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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 23:00


1848  1917

Octave Mirbeau est né le le 16 Février  1848 à Trévières dans le Calvados. Critique violent de la société et de l'Eglise contemporaines. Successivement royaliste, antisémite, anarchiste, il s'engagea chaque fois avec un individualisme exaspéré contre tout ce qui pouvait s'opposer à l'épanouissement de l'homme.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/4a/Octave_Mirbeau.jpg/300px-Octave_Mirbeau.jpgIl fut un journaliste influent, critique d'art, défenseur des avant-gardes, pamphlétaire redouté, il fut aussi un romancier novateur, qui a contribué à l'évolution du genre romanesque et un  dramaturge a la fois classique et moderne, qui a triomphé sur toutes les grandes scènes du monde. Mais, après sa mort, il a traversé pendant un demi-siècle une période de purgatoire : il était visiblement trop dérangeant pour l'establishment, tant sur le plan littéraire et esthétique que sur le plan politique et social. Littérairement incorrect, il était inclassable, il faisait fi des étiquettes, des théories et des écoles, et il étendait à tous les genres littéraires sa contestation radicale des institutions culturelles ; également politiquement incorrect, farouchement individualiste et  libertaire, il incarnait une figure d'intellectuel critique, potentiellement subversif et
« irrécupérable », selon l'expression de Sartres dans "Les Mains sales".

Les dernières années de la vie d’Octave Mirbeau sont désolantes : presque constamment malade, à partir de 1908, il est désormais incapable d’écrire : c’est son jeune ami et successeur Léon Werth qui doit achever Dingo, qui paraît en juin 1913. La terrifiante boucherie de la  Première guerre mondiale,  achève de désespérer un homme qui, malgré un pessimisme confinant souvent au nihilisme, n’a pourtant jamais cessé de parier sur la raison de l’homme et de miser sur l’amitié franco-allemande pour garantir la paix en Europe. Il meurt le jour de son 69 ème anniversaire.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/52/Gentilhomme2.jpg/150px-Gentilhomme2.jpg
Un roman  - confession

L'intérêt majeur des trois chapitres rédigés vient du retour du romancier sur ses débuts de professionnel de la plume. Comme lui, son personnage-narrateur, Charles Varnat, entre, comme secrétaire particulier, au service d'un hobereau normand aux vastes ambitions politiques, le marquis d'Amblezy-Sérac.  Octave Mirbeau en profite pour revenir sur les années où il a dû, pour assurer sa pitance, mettre sa plume au service d'employeurs successifs, ce qui lui a laissé des souvenirs durables d'humiliations et de frustrations. De nouveau, comme dans ses articles et contes des années 1880, il assimile ce prolétariat intellectuel à de la prostitution et la condition de secrétaire particulier à celle d'un domestique, mais en plus salissant.

(source Wikipédia)


LE JOURNAL D'UNE FEMME DE CHAMBRE

http://image.evene.fr/img/livres/g/2070375366.jpgL' histoire des relations de I'instable Célestine et de ses maîtres : quand débute le récit, Célestine aborde sa douzième place en deux ans et se remémore les précédentes.

Paru en 1900,  c' est le cinquième roman de Mirbeau. Il dédie ce Journal à  son ami Jules Huret : "Ce livre, malgré tous ses défauts, vous l' aimerez
parce que  c' est un livre  sans hypocrisie, parce que c' est de la vie et de la vie comme nous la comprenons vous  et moi".


Servitude et misère de la vie domestique

"A la façon vraiment extraordinaire, vertigineuse dont j'ai roulé, ici et là, successivement partout sans pouvoir jamais me fixer nulle part, faut-il que les maîtres soient difficiles à servir maintenant !"

Cette boutade ouvre "Le Journal" où, par de constants retours au passé, Célestine évoque les aventures survenues dans ses places antérieures ; la narratrice égrène avec une verve salace ses souvenirs de l'un et l'autre de ses patrons, bourgeois apparemment "convenables", tous vicieux et pervers en fait. Du vieillard libidineux, fétichiste des bottines, qui se pâme à ses genoux, à l'arrogante aristocrate qui lui ordonne de coucher avec son fils, de l'écrivain en vogue, nouveau riche grotesque, à la femme sur le déclin qui s'offre clandestinement des gigolos, c'est une galerie de pantins au coeur sec, résolument antipathiques. Jolie et intelligente, Célestine n'a pas l'âme d'une esclave mais se plie avec plus ou moins de souplesse aux volontés de ses maîtres. Dans sa dernière place, Célestine rencontre son destin en la personne d'un jardinier-cocher, le troublant Joseph, qu'elle épouse ; elle part avec lui tenir un café à Cherbourg. Enfin patronne.

Revu et corrigé ?

Dans un avertissement, Mirbeau précise que ce journal a été véritablement écrit par une femme de chambre, Mlle Célestine R. ; celle-ci lui aurait confié le manuscrit en le priant de le revoir. Pensant que ce texte à l'originalité et à la saveur particulières serait dénaturé par son intervention, le romancier refuse. "Je ne pouvais que le banaliser en y mettant du mien. Mais Mlle Célestine R. était fort jolie. Elle insista, Je finis par céder car je suis homme après tout. Je confesse que j'ai eu tort. "

En ajoutant  "quelques accents" à l'ouvrage, Mirbeau craint d'en avoir altéré la force corrosive et d'avoir substitué à l'émotion et à la vie, la simple littérature. On ne peut le croire. Voulait-il par ce subterfuge donner une touche supplémentaire d'authenticité, de vécu, ou se dédouanait-il de dénigrer la société bourgeoise ? Il s'en était pourtant démarqué en affichant sa sympathie pour les théories anarchistes, et sa notoriété lui permettait toutes les audaces.


