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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 15:08


I) Germina :

Etienne Lantier, nouveau venu dans la mine du Voreux, s'éprend d'une jeune ouvrière, Catherine. Au même moment, la révolte sociale gronde.


Écrit en 1885, "Germinal"  appartient à la série des Rougon-Macquart. qui ne comporte pas moins de vingt romans.


"Une armée noire, vengeresse, qui germait lentement"..

Etienne Lantier,
un machineur, se rend sur le carreau de la mine du Voreux, un jour de l'année 1875, à la quête d'un travail. Embauché, il partage la vie des mineurs et rencontre Catherine, ouvrière au fond également, et dont Chaval, un autre ouvrier, est épris.

La dure vie quotidienne des mineurs contraste avec celle des bourgeois du voisinage. L'amitié entre Étienne et Catherine, qui est devenue entre-temps la maîtresse de Chaval, se mue bientôt en amour chez Étienne. Mais l'histoire n'attend pas : à la suite d'une baisse des salaires, la grève est lancée, et Étienne en prend la tête. La grève dure, plongeant les mineurs dans la misère, et s'achève par un affrontement inégal avec la troupe. La mine du Voreux s'effondre alors que les mineurs ont repris leur travail. Emprisonnés dans les galeries souterraines, Chaval et Lantier se livrent un terrible combat qui a Catherine pour enjeu. Celle-ci meurt. Étienne quitte la région, mûr pour la révolte.

Le "naturalisme" de Zola

Zola évoque avec précision la vie quotidienne dans la mine, la naissance et le déroulement de la révolte. II justifie celle -ci en mettant en regard l' existence des Maheu, famille de mineurs à laquelle appartient Catherine, et le mode de vie des bourgeois du voisinage, qui vivent eux aussi, mais plus avantageusement, du produit de la mine. S'appuyant sur une documentation abondante, précise, Émile Zola sait donner à son roman social les dimensions de l' épopée ; de cette épopée, le Voreux, monstre dévorant, est le véritable héros et la foule en révolte des mineurs, personnage collectif, apparaît être la semence de la révolution future.

Extraits :

Les femmes avaient paru, près d'un millier de femmes, aux cheveux épars dépeignés par la course, aux guenilles montrant la peau nue, des nudités de femelles lasses d' enfanter des meurt-la-faim. Quelques-unes tenaient leur petit entre les bras, le soulevaient, l' agitaient, ainsi qu'un drapeau de deuil et de vengeance. D' autres, plus jeunes, avec des gorges gonflées de guerrières, brandissaient des bâtons, tandis que les vieilles, affreuses, hurlaient si fort, que les cordes de leurs cous décharnés semblaient se rompre. Et les hommes déboulèrent ensuite, deux mille furieux, des galibots, des haveurs, des raccommodeurs, une masse compacte qui roulait d'un seul bloc, serrée, confondue, au point qu'on ne distinguait ni les culottes déteintes, ni les tricots de laine en loques, effacés dans la même uniformité terreuse.Les yeux brûlaient, on voyait seulement les trous des bouches noires, chantant La Marseillaise, dont les strophes se perdaient en mugissements confus, accompagnés par le claquement des sabots sur la terre dure.
Au-dessus des têtes, parmi le hérissement des barres de fer, une hache passa, portée toute droite ; et cette hache unique, qui était comme l'étendard de la bande, avait, dans le ciel clair, le profil aigu d' un couperet de guillotine.

                              ***

Et brusquement, comme les ingénieurs s' avançaient avec prudence, une suprême convulsion du sol les mit en fuite. Des détonations souterraines éclataient, toute une artillerie monstrueuse canonnant le gouffre. A la surface, les dernières constructions se culbutaient, s' écrasaient. D' abord, une sorte de tourbillon emporta les débris du criblage et de la salle de recette. Le bâtiment des chaudières creva ensuite, disparut. Puis ce fut la tourelle carrée où râlait la pompe d' épuisement, qui tomba sur la face, ainsi qu'un homme fauché par un boulet. Et l' on vit alors une effrayante chose, on vit la machine, disloquée sur son massif, les membres écartelés, lutter contre la mort : elle marcha, elle détendit sa bielle, son genou de géante, comme pour se lever ; mais elle expirait, broyée, engloutie. Seule, la haute cheminée de trente mètres restait debout, secouée, pareille à un mât dans l' ouragan. On croyait qu' elle allait s' émietter, et voler en poudre, lorsque, tout d' un coup, elle s' enfonça d' un bloc, bue par la terre, fondue ainsi qu'un cierge colossal ; et rien ne dépassait, pas même la pointe du paratonnerre. C' était fini, la bête mauvaise, accroupie dans ce creux, gorgée de chair humaine, ne soufflait plus de son haleine grosse et longue. Tout entier, le Voreux venait de couler à l'abîme.

