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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 15:45

On a souvent contesté qu'il puisse exister un roman historique. Car, dit-on, ou tout est vrai dans l'oeuvre ainsi baptisée, et ce n'est plus du roman, ou il y entre une part de fiction et elle n'est plus historique. Sans doute devrait-on parler, de manière plus précise, selon les cas, de roman sur un sujet historique ou l'histoire romancée. Mais  l'usage a imposé la formule. Dans les faits, elle s'applique à deux niveaux  différents ; au plan général, au niveau de ce qu'on peut appeler un macro-genre, elle sert à désigner tout roman qui affiche ou entretient des rapports plus ou moins étroits avec l'histoire, et on en trouve à toutes les époques de l'histoire littéraire ; d'un point de vue plus particulier, au niveau de ce qu'on peut appeler un micro-genre, l'expression désigne, avec plus de justesse, une formule romanesque qui connut  une vogue extraordinaire de 1815 à 1835, à la suite du succès européen des romans de Walter Scott. Ce roman historique de l'époque romantique a donné naissance à des oeuvres remarquables dans toutes les littératures, et a fortement marqué l' historien du roman européen. Nous nous bornerons ici  à voir rapidement l'oeuvre de trois auteurs qui illustrent de façon exemplaire, les possibilités, les limites et l'apport du roman historique au XIX ème siècle : Walter Scott, Alexandre Manzoni, Alexandre Dumas.

Walter Scott (1771-1832)

Walter Scott est né le 15 août 1771 à Edimbourg. Des problèmes de santé - une paralysie partielle qui le laissa boiteux - lui valent une enfance et une adolescence où de larges séjours de repos, qu'il consacre à des lectures variées, alternent avec des périodes d'études qu'il mène consciencieusement. En juin 1792, il devient avocat, mais la littérature l'attire davantage. Il réalise quelques traductions, puis de 1800 à 1813 il se fait un nom comme poète avec "Le Lai du dernier ménestrel" (1805) "Marmion" (1808), "La Dame du lac" (1810) : il s'y montre particulièrement sensible aux moeurs et aux traditions de l'Écosse. Puis sans renoncer absolument à la poésie, il se consacre à une production romanesque. Ses premiers romam "Waverley" (1814), "Guy Mannering" (1815), "L'Antiquaire" (1816), et trois séries de Contes de mon hôte (1816 -1819)  parmi lesquels "Les Puritains d'Écosse", "La Prison d'Edimbourg", "La Fiancée de Lamermoor", traitent essentiellement de sujets écossais et connaissent un grand succès. Le romancier, qui se cache encore sous divers pseudonymes (il ne s'avouera publiquement l'auteur de ses oeuvres romanesque qu'en 1827), entreprend alors de démontrer que la formule romanesque qu'il a élaborée peut s'appliquer à d'autres sujets que l'évocation des moeurs de  son pays natal. "Ivanhoé" (1819), dont le sujet est pris dans l'histoire d'Angleterre, "Quentin Durward" (1823), qui aborde l'histoire de France, "Les Contes des croisades" ( Le Fiancé,  Le Talisman 1825) lui valent un succès croissant dans toute l'Europe. Après 1826, de sérieuses difficultés financières, dues à la faillite d'un éditeur, le condamnent à des travaux forcés littéraires : son oeuvre est alors abondante, fort mêlée, de qualité inégale. On peut en retenir la "Vie de Buonaparte" (1827) et une "Histoire d'Écosse", dont la publication commence en 1829. Il meurt le 21 septembre 1832.

