Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 12:21

1694 - 1778

Par son talent et son goût pour la polémique, Voltaire eut une influence exceptionnelle sur ses contemporains ; pour nous, il reste l'auteur de ces chefs d'oeuvre que sont les contes philosophiques comme Candide et Zadig.

François Marie Arouet

Ses oeuvres ne sont plus beaucoup lues, excepté certains contes philosophiques comme "Candide", mais il est l'un des plus grands auteurs français et, pour le monde entier, il reste un défenseur des droits de l'homme. Ce personnage hors du commun, Voltaire, s'appelait en réalité François Marie Arouet, né à Paris. Très tôt, il se tourna vers la littérature ; encore adolescent, il écrivait des contes en vers, de odes, des épîtres, des satires, parfois distribués sous le manteau. Mais sa virulence et son goût de la dénonciation et de la vérité lui valurent vite des ennuis. Ainsi, pour quelques vers corrosifs pourtant non signés, il dut s'exiler une première fois, à Sully-sur-Loire, puis il fut emprisonné à la Bastille pendant onze mois (1717-1718). Il y écrivit "Oedipe", une tragédie qui fut son premier succès et le persuada de sa réussite ; il se mit à travailler avec ardeur, sans oublier de s'enrichir par quelques bons placements, et il prit le pseudonyme de Voltaire - du nom d'un domaine ayant appartenu à sa mère.

Le prix de la liberté

Être passionné, mais hypersensible et de faible santé, jalousé à cause de ses succès et de son talent, persécuté à cause de sa causticité, Voltaire fut une victime de son goût de la vérité et de la liberté, mais aussi de son esprit sarcastique. En 1726, pour échapper à une nouvelle peine de prison, il se retrouva exilé en Angleterre ; séduit par la tolérance et la politique libérale de ce pays, il en rapporta de nombreuses idées et un matériel important pour les oeuvres à venir, qui allaient le consacrer dès son retour en France : Brutus (1730, tragédie), Histoire de Charles XII (1731), Zaïre (1732, tragédie) et surtout les "Lettres philosophiques" (ou Lettres anglaises, 1734). Dans cet ouvrage, il critique la société française, réfractaire à tout changement, l'opposant à la société libérale anglaise. Aussitôt publié en France, le livre fut brûlé, et Voltaire dut trouver refuge à Cirey-sur-Blaise, à la frontière de la Lorraine, au château de la marquise du Châtelet. Il y passa une dizaine d'années, entrecoupées de nombreux déplacements ; il menait une vie mondaine, mais sans ralentir ses activités
intellectuelles, nombreuses et fécondes : Le Mondain (1736), qui raconte sa vie libertine, Éléments de la philosophie de Newton (1738), Discours de l' homme (1738) ; il se consacrait également à l'histoire, un genre en vogue à l'époque et qu'il renouvela, préparant Le Siècle de Louis XIV (1751) et L' Essai sur les moeurs (1745-1756), une histoire générale de la civilisation depuis Charlemagne. Et tout cela sans oublier la tragédie : Alzire (1736), une défense de la tolérance, et Mahomet (1741), une condamnation du fanatisme.

De cour en cour

En 1744, rentré à Paris, il fut à nouveau reçu à la cour et nommé "fournisseur" des fêtes royales, puis historiographe de Louis XV et membre de l' Académie française. Voltaire avait désormais la célébrité et la fortune, mais il avait aussi conscience de se disperser dans des mondanités, qu'il ne dédaignait d'ailleurs pas. La censure allait à nouveau l'éloigner de Paris, en 1747, cette fois à cause de Zadig. Deux ans plus
tard, c'était la mort de la marquise du Châtelet, qui fut en réalité son seul grand amour. Cette femme disparue, il pouvait quitter la France et s'installer à Berlin, à la cour de Frédéric II de Prusse, où il  resta pendant deux ans. Mais de nouvelles controverses le brouillèrent avec son hôte et l'obligèrent à partir précipitamment, en 1753 ; il reprit cette vie qu'il taxa de "juif errant", passant de principauté en principauté.

