wikipédia)

 

 
 
 

 

 

 

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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 14:10

 

1888  1965    

 

 

Poète, dramaturge, critique, T.S. Eliot a exercé sur tous ses contemporains une influence décisive. Beaucoup l'ont imité à perte de souffle, certains l'ont obstinément rejeté, mais nul n'est resté insensible à sa voix.

 


Américain de vieille souche  - il naît à Saint Louis, Missouri, le 26 septembre 1888 -  brillant étudiant à Harvard  où il sera assistant en philosophie pendant deux ans, de 1912 à 1914, T.S. Eliot s'imprègne très tôt, non seulement de l'humanisme gréco-latin dont ses pièces s'inspireront largement, mais aussi des grands textes sacrés de l' Inde, les Védas, les Upanishads, la Bhagavad-Gîtâ dont  on trouvera maints échos dans les "Quatre quatuors", et de  "La Divine comédie" de Dante qui hante "La Terre vaine". C'est sur cette toile de fond que va s'inscrire l'oeuvre du poète : << Les jeunes écrivains imitent, les écrivains mûrs pillent >>, confie-t-il.


En 1913, une bourse d'études lui permet de se rendre en Allemagne. A la déclaration de guerre, il se hâte http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1948/eliot.jpgde regagner l'Angleterre et trouve refuge à Menon College (Oxford) ; là, il se consacre à la rédaction de sa thèse sur le philosophe F.H. Bradley. Cette thèse, jamais soutenue, ne sera publiée qu'en 1964 sous le titre "Knowledge and Experience" ; dans un avant-propos, T.S. Eliot tient à préciser qu'il n'est pas sûr de comprendre cette étude conçue 46 ans auparavant. Cependant, les idées et les intuitions du philosophe ne vont cesser de le préoccuper comme en témoigne leur commune méditation sur le thème de l' Absolu.


En 1915, il épouse à Londres une jeune Anglaise, Vivien Haigh  et doit alors sérieusement songer à gagner sa vie : d'abord maitre d'école, il trouve un emploi à la Lloyds Bank en 1917. Ce premier mariage fut un épisode déterminant qui marqua douloureusement  toute la vie du poète : Vivien manifesta bientôt des signes inquiétants de nervosité. En 1921, fortement ébranlé lui aussi, T.S. Eliot va se faire soigner à Lausanne où il parvient à retrouver un équilibre compromis en même temps qu'il compose "La Terre vaine". Le couple devait se séparer en 1932 et Vivien mourra en 1948, dans une clinique psychiatrique.

 

Un second mariage, en 1957, accordera au poète la paix qu'il avait tant cherchée. Les dernières années de sa vie, qu'il partage avec sa seconde femme, Valérie, seront enfin heureuses et lui permettront sans doute de se réconcilier avec lui-même.


Une date importante est associée à deux décisions capitales : en 1927, il devient citoyen britannique et se convertit à l'anglicanisme. Si la première option rappelle la démarche de son illustre contemporain Henry James, la seconde mutation ne va pas manquer d'infléchir le message et la portée de son oeuvre.


En 1948, T.S. Eliot reçoit le Prix Nobel de Littérature. C'est la célébrité. Il ne souhaitait pas que l'on écrivît sa biographie : à ses yeux, seul importe le poème offert au public. Dans un poème écrit en français en 1917, <<Mélange adultère de tout >> - titre emprunté à Tristan Corbière -, n'a-t-il pas résumé pour les curieux tous les événements mémorables de sa carrière jusqu'à cette date ?

 

En Amérique, professeur;
En Angleterre, journaliste ;
C' est à grands pas et en sueur
Que vous suivrez à peine ma piste.
En Yorkshire, conférencier ;
A Londres, un peu banquier,
Vous me paierez bien la tête.
C'est à Paris que je me coiffe
Casque noir de jemenfoutiste.

 

 
T.S. Eliot n'a rien du poète naif. Bien au contraire. Il a médité sur le phénomène poétique, soucieux d'en renouveler les données, conscient à la fois de I'héritage prodigieux transmis par la tradition et de la nécessité de ne point le trahir ; il s'est donc imposé très tôt un trajet singulier, difficile.


Pour lui, le poème consiste à traduire fidèlement les sentiments, les expressions, les images contemporaines. Réceptivité, humilité, abnégation, telles sont les vertus que le poète se doit de cultiver
: << la poésie ne consiste pas à lâcher la bride à I'émotion mais à fuir I'émotion >> car  <<l' l'émotion artistique est impersonnelle >>. La formule frappe par son caractère tranchant, son dogmatisme. En vérité, les meilleurs poèmes de T.S. Eliot vont exprimer une tension majeure qui naît du besoin impérieux d'obéir à un ordre rigoureux en même temps que la texture mélodique laisse percevoir des accents, des élans qui n'appartiennent qu'au seul poète.


Dès 1908, à Harvard, T.S. Eliot découvre deux poètes français qui vont l'aider considérablement à moduler son timbre : Jules Laforgue et Tristan Corbière le fascinent en ce qu'ils apportent des accords nouveaux ou plutôt une certaine discordance bien étrangère aux harmonies baudelairiennes ; avec eux, la surprise, l'insolite, le prosaisme cocasse acquièrent droit de cité : <<La chanson d'amour de J. Alfred Prufrock *>> sera le résultat de cette rencontre. Laforgue et Corbière lui fournissent l'instrument qui lui permet de nuancer son chant comme il l'entend : le mode mineur tord le cou à I'éloquence, tourne le dos au sublime, à l'emphase. Quelle meilleure recette pour tout dire sans en avoir l'air, se livrer sans abandon, parler de soi sans l'avouer, doser la confidence au point de la gommer ? Tous les procédés de la rhétorique sont bons pour détourner l'attention du sujet vers l'objet, innocenter le poète en quelque sorte, faire basculer la réalité poétique de telle sorte que seuls importent désormais les rouages et les révolutions de la précieuse mécanique plutôt que les battements du coeur romantique. Ce qui compte en définitive, c'est moins ce que I'on dit que la façon de le dire.

