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27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 16:20

I) CRIME ET CHATIMENT :

Parti de I'idée de décrire les bas-fonds de St .Pétersbourg et les méfaits de la boisson (le livre, axé sur les Marméladov, devait s'appeler ((Les Poivrots)). Dostoievski s'attache au personnage de Raskolnikov, qui devient la figure centrale. Cet étudiant réduit à la misère est victime des théories néfastes venues d'occident. Sa grande "idée" est que certains individus ont le droit, pour le bien de tous, d'être affranchis des notions vulgaires du bien et du mal. Pour la mettre en pratique, iI se décide à supprimer une vieille usurière qu'iI considère comme "un pou inutile". L'argent ainsi obtenu doit lui permettre de  venir au secours de sa famille en détresse et des indigents, tels que Marméladov et sa famille, qu'iI vient de connaître. L'assassinat  tourne au désastre : iI est obligé de tuer également la soeur de I'usurière, survenue inopinément, et ne retire aucun avantage matériel de son acte.

http://image.evene.fr/img/livres/g/2070392538.jpgLa majeure partie du roman nous donne I'analyse de la lutte qui se déroule dans la conscience du meurtrier, pris entre le désir de se dénoncer et la crainte de le faire. Tous les personnages qui I'entourent : la prostituée au grand coeur Sonia, son ami Razoumlkhine, sa mère, sa soeur Dounia, le juge d'instruction Porphyri Piétrovitch, I'ouvrier peintre Nicolai qui avoue être I'auteur  du crime par désir de sacrifice, le sensuel et dévoyé Svidrlgailov, le vil et perfide Loujine, etc., ont des rôles bien déterminés et complémentaires, dans ce faisceau d'épisodes convergents qui poussent notre héros à I'aveu et à un possible salut, qu'il entrevoit au bagne, après le rachat de sa faute, grâceà Sonia qu'iI aime et qui I'a suivi.



Extraits :


Raskolnikov, après une première conversation avec le Juge d'instruction et après avoir été accusé d'être l'assassin par un artisan dans la rue, revient chez lui et se replonge dans ses pensées. Le trouble qu'il ressent le ramène à l'idée du (Surhomme)  :


<Non, non, ces gens-là sont faits autrement ! Un véritable Potentat, celui à qui tout est permis, celui-là saccage Toulon, organise un massacre à Paris, oublie son armée en Égypte, perd un demi-million d'hommes au cours de sa marche sur Moscou et s'en tire au moyen d'un calembour à Vilna, et c'est à lui, une fois mort, que l'on dresse des statues en guise d'idoles, et c'est à lui, par conséquent, que tout est permis. Non, non, le corps de tels hommes n'est point fait de chair, mais de bronze ! "
 Soudain, une idée toute différente faillit le faire sourire :
"Napoléon, les Pyramides, Waterloo, - et une chétive, une sordide veuve de petit fonctionnaire, une misérable vieille, une usurière, qui serre une cassette rouge sous son lit... Voyons, comment digérer un pareil rapport, même pour un Porphyri Piétrovitch ! Allons donc, jamais ils ne le digéreront !.. Leur sens esthétique les en empêcherai t: voyons - se diraient-ils- voyons, est-ce qu'un Napoléon irait fouiller sous le lit d'une petite vieille ? Pouah ! Quelle abjection ! "

 Par moment, il avait l'impression qu'il était proche du délire : il se sentait envahi par un sentiment de fiévreuse exaltation. <<La petite vieille, ce n'est rien ! - se disait-il, plein de rage et d'emportement - la vieille, admettons que ce fut une erreur, mais il ne s'agit point d'elle ! La vieille ce n'était rien d'autre qu'une maladie... je voulais sauter le pas au plus vite... ce n'est point un être humain que j'ai tué, c'est un principe que j'ai tué ! Oui, oui, le principe, je l'ai tué, mais le pas, je ne l'ai pas  franchi... je suis resté en deçà... Tout ce que j'ai su faire, c'est tuer. Et même ça, je n'ai pas su le faire comme il faut, à ce qu'il paraît... Le principe ? Pourquoi, au fond, ce nigaud de Razoumikhine médisait-il des socialistes, tantôt ? ce sont des gens laborieux, de bons marchands :  ils s'occupent du "bien-être général... Non, non, la vie, ça ne s'accorde
qu' une seule fois, et je n'en connaîtrai jamais d'autre :  je ne veux pas attendre le "bonheur général"... Je veux vivre moi-même, ou bien, alors, j'aime autant ne pas vivre du tout ! Et puis, quoi, après tout ? J'ai  uniquement refusé de passer mon chemin, devant  ma mère affamée, en serrant mon rouble dans ma poche, dans l'attente du "bien-être général". - Voyez, bonnes gens -aurais-je pu dire- je porte ma petite pierre, pour l' édifice du bien-être général, et de ce fait mon coeur est en paix... Bah ! Pourquoi aussi
m' avez-vous laisse aller ? Je ne vis  qu'une seule fois, après tout, je  veux, moi aussi... Eh ! c'est que je ne suis qu'un pou, un pou esthétique, et rien d'autre, ajouta-t-il, avec un rire de dément.

