Dimanche 18 octobre 2009
1732  -  1799


Pierre-Augustin Caron est né le 24 janvier 1732, à Paris. Son père, Charles Caron "horloger du Roi", est un homme curieux de tout, cultivé, qui aime les arts. Seul garçon parmi cinq fìlles, Pierre-Augustin grandit dans un climat de gaieté et de chansons, sans autre ambition qu'horlogère. C'est ainsi qu'à dix neuf ans, "Caron le fìls"  met au point un nouvel échappement (c'est le dispositif qui transmet l'effet du ressort), mais l'invention lui est disputée par le célèbre horloger Lepaute. Première victoire : pour se défendre, le jeune homme soumet un  (Mémoire) à l'Académie des sciences, qui tranche en sa faveur.

Texte étonnant, à la fois clair, précis, vivant. D'emblée, il a découvert la loi du genre : même devant des spécialistes, la grande règle est de plaire, et la rigueur de l'exposé technique permet aux juges de se laisser aller sans scrupule au plaisir de la lecture...

La querelle a fait du bruit. Caron le fìls est introduit à Versailles, où chacun réclame ses montres. Ces années 1755-1760 sont décisives ;   tour à tour le jeune homme fait la connaissance de deux rois de la finance. Le premier, Lenormant d'Étioles, mari complaisant de la Pompadour, lui demande pour son théâtre privé des (parades), courtes gaudrioles dont est friande la bonne société. Peut-on parler d'éveil d'un talent dramatique ? Du moins Beaumarchais aura-t-il découvert à Étioles l'art de faire s'esclaffer les honnêtes gens... L'autre rencontre est celle du troisième frère Pâris, dit Duverney, (grand citoyen autant que financier avide). Séduit par l'entregent et les relations de celui qui désormais se fait appeler Beaumarchais, Duverney le prend pour collaborateur. Dix années durant, il le charge de diverses missions de confiance, et l'envoie ainsi en 1764  en Espagne conclure des contrats d'équipement avec le gouvernement espagnol. Séjour bien rempli : Beaumarchais en rapportera les premie les éléments d'un  (intermède), devenu plus tard opéra-comique, enfin comédie : "Le Barbier de Séville".


     Maison, près de la Bastille
A son retour d'Espagne, Beaumarchais réalise un vieux rêve : faire représenter un (drame ). Ce genre hybride, où s'essayent alors Diderot (Le Fils naturel, 1757) et Sedaine (Le Philosophe sans le savoir, 1765), est décrit par ses promoteurs comme une troisième voie entre la comédie et la tragédie, et où la bourgeoisie peut manifester enfin sa dignité et sa vertu. Ainsi, l'agent de Duverney, avec le demi-succès d'Eugénie (1767) et  l'échec complet des Deux amis (1770), se donne les allures respectables d'un écrivain moraliste.

La disparition de Duverney (juillet 1770) lui porte un coup très dur. Leurs comptes sont suffisamment imbriqués pour qu'un héritier peu scrupuleux, La Blache, vienne contester les droits (réels) de Beaumarchais sur la succession du financier. Le juge Goëzman rapporte le procès au Parlement de Paris. Acheté sans doute par l'un et l'autre plaideur, il tranche cependant en faveur de La Blache. Mais le juge, manquant à la  règle, garde pour lui une partie de la somme reçue de Beaumarchais : celui-ci réclame à grand bruit ses  quinze louis  et  Goëzman réplique en l'attaquant en corruption.

Pourtant, cette nouvelle affaire est la chance de Beaumarchais. Nous sommes en effet à l'époque des  "Parlements Maupeou" : en 1770, le chancelier René de Maupeou a exilé les anciens Parlements, rebelles à l'autorité royale. Acte politique, compensé, espère le chancelier, par des réformes techniques : suppression de la vénalité des charges, juges nommés et appointés par l'Etat, etc. Ces nouveaux Parlements ont une réputation à établir, mais aussi des adversaires farouches, qui avec Beaumarchais ont trouvé leur champion ; car les quatre "Mémoires contre Goêzman"  recueillent un immense succès : raisonnements rigoureux, scènes de comédie, violente satire de la Justice en font une terrible machine de guerre. Le Parlement irrité condamne Beaumarchais au blâme (26 février 1774), mais il est devenu un des hommes les plus populaires de Paris, et les Parlements Maupeou se relèveront mal de "l'affaire Goëzman". Quant au procès contre La Blache, il sera rejugé, et Beaumarchais l'emportera en 1778.