Les Délices

Il finit par fixer son choix sur Genève où il acheta un château, une ferme, des vignes ; il acquit une maison aux Délices, une autre à Lausanne, et d'autres à Ferney, en France voisine. C'est là qu'il dut se réfugier en 1758, car les Genevois n'appréciaient guère son anticalvinisme et son théâtre, et furent choqués par l'article "Genève" de l' Encyclopédie (écrit par d'Alembert mais nettement inspiré par Voltaire). Selon ses propres mots, il était alors  "l'aubergiste" de l'Europe, accueillant de nombreux visiteurs illustres entretenant une correspondance avec l'Europe entière et se découvrant une passion pour la justice. Parmi les oeuvres de cette période encore plus fertile
que les précédentes, il faut citer, parmi les contes et romans : Candide (1759), L' Ingénu (1767) et L' Homme aux quarante écus (1760) ; parmi les tragédies ;  Tancrède (1760) ; parmi les travaux historiques : Précis du siècle de Louis XV (1768) ; et en philosophie : le Dictionnaire philosophique, qui passa d'une centaine d'articles en 1764 à plus de six cents en 1772. Tout cela sans oublier les innombrables lettres, articles, épîtres et autres pièces en vers. Voltaire était couvert d'honneurs mais ne s'accordait aucun répit, laissant l'épuisement le gagner. Après une vingtaine de jours de lit, il mourut le 30 mai 1778 et n' eut pas le loisir de répondre à la dernière censure dont il fut victime, le clergé parisien lui ayant refusé des obsèques religieuses. En 1792, ses cendres furent transférées  au Panthéon.

I) CANDIDE :

Voltaire est un philosophe contesté mais célèbre quand il commence à écrire des contes. Il a soixante-cinq ans au moment de la publication de "Candide", et il s' est fait connaître  par des oeuvres plus sérieuses : théâtre, philosophie, poésie. C' est au retour de son séjour chez Frédéric II en 1758 qu' il écrit en secret "Candide". Il ne reste comme trace de ce travail souterrain qu'un seul manuscrit dit "manuscrit La Vallière".


"Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes"

Candide,
jeune bâtard élevé au château de Thundertentronckh en Westphalie, a appris du précepteur Pangloss la formule optimiste :
"Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles." Mais chassé de ce paradis pour avoir flirté avec la fille de la maison, Cunégonde, il va découvrir, au cours d'un capricieux voyage, les horreurs de la guerre, de l'égoïsme, de l'Inquisition portugaise. Avec un nouveau compagnon, Cacambo, il arrive dans un pays de rêve, l'Eldorado, où les hommes vivent heureux dans une société idéale. Mais par vanité, chargés d'or et de pierres précieuses, ils repartent sous prétexte de chercher Cunégonde. Les horreurs de la vie les assaillent à nouveau : ils découvrent l'esclavage, se font voler leurs biens, repartent en Europe, en France, en Angleterre, à Venise où tout n'est que vice et misère. Pendant ses aventures, Candide a eu l'occasion de remettre en cause l'optimisme de Pangloss. Arrivé à Constantinople, Candide rencontre par miracle Cunégonde vieillie et tous les compagnons de ses aventures. Devenu philosophe, il devient le chef de cette société qu'il engage à travailler sur une petite terre : "il faut cultiver son jardin."

Un conte philosophique


Ce conte de trente chapitres comporte d'une part une prise de position philosophique contre l'optimisme, d'autre part une féroce et lucide satire politique, religieuse et sociale. Voltaire en effet s'en prend, avec un certain parti-pris au philosophe et savant allemand Leibniz, qu'il ridiculise dans la célèbre formule du précepteur Pangloss, incorrigible bavard, incapable d'adapter sa réflexion aux faits.
C'est sur le mode satirique que Voltaire s'en prend aux institutions de son temps. Il est particulièrement scandalisé par l'intolérance religieuse, par l'incurie des privilégiés et par les ravages de la guerre. Il exprime ses indignations d'une façon contenue et efficace grâce à son inimitable ironie. Personnages odieux et ridicules se succèdent dans un ballet aux accents grinçants qui nous rappellent le pessimisme de l'auteur malgré l'apaisement de la leçon finale.