Crime et Châtiment, IIIe Partie, ch. 6, trad. G. SIGAL.


II)  Les Possédés :


Dans la Russie des années 1860, toute la société d'une ville de province est ébranlée par Ie nihiIisme révolutionnaire.

"Les Possédés" furent publiés pour la prernière fois, en 1871 dans le "Messager russe", sous le titre "Les Démons". Avec la révolution de 1917, ils furent interdits pour de nornbreuses années, car jugés réactionnaires par la censure communiste.

La destinée tragique d'un nihiliste

"Stavroguine est tout", disait Dostoïevski. Et, en effet, les salons de la bourgade russe où sa mère aime à http://www.decitre.fr/gi/54/9782253018254FS.gifbriller n'attendent pas le retour de ce fils qu'entoure le mystère pour s'émouvoir des bruits qui courent à son propos. On s'interroge sur son goût de la provocation et de l'absurde, on s'inquiète de son appartenance à un groupe révolutionnaire qui projette d' assassiner le tsar. Drapé dans son orgueil silencieux, mais aussi dans sa grande beauté, revendiquant le choix de l'athéisme, il fascine toute la ville. Le malheur s'abat cependant sur celles qui l'aiment : c'est Dacha qui trompe son mari, Chatov, pour Stavroguine qui l'abandonne enceinte ; c'est Maria Timofeevna, à qui son union dérisoire avec lui n'apporte que la folie.

Sa présence et son aura donnent corps au mouvement nihiliste qui naît dans cette ville. Mais l'intransigeance des révolutionnaires qui l'entourent les mène au meurtre, et leur athéisme au suicide.Chatov est assassiné pour s'être désolidarisé du mouvement, alors que Kirilov met fin à ses jours pour manifester son insoumission à Dieu et sa "terrible liberté nouvelle".

Le duel de I'athéisme et de la sainteté

Passif et silencieux, Stavroguine est cependant au centre de ce crescendo dramatique qui se clôt sur son suicide. On a souvent écrit que Dostoïevski était un précurseur du roman policier ; il ménage mystères et révélations jusqu'à l'embrasement final qui semble inévitable. Mais "Les Possédés" sont aussi une tragédie métaphysique. A l'alternative d'une liberté infinie dans le chaos ou de la soumission à I'ordre divin, Stavroguine répond par le choix de la première solution. II se perd dans la jouissance de tous les possibles : viol, mariage avec une infirme démente, meurtre et suicide. Mais la liberté se détruit dans l'infini des possibilités. Foyer de mal, "possédé" par l'athéisme, il est voué au néant. Pamphlet contre la dégradation morale de la Russie que ce héros incarne, le roman ne perd pas pour autant de vue les tourments de l'âme que Dostoïevski cherche à comprendre.

Extraits :

Pour la trame du récit, Dostoïevski s' est inspiré de l' affaire Netchaev : le 21 novembre 1869, un  jeune étudiant est en effet assassiné, sur décision de Netchaev, pour s' être désolidarisé de la société secrète "Vengeance populaire".

Portrait de Stavroguine

C' était un très beau jeune homme de vingt-cinq ans et, je l'avoue, il me fit une forte impression. Je m' attendais à voir un loqueteux sale, épuisé par la débauche et sentant la vodka. Au contraire, c'était le plus élégant gentleman que j' eusse jamais eu l' occasion de voir, extrêmement bien mis, aux manières que seul peut avoir un monsieur habitué à la distinction la plus raffinée. Je ne fus pas le seul à m' étonner : l'étonnement fut général dans la ville, qui connaissait naturellement déjà toute la biographie de M. Stavroguine, cela dans de tels détails qu'il est impossible d'imaginer d'où l'on pouvait les tenir, le plus surprenant en étant que la moitié de ces détails devait se révéler juste. Toutes nos dames étaient folles du nouveau venu. Elles se divisèrent en deux camps nettement tranchés : dans l' un on l'adorait, dans l'autre on lui vouait une haine mortelle ; mais quant à en être folles, elles
l' étaient les unes comme les autres. Ce qui séduisait particulièrement les unes, c'était que son âme recélait peut-être quelque secret fatal  ; ce qui plaisait positivement à d' autres, c' était de le savoir un assassin.