On a toutefois trop parlé de lui, et pour rentrer en grâce, il s'enrôle dans les services secrets du Roi :
sous le nom de M. de Ronac, anagramme de Caron, il parcourt l'Europe à la recherche de libelles  offensants pour la famille royale, rencontrant en particulier sur sa route le célèbre chevalier d'Eon, dont il s'éprend un moment... C'est entre deux voyages qu'il fait jouer enfin avec succès (la pièce était prête depuis trois ans)  "Le Barbier de Séville" en février 1775.  Il a alors quarante-trois ans, une réputation, un peu louche, mais aussi la protection des ministres Sartines et Vergennes. Le chemin de la fortune est ouvert.

"Faire à la fois le bien public et particulier" : cette morale du comte Almaviva dans "Le Barbier de Séville" était déjà celle de Duverney, et Beaumarchais en fait sa règle d'or. On le voit ainsi, et toujours avec le même entrain, monter une société commerciale pour équiper les insurgents américains dès 1776 ; éditer les oeuvres complètes de Voltaire en assurant à l'entreprise  une publicité habile (1778) ; fonder une compagnie pour améliorer la distribution des eaux à Paris... Depuis 1778, il tient prêt "Le Mariage de Figaro". Une adroite campagne de lectures, une première interdiction royale, une représenttion "privée" triomphale devant le Comte d'Artois, frère de Louis XVI, tout contribue à faire de la Première (le 27 avril 1784) un évènement politique et théâtrale considérable.

Au sommet de la réussite,  Beaumchais semble revenir  à ses premieres amours, la musique et le genre sérieux : nostalgie, prudence, désir de changer de masque ?  il donne un opéra "Tarare", et un drame "La Mère coupable", suite larmoyante de Figaro (1792). Cependant la Révolution le prend au dépourvu : il se croit le symbole de la lutte contre l'absolutisme, mais il est bientôt, par son  faste et sa richesse, traité comme son complice. Exilé après avoir vainement tenté de vendre des armes au nouveau régime, il revient en France en 1796, physiquement diminué, pour mourir à Paris le 18 mars 1799.

Le Mariage de Figaro, ou la Folle Journée

Quand Beaumarchais livre sa pièce en 1781, elle est immédiatement interdite. "Cela est détestable et ne sera jamais joué", dit Louis XVI au moment des procès qui occuperont la censure pendant trois ans. La pièce aura finalement  un succès insolent gonflé de scandales : soixante-sept représentations en 1784, et cent onze dans les cinq années qui suivirent.

Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais a donné lui même le plus pertinent résumé de sa pièce dans un factum intitulé : Programme du mariage de Figaro.

 
"Figaro, devenu concierge du château d' Aguas-Frescas, propriété du comte Almaviva, a emprunté dix mille francs à Marceline, femme de charge du même château, et lui a fait son billet de les rendre dans un terme ou de l'épouser à défaut de paiement. Cependant, très amoureux de Suzanne, jeune camériste de la comtesse, il va se marier avec elle ; car le comte, épris lui-même de la jeune Suzanne, a favorisé ce mariage dans l'espoir qu'une dot va lui faire obtenir d'elle en secret la séance du "droit du seigneur". Mais la jeune et honnête Suzanne croit devoir avertir sa maîtresse et son fiancé des galantes intentions du comte ; d'où naît une union entre la comtesse, Suzanne et Figaro pour faire avorter les desseins de Monseigneur. Le comte, enfin, s'apercevant qu'il est joué, sans deviner comment on s'y prend, se résout à se venger en favorisant les prétentions de  Marceline. Ainsi, désespéré de ne pouvoir faire sa maîtresse de la jeune, il va faire épouser la vieille à Figaro, que tout cela désole.

Dénouement heureux

Mais à l'instant qu'il croit être vengé ), on apprend que Marceline est la mère inconnue de Figaro, ce qui détruit tous les projets du comte. Pendant ce temps, la comtesse  est convenue avec Suzanne que celle-ci feindra d'accorder un rendez-vous au comte dans le jardin et que l'épouse s'y trouverait en place de la maîtresse. Mais un incident imprévu vient d'instruire Figaro du rendez-vous donné par sa fiancée. Il va se cacher au lieu indiqué pour surprendre le comte et Suzanne. Au milieu de ses fureurs, il est agréablement surpris lui-même, en apprenant que tout cela n'est qu'un jeu entre la comtesse et sa camériste pour abuser le comte. Almaviva, convaincu d'infidélité par sa femme, se jette à genoux, lui demande un pardon qu'elle accorde en riant, et Figaro épouse Suzanne."