Walter Scott apparaît d'abord comme un poète, sensible au charme du passé, de la vie quotidienne du passé telle que, doué d'une vive imagination, il peut la reconstituer à partir de ses recherches "d'antiquaire" attentif aux objets qui témoignent du passé, et de lettré amoureux des vieilles chroniques.
Ce charme du passé il entreprend de l'exprimer et de le faire goûter à ses contemporains. Mais il ne choisit pas d'abord la forme romanesque ; le roman est alors un genre décrié, qui n'a pas droit de cité en littérature et qui ne saurait assurer à son auteur une véritable gloire littéraire ; de plus, le roman à sujet historique est, à la fin du XVIII ème siècle, particulièrement méprisé : il est vrai qu'on se contente là, le plus souvent, de prêter des aventures sentimentales à des personnages dont l'histoire ne fournit guère que l'état-civil. Walter Scoot choisit donc le genre traditionnel du "romance" poème narratif... Le succès d'estime qu'il obtient auprès des lettrés est vite limité par l'allure nouvelle que donne à la poésie l'oeuvre de Byron ; mais, et cela compte pour cet homme qui aspire à ne vivre que pour la littérature et donc par la littérature, le succès commercial de ces oeuvres n'est en rien comparable à celui que connaissent les "novels", et particulièrement les romans de moeurs contemporaines. Or, Walter Scott, grand lecteur de romans, est bien plus sensible au charme de la peinture de la vie quotidienne qu'à l'intérêt que peut susciter une intrigue romanesque le plus souvent stéréotypée. Il imagine donc d'utiliser la séduction du roman, d'écrire, selon la formule du roman réaliste de son temps, des romans dont le sujet serait la peine de la vie quotidienne du passé. Il crée ainsi une nouvelle formule du roman, le roman historique, dans  lequel l'histoire n'est plus un prétexte pour conter une aventure fictive ; au contraire, c'est l'intrigue romanesque, avec sa séduction, qui devient le moyen de faire lire une évocation historique de la vie quotidienne du passé.

Ses premiers essais de 1814 à 1819 connaissent un grand succès en Écosse et en Angleterre : succès auprès des lecteurs, mais aussi auprès des lettrés, qui apprécient non seulement le charme mais aussi  l'authenticité de ces observations du passé. Il est vrai que ces premiers romans se situent dans un pays que Scott connaît bien, et dans un passé suffisamment proche pour que l'on puisse sans grand peine en reconstituer la vie quotidienne. Mais l'on peut douter que la formule soit encore applicable si l'on s'éloigne dans l'espace et dans le temps, si l'on choisit un pays et une époque pour lesquels il est infiniment plus difficile de reconstituer la vie quotidienne. "Ivanhoé", puis "Quentin Durward" sont des mises à l'épreuve de la formule scottienne du roman historique. Scott se rend bien compte qu'il faut alors accorder  plus de licence à l'auteur. Mais ces romans connaissent un extraordinaire succès et assurent à Walter Scott une réputation européenne. Cependant, tandis qu'on s'évertue partout à l'imiter, Scott,contraint, lui, à produire vite, se rend compte, avec ses romans des croisades en particulier, que sa formule est très exigeante, que ses oeuvres ne satisfont plus pleinement l'historien qu'il est devenu, et le romancier de l'histoire d'Écosse termine, de manière très significative, sa carrière par une "Histoire d'Écosse". Il est vraisemblable que Scott eût adhéré, s'il avait vécu assez longtemps pour les connaître, aux conclusions d'un de ses disciples italiens, Manzoni, qui, ayant consciemment expérimenté la formule du roman historique à la Walter Scott, finit
par estimer qu'il s'agit d'un genre impossible..

Alexandre Manzoni (1785-1873)

Alexandre Manzoni
est né le 7 mars 1785 à Milan. Son enfance et son adolescence se passent dans divers collèges religieux, mais aussi dans le contexte de la révolution et des guerres napoléonniennes. Très jeune, il écrit des poèmes. En 1805, il vient à Paris et y découvre les idées nouvelles en littérature ; puis, après son mariage, en 1808, il se convertit au catholicisme ; il écrit les "Hymnes sacrés" (1812-1817). En 1819, il compose une tragédie historique, "Carmagnola" ; en 1820, il entreprend une seconde tragédie, "Adelchi", qu'il termine en 1822 et qu'il fait suivre de la  "Lettre à M. Chauvet sur l'unité de temps et de lieu dans la tragédie", écrite en français et manifeste important du romantisme. Depuis 1821, il a mis en chantier un roman historique, sur le modèle de ceux de Walter Scott, "Fermo et Lucia", qui deviendra "Les Fiancés".

