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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 10:00


1873   1914

Poète, dramaturge, penseur, Péguy est le combattant catholique des plus grandes causes.

Tous les essais publiés par Péguy dans les "Cahiers de la Quinzaine" débuteront par ces mots : "De la situation faite.." à l' imitation des titres latins. Outre des attaques contre la Sorbonne, Péguy y développe des méthodes de pensée modernes et ses thèmes privilégiés : la mémoire. la haine du formalisme intellectuel,  la tradition nationale, l' union du spirituel et du temporel. A la fois démonstratifs et lyriques, ces thèmes illustrent bien les pensées et les méditations de l' écrivain.

Un jeune socialiste

Charles-Pierre Péguy est né le 7 Janvier 1873 à Orléans. Son père, menuisier, mourut la même année des suites de la guerre de 1870 et laissa à sa mère, rempailleuse de chaises, le soin d'élever ce fils unique. Élève brillant, http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/8a/Charles_peguy.jpg/220px-Charles_peguy.jpgPéguy, grâce à une bourse, put entrer au Iycée d'Orléans. En hypokhâgne par la suite au Iycée Louis-Ie-Grand. il se lie d'amitié avec Joseph Lotte, les frères Tharaud et Marcel Baudouin dont il épousera la soeur plus tard. C'est avec ce dernier qu'il rêve de la "cité harmonieuse" d'inspiration anarchiste et proudhonienne. Dès cette époque, où il entre à l'École normale supérieure, il est officiellement socialiste, fonde le Groupe d'études sociales d'Orléans et écrit sa première oeuvre, drame en trois pièces, Jeanne d'Arc (1897). A travers l'histoire de la sainte,  Péguy exprime ses propres angoisses et développe une critique acerbe des classes possédantes. En 1898, il ouvre, à I'aide de fonds collectés depuis plusieurs mois, la Librairie socialiste, bientôt gérée par la Société nouvelle d'éditions avec Jean Jaurès, Lucien Herr et Léon Blum. Mais très vite il dénonce leur dogmatisme marxiste, leur intolérance anticléricale et leur appétit de pouvoir.

Les "Cahiers de la Quinzaine"

Excommunié par les socialistes, suspect aux catholiques, Péguy fonde en 1900 les "Cahiers de la Quinzaine". Fruit d'un travail acharné, dans des conditions financières précaires, ils http://cot.priceminister.com/photo/849485751_L.jpgparaîtront jusqu'à la mort de l'écrivain. Après avoir publié,  outre les oeuvres majeures de leur fondateurs, des textes de R. Rolland,  A. Suarès, H. Bergson, J. Jaurès les "Cahiers de la Quinzaine", fondés pour être "un journal vrai", respectueux des libertés individuelles, imprégné de spiritualité, traitaient aussi de sujets divers : des problèmes sociaux (travail des  enfants, grève des mineurs, universités populaires) et d'actualité politique (répression coloniale, oppression des minorités).

La découverte de la foi

En 1905, Notre patrie marque une distance prise vis-à-vis de l'idéologie socialiste et une redécouverte des valeurs nationales. Mais c'est surtout l'époque d'une lente maturati
on vers la foi que Péguy a toujours refusé d'appeler "conversion". Ce moment est donc impossible à dater. C'est l'époque où cet ancien anarchiste parcourt les rues de Paris en récitant des "Je vous salue Marie", et rentre chez lui se nourrir des écrits de Blaise Pascal. Il écrit alors le "Mystère de la charité de Jeanne d'Arc" (1911), où le mystère est à prendre au sens du Moyen Age, c'est-à-dire d'une représentation sous forme de fresque biographique des hauts faits d'un saint. C'est sa période la plus féconde : après "Clio," iI publie "Victor-Marie, comte Hugo", qui est autant une oeuvre de critique littéraire que l'occasion pour Péguy de célébrer l'amitié et de faire l'apologie de son passé dreyfusard...Il pense trouver dans l'Évangile les fondements d'une cité future faite de justice et de vérité. Son art s'épanouit dans le mysticisme du verset à travers les mystères, Le Porche du mystère de la deuxième vertu (1911) et Le Mystère des saints Innocents (1912), et les Tapisseries, La Tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d'Arc, écrites à la suite de son premier pèlerinage à Chartres. Il rédige "L'Argent" et "Eve" *, mais le 2 août 1914, c' est la  mobilisation générale. Péguy, lieutenant, participe à la campagne de Lorraine et, le 5 septembre, il  est tué à ViIleroy en Brie.