Notes :

Sur la naturalisme de Zola : I'imagination est "I'humble servante qui se contente de rester au second plan" -

ÉmiIe Zola, Les Romanciers naturalistes

"Zola devient un précieux à I'envers."

Gustave Flaubert, lettre à Tourguéniev, 1878

Zola est "Ie poète que I'on se refuse généralement à voir, le poète panthéiste qui sait superbement augmenter
et idéaliser les choses." "Je n'ai pas seulement soutenu les impressionnistes, je les ai traduits en Iittérature, par les touches, notes, et colorations, par la palette de beaucoup de mes descriptions..."

 ÉmiIe Zola

"J'ai I'hypertrophie du détaiI vrai, le saut dans les étoiIes sur le tremplin de I'observation exacte. La vérité monte d'un coup d'aiIe jusqu'au symbole." -


ÉmiIe Zola, lettre à Céard, 1885

"C'est un lamento des ténèbres, un lamma sabactani de la faim" -

 Joris- Karl Huysmans

Lamma sabactini sont les derniers mots du Christ sur la croix : "Mon Dieu, pourquoi m' as-tu abandonné ?"

"Dans son Iivre, gras comme du charbon, iI montre tout avec son goût accru des gros traits baveurs, de la violence (...). Du Hugo,en plus grossier, non décapé, brut de fonderie." .

Paul Guth



Le personnage de Nana est devenu instantanément très célèbre : Manet et Renoir ont tout deux intitulé un de leurs tableaux de ce prénom .

La courtisane scandaleuse

Anna Coupeau - "Nana" - la fille de la blanchisseuse Gervaise et de l'ouvrier Coupeau, débute aux Variétés dans une mauvaise opérette : La Vénus blonde. Elle n'a aucun talent mais sa fabuleuse beauté, provocante et  sulfureuse, la rend célèbre dans Paris. Elle commence alors sa vie de courtisane auprès d'un banquier malhonnête, Steiner, puis du comédien Fontan qui la maltraite. Devant son impossibilité d'aimer et d'être aimée, elle passe d'homme en homme, semant la ruine et le malheur : après Vaudoeuvre et La Faloise, c'est Hugon qui se fera voleur pour elle et son frère Georges qui se suicide de désespoir. Elle se met en ménage avec le comte Muffat, proche de I'Empereur. Parvenue ainsi au sommet de l'échelle sociale, sa cruauté n'a plus de bornes. Dans l'hôtel somptueux que lui offre le comte, elle organise le malheur de tous les hommes qui l'approchent ; le peuple d'où elle est issue se venge ainsi de l'aristocratie. Elle meurt, abandonnée, dans une sordide chambre d'hôtel, alors que la foule acclame la déclaration de guerre à la Prusse.

Le roman réaliste

Après la lecture du "Traité de l'hérédité naturelle" de Lucas, Zola conçoit la trame de son roman. Il note : "Dans le roman ouvrier, ou autre, faire naître une belle courtisane. A Rome, les plus belles courtisanes naissent du peuple." C'est ainsi qu'en 1879 paraît le neuvième roman de la série des Rougon-Macquart. La parution en feuilleton dans le Voltaire, lui assure succès et critiques, car le roman sent le soufre. Le journal lui-même prévient : "Nous ne dissimulons pas que, pour publier l'oeuvre d'un écrivain si audacieux, il faut qu'un journal fasse preuve lui-même d'une certaine audace."
On retrouve le thème central de Zola : l'hérédité et l'environnement social conditionnent l'existence de ses personnages. "Nana" est fille d'alcoolique et fréquente un milieu décadent : sa fin ne peut être que tragique. Mais plus que le simple avilissement de la courtisane, c'est la fin d'une société corrompue que Zola raconte.

Extraits :

La première apparition de Nana va consacrer sa beauté

A ce moment, les nuées, au fond, s' écartèrent, et Vénus parut. Nana, très grande, très forte pour ses dix-huit ans, dans sa tunique blanche de déesse, ses longs cheveux blonds simplement dénoués sur les épaules, descendit vers la rampe avec un aplomb tranquille, en riant au public. Et elle entama son grand air:

Lorsque Vénus rôde le soir...


Dès le second vers, on se regardait dans la salle. Était-ce une plaisanterie, quelque gageure de Bordenave ? Jamais on n' avait entendu une voix aussi fausse, menée avec moins de méthode. Son directeur la jugeait bien, elle chantait comme une seringue. Et elle ne savait même pas se tenir en scène, elle jetait les mains en avant, dans un balancement de tout son corps, qu'on trouva peu convenable et disgracieux. Des oh ! oh ! s' élevaient déjà du parterre et des petites places, on sifflotait, lorsqu' une voix de jeune coq en train de muer, aux fauteuils d'orchestre, lança avec conviction :

- Très chic !