Extraits :

En approchant de la ville, ils rencontrèrent un nègre étendu par terre, n' ayant plus que la moitié de son habit, c' est-à-dire d' un caleçon de toile bleue .. il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main droite. "Eh, mon Dieu ! lui dit Candide en hollandais, que fais-tu là, mon ami, dans l' état horrible où je te vois ? - J' attends mon maître, Monsieur Vanderdendur, le fameux négociant, répondit le nègre. - Est-ce M. Vanderdendur, dit Candide, qui t'a traité ainsi ?- Oui, Monsieur, dit le nègre, c'est l'usage. On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois dans l' année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe ;  je me suis trouvé dans les deux cas. C' est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. Cependant, lorsque ma mère me vendit dix écus patagons* sur la côte de Guinée, elle me disait : "Mon cher enfant, bénis nos fétiches, adore-les toujours, ils te feront vivre heureux ;  tu as l'honneur d' être esclave de nos seigneurs blancs, et tu fais par là la fortune de ton père et de ta mère." Hélas ! je ne sais pas si j' ai fait leur fortune, mais ils n' ont pas fait la mienne. Les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moins malheureux que nous. Les fétiches hollandais qui m' ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d'Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste, mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germains. Or vous m' avouerez qu'on ne peut pas en user avec ses parents d'une manière plus horrible.
*
Relatif à la Patagonie ou aux Patagons, ses habitants réels ou supposés. Souvent plaisant, en raison du caractère mythique du peuple « Patagon ».
                     ***
Toute  la petite société entra dan ce louable dessein.. chacun se mit à exercer ses talents. La petite terre  rapporta beaucoup. Cunégonde était à la vérité bien laide, mais elle devint une excellente pâtissière. (...) et Pangloss disait quelquefois à Candide : "Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles .. car enfin, si vous n' aviez pas été chassé d' un beau château à grands coups de pied dans le derrière pour l'amour de Mlle Cunégonde, si vous n' aviez pas été mis à l'Inquisition, si vous n' aviez pas couru l'Amérique à pied, si vous n'aviez pas donné un bon coup d' épée au baron, si vous n' aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d' Eldorado, vous ne mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches. - Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin.

Notes :

Comme plusieurs oeuvres de Voltaire, le conte fut publié sans nom d'auteur (par Cramer, de Genève). On l'attribua tout de suite à Voltaire qui prit un malin plaisir à démentir ces bruits : "Il faut avoir perdu la tête pour m'attribuer cette coïonnerie", tout en étant flatté du succès rapide de son ouvrage, réédité plusieurs fois et traduit en anglais et en italien la même année. La censure fut impuissante à en freiner la diffusion.
Le genre littéraire du conte philosophique est une invention de Voltaire. Il permet le mariage heureux de la réalité et de la fiction, du divertissement primesautier et de la réflexion profonde sur un thème philosophique ou social.

Voltaire écrivit plus de vingt romans et contes ; parmi lesquels : Zadig ou la Destinée (1747), Micromégas (1752), L'lngénu (1768), L'Homme aux quarante écus (1768), La Princesse de Babylone (1768), etc.
Balzac qualifia Candide de "diamant de notre intelligence nationale". "Le début de Candide est demeuré pour moi la lecture la plus revigorant : je me le récite souvent, telle une prière à la langue ffrançaise et à l'esprit français. il n'y en aura jamais de plus parfaite." .

Roger Peyretitte

Voltaire en Angleterre :

 

La découverte d'un peuple travailleur, libre et respectueux de l'intelligence, l'aide à prendre conscience de sa pensée ; il y acquiert le sens de l'oeuvre philosophique, essai ou pamphlet, et découvre l'efficacité sociale de l'humour. "Les Lettres Philosophiques" sont une date par la révélation de la prose voltairienne, claire, pétillante, perpétuellement ironique et porteuse d'idées.

En Angleterre cet écrivain exilé, qui se souvient d'avoir été bâtonné et embastillé, s'initie aux libertés parlementaires auprès de Bolingbroke, lord Peterborough, Walpole ; hôte du négociant FALKENER  il découvre les bienfaits du commerce et de l'industrie, il étudie les sectes religieuses et fréquente des  libres penseurs ; il s'entretient avec SWIFT, l'auteur de Gulliver, qui publie un journal satirique ; avec les poètes Pope, Gay, Young ; avec les philosophes Berkeley et Clarke ; il admire Locke et Newton ; il applaudit les drames de Shakespeare.