* Extrait.... EVE
                            Jésus parle..

Ce qui depuis ce jour est devenu la mort
N’était qu’un naturel et tranquille départ.
Le bonheur écrasait l’homme de toute part.
Le jour de s’en aller était comme un beau port.

Les bonheurs qui tombaient faisaient un déversoir,
Le silence de l’âme était comme un étang,
Le soleil qui montait faisait un ostensoir
Et se répercutait dans un ciel éclatant.

Les vapeurs qui montaient faisaient un encensoir.
Et les cèdres faisaient de hautes barricades.
Et les jours de bonheur étaient des colonnades.
Et tout se reposait dans le calme du soir.

Et la terre n’était qu’un vaste reposoir.
Et les fruits toujours prêts sur les rameaux de l’arbre,
Et les jours toujours prêts sur les tombeaux de marbre
Ne faisaient qu’un immense et temporel dressoir.



 La communion des saints

Péguy resta toujours hors de l' église institutionnelle, iI refusa, malgré les instances de Jacques Maritain*, de recevoir les sacrements. Sa vie religieuse est nourrie de prières  personnelles et de pèlerinages (deux pèlerinages à Chartres en 1912 et 1913). Il s'est toujours montré hostile au cIergé catholique qui, du reste, le considère avec méfiance. C'est dans la communion des saints que s'enracine toute sa foi. C'est elle qui guide ses pas vers Chartres pour guérir son fils malade : iI faut savoir se remettre entre les mains de la Vierge. L'opposition entre le charnel et le spirituel est, d'après lui, à I'origine de toutes les erreurs : elle conduit soit au matérialisme, soit à un intellectualisme éthéré. Alors que leur union, "I'éternel constamment couché sur le lit de camp du temporel", mystère central de son oeuvre, signe de I'incarnation du Christ, porte à aimer les autres, et particulièrement Marie, en qui Dieu s'est révélé, ainsi que les figures d
e l'histoire chères à la dévo
tion populaire : Jeanne d' Arc, Geneviève, qui sauva Paris des Huns, saint Louis, mort de la lèpre en croisade. Mère, épouse ou veuve, la femme est au coeur du drame humain dont elIe porte tout le poids. Aussi est-ce à Eve, "Ia mère des vivants", que s'adresse le long poème de mille neuf cent onze quatrains de la fin de la vie de Péguy, dit par Jésus lui-même. Pour elIe, iI écrit de longs poèmes qu'iI veut construits "comme une cathédrale". Il a compris que la beauté et la justesse de la langue apparaissent lorsque le vers se conforme au mouvement de I'âme. C'est ainsi que "Le Porche du mystère  de la deuxième vertu"  met en place un combat entre la lumière et la nuit qui se cIôt par un "abandonnement", néologisme de Péguy qui se remet entre les mains de Dieu, entre les mains de la nuit, source d'apaisement au moment du vendredi saint.

 

*http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Maritain

 
Ce qui caractérise le style de Péguy, c' est l' entrelacement des thèmes qui donne un mouvement au texte.
C' est là l' art de la tapisserie, qui change de couleur de temps à autre pour revenir à la même couleur. Les thèmes s' enchaînent à la manière d' associations d'idées, avec un perpétuel recommencement. L' espérance
est la vertu qui va permettre de saisir le changement de nature du recommencement. Aussi Péguy aime-t-il prendre comme image de l' espérance un enfant qui fait vingt fois le même trajet sans jamais se lasser.