 

* http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Chanson_d%27amour_de_J._Alfred_Prufrock


Le mode mineur, T.S. Eliot aurait également pu I'entendre dans les austères vibrations si caractéristiques de deux poètes américains qui appartiennent aux dernières décennies du XIXe siècle : Emily Dickinson et Stephen Crane, Mais il a tenu à s'inspirer d'une autre langue, le français, pour bien établir entre lui et la poésie la distance nécessaire entre le créateur et sa création. Créer, c'est toujours se mettre en question et nous savons qu' << ironiser, c'est s'absenter>>, selon le très bel aphorisme du philosophe V. Jankélévitch.

 

Il meurt à Londres le 4 jnvier 1965, suite à un emphysème.

 

 

LAURENT TERZIEFF répond aux questions de Laure Adler à propos de la pièce qu'il joue actuellement "Meurtre dans la cathédrale" de T.S ELIOT. Il parle du texte de cette pièce écrite en vers, contradiction de la foi par rapport à la vérité, texte qui prouve que tout peut être dit par la poésie pure.

 

 

 

 

 

 
 
Un peu d'histoire - 29 décembre 1170 Meurtre dans la cathédrale de Cantorbéry - HERODOTE.NET
 

{C}

Le 29 décembre 1170, l'archevêque Thomas Becket (52 ans) est assassiné dans sa cathédrale de Cantorbéry  pendant qu'il célèbre les vêpres. C'est l'épilogue d'une amitié entre le prêtre et le roi Henri II qui s'est transformée en haine. Une tragédie de théâtre appliquée à l'Histoire !

André Larané.
 
 

 
Un homme de principes
 

Fils d'un marchand de Rouen, Thomas Becket conjugue tous les talents : beauté, intelligence, adresse. Après des études à Paris, il entre au service de Théobald, archevêque de Cantorbéry et primat d'Angleterre. Celui-ci lui confie la charge d'archidiacre.

Thomas Becket devient le chancelier et l'ami du roi Henri II Plantagenêt dès l'avènement de celui-ci sur le trône d'Angleterre. Il se montre administrateur efficace et bon courtisan. Il partage les plaisirs du roi, part avec lui faire la guerre en Aquitaine et ne se prive pas de taxer les abbayes pour couvrir les besoins de la cour.

Lorsque meurt Théobald en 1162, Henri II croit habile de confier l'archevêché de Cantorbéry à son ami. Il espère avoir de la sorte un interlocuteur complaisant à la tête du clergé anglais. Mal lui en prend. Thomas Becket change très vite de manière et prend sa nouvelle tâche à coeur. Il abandonne sa charge de chancelier et, dès le synode de Westminster, en octobre 1163, s'oppose publiquement à son ancien ami qui veut lever des taxes sur les terres d'Église et soumettre les ecclésiastiques à sa juridiction.

 

Le roi promulgue à cet effet les Constitutions de Clarendon. Celles-ci placent l'Église anglaise sous l'autorité du trône. On peut lire par exemple : «Les clercs, lorsqu'ils auront été convoqués devant un tribunal du roi, devront se rendre à son tribunal et aussi au tribunal ecclésiastique. Et si un clerc a été convaincu ou s'il a avoué, l'Eglise n'a plus le droit de le protéger.
Les archevêques, les évêques et toutes les personnes dans le royaume qui sont vassaux directs du roi tiennent leurs possessions du seigneur roi en baronie et doivent en rendre compte aux fonctionnaires et aux officiers du roi...
Et si l'archevêque ne rend pas bonne justice, l'appel doit venir en dernier ressort au roi et il ne doit pas aller plus loin sans l'autorisation du seigneur roi.»

 

 

Thomas Becket accepte dans un premier temps les Constitutions puis se rétracte à la demande du pape Alexandre III.

Sommé de comparaître devant une assemblée de barons, l'archevêque prend la poudre d'escampette. Il traverse la Manche et se réfugie à l'abbaye de Saint-Colombe, à Sens, sous la protection du roi de France et du pape. Son séjour sur le Continent se prolonge pendant six ans.

Enfin, sur la foi d'une promesse de réconciliation d'Henri II, qui le rencontre à Fréteval, en France, il consent à revenir en Angleterre.

Mais les querelles reprennent de plus belle. Un jour, comme l'archevêque a excommunié tous les évêques qui ont pris le parti du roi, celui-ci s'écrie : «Eh ! quoi, parmi tous ces lâches que je nourris, aucun n'est donc capable de me venger de ce misérable clerc !» Quatre chevaliers ne se le font pas dire deux fois et courent à la cathédrale faire ce qu'ils croient être leur devoir.

 

Repentance
 

Devant le scandale national et international que soulève le crime, Henri II abroge les Constitutions de Clarendon et fait amende honorable. Il se rend devant la châsse de l'archevêque, à Cantorbéry, et y passe un jour et une nuit en prière. Puis, devant les 70 moines du chapitre de la cathédrale, il se dépouille de ses vêtements et se fait fouetter. Il reçoit enfin l'absolution. Comme, le même jour, ses troupes triomphent des Écossais, ses sujets estiment que Dieu l'a effectivement absous.