 Le roman paraît en 1827, et Manzoni en entreprend aussitôt une révision linguistique, qui paraîtra en 1840 ;  En 1842, il complète son roman par un appendice historique, "Histoire de la colonne infâme". Et en 1850, il termine le "Discours sur le roman historique", dans lequel il tire la conclusion de la longue expérience qu'il a faite du genre avec "Les Fiancés" : "le roman historique est un genre impossible". Après cette date, Manzoni, qui apparaît comme l'une des grandes figures de la vie culturelle et nationale de l'Italie à la conquête de son unité, publie surtout des travaux érudits sur la langue italienne et la morale catholique. Il meurt le 22 mai 1873.
La carrière de Manzoni, en contrepoint de celle de Walter Scott, est d 'une ligne exemplaire pour qui veut
comprendre le phénomène du roman historique à l'époque romantique. Ici aussi, nous avons un poète pris dans le mouvement romantique : séduit par les théories nouvelles et par les perspectives qu'offre à la littérature le recours à l'histoire moderne et nationale, il tente successivement les deux formules du drame historique et du roman historique. Mais, marqué par une tradition littéraire exigeante et part  une foi catholique d'autant plus vive qu'il y est revenu après l'avoir reniée, il est très sensible aux limites du drame et du roman quand ils exploitent l'histoire ; d'une part, la mise en scène théâtrale ou romanesque de données historiques oblige d'y mêler des éléments fictifs qui en altèrent la vérité ; d'autre part le cadre théâtral ou romanesque ne permet pas de développer avec la précision nécessaire les sujets historiques.

Les Fiancés :

L’histoire se déroule en  Lombardie entre  1628 et  1630, au temps de la domination espagnole. On oblige Don Abbondio, curé d’un petit village sur le  lac de Côme, à ne pas célébrer le mariage de Renzo Tramaglino et Lucia Mondella, dont s’est épris Don Rodrigo, petit seigneur du coin. Contraints par les puissants du coin à quitter leur petit village, Lucia et sa mère Agnese, aidées par le frère Cristoforo, se réfugient au couvent de Monza, tandis que Renzo se rend à  Milan dans l’espoir d’obtenir gain de cause. Don Rodrigo fait alors enlever Lucia par l’ Innominato, un autre petit seigneur qui exécute sans scrupules toute la sale besogne. Mais la vue de la jeune fille, si injustement tourmentée, et l’arrivée du cardinal Borromeo provoquent en lui une profonde crise de conscience : au lieu de mettre la jeune fille dans les mains de Rodrigo, il la libère. Entre temps, Renzo est arrivé à Milan, alors que des émeutes éclatent partout dans la ville. Il est alors pris pour l’un des chefs de file de ces émeutes et se voit obligé de fuir à  Bergame. La Lombardie est déchirée par la guerre et la peste, mais Renzo retourne à Milan pour retrouver sa fiancée. Il retrouve Lucia dans un dispensaire aux côtés du frère Cristoforo qui soigne les infirmes, parmi lesquels, abandonné de tous, se trouve Don Rodrigo mourant. Quand la peste est éradiquée, après tant de vicissitudes, Renzo et Lucia peuvent enfin se marier.

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Published by Cathou
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Divers personnages....


DANTE


                                                                                                      Béatrice Portinari









Dante par Giotto








Première page de la Divine Comédie













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SOPHOCLE



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                                                                                                       Antigone




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Philotecte abandonné par les Grecs







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Sophocle  Bas relief en marbre









Sophocle




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Pythagore



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Le Banquet manuscrit sur papyrus.






Platon par Raphaël





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ARISTOTE





Aristote par Raphaël




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Aristote sur une fresque murale à Rome




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Alexandre à une bataille






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Alexandre combattant un lion







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Bronze - Alexandre









Buste d'Alexandre le Grand







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Alexandre et Aristote





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Enluminure "Chanson de Roland"










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Mort de Roland à Ronceveaux
















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Charlemagne et le Pape Adrien I






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Charlemagne et son fils Louis le Pieux






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