                                 ***

Kirilov légitime son suicide

- Enfin tu as compris ! s' écria Kirilov avec enthousiasme. C' est donc qu'on peut comprendre si même quelqu'un comme toi as compris ! Tu comprends maintenant que le seul salut pour tous est de prouver cette idée à tout le monde. Qui la prouvera ? Moi ! Je ne comprends pas comment jusqu' à présent un athée pouvait savoir que Dieu n' existe pas et ne pas se tuer aussitôt. Reconnaître que Dieu n' existe pas et ne pas reconnaître du même coup qu'on est soi-même devenu dieu est une absurdité, autrement on se tuerait inévitablement.Si tu le reconnais, tu es un roi et tu ne te tueras plus mais tu vivras dans la principale gloire. Mais seul celui qui est le premier doit absolument se tuer, sinon qui commencerait et qui prouverait ? C' est moi qui me tuerai absolument pour commencer et pour prouver. Je ne suis encore dieu que malgré moi et je suis malheureux car j' ai le DEVOIR d' affirmer ma propre volonté. Tous sont malheureux parce que tous ont peur d' affirmer leur volonté.

                                 ***

Lettre-testament de Stavroguine

<<(...) Je puis encore comme je l'ai toujours pu vouloir faire le bien et j' en éprouve du plaisir ..à cðté de cela je veux aussi le mal et j' en éprouve aussi du plaisir. Mais l' un et l' autre sentiment, comme par le passé, sont toujours trop superficiels et ne sont jamais forts. Mes désirs sont trop faibles .. ils ne peuvent me guider. Sur une poutre on peut traverser une rivière, on ne le peut sur un copeau. Cela pour que vous ne pensiez pas que je vais à Uri avec des espoirs quelconques.
<<Comme par le passé, je n'accuse personne. J' ai essayé une grande débauche et j'y ai épuisé mes forces : mais je n' aime pas la débauche et je n' en voulais pas. (...) >>

Le Livre de Poche, 1972


Notes :


"J'ai rencontré cette oeuvre à vingt ans et l'ébranlement que j'ai reçu dure encore, après vingt autres années. Je mets "Les Possédés"  à côté de trois ou quatre grandes oeuvres, telles "L'Odyssée", "La Guerre et la Paix", "Don Quichotte" et  le théâtre de Shakespeare." 

Albert Camus

"On a souvent noté l'impression irréelle que nous font les héros de Dostoïevski (...).C'est que ses personnages
tendent déjà à devenir (...) des porteurs d'états parfois encore inexplorés que nous retrouvons en nous mêmes".

- Nathalie Sarraute, L' Ère du soupçon, GalIimard, 1956

Les Démons peuvent être exploités, on le voit, dans bien des directions : ils ont un sens politique, le plus apparent ; on peut leur trouver une vaIeur prophétique ; ils reflètent des réalités sociaIes et moraIes du moment ; ils expriment les inquiétudes religieuses de leur auteur ; ils se prêtent aux interprétations philosophiques les plus hardies. Ajoutons qu'ils recèlent une puissance dramatique si évidente qu'on a pu, déjà avant la révolution, les mettre en scène au Théâtre des Arts. C'est un oeuvre difficile, parce qu' elle est nourrie d'angoisse et bouillonne de vie, mais elle récompense l'effort d'attention qu' elle exige. .

 Pierre Pascal, introduction aux Démons, ]a Pléiade, GaIlimard, 1966

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Divers personnages....


DANTE


                                                                                                      Béatrice Portinari









Dante par Giotto








Première page de la Divine Comédie













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SOPHOCLE



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                                                                                                       Antigone




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Philotecte abandonné par les Grecs







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Sophocle  Bas relief en marbre









Sophocle




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Pythagore



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Le Banquet manuscrit sur papyrus.






Platon par Raphaël





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ARISTOTE





Aristote par Raphaël




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Aristote sur une fresque murale à Rome




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Alexandre à une bataille






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Alexandre combattant un lion







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Bronze - Alexandre









Buste d'Alexandre le Grand







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Alexandre et Aristote





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Enluminure "Chanson de Roland"










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Mort de Roland à Ronceveaux
















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Charlemagne et le Pape Adrien I






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Charlemagne et son fils Louis le Pieux






RUTEBOEUF

                            



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Ruteboeuf par Clément Marot

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