La châsse du saint archevêque  martyr  vaut à Cantorbéry de devenir pendant un temps une destination de pèlerinage aussi prisée que Compostelle.

 

Deux auteurs modernes ont rendu vie à cette histoire. Il s'agit de Thomas Eliot (Meurtre dans la cathédrale) et Jean Anouilh (Becket).

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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 14:03

 

1888  1948

 

 

Écrivain français, Louis - Émile - Clément -Georges Bernanos né le 20 février 1888 à Paris. Il  a commencé par l'action, à laquelle il s'est donné sans retenue, comme <<un homme entier>> qu'il était. Journaliste, militant d' Action Française, il constate, pendant la guerre de 1914, la vanité d'un héroïsme qui, finalement, ne profitera qu'aux compromissions des hommes politiques. Ce militant de l'Absolu est alors proche du désespoir et son premier roman, "Sous le Soleil de Satan" *(1926), témoigne de son désarroi, sans toutefois présenter le triomphe de Satan comme inéluctable. La satire d'une société rongée par le mensonge sera tout aussi violente dans "L' Imposture" (1927) et "La Joie" (1929), mais là encore, la sainteté finit par triompher.

 

* http://fr.wikipedia.org/wiki/Sous_le_soleil_de_Satan


Après 1930, sous la pression des événements, en particulier d'un accident qui le laisse infirme, Bernanos  http://www.google.fr/url?source=imglanding&ct=img&q=http://www.communique-de-presse-gratuit.com/wp-content/uploads/bernanoscom-216x300.jpg&sa=X&ei=i-yrTrujMIKW8gOzuI2pCw&ved=0CAsQ8wc4IQ&usg=AFQjCNFljFEW4aF4D9UCG6tM6D2ZS2yoTAreprend une activité de polémiste : l'horreur d'une société matérialiste, "La Grande peur des bien-pensants" (1931)  ; de la férocité franquiste, "Les Grands cimetières sous la lune" (1938) ; puis, pendant la guerre, l'imposture de Vichy, "Lettre aux Anglais" (1941), les dangers de la société et de la civilisation modernes, "La France contre les robots" (1947), lui inspirent des pages lucides et apocalyptiques. Il n'a pourtant pas renoncé au roman : vivant à Palma de Majorque, puis, après 1938, au Brésil, il écrit son chef-d'oeuvre, le "Journal d'un curé de campagne" (1936), récit du tourment spirituel d'un jeune prêtre, mû par la plus totale charité et décidé à porter le fer et le feu dans l'âme d'une révoltée, pour assurer sa rédemption. Des romans de caractère plus narratif et vaguement << policier >>,  "Un crime" (1935), "Nouvelle histoire de Mouchette" (1937), ont pour objectif de dénoncer, sous une autre forme, le mensonge, l'injustice, et, ce qui est le pire des maux pour lui, l'indifférence au salut : "Monsieur Ouine" (1943-1946).

 

Peu de temps avant sa mort, le 5 juillet 1948 à  Neuilly sur Seine, Bernanos acheva le scénario des "Dialogues des carmélites" (1949) dans lequel, encore une fois, il dépeint avec une sobre grandeur l'ascension religieuse d'une âme noble et pure. Écrivain exigeant, généreux et inquiet, passionné jusqu'à la violence, Bernanos trouve son unité dans un combat de tous les jours pour << l'honneur chrétien>>. Fidèle à "l' esprit d'enfance", dont il apprécie l'exigence d'idéal, attentif à la grandeur de la pauvreté, conscient que l'homme, comme Jésus, doit passer par les sueurs de l'angoisse, Bernanos a la fougue d'un visionnaire et sa véhémence pourrait sembler intolérance si, derrière la violence et les ambiguïtés de l'oeuvre, ne se dessinaient la tendresse et les tourments d'un homme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 13:46

 

1897   1982

 

 

<< Ce que je sais,  je l'ai appris à mes dépens >>


Louis Aragon (Louis Andrieux) naquit à Neuilly sur Seine le 3 octobre 1897. Sa mère, célibataire, le faisait  passer pour son jeune frère ; l'enfant grandit dans cette complicité affectueuse, entouré d'attentions féminines (sa grand-mère, des tantes, les étrangères qui étaient les hôtes de la pension de famille que dirigeait sa mère) ; il fréquentait à l'école, à Neuilly, des camarades d'un autre milieu social que le sien. Dans ce climat moral difficile, s'exaspéraient sa timidité et son amour-propre, s'enracinaient ses révoltes, ses désespoirs, ses enthousiasmes. Lisant passionnément, il faisait en cachette l'apprentissage de l'écriture pour fixer ses "secrets"  : de six à neuf ans, il écrivit soixante "romans".