Notes

Chaque oeuvre de Péguy correspond à une constellation autour du thème central du temps. Chacune veut ainsi
montrer comment saisir les applications quotidiennes du mystère de I'incarnation. II s'agit pour Péguy de parler
aux sens comme à I'âme ; c'est ainsi que sa pensée s'incarne, elle aussi, dans les images poétiques ; c'est ce
qu'il appelle la "racination" du spirituel dans le temporel. Dans la plupart de ses oeuvres, c'est Dieu  qui parle humainement. Ses vers, versets, hymnes, quatrains, sont les chants de Dieu. C'est pourquoi I'on peut parler d'un dialogue mystique entre le créateur et sa création.

"Le langage de cette prose compacte qui devient vers à une certaine page du drame, parce que le souffle n'en
peut plus de s'enfermer dans ces rectangles de pavés bien joints où la pensée halète en gagnant sa lumière phrase à phrase, voilà qui me ravit."
- Stanislas Fumet

Les versets de Péguy progressent lentement par un déploiement d'accumulations, des digressions indéfinies.
Sa poésie est une litanie aux répétitions incantatoires dont le rythme semble obéir à celui de la marche et de la prière.

Péguy se nourrit souvent des mêmes auteurs, Corneille, Hugo, Descartes, Pascal. Il les relit, les critique, les
commente, apprend par coeur leurs plus grands textes. C'est par cette "innutrition" qu'iI approfondit sa pensée.

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Published by Cathou
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commentaires

Catherine 27/10/2010 11:18


Bonjour et merci de votre mail, Peguy fait peut-être référence aux "8 Béatitudes" tirées de l'évangile selon St Mathieu chapitre 5 : 3-12, publiées aux édition du Cerf : QUAND JESUS INVITE AU
BONHEUR par Par Ambroise-Marie Carré
Préface de Hélène Carrère d'Encausse Secrétaire perpétuel de l'Académie française

http://www.editionsducerf.fr/html/fiche/fichelivre.asp?n_liv_cerf=5497

J'ai demandé une recherche ailleurs, j'attends la réponse.

Cordialement


Benoit Izabelle 26/10/2010 20:02


Bonsoir
Je parcours votre page consacrée à Charles Peguy.
J'ai entendu dans une émission un texte "les béatitudes" de Charles Peguy.
Pourriez vous me renseigner comment me procurer l'ouvrage concerné.
Je vous en remercie par avance.
Cordialement
Benoit et encore bravo pour votre partage de la littérature.


Cathou 12/02/2011 16:44



Après quelques recherches voici ou vous pourrez trouver "les béatitudes". Il s'agit d'une vingtaine de quatrains se trouvant dans sa vaste" Eve", environ au 1/3 (p. 1026 du
volume de la Pléiade : Oeuvres poétiques complètes). Cordialement


 


Association "Charles Péguy"



Présentation

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  • Le blog de Cathou
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Divers personnages....


DANTE


                                                                                                      Béatrice Portinari









Dante par Giotto








Première page de la Divine Comédie













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SOPHOCLE



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                                                                                                       Antigone




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Philotecte abandonné par les Grecs







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Sophocle  Bas relief en marbre









Sophocle




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Pythagore



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Le Banquet manuscrit sur papyrus.






Platon par Raphaël





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ARISTOTE





Aristote par Raphaël




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Aristote sur une fresque murale à Rome




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Alexandre à une bataille






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Alexandre combattant un lion







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Bronze - Alexandre









Buste d'Alexandre le Grand







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Alexandre et Aristote





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Enluminure "Chanson de Roland"










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Mort de Roland à Ronceveaux
















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Charlemagne et le Pape Adrien I






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Charlemagne et son fils Louis le Pieux






RUTEBOEUF

                            



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