Extraits :

LA COMTESSE - Laissons... laissons ces folies... Enfin, ma pauvre Suzanne, mon époux a fini par te dire... ?
SUZANNE - Que si je ne voulais pas l' entendre, il allait protéger Marceline.
LA COMTESSE
- Il ne m'aime plus du tout.
SUZANNE - Pourquoi tant de jalousie ?
LA COMTESSE - Comme tous les maris, ma chère ! uniquement par orgueil. Ah ! je l'ai trop aimé ! je l' ai lassé de mes tendresses et fatigué de mon amour ;  Lui seul peut nous y aider : viendra-t-il ?
SUZANNE - Dès qu' il verra partir la chasse.
LA COMTESSE - Ouvre un peu la croisée sur le jardin. Il fait une chaleur ici ! ...
SUZANNE - C' est que Madame parle et marche avec action.
LA COMTESSE - Sans cette constance à me fuir. Les hommes sont bien coupables ;
SUZANNE - Ah ! Voilà Monseigneur qui traverse à cheval le grand potager, suivi de Pédrille, avec deux, trois, quatre lévriers.
LA COMTESSE - Nous avons du temps devant nous. (Elle s'assied). On frappe, Suzon ?
SUZANNE - Ah ! c' est mon Figaro ! ah ! c' est mon Figaro

                                                                      (Acte II,Scène 1)
 ;                     ***
 
FIGARO -
Fils de je ne sais pas qui, volé par des bandits, élevé dans leurs mæurs, je m' en dégoûte et veux courir une carrière honnête ; et partout je suis repoussé ! je me jette à corps perdu dans le théâtre : me fussè-je mis une pierre au cou ! Je broche une comédie dans les mæurs du sérail ,.(...) à l' instant, un envoyé... de je ne sais où se plaint de ce que j' offense dans mes vers la Sublime-Porte, (...) et voilà ma comédie flambée, pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire . Ne pouvant avilir l' esprit, on se venge en le maltraitant. Mes joues creusaient  ; mon terme était échu ; je voyais de loin arriver l'affreux recors, la plume fichée dans sa perruque : en frémissant, je m' évertue. Il s' élève une question sur la nature des richesses, et, comme il n'est pas nécessaire de tenir les choses pour en raisonner, n'ayant pas un sol, j' écris sur la valeur de l'argent et sur son produit net ; sitôt, je vois du fond d' un fiacre, baisser sur moi le pont d' un château fort, à l' entrée duquel je laissai l' espérance et la liberté. Que je voudrais bien tenir un de ces puissants de quatre jours, si légers sur le mal qu'ils ordonnent, quand une bonne disgrâce a cuvé son orgueil ! je lui dirais... que les sottises imprimées n' ont d' importance qu'aux lieux où l ' on en gêne le cours ; que, sans la liberté de blâmer, il n' est point d' éloge flatteur, et qu' il n'y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits. 
                                                                                                         (Acte V, Scène 5)                


Notes :    


"Le Mariage de Figaro,  c'est déjà la Révolution en action." - Napoléon Bonaparte

Cette Folle Journée avait en effet de quoi inquiéter les garants de l'ordre social. Beaumarchais, dans sa préface, s'en défendait en disant que ce n'était "qu'un charmant badinage". Certes, mais il n'y avait pas que cela. Il le savait. C'est une effrontée dérision de l' ordre établi. Les privilèges y sont ouvertement attaqués. Almaviva n'est, par ailleurs, pas un tyran. La finesse de Beaumarchais en a fait un homme  sympathique, voire attachant. Mais il se donne le droit d'abuser de Suzanne et de jouer de Figaro parce qu'il en a le pouvoir. Il est une dérivation, une exagération naturelle de la féodalité, de la monarchie. Ses complices, ses laquais véritables, sont taillés dans la médiocrité, la vilenie, la bassesse : Bartholo, Bazile, Brid 'oison. Figaro, né du peuple, sert le comte quand sa cause est bonne (pour l'amour de la comtesse)
mais le combat quand son dessein est vil (le désir de Suzanne). C'est une manière de dire que le peuple est le régulateur de la puissance monarchique. On a vu dans Figaro la montée de la bourgeoisie ou l' allégorie du tiers état. Il est net que Figaro est opportun. "De l'intrigue et de l' argent, te voilà dans ta sphère !" lui lance Suzanne. C'est aussi le portrait heureux de Beaumarchais, qui lui donne son caractère et des éléments de sa propre vie, comme à Chérubin, "ce charmant polisson" qui donne à la pièce un fond aussi séduisant que grave, une fine apologie du désir.


      
                                                                                
Par Cathou
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SOPHOCLE









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Philotecte









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Sophocle




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Platon par Raphaël

















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Aristote












Aristote par Raphaël









Aristote sur une fresque murale à Rome











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Alexandre sur son cheval











Bronze - Alexandre













Buste d'Alexandre le Grand















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