Sa vie d'homme s'ouvre sur la double expérience de la guerre et du surréalisme. Il doit interrompre, en 1917, des études de médecine. Mobilisé à l'hôpital du Val-de-Grâce, il fait la connaissance de Breton. Il écrit http://www.google.fr/url?source=imglanding&ct=img&q=http://www.actechanson.fr/wp-content/upload/louis_aragon_image_1.jpg&sa=X&ei=PSmgTtSTEtTN4QTYzK38BA&ved=0CAsQ8wc&usg=AFQjCNHmaPWI4IRpO_v5MujocFqMv6mAAwalors dans des revues d'avant-garde, fonde, avec Breton et Soupault, la revue << Littérature >>, publie, en 1920, son premier recueil de poèmes (Feu de joie), et son premier roman (Anicet). Il renonce définitivement à la médecine pour se consacrer à la littérature, travaille comme secrétaire du directeur de théâtre Jacques Hébertot et pour le compte du couturier et mécène Jacques Doucet.  Il participe aux manifestations, aux spectacles-provocations du groupe Dada*, puis, après la rupture avec Tzara**, aux activités - poétiques et politiques - surréalistes. Mais il garde son indépendance à l'égard de Breton*** avec des textes comme "Une vague de rêves" (1924), "Le Paysan de Paris" (1926), "Traité du style" (1928). En 1927 il adhère au Parti Communiste français; en novembre 1928, il rencontre Elsa Triolet**** : ces deux événements déterminent son avenir de militant politique et d'écrivain.

* http://fr.wikipedia.org/wiki/Dada   ** http://fr.wikipedia.org/wiki/Tristan_Tzara

*** http://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Breton

****http://fr.wikipedia.org/wiki/Elsa_Triolet

 

Les ruptures ne sont pas des reniements. Aragon se sépare des surréalistes en 1931; l'<<.Affaire>> éclate à propos de l'inculpation de "Front rouge* " par l'autorité militaire, mais les divergences avec Breton portent sur la fonction de la poésie et les moyens de la révolution. Cependant, Aragon restera fidèle à ses convictions surréalistes : il les prolongera sous d'autres formes.

 

*http://blogs.mediapart.fr/edition/les-mains-dans-les-poches/article/070509/front-rouge


Plusieurs voyages en U.R.S.S., dont un de six mois, lui font connaître directement la réalité soviétique. Il devient journaliste d'information à <<L'Humanité >> (février 1933 - mai 1934), fonde avec P. Vaillant-Couturier la revue << Commune>>, est secrétaire de la section française de l'Association Internationale des Écrivains, milite en faveur des républicains espagnols et contre les menées fascistes en France, dirige, de 1937 à 1939, le quotidien <<Ce Soir >>. Dans le domaine de la production littéraire, il ouvre, avec "Les Cloches de Bâle"  (1934), le cycle du  <<monde réel>>.

 

Mobilisé en 1939, Aragon connaît la débâcle de Dunkerque, la campagne de France. Après l'armistice, il forme avec P. Seghers des projets de résistance, prend contact avec le Parti Communiste clandestin, participe à la lutte, en zone sud. Poèmes, articles, tracts, pamphlets, signés de son nom ou de pseudonymes (François la Colère), ont alors pour thèmes dominants l'amour d'Elsa et la résistance à l'occupation. Simultanément, se poursuit la rédaction du <<Monde réel>>  -   Sur le modèle de Balzac et de Zola, Aragon entame alors un grand cycle romanesque : http://www.universalis.fr/encyclopedie/louis-aragon/2-le-cycle-du-monde-reel/


A la Libération - temps des enthousiasmes, des espoirs et des occasions manquées -, Aragon devient directeur de  << Ce Soir>> (1944,  1947-1953), puis des << Lettres françaises>> ; il entre en 1950 au Comité central du Parti Communiste. Il prend position sans réserve, comme journaliste, comme communiste, comme écrivain, dans toutes les crises que traversent la France et le monde : guerres d'lndochine et d' Algérie, expansion américaine, guerre froide, guerre de Corée, affaire de Cuba, déstalinisation, révolte et répression en Hongrie, invasion de la Tchécoslovaquie, révolution chinoise... Ces événements provoquent des conflits dans les milieux intellectuels (avec les existentialistes notamment), des remises en question à l'intérieur du Parti Communiste : Aragon connait des doutes et des déchirements dont les oeuvres de cette époque sont l'écho. 


L'itinéraire d' Aragon, au fil des années, oeuvre après oeuvre, a pu s'interpréter comme une suite d'adhésions contradictoires justifiées après coup. Mais à distance, il s'agit bien plutôt d'une quête de tous les possibles dans la fidélité à soi-même : << J'ai toute ma vie appris pour devenir l'homme que je suis, mais je n'ai pas pour autant oublié l'homme que j'ai été, ou, à plus exactement parler, les hommes que j'ai été. >>

 

 Le mouvement perpétuel 


L'oeuvre d' Aragon, abondante et diverse (poèmes, récits, critique littéraire et artistique, pamphlets, journalisme politique), témoigne d'une curiosité toujours à l'affût, d'une culture polymorphe, d'une puissance de travail peu commune, d'une imagination de l'insolite. On l'a comparé à Victor Hugo. On a aussi parlé, non sans malice, de virtuosité. Pourtant, dans le kaléidoscope des images, le tourbillon des formes et les métamorphoses de l'écriture, transparaît l'unité d'un projet : affronter l'assaut des choses, méditer sur le moi, l'amour, la culture, le destin des hommes. << Je n'écris pas tellement pour faire un nouveau livre ; j'écris bien plus pour faire oublier les livres que j'ai écrits>>, confiait Aragon à Fr. Crémieux. Chaque oeuvre peut être lue en effet comme étape d'une recherche et dépassement des oeuvres qui l'ont précédée. Cependant, on peut, du surréalisme au  <<réalisme de l'âme >>, distinguer des cycles dans sa production littéraire.


