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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 13:24

 

1899  1936

 

 

Sous les éclats divers et scintillants d'un génie étrangement séduisant, une cohérence profonde se dessine dans le destin de ce poète dont toute l'oeuvre, lyrique, dramatique, musicale ou graphique affirme un invincible attrait pour tous les visages de la liberté et de la vérité : la beauté, la création artistique, l'amour, l'ardeur de vivre et le refus de tous les masques de la mort.

 

Fédérico Garcia Lorca naquit le 5 juin 1898 à Fuente Vaqueros, une bourgade près de Grenade. Ses parents  sont de souche andalouse.   << Toute mon enfance - dit-il lui-même - est  villageoise : bergers, campagne, ciel, solitude.>> Ayant renoncé à la musique où il excelle, il entreprend, adolescent, des études de  lettres et de droit. En 1919 il s'installe à Madrid, à la fameuse Residencia de Estudiantes, que fréquente l'élite intellectuelle. Il y fait http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/0b/Lorca_%281914%29.jpg/220px-Lorca_%281914%29.jpgdes rencontres décisives : Buñuel, Dali,  Rafael Alberti, Pedro Salinas, Gerardo Diego, Moreno Villa. Très vite, par ses dons éblouissants de poète et de musicien, il devient l'un des jeunes artistes les plus en vue. Dès 1920 il écrit pour le théâtre. De son enfance il gardait aussi un goût passionné pour le théâtre de marionnettes. Sa première oeuvre date de 1918 : "impressions et paysages", inspiré par des voyages en Andalousie et en Castille ; ces proses lyriques, dans le sillage des grands écrivains de l'époque - Azorín et Juan Ramón Jimebez surtout - laissent déjà affleurer d'étonnantes images. Représentations théâtrales et poèmes se succèdent, dans une effervescence joyeuse de la création, jusqu'à la grande crise sentimentale des années 1926-1929 dont le poète ne s'arrachera que par un travail acharné. Pour discipline il s'impose << la joie à tout prix >>.  Tous ceux qui ont connu Lorca ont été fascinés par le charme étrange qui émanait de lui, un mélange à la fois de joie sans fin et de désespoir insondable. << Une décharge de sympathie quasi électrique, un sortilège, une irrésistible atmosphère de magie... >> voilà les termes, par exemple, qu'emploie Rafael Alberti pour l'évoquer. En octobre 1928 il prononce, à Grenade, une admirable conférence, <<imagination, inspiration et évasion >>, qui donne à son propre univers poétique un éclairage intense :

 

"En poète authentique que je suis et que je serai jusqu'à la mort, je ne cesserai de me fouetter avec les disciplines, dans l'espérance du jet de sang vert ou jaune que je ferai jaillir un jour de mon corps forcément, par l'effet de la foi... La poésie ne veut pas d'adeptes, mais des amants. Elle s'entoure de ronces et de piquants de verre pour déchirer les mains de ses amoureux tendues vers elle."

 

Le mois suivant, à Madrid, il prononce une autre conférence sur les "berceuses enfantines", où l'on trouve l'écho vivace des chants et des légendes qui avaient charmé son enfance.
En juin 1929, il part pour les États-Unis; il s'installe d'abord à New York, puis dans le Vermont, au bord du lac Eden Mills : << Paysage prodigieux, mais d'une tristesse infinie.>>. Harlem, le jazz, la civilisation  américaine ébranlée par la Grande Crise, le déracinement, l'exil, les remous de passions sans espoir, tout cela se traduit dans de brûlants poèmes. Dans une interview, il dira plus tard de Wall Street :


<<Nulle part au monde on ne sent aussi fort l'absence totale de l'esprit.. Horrible. Rien ne peut d'onner idée de la solitude qu'y éprouve un Espagnol, et encore plus un homme du sud. Si tu tombes, par exemple, on te marchera dessus, si tu glisses à l'eau on te jettera des papiers gras à la figure. Voilà les gens de New York, les multitudes qui s'accoudent aux parapets des embarcadères>>.

 

L'année suivante, de passage à Cuba, il y prononce plusieurs conférences. De retour en Espagne en 1930, dans l'agitation politique qui précède la venue de la République (1931), Lorca reprend sans répit récitals de danses et de chants, publications de poèmes, conférences, lectures de pièces de théâtre. Il crée alors un théâtre ambulant, "La Barraca",  destiné à faire connaître, à travers les provinces d'Espagne, les grands Chefs-d'oeuvre classiques.


"Noces de sang", créé le 8 mars 1933 à Madrid, inaugure une période triomphale. Le poète est au comble de la gloire. Un séjour de quelques mois en Argentine, où la grande actrice LoIa Membrives interprète ses pièces, s'achève en apothéose.

 

L'Espagne qu'il retrouve en avril 1934 connaît une agitation sociale et politique croissante. L'activité poétique et dramatique de Lorca s'oriente de façon de plus en plus décisive : << Je suis et  je serai toujours du côté des pauvres>>. Représentations théâtrales et lectures de poèmes se poursuivent sans trêve. Le 4 novembre 1934, chez des amis, il lit pour la première fois l'admirable  "Chant funèbre pour Ignacio Sánchez Mejías", consacré à son camarade, l'illustre torero, mort le II août précédent dans une corrida aux arènes de Manzanarès.