II. LES LETTRES ANGLAISES (1734).

Bien qu'elles n'apportent rien d'absolument nouveau sur l'Angleterre, les Lettres Anglaises sont au XVIII ème siècle un livre capital par  l'esprit philosophique qui en fait l'unité, et par la leçon qui s'en dégage.

1. C'EST UNE OEUVRE DE PROPAGANDE : elle montre les bienfaits de la liberté, du point de vue religieux, politique, philosophique, scientifique et littéraire ; de cette liberté résultent l'amélioration de la vie et le progrès des lumières. La plupart des idées qui seront chères au philosophe de Ferney sont déjà dans ce petit livre.

2. C'EST UNE OEUVRE SATlRIQUE, une critique permanente, directe ou déguisée, de la société Française, avec son intolérance, son despotisme, ses privilèges et ses préjugés : l'auteur ne voulait pas seulement philosopher mais suggérer des réformes. La XXV ème lettre* Sur les Pensées de Pascal révélait la portée profonde du livre : en réaction contre les bases théologiques et chrétiennes de la société française, VOLTAIRE proposait une notion purement humaine et laïque du bonheur terrestre. L'entreprise était dangereuse. VOLTAIRE retarda tant qu'il put la publication des "Lettres Philosophiques". Mais la traduction parue en Angleterre (1733) et une contrefaçon de l'édition clandestine de Rouen provoquèrent une lettre de cachet, (3 mai 1734). Aussitôt l'auteur s'enfuit en Lorraine ; l'imprimeur est mis à la Bastille ; le livre est condamné au feu par le Parlement, comme "propre à inspirer le libertinage le plus dangereux pour la religion et la société civile". Mais cinq éditions s'épuisent dès 1734.

*
Voltaire, Lettre philosophique XXV.

Je vous envoie les remarques critiques que j'ai faites depuis longtemps sur les Pensées de M. Pascal. Ne me comparez point ici, je vous prie, à Ézéchias, qui voulut faire brûler tous les livres de Salomon. Je respecte le génie et l'éloquence de Pascal ; mais plus je les respecte, plus je suis persuadé qu'il aurait lui-même corrigé beaucoup de ces Pensées, qu'il avait jetées au hasard sur le papier, pour les examiner ensuite : et c'est en admirant son génie que je combats quelques-unes de ses idées. Il me paraît qu'en général l'esprit dans lequel M. Pascal écrivit ces Pensées était de montrer l'homme dans un jour odieux. Il s'acharne à nous peindre tous méchants et malheureux. Il écrit contre la nature humaine à peu près comme il écrivait contre les jésuites. Il impute à l'essence de notre nature ce qui qu'à certains hommes. Il dit éloquemment des injures au genre humain. J'ose prendre le parti de l'humanité contre ce misanthropes sublime ; j'ose assurer que nous ne sommes ni si méchants ni si malheureux qu'il le dit ; je suis, de plus, très persuadé que, s'il avait suivi, dans le livre qu'il méditait, le dessein qui paraît dans ses Pensées, il aurait fait un livre plein de paralogismes éloquents et de faussetés admirablement déduites. Je crois même que tous ces livres qu'on a faits depuis peu pour prouver la religion chrétienne, sont plus capables de scandaliser que d'édifier. Ces auteurs prétendent-ils en savoir plus que Jésus-Christ et les Apôtres ? C'est vouloir soutenir un chêne en l'entourant de roseaux ; on peut écarter ces roseaux inutiles sans craindre de faire tort à l'arbre. J'ai choisi avec discrétion quelques pensées de Pascal ; je mets les réponses au bas. C'est à vous à juger si j'ai tort ou raison.

 

III - Le Siècle de Louis XIV

 

Avec cet ouvrage, Voltaire confirmait ses talents d'historien, déjà apparus dans "l'Histoire de Charles XII", et surtout il renouvelait le genre tant par sa méthode que par son style.