Dada et le surréalisme. Aragon fut dadaiste et surréaliste avec passion. Par besoin exacerbé de s'affirmer, il n'évita pas alors une certaine surenchère. Dans les poèmes, les récits et les essais de cette époque, il cultive le paradoxe ; son écriture est éblouissante. "Feu de joie"  et  "Le Mouvement perpétuel" mêlent les pastiches de la poésie traditionnelle aux textes automatiques ; "Une vaque de rêves"  est un manifeste du surréalisme avant la lettre ;  "le Traité du style" et  "La Peinture au défi"  composent les deux volets d'une << anti-poétique >> ; "Anicet" et "Le Paysan de Paris"  sont des <<anti-romans>>. 

 

Le monde réel. Le cycle du  <<monde réel>> comporte cinq  romans  écrits de 1934 à 1951 ; c'est une fresque de la société française de 1889 à 1940 ; on y voit l'hégémonie incontestée de la bourgeoisie sombrer dans deux guerres mondiales. L'unité thématique de ces récits est une méditation sur I'amour, son pouvoir dans I'action sociale, sa perversion par I'argent, sa rédemption par la foi dans le bonheur et I'avenir. Ce << cycle >> pose toute la question du réalisme : Aragon récuse la théorie du << reflet >> ; il pense que le romancier n'a pas à calquer ce qui existe, mais à créer une réalité, à inventer l'avenir : <<Je tiens le roman pour un langage qui ne dit pas seulement ce qu'il dit (l'anecdote, les personnages), mais autre chose encore [...]. C'est cet au-delà qui m'est précieux >>.


La poésie de combat. De 1940 à 1945, légalement ou clandestinement, Aragon publie des poèmes (qu'il regroupe ensuite en recueils) où il peint la stupeur de la défaite, les misères de l'occupation, puis la colère, le refus de la servitude, la résistance qui s'organise, la lutte de I'armée des ombres, l'atrocité des représailles, les arrestations, les tortures, les exécutions, l'espoir au coeur des combattants. On suit au fil des poèmes toute I'histoire des années sombres. Pour Aragon, la poésie est un mode d'action ; elle doit s'engager : <<Mon chant ne se peut refuser d'être; parce qu'il est une arme lui aussi pour I'homme désarmé.>>.

 

Ce qui caractérise cette poésie de combat - Le Crève-coeur (1941), Les Yeux d'Elsa (1942), Brocéliande (1942), En français dans le texte (1943), Le Musèe Grèvin (1943), La Diane française (1945) -, c'est un retour à la tradition. Aragon reprend les grands thèmes de la poésie du passé, évoque les héros des légendes (Merlin, Brocéliande, Lancelot...) et les figures de la résistance nationale (Du Guesclin, Jeanne d'Arc); ces images, aux heures de détresse et de doute, avaient une efficacité directe ; elles témoignaient d'une permanence de la France et de son histoire. Aragon utilise des formes et des rythmes traditionnels ; il ne se borne pas à l'imitation pure ; sans rompre avec la continuité historique, il prend des libertés avec la prosodie - étude des phénomènes de l'accentuation et de l'intonation (variation de hauteur, de durée et d'intensité) permettant de véhiculer de l'information liée au sens telle que la mise en relief, mais aussi l'assertion, l'interrogation, l'injonction, l'exclamation - . Cette écriture éveille le souvenir de vers connus, familiers ; entre 1940 et 1945, ces vers donnaient aux lecteurs la conviction réconfortante d'une survie du <<génie de la France>>.


A la libération, une polémique éclata entre les poètes combattants publiant un recueil collectif, "L' Honneur des poètes" , et Benjamin Péret, condamnant, dans  "Le Déshonneur des poètes", l'usage qu'ils avaient fait de la poésie. Les arguments et les positions prises alors dépassent les circonstances de l'époque et posent le problème général des fonctions de la poésie et des formes d'un art révolutionnaire.


Le cycle d'EIsa. En novembre 1928, Aragon fait la connaissance d'Elsa Triolet. Et du "Crève coeur" (1941) aux "Chambres" (1969), tous les recueils poétiques sont, à quelque degré, une célébration d'Elsa. Il évoque leur rencontre, au moment du pire désarroi, après une tentative de suicide, comme une seconde naissance :


Tu m'as trouvé comme un caillou que l'on ramasse sur la plage.
Comme un bizarre objet perdu dont nul ne peut dire l'usage.

 

Il  fait d'Elsa l'inspiratrice de son action politique et de sa création littéraire. Il peint ses sentiments au fil des années : une passion à la fois idéalisée et sensuelle sur laquelle l'usure du temps n'a pas de prise ; un amour tourmenté, exclusif, jaloux jusqu'au désespoir; l'angoisse de la vieillesse ; l'intolérable certitude d'être voué au néant.
En même temps il instaure une <<religion de l'amour>>, imagine l'amour de la femme comme source de tout espoir, de toute action, de tout avenir. Il présente le couple qu'il forme avec Elsa - et qui fait songer à d'autres couples : Abélard et Héloise, Dante et Béatrice, Victor Hugo et Juliette Drouet... Tristan et Yseut - comme une communauté parfaite qui réalise et symbolise la totalité de la société future.