Extraits :

II n'y a pas de secrets pour une femme de chambre

J' adore servir à table. C' est là qu' on surprend ses maîtres dans toute la saleté, dans toute la bassesse de leur nature  intime. Prudents, d' abord, et se surveillant l' un  l' autre, ils en arrivent, peu à peu, à se révéler, à s' étaler tels qu' ils sont, sans fard et sans voiles, oubliant qu' il y a autour d' eux quelqu'un qui rôde et qui écoute et qui note leurs tares, leurs  bosses morales, les plaies secrètes de leur existence, tout ce que peut contenir d' infamies et de rêves ignobles le cerveau respectable des honnêtes gens. Ramasser ces aveux les classer, les étiqueter dans notre mémoire, en attendant de s' en faire une arme terrible, au jour des comptes à rendre, c'est une des grandes et fortes joies du métier, et c' est la revanche la plus précieuse de nos humiliations.

                                 ***

La fascination des puissants

Moi que la richesse opprime, moi qui lui dois mes douleurs, mes vices, mes haines, les plus amères d' entre mes humiliations, et mes rêves impossibles et le tourment à jamais de ma vie, eh bien, dès que je me trouve en présence d' un riche, je ne puis m' empêcher de le regarder comme un être exceptionnel et beau, comme une espèce de divinité merveilleuse, et, malgré moi, par-delà ma volonté et ma raison, je sens monter, du plus profond de moi-même, vers ce riche très souvent imbécile et quelque fois meurtrier, comme un encens d' admiration. Est-ce bête ?..

                                ***

Une rupture en forme de vengeance

A la suite d' une discussion futile où j' avais tous les torts, j' ai quitté Madame. Je l' ai quittée salement, en lui jetant à la figure, à sa pauvre figure étonnée, toutes ses lamentables histoires, tous ses petits malheurs intimes, toutes ses confidences par quoi elle m'avait  livré son âme, sa petite âme plaintive, bébête et charmante, assoiffée de désirs... Oui, tout cela, je le lui ai jeté à la figure, comme des paquets de boue...Et j' ai fait pire... Je l' ai accusée des plus sales débauches... des passions les plus ignobles... Ce fut quelque  chose de hideux...


                                         ***


Les contradictions insurmontables de la condition domestique

Un domestique, ce n'est pas un être normal, un être social. C' est quelqu'un de disparate, fabriqué de pièces et de morceaux qui ne peuvent  s'ajuster  l'un dans  l'autre, se juxtaposer  l' un à l' autre... C' est quelque chose de pire : un monstrueux hybride humain... Il n' est plus du peuple, d'ou il sort ..il n' est pas, non plus, de la bourgeoisie  où il vit et où il tend... Du peuple qu'il a renié, il a perdu le sang généreux et la force naïve... De la bourgeoisie, il a gagné les vices honteux, sans avoir pu acquérir les moyens de les satisfaire...


Notes :

<
<Je ne me plaindrai pas que, d'un bout à l'autre de l' oeuvre de M. Mirbeau, iI n'y ait pas un honnête homme : je m'en passe très volontiers. Si  M. Mirbeau n'en peint point, c'est apparemment qu 'iI saurait mal les peindre. C'est aussi qu'iI ne s'y  intéresse pas. M. Mirbeau est fait de la curieuse étoffe de ces satiristes qui semblent n'exister qu'en raison de ce qu'ils attaquent. Les monstres leur sont absolument  indispensables. Que feraient-iIs sans eux ? >>

 - André Gide, Prétextes, Gallimard, 1963

<<Ne demandez pas à Octave Mirbeau d'être objectif. (...) <<Octave Mirbeau n' était pas un calme. Anarchiste plus que socialiste, il se réglait sur ses colères plus que sur ses idées. C'est pourquoi ses romans sont d'une forme étrange, ressemblant à des coffres chinois où les tiroirs ouverts dévoilent de nouveaux tiroirs qui, eux-mêmes, etc. Ainsi, le "Journal d' une femme de chambre"  est - avant tout - une succession d' anecdotes révélatrices. >>.

 Hubert Juin, préface du Jardin des sllpplices, éditions Fasquelle, UGE, 1980

<<Ce qui compte, c'est le courage et le va-de-l'avant de Mirbeau comme écrivain, son manque d'hypocrisie littéraire et son désintéressement. >>.

 Paul Léautaud


<<Il est toujours agréable de I'entendre mentir avec violence... Il raconte des histoires qu'iI exagère jusqu'à ce qu'elles portent >>


-Jules  Renard, Journal

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Divers personnages....


DANTE


                                                                                                      Béatrice Portinari









Dante par Giotto








Première page de la Divine Comédie













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SOPHOCLE



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                                                                                                       Antigone




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Philotecte abandonné par les Grecs







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Sophocle  Bas relief en marbre









Sophocle




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Pythagore



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Le Banquet manuscrit sur papyrus.






Platon par Raphaël





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ARISTOTE





Aristote par Raphaël




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Aristote sur une fresque murale à Rome




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Alexandre à une bataille






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Alexandre combattant un lion







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Bronze - Alexandre









Buste d'Alexandre le Grand







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Alexandre et Aristote





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Enluminure "Chanson de Roland"










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Mort de Roland à Ronceveaux
















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Charlemagne et le Pape Adrien I






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Charlemagne et son fils Louis le Pieux






RUTEBOEUF

                            



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Ruteboeuf par Clément Marot

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