1759 - 1805
sans tenir compte de l'avis des familles, il prend des fils d'officiers
et de fonctionnaires. Friedrich Schiller entre donc en 1773 dans cette Académie, la Karlsschule, située au château de la Solitude près de Stuttgart. Il y restera huit années, donc jusqu'à
l'âge de vingt et un ans, soumis à une dure, souvent humiliante, discipline militaire. A l'occasion du transfert de l'école à Stuttgart même, en 1775, le duc ajoute l'enseignement de la médecine
aux disciplines qu'il avait imposées jusqu'alors. Le jeune homme se sent plus attiré par celle-ci que par les autres matières, car elle lui donne davantage de liberté intellectuelle, mais ses
intérêts personnels le portent surtout vers la poésie ; déjà il écrit des poèmes dans la manière de Klopstock, découvre l'oeuvre de Shakespeare et se plonge dans la lecture d'un grand nombre
d'auteurs allemands et étrangers, malgré l'interdiction formelle de lire, imposée aux élèves. En 1779, le duc Charles-Eugène organise une fête dans la grande salle de l'Académie en présence du duc
Charles-Auguste de Weimar et de Goethe ; Friedrich a ainsi l'occasion d'approcher l'auteur déjà célèbre de Werther et cet événement le marque profondément. L'année suivante,
âgé de vingt et un ans, il quitte l'Académie ; Charles-Eugène le nomme médecin de régiment, avec une solde dérisoire et l'interdiction de quitter la ville de Stuttgart. Friedrich se montre
d'ailleurs assez mauvais médecin ; si l'enseignement théorique l'a intéressé, il ne sera jamais un bon praticien.
Les dernières années, plus favorable que les précédentes à son activité
créatrice, ont donc été extrêmement fécondes. La vie à Weimar n'a pas été pleinement satisfaisante ; pourtant il s'y trouvait mieux qu'ailleurs, puisque peu avant sa mort il refusa des
offres alléchantes que lui faisait le théâtre de Berlin ; enfin, l'amitié avec Goethe ne s'est point démentie et celui-ci sera vivement affecté par la mort de son ami. Il se déclarera
"anéanti", estimant avoir perdu "la moitié de son être". Le 9 mai 1805, un accès de fièvre finit par avoir raison de cet homme, si jeune encore mais marqué depuis si longtemps par la
maladie.





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