Une pratique théorique. Ce qui fait l'unité des derniers récits d' Aragon, de "La Semaine sainte"  à "Théâtre  / roman", c'est leur caractère de pratique théorique : ce sont des textes à la fois expérimentaux et réflexifs : Aragon s'interroge, à travers le récit lui-même, sur la nature et la fonction de l'écriture, sur les jeux de l'histoire et de la fiction, sur le <<réalisme>>, sur le sujet élocuteur, sur le rapport de l'écrivain à son oeuvre et à ses lecteurs. Parallèlement, au cours de cette période, des essais sur la littérature et la peinture élaborent la théorie du texte dont les << romans>> miment la pratique. Un résumé réduit forcément le sens de ces récits, masque leur polysémie -  La polysémie désigne un mot qui a plusieurs sens (ainsi, le verbe louer est polysémique : selon le contexte, il peut avoir le sens de « donner en location » et « vanter les mérites de quelqu’un -  pourtant, leur trame narrative met en scène la problématique qu'ils développent.

 

 

 

 

 
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24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 13:00

1879   1974

 

A trente-deux ans, Henry de Monfreid abandonne le commerce qui le retient à Djibouti et fait l'acquisition d'un voilier. Accompagné de deux matelots et d'un mousse, il embarque pour de périlleuses aventures.

 

Henry de Monfreid est né à La Franqui dans l'Aude, le 14 novembre 1879. Il est le fils de George-Daniel, peintre, graveur et collectionneur d'art, et  d'Amélie dite  Marie-Emilie Bertrand.

 

Enfant il a côtoyé Henri Matisse et Paul Gauguin, amis de son père. Il entame des études d'ingénieur, échoue et vit de petits boulots (chauffeur de maître, colporteur...), Cloué au lit plusieurs mois suite à une maladie -la fièvre de Malte -, il décide de changer de vie et de partir à l'aventure.

 

http://www.google.fr/url?source=imglanding&ct=img&q=http://www.tourisme-montmorillon.fr/img/205_monfreid.jpg&sa=X&ei=kCOcTpxQw_jhBOTX_a4G&ved=0CAwQ8wc&usg=AFQjCNF3yJZjLVu1fGls02EYNervIkKuDQEn 1911, il part pour Djibouti comme commis faire le négoce du café et des peaux. Par la suite il entame une vie de contrebandier, se convertit à l'islam en 1914, vit de différents trafics, perles, armes, haschisch. Pendant la  première guerre mondiale, les autorités françaises lui demandent d'espionner les positions Turques au- delà de la Mer Rouge en prenant des photographies. Après la guerre il s'installe à Obock, puis en Ethiopie.

 

Par la suite il rencontre Joseph Kessel qui l'incite à écrire ses aventures - "Les secrets de la Mer Rouge" en 1931, ses romans remportent un franc succès, il devient également correspondant de presse.

 

Peu avant la seconde guerre, il sert les Italiens pour leur conquête de l'Ethiopie en 1935. Il rejoint les troupes Italiennes, participe à quelques missions aériennes sur le territoire éthiopien, et manque d'être blessé en vol  - "Les Guerriers de l'Ogaden"  - en 1935. Il retourne en Ethiopie, suit la débâcle de l'armée du Duce,  il est capturé par les  Britanniques et déporté au Kenya. Libéré, il vit de chasse et de pêche sur les pentes du  Mont Kenya, relate ses aventures dans un livre "Du Harrar du Kenya"

 

En 1947, il retourne en France et s'installe à Ingrandes dans l'Indre, où il peint, joue du piano, mais surtout écrit. Il décède en 1974, à 95 ans.

 

(source Wikipédia)

 

Site officiel d'Henry de Monfreid :

 

http://www.henrydemonfreid.com/Chronologie/chrono_detail.htm

 

 

Les Secrets de la Mer Rouge
 
<< Mais, qu'est-ce que l'Aventure ? Un accident que j'ai toujours cherché à éviter. Beaucoup de jeunes qui se disent écoeurés d'une vie trop monotone me demandent où peut encore se trouver l'Aventure ? Mais c'est en nous-mêmes qu'elle est, l'Aventure...>>
(Ma vie d'aventures)  Henry de Monfreid
 
L'infatigable homme des mers

L' audace et I'originaIité du jeune Français ne plaisent guère à Djibouti. Le terrible gouverneur Pascal ne lui laisse pas une grande marge de manoeuvre, faisant épier tous ses faits et gestes. Difficile d'enfreindre les consignes de ce despote, d'autant que l'employeur de notre homme est son ami intime. Monfreid ne s'en laisse pas conter. Il démissionne de son emploi de négociant en cuirs et en café pour tenter l'aventure des perles ; une mission officieuse hâtera son départ ; il doit reconnaître Cheik-Saïd, territoire francais occupé par les Turcs. Commence
alors une formidable course au trésor, au cours de laquelle l'auteur rencontre des personnages de légende, tel Saïd Aly, détenteur des plus belles perles de la mer Rouge, qui révélera à Monfreid le secret de l'eau de pluie. Tout naturellement, la recherche des huîtres amène vite notre héros au commerce des armes. Mais la Première Guerre mondiale éclate ; les Anglais accusent Djibouti d' armer les Arabes. Il faut un coupable. Les autorités voient en Monfreid le moyen de détourner l'attention et de couvrir par là même les institutions officielles. Pour l'aventurier, ce sera la prison puis l'exil. Sur le navire qui le rapatrie parmi les indigènes mobilisés, le Seigneur de la mer Rouge, avec seulement une petite valise, pense déjà à son retour.

Un écrivain-aventurier

Malgré une vie aventureuse, Henry de Monfreid vécut presque centenaire. Pourvu d'un réel talent de conteur, il passionna plusieurs générations de lecteurs avec le récit de ses aventures dans la région du golfe Persique ou en Afrique orientaIe. Ses livres, écrits dans un style fluide et viril qui fait fi des conventions littéraires, exaltent l'intrépidité, le goût du danger et les émotions fortes. Il fait partie de cette race d'écrivains-aventuriers, tels London ou Kessel, pour qui écrire, c'est avant tout retranscrire une vie pleine d'action.
 