 

En 1739, Voltaire fit paraître l' introduction et le premier chapitre du "Siècle de Louis XIV" dans d' autres oeuvres. Mais le gouvernement de Louis XV en interdit la publication. Puis le roi le fit gentilhomme de la chambre et historiographe ; Voltaire se remit au travail. Mais la fin de l' ouvrage, plus critique, l'obligea à finir son livre à Berlin. La première édition date de 1751. et il y en eut plusieurs autres, enrichies et corrigées.

 

Extraits :

 

Ce n' est pas seulement la vie de Louis XIV qu' on prétend écrire ; on se propose un plus grand objet. On veut essayer de peindre à la postérité, non les actions d'un seul homme, mais l' esprit des hommes dans le siècle le plus éclairé qui fut jamais.

 

Tous les temps ont produit des héros et des politiques :  les peuples ont éprouvé des révolutions : toutes les histoires sont presque égales pour qui ne veut mettre que des faits dans sa mémoire. Mais quiconque pense, et, ce qui est encore plus rare, quiconque a du goût, ne compte que quatre siècles dans l' histoire du monde. Ces quatre âges heureux sont ceux où les arts ont été perfectionnés, et qui, servant d' époque à la grandeur de l' esprit humain, sont l' exemple de la postérité.


               ***


Le quatrième siècle est celui qu' on nomme le siècle de Louis XIV, et c' est peut-être celui des quatre qui approche le plus de la perfection. Enrichi des découvertes des trois autres, il a plus fait en certains genres que les trois ensemble. Tous les arts, à la vérité, n'ont point été poussés plus loin que sous les Médicis, sous les Auguste et les Alexandre ; mais la raison humaine en général s' est perfectionnée. La saine philosophie n' a été connue que dans ce temps, et il est vrai de dire qu'à commencer depuis les dernières années du cardinal de Richelieu jusqu' à celles qui ont suivi la mort de Louis XIV, il s' est fait dans nos arts, dans nos esprits, dans nos moeurs, comme dans notre gouvernement, une révolution générale qui doit servir de marque éternelle à la véritable gloire de notre patrie. Cette heureuse inf1uencene s' est pas même arrêtée en France ; elle s' est étendue en Angleterre .. elle a excité l' émulation dont avait alors besoin cette nation spirituelle et hardie ; elle a porté le goût en Allemagne, les sciences en Russie ; elle a même ranimé l' Italie qui languissait, et l' Europe a dû sa politesse et l' esprit de société à la cour de Louis XIV.


              ***


Un des ouvrages qui contribuèrent le plus à former le goût de
la nation, et à lui donner un esprit de justesse et de précision, fut le petit recueil des Maximes de François, duc de La Rochefoucauld. (...)
Mais le premier livre de génie qu'on vit en prose fut le recueil des "Lettres provinciales", en 1654. Toutes les sortes d' éloquence y sont renfermées. Il n'y a pas un seul mot qui, depuis cent ans, se soit ressenti du changement qui altère souvent les langues vivantes. Il faut rapporter à cet ouvrage l' époque de la fixation du langage. L' évêque de Luçon, fils du célèbre Bussy, m' a dit qu' ayant demandé à Monsieur de Meaux quel ouvrage il eût mieux aimé avoir fait, s' il n' avait pas fait les siens, Bossuet lui répondit : "Les Lettres provinciales."  Elles ont beaucoup perdu de leur piquant, lorsque les jésuites ont été abolis, et les objets de leurs disputes méprisés.

 

Notes :

 

<< Condorcet félicite Voltaire d'avoir fait une révolution dans la manière d'écrire l'histoire. Louis Halphen estime que "Le Siècle de Louis XlV " et "L' Essai sur les moeurs" donnent au lecteur émerveillé l'illusion qu'après des siècles d'attente l'histoire vient tout à coup de se dévoiler à lui.  Nul doute que Voltaire mérite ces éloges. Mais ils ne doivent pas faire oublier qu' Arouet-le-Jeune n'était point parti pour écrire l'histoire de Louis XIV, ni aucune histoire. Quand il commence Charles Xll, il est depuis six ans poète célèbre : le successeur de Racine, le Virgile français. Pourtant, cependant qu'il brochait un oedipe, une Henriade, l'histoire peu à peu s'imposait à lui. >>