Lorca, désormais au sommet de la gloire, semble voir rejaillir en lui d'inépuisables sources d'inspiration lyrique et dramatique. En poésie, décidé à revenir à des formes plus contraignantes, il projette une suite de "Sonnets de l'amour obscur". Au théâtre, il déclare vouloir mettre en lumière les problèmes sociaux auxquels la victoire du Front populaire aux élections de février 1936 a donné une actualité fiévreuse. J'espère pour le théâtre - dit-il alors - la venue de la lumière d'en haut, celle du << paradis>>. Lorsque le public d'en haut descendra au parterre, tout sera résolu.

 

A la veille de l'éclatement de la guerre civile, il dirige les répétitions de  "Lorsque cinq ans auront passé"  et termine "La Maison de Bernarda Alba".


Un mois après le soulèvement de Franco, Lorca, revenu dans sa famille a Grenade, est arrêté par les phalangistes. Il fut exécuté à l'aube du 19 août 1936. Deux mois plus tard dans un journal républicain, une complainte écrite par Antonio Machado dénonçait le crime :


Ils ont tué Federico
quand la lumière apparaissait [...]
Le crime a eu lieu à Grenade, sa Grenade !

 

Extraits de poèmes ...

 


La femme adultère


Je la pris près de la rivière
Car je la croyais sans mari
Tandis qu'elle était adultère
Ce fut la Saint-Jacques la nuit
Par rendez-vous et compromis
Quand s'éteignirent les lumières
Et s'allumèrent les cri-cri
Au coin des dernières enceintes
Je touchai ses seins endormis
Sa poitrine pour moi s'ouvrit
Comme des branches de jacinthes
Et dans mes oreilles l'empois
De ses jupes amidonnées
Crissait comme soie arrachée
Par douze couteaux à la fois
Les cimes d'arbres sans lumière
Grandissaient au bord du chemin
Et tout un horizon de chiens
Aboyait loin de la rivière


****


Âme absente

 

Ni le taureau ni le figuier ne te connaissent,

ni les chevaux ni les fourmis de ta maison.

Ni l'enfant ni le soir ne te connaît

parce que tu es mort pour toujours.


Ni l'arrête de la pierre ne te connaît,

ni le satin noir où tu te défais,

ni ton souvenir muet ne te connaît

parce que tu es mort pour toujours.


L'automne viendra avec ses conques,

raisins de nuages et cimes regroupées,

Mais nul ne voudra regarder dans tes yeux

parce que tu es mort pour toujours.


Parce que tu es mort pour toujours,

comme tous les morts de la Terre,

comme tous les morts qu'on oublie

dans un amas de chiens éteints.


Nul ne te connaît plus. Non. Pourtant, moi, je te chante.

Je chante pour des lendemains ton allure et ta grâce.

La maturité insigne de ton savoir.

Ton appétit de mort et le goût de sa bouche.

La tristesse que cachaient ta joie et ta bravoure.


Il tardera longtemps à naître, s'il naît un jour,

un Andalou si noble, si riche d'aventures.

Je chante son élégance sur un ton de plainte

et je me souviens d'une brise triste dans les oliviers.


****


La veillé du corps

 

 

La pierre est un front où gémissent les songes
sans eau courbe ni cyprès glacés.
La pierre est une échine pour porter le temps
avec arbres de larmes, rubans et planètes.


Moi, j'ai vu des pluies grises se jeter vers les vagues,
en levant leurs tendres bras criblés,
pour ne pas être capturées par la pierre offerte
qui disloque leurs membres sans absorber le sang.


Parce que la pierre prend semences et nuages,
squelettes d'alouettes et loups de pénombre,
mais ne donne aucun son, ni cristal, ni flamme,
seulement des arènes, encore des arènes,
des arènes sans murs.


Déjà, Ignacio le bien-né git sur la pierre.
Et tout est fini. Qu'y a-t-il? Contemplez son apparence.
La mort l'a couvert de souffles blafards
et lui a façonné une tête de sombre minotaure.


Et tout est fini. La pluie emplit sa bouche.
L'air pris de folie s'échappe de sa poitrine creuse,
et l'Amour, imprégné de larmes de neige,
se chauffe, là-haut, au-dessus des troupeaux.

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Published by Cathou
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Divers personnages....


DANTE


                                                                                                      Béatrice Portinari









Dante par Giotto








Première page de la Divine Comédie













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SOPHOCLE



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                                                                                                       Antigone




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Philotecte abandonné par les Grecs







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Sophocle  Bas relief en marbre









Sophocle




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Pythagore



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Le Banquet manuscrit sur papyrus.






Platon par Raphaël





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ARISTOTE





Aristote par Raphaël




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Aristote sur une fresque murale à Rome




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Alexandre à une bataille






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Alexandre combattant un lion







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Bronze - Alexandre









Buste d'Alexandre le Grand







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Alexandre et Aristote





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Enluminure "Chanson de Roland"










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Mort de Roland à Ronceveaux
















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Charlemagne et le Pape Adrien I






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Charlemagne et son fils Louis le Pieux






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Ruteboeuf par Clément Marot

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