Extraits :
 
Le palmier

Que de fois j' ai eu recours à cet arbre providentiel ; on enfonce un couteau dans le tronc ; on tète ensuite, à même la blessure cette sève saumâtre et fade quand elle n' est pas fermentée  ; elle désaltère faute de mieux.
Le fruit est une grosse pomme brune, la chair n'a qu'un demi centimètre d'épaisseur, filandreuse et douceâtre  ; on peut à la rigueur, la sucer. Mais c' est le noyau, gros comme un oeuf et dur comme de l' ivoire qui a le plus de valeur  ; il sert à faire des boutons, dits de coroso  ; c' est le principal commerce de cette cðte. La feuille, appelée << tafi >>, donne toutes les nattes, tapis, sacs d' emballage employés depuis Port-Soudan jusqu' à Zanzibar. Les Danakil et les Somalis en tissent des objets d' ornement tels que des tapis de prière, corbeilles, etc. Enfin, le tronc, quand on lui a tout pris, fruits, feuilles et sève, sert à faire des poutres et des chevrons.
C' est pour un arbre une belle carrière de servitude !
                     
                                   ****
 
L'art de refermer une plaie

Le patient ferme les yeux, on dirait qu' il se replie en lui-même pour abandonner son corps privé de sentiment.
L' opérateur, d' un geste très simple, dégaine la lame brillante de sa djembia, ce grand poignard à lame plate, large comme la  main, longue de trente centimètres et légèrement recourbée. II vérifie du  pouce le tranchant et affûte la lame sur sa cuisse nue. II plonge ses mains et le coutelas dans le beurre fondu. Puis, avec une cuiller de bois, il arrose la plaie avec cette graisse brûlante. Le patient fait entendre un grognement bref, étouffé, et son corps se raidit ; il sait que la torture va commencer. Alors, avec la pointe de cet énorme coutelas, avec une dextérité remarquable, il entaille le ventre sur une longueur de quinze centimètres. Le sang afflue  ; aussitôt il répand du beurre chaud pour l' étancher.
La djembia entre les dents, il plonge la main toute luisante de beurre dans cette plaie saignante, comme un boucher qui va  étriper un mouton.
J' ai un vertige et je dois m'asseoir pour ne pas perdre l'équilibre. Sans se presser, il fait un signe, à un de ses aides qui retire avec une paille les termites de la bouteille, et les lui présente.
Un viscère blanchâtre a été amené au niveau de la plaie. Le deuxième aide le saisit entre ses doigts ; c'est l'estomac déchiré par le coup de lance ; l'aide tient réunies les deux lèvres de cette déchirure. Le sorcier prend alors délicatement, par le ventre, les termites qu'on lui présente. Je vois au bout de ses doigts, tout rouges de sang, les mandibules arquées de l'insecte, ouvertes, prêtes à mordre. II présente à ces pinces naturelles les deux peaux à réunir ; l' insecte mord, et aussitôt le sorcier lui coupe le ventre et le corselet, d' un coup d' ongle.
La tête reste fichée  ; c' est le premier point de suture ;  il en place ainsi une vingtaine tout le long de la déchirure de l' estomac.
Grasset  1984
 
Notes :
 

  <<Ce qu'on pourrait appeler mon oeuvre littéraire n'est autre que le récit de ma vie, écrit au jour le jour dans un présent absolu où les phases de mon existence se succèdent dans une apparente indépendance, comme autour d'un centre instantané de rotation. Aujourd'hui, en regardant derrière moi mon sillage, ce sillage où j'ai fixé par le pinceau ou la plume ces images éphémères, je leur découvre un sens dans une continuité qui en fait la raison d' être de ma vie, en expliquant ce que je fus et ce que je suis, tout au moins ce que je voudrais être. Peut-être ces amis inconnus, mes lecteurs, qui m' ont accompagné dans ma vie errante, mes aventures, comme on se plaît à dire, peut-être ces fidèles compagnons de voyage comprendront-ils  mieux celui qu'ils aiment parce qu' ils aiment l' Aventure. >>

 

-Henry de Monfreid, Ma Vie d'aventures, Laffont

 
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24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 12:48

 

1910 - 2007

 

 

http://www.google.fr/url?source=imglanding&ct=img&q=http://www.jose-corti.fr/Images/photosauteurs/domainefrancais/gracq-dekiss-GF.gif&sa=X&ei=SkqQTtq9MMmy8QP1h6gK&ved=0CAkQ8wc&usg=AFQjCNFH6LHVwitIQn5T-GDlPlzYFSIXYQ

 

 

Louis Poirier dit Julien Gracq, né  le 27 juillet 1910 à Saint Florent-le-Vieil  (Maine et Loire), romancier français, a donné au surréalisme un prolongement romanesque, en créant un milieu <<où baignent gens et choses et qui transmet les vibrations dans tous les sens>> .

 

Biographie sur Wikipédia :

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Julien_Gracq

 

Plus que de raconter une histoire. ce que Gracq tente de faire dans Le Rivage des Syrtes, c' est de suggérer un univers étrange. D' où un goût du détail, des descriptions précises de l' état intérieur du héros, ainsi que certaines lenteurs, très étudiées dans le mouvement même du récit.