- R. Pomeau, préface aux oeuvres historiques de Voltaire, La Pléiade, 1957

 

<< Voltaire, homme d'esprit et poète alors avant tout, voyait dans ce long règne le prodigieux développement de l'intelligence (...). De là, l'enthousiasme dont sortit le premier dessein, tout français et classique, du Siècle de Louis XIV. Il s'y joignit une arrière pensée : quel contraste entre la cour où l' on voyait à la fois Condé, Colbert et Racine, et celle où il n'y a plus de Condé, ni de Colbert, et où Voltaire n'est pas ! Une leçon au gouvernement de Louis XV devait sortir de l'histoire de Louis XIV. >>

- G.Lao- 500, Voltaire, Hachette, 1910

 


 

Partager cet article

Repost 0
Published by Cathou
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Cathou
  • Le blog de Cathou
  • : Bonjour à tous.... Une approche de certains écrivains ; vie, œuvres, extraits. A l'attention de la personne "ANONYME" qui se reconnaîtra.... : je n'ai jamais voulu m'approprier ce travail, j'ai noté dans ma page d'accueil les sources :Ce blog sans prétention aucune a été crée à partir de fiches -collection Atlas - et d'ouvrages - collection Lagarde et Michard et collection Nathan "Grands écrivains du Monde", -
  • Contact

Divers personnages....


DANTE


                                                                                                      Béatrice Portinari









Dante par Giotto








Première page de la Divine Comédie













************************************************






SOPHOCLE



http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/92/Sophocles.jpg/220px-Sophocles.jpg

                                                                                                            


     
       

                      

                                                                                                       Antigone




http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/fc/Philoctetes_Hermonax_Louvre_G413.jpg/180px-Philoctetes_Hermonax_Louvre_G413.jpg

Philotecte abandonné par les Grecs







http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/ff/Sophocles_CdM_Chab3308.jpg/180px-Sophocles_CdM_Chab3308.jpg
Sophocle  Bas relief en marbre









Sophocle




*********************************************************************************




http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/3f/Sanzio_01_Pythagoras.jpg/220px-Sanzio_01_Pythagoras.jpg

Pythagore



http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/ca/Plato_Symposium_papyrus.jpg/220px-Plato_Symposium_papyrus.jpg

Le Banquet manuscrit sur papyrus.






Platon par Raphaël





http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/a4/Aristoteles_Louvre.jpg/200px-Aristoteles_Louvre.jpg

ARISTOTE





Aristote par Raphaël




http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/98/Sanzio_01_Plato_Aristotle.jpg/200px-Sanzio_01_Plato_Aristotle.jpg


Aristote sur une fresque murale à Rome




http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/ac/BattleofIssus333BC-mosaic-detail1.jpg/300px-BattleofIssus333BC-mosaic-detail1.jpg


Alexandre à une bataille






http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/79/AlexanderAndLion.jpg/300px-AlexanderAndLion.jpg



Alexandre combattant un lion







http://upload.wikimedia.org/wikipedia/fr/thumb/3/38/Alexander_on_Bucephalus_bronze_statue.jpg/200px-Alexander_on_Bucephalus_bronze_statue.jpg



Bronze - Alexandre









Buste d'Alexandre le Grand







http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/3b/Alexander_and_Aristotle.jpg/250px-Alexander_and_Aristotle.jpg

Alexandre et Aristote





http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/c1/Grandes_chroniques_Roland.jpg/300px-Grandes_chroniques_Roland.jpg
Enluminure "Chanson de Roland"










http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/18/Mort_de_Roland.jpg/300px-Mort_de_Roland.jpg
Mort de Roland à Ronceveaux
















http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/d6/Charlemagne_and_Pope_Adrian_I.jpg/250px-Charlemagne_and_Pope_Adrian_I.jpg
Charlemagne et le Pape Adrien I






http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/75/Charlemagne_et_Louis_le_Pieux.jpg/250px-Charlemagne_et_Louis_le_Pieux.jpg


Charlemagne et son fils Louis le Pieux






RUTEBOEUF

                            



http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:CSPIsFWD7EZ5VM:http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/5f/Jean_de_Joinville.jpg






Ruteboeuf par Clément Marot

Archives