                                             ***


Devant Nana, le comte prend conscience de ce qu'est sa maîtresse

Et, lâchant la chemise, attendant que Muffat eût fini sa lecture, elle resta nue. Muffat lisait lentement. La  chronique de Fauchery, intitulée la "Mouche d'or", était l'histoire d' une fille, née de quatre ou cinq générations d'ivrognes, le sang gâté par une longue hérédité de misère et de boisson, qui se transformait chez elle en un détraquement nerveux de son sexe de femme. Elle avait poussé dans un faubourg, sur le pavé parisien ..et, grande, belle, de chair superbe ainsi qu' une plante de plein fumier, elle vengeait les gueux et les abandonnés dont elle était le produit. Avec elle, la pourriture qu'on laissait fermenter dans le peuple, remontait et pourrissait  l'aristocratie. Elle devenait une force de la nature, un ferment de destruction, sans le vouloir elle-même, corrompant et désorganisant Paris entre ses cuisses de neige, le faisant tourner comme des femmes, chaque mois, font  tourner le lait.

Dans I'hôtel du comte, Nana la destructrice parachève son oeuvre

Ce fut l' époque de son existence où Nana éclaira Paris d' un redoublement de splendeur. Elle grandit encore à  l' horizon du vice, elle domina la ville de l'insolence affichée de son luxe, de son mépris de l'argent, qui lui faisait fondre publiquement les fortunes. Dans son hôtel, il y avait comme un éclat de forge. Ses continuels désirs y f!ambaient, un petit souffle de ses lèvres changeait l'or en une cendre fine que le vent balayait à chaque heure. Jamais on n' avait vu une pareille rage de dépense. L' hôtel semblait bâti sur un gouffre, les hommes avec leurs biens, leurs corps, jusqu' à leurs noms, s'y engloutissaient, sans laisser la trace d' un peu de poussière.

Pour découvrir le monde du spectacle qu' il ne connaissait pas, Zola demanda à Ludovic Halévy, auteur de nombreuses opérettes à succès, de lui faire visiter les Variétés, théâtre à la mode. II y rencontra la grande chanteuse Hortense Schneider. Grâce à ces éléments, il put écrire la première scène de Nana. Pour renforcer la véracité des descriptions dans ce roman réaliste, Zola, qui se définissait lui même comme chaste, mena  l' enquête, interrogea ses amis Goncourt et Daudet, visita les maisons de passe...


Notes :

La sortie de Nana (1879) consacre Zola comme un "romancier du social" : <<L' Assommoir avait contraint la critique à rompre son silence et à reconnaître en Zola une puissance avec laquelle il fallait compter. Nana a pleinement consacré cette reconnaissance. Consécration fracassante acquise au milieu des polémiques soulevées tant par l' oeuvre elle-même que par la théorie du roman expérimentaI. >>

Roger Ripoll,

Zola apparaît comme un romancier réaliste : <<Avec Nana, Émile Zola a réussi ce tour de force de faire exister, respirer - son rire et son odeur sont à côté de nous - un être comme il y en a tant, mais si difficiles à saisir : à la fois concrets et denses, et pour ainsi dire insubstantiels. Nana la femelle, Nana la chienne, tire partie, sans problème, de l'attrait que son corps exerce sur les hommes pour mener, avec un mélange de violence animale et de passivité, une vie qui corresponde à sa représentation rudimentaire du bonheur. >>

Flaubert se montre enthousiaste : <<S'il fallait noter tout ce qui s' y trouve de rare et de fort, je ferais un commentaire à toutes les pages ! Les caractères sont merveilleux de vérité. Les mots "nature" foisonnent ; à la fin la mort de Nana est michelangelesque ! >>-

Flaubert, lettre à l'auteur, cité par Marc Bemard, Zola, Le Seuil, 198

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Published by Cathou
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Divers personnages....


DANTE


                                                                                                      Béatrice Portinari









Dante par Giotto








Première page de la Divine Comédie













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SOPHOCLE



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                                                                                                       Antigone




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Philotecte abandonné par les Grecs







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Sophocle  Bas relief en marbre









Sophocle




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Pythagore



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Le Banquet manuscrit sur papyrus.






Platon par Raphaël





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ARISTOTE





Aristote par Raphaël




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Aristote sur une fresque murale à Rome




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Alexandre à une bataille






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Alexandre combattant un lion







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Bronze - Alexandre









Buste d'Alexandre le Grand







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Alexandre et Aristote





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Enluminure "Chanson de Roland"










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Mort de Roland à Ronceveaux
















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Charlemagne et le Pape Adrien I






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Charlemagne et son fils Louis le Pieux






RUTEBOEUF

                            



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Ruteboeuf par Clément Marot

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