 

Le lecteur apprend, à l' aide de quelques indices discrets, qu' au Farghestan aussi, l' idée de guerre s' est soudain rallumée. En insinuant par ce moyen qu' on a affaire à deux "frères ennemis", Gracq peut développer le thème du double qui lui est très cher

 

 

"Un jeune officier, éxécutant malgré lui la volonté de son peuple, provoque une guerre qui détruira sa patrie".

 

L'héritage du surréalisme


Julien Gracq fut témoin, dans son adolescence, de la tornade littéraire française la plus violente du XXème siècle : l'émergence du surréalisme. En 1924, quand André Breton donne au mouvement surréaliste son http://ecx.images-amazon.com/images/I/31BH817EB9L._SS500_.jpgimpulsion décisive, Gracq a quatorze ans : l'âge de toutes les influences. Pourtant, ce normalien de talent sut s'extraire - au moins partiellement - de la "pieuvre" surréaliste, et produire un art tout à fait original, dont  "Le Rivage des Syrtes", couronné par le prix Goncourt en 1951, fut l' expression la plus réussie. Mais Gracq, soucieux de dissocier sa personne de l'écrivain, refusa de recevoir le prix.

 

Dans un monde figé, l'attente d'un événement

 

La seigneurie d'Orsenna est un vieil empire figé et déclinant, vivant seulement de sa gloire passée. Sa torpeur est à l'image de la guerre qu'elle livre depuis trois cents ans au Farghestan, pays situé sur l'autre rive de la mer des Syrtes. Les deux belligérants, en effet, s'ignorent depuis longtemps, et aucun ne semble pressé de reprendre un conflit qui n'existe plus que dans les archives. Mais voilà que, pour des raisons mystérieuses, on se remet à parler avec passion du Farghestan, dans le peuple et même dans les milieux cultivés d'Orsenna. C'est comme si toute une nation s'enflammait soudainement pour secouer son inertie. Aldo, jeune officier dépêché sur le rivage des Syrtes, va servir malgré lui d'instrument à ce brusque réveil. Gagné par l'exaltation quasi mystique qui souffle dans son entourage à propos du Farghestan, et entraîné lui-même par une irrésistible impulsion, il commet l'irréparable : une nuit, alors qu'il commande une patrouille côtière, il décide de se rendre en terre ennemie, où il essuie trois coups de canon. Cet incident diplomatique sera le prétexte à la reprise de la guerre, que le Farghestan semblait souhaiter aussi ardemment que la seigneurie d'Orsenna, et qui, selon toute vraisemblance, anéantira cette dernière.

 

Extraits :

 

Le malaise où je m' étais trouvé plongé se dissipait mal. Au sortir de ce sommeil bref, il me semblait retrouver la pièce inexplicablement changée. Dans un soudain retour de peur panique, sous mon regard bien réveillé, les murs de la salle continuaient à bouger légèrement, comme si le songe eût résisté à crouler autour de cette chambre mal défendue. A une fraîcheur aux épaules, je sentais que le vent léger où s' était engouffrée la pièce n' avait pas cessé de souffler, et je devinais soudain que les ombres dansantes oscillaient sur les murs avec la flamme même de ma lanterne, et que la porte derrière moi s' était depuis quelques secondes ouverte sans bruit. Je me retournai tout d' une pièce et sursautai en froissant de ma joue la robe d'une femme. Un rire léger et musical éclata dans le noir, qui me rejeta à la mer, me roula dans une dernière vague de songe. Je crispai les mains sur la robe, et relevai les yeux sur le visage noyé dans  l'ombre. Vanessa était devant moi.


                        ****
- Le Tängri ! dit doucement Fabrizio pâle comme la cire, en enfonçant ses ongles dans mon poignet, comme devant une de ces puissances très rares dont le nom est prière, et qu'il est permis seulement de reconnaître et de nommer. - Droit dessus ! Plus près ! lui murmurai-je à l' oreille d' une voix qui résonna étrangement gutturale et dure. Mais Fabrizio ne songeait pas à virer de bord. Il était trop tard maintenant - plus tard que tout. Un charme nous plaquait déjà à cette montagne aimantée. Une attente extraordinaire,
illuminée, la certitude qu' allait tomber le dernier voile suspendait ces minutes hagardes. De tous nos nerfs tendus, la flèche noire du navire volait vers le géant illuminé.(...) Soudain, à notre droite, du côté de Rhages, le rivage vibra du cillement précipité de plusieurs éclairs de chaleur. Un froissement lourd et musical déchira l' air au-dessus du navire, et,  éveillant le tonnerre caverneux des vallées de montagne, on entendit se répercuter trois coups de canon.

 

 

 


 


 

 

 

 

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Divers personnages....


DANTE


                                                                                                      Béatrice Portinari









Dante par Giotto








Première page de la Divine Comédie













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SOPHOCLE



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                                                                                                       Antigone




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Philotecte abandonné par les Grecs







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Sophocle  Bas relief en marbre









Sophocle




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Pythagore



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Le Banquet manuscrit sur papyrus.






Platon par Raphaël





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ARISTOTE





Aristote par Raphaël




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Aristote sur une fresque murale à Rome




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Alexandre à une bataille






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Alexandre combattant un lion







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Bronze - Alexandre









Buste d'Alexandre le Grand







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Alexandre et Aristote





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Enluminure "Chanson de Roland"










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Mort de Roland à Ronceveaux
















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Charlemagne et le Pape Adrien I






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Charlemagne et son fils Louis le Pieux






RUTEBOEUF

                            



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Ruteboeuf par Clément Marot

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