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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 17:10

 

 

1887  1975

 

 

La situation de Saint- John Perse dans la poésie de notre temps est paradoxale. Poète difficile, quasiment ignoré durant la majeure partie de sa vie, il semblait voué aux suffrages d'une élite, voire d'une poignée http://media3.picsearch.com/is?wjG29VuHx8FgXsURJNonXLRirjId0K6Dw263ngowtrsd'amateurs, plus attentifs à la singularité d'un écrivain, ou à la rareté de ses éditions qu'au rayonnement de son oeuvre. Réfugié derrière d'étranges pseudonymes, avare de son oeuvre et plus encore de lui-même, solitaire et orgueilleux, affecté dans son langage comme dans son écriture, apparemment trop sûr de lui pour être jamais complaisant, cet homme courtois et distant dut à ses relations avec l'intelligentsia des diplomates bien plus qu'à l'audience de ses poésies d'être projeté, en 1960, par le prix Nobel de littérature, au premier plan de l'actualité littéraire. Et pourtant, voici que dans le même temps, ignorant les précautions aseptisantes prises par de trop vigilants amis et la répulsion de Saint- John Perse pour toute forme de dialogue facile et spontané, une nouvelle génération de lecteurs revendiqua avec ferveur cet homme singulier et découvrit en lui le poète de notre siècle.  

 

Saint-John Perse, de son vrai nom Alexis Leger est né le 31 mai 1887 à Pointe à Pitre  en Guadeloupe. Une enfance guadeloupéenne, au sein d'une vieille famille créole, se teinte de réminiscences paradisiaques. La ruine, à la suite d'un tremblement de terre, le retour en France, dès 1889  à Pau, des études de droit à Bordeaux, la mort du père, en 1907, et les responsabilités nouvelles qui en découlent, le succès au concours des Affaires étrangères, en 1914, le départ pour la Chine, en 1916, résument en quelques mots les premières années de la vie d'Alexis Saint-Léger Léger (autre pseudonyme). Trente années durant lesquelles s'est formée la personnalité de cet homme méditatif et actif, toujours obsédé par un rêve de partances, plus proche de la nature que des bibliothèques, mais également désireux d'apprendre à connaître le monde avec et sans les livres.

 

Fasciné par la poésie, un instant proche de F. Jammes, il découvre Claudel, Gide, Jacques Rivière, Satie, Stravinski, et surtout la vanité des jeux littéraires. Sans doute essaie-t-il, dans un premier temps, de publier, de-ci, de-là, des vers d'adolescent : il les reniera vite, et, avec une surprenante autorité, imposera son idée de la Poésie, art total et mode de connaissance,   << la plus proche convoitise et la plus proche appréhension >>  du réel absolu. Dès 1909, la "Nouvelle Revue française" l'accueille. Elle publie "Éloges" en 1911 et Valery Larbaud salue en lui un poète des Eléments, un "vrai poète".

 

Le séjour à Pékin, de 1916 à 1921, est déterminant : une poésie cosmique va naître du contact avec un empire moribond, une civilisation millénaire, des espaces infinis. Les vraies valeurs, détachement et réalisme, attention au monde et indifférence au monde, sur lesquelles se fonde la sagesse orientale, lui deviennent évidentes et l'éloignent plus encore que naguère des objectifs illusoires que se propose la société occidentale. Seul, il s'engage dans << un voyage aux frontières de l'esprit  >>, en quête de l'Homme.


http://www.gallimard.fr/couvBNF/A22365.jpg"Anabase"  paraît, anonyme, en 1924, sur l'initiative de Larbaud*  et presque malgré l'auteur, qui semble avoir désormais renoncé à toute activité littéraire. Par hasard, Briand a découvert en Alexis Léger un de ces ((grands commis )) qui fìrent jadis la force et le prestige de l' Administration française. De longues années, Léger exerça les très hautes fonctions de secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et durant tout le temps où il dirigea, de fait, la diplomatie française, il s'opposa même à toute réédition de ses oeuvres publiées.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Valery_Larbaud

 

 

Révoqué par le gouvernement de Vichy en 1940, exilé, déchu de la nationalité française, pacifiste convaincu et résolument hostile au nazisme, il va désormais, aux  États-Unis, à l'écart des querelles partisanes, mener une deuxième carrière littéraire. Indifférent au sort de manuscrits accumulés en vingt années de travail silencieux et détruits par les occupants lors du pillage de son appartement parisien, il publie une
oeuvre nouvelle et abondante : "Exil" (1942), "Pluies" (1943), "Neiges" (1944), "Vents" (1945), "Amers" (1957), "Chronique" (1960) témoignent dans une étonnante continuité d'une inspiration moins tendue, plus
sereine à mesure qu'approche << le grand âge >>. Fasciné par l'immensité primitive de la nature américaine et de l'Océan, plus que jamais épris de botanique, de zoologie et de navigation solitaire, il ne
revient en France qu'en 1957 ; ses séjours annuels ne seront guère que les vacances d'un homme qui a trouvé son véritable enracinement en Amérique,  où il s'est marié en 1958 avec Dorothy Russel. A partir de 1957, il vient régulièrement en France sur la presqu'île de Giens ou des amis Américians ont acquis pour lui une propriété.

 


Il meurt le 20 septembre 1975, à  Giens où il repose désormais. Ses tout derniers poèmes, "Nocturne et Sécheresse", paraissent peu après sous le titre "Chant pour un équinoxe". Peu avant sa mort, il avait légué tous ses manuscrits, papiers et objets personnels, ainsi que les livres de sa bibliothèque, à la Ville d' Aix en Provence, qui  aujourd'hui encore abrite la Fondation Saint-John Perse.

 

 

Éloges


Publié en 1911 aux éditions de la NRF, le recueil Éloges est modifié dans les éditions ultérieures (1925, 1948). Il comporte plusieurs poèmes :


· Écrit sur la porte daté de 1908.


[...] Un homme est dur, sa fille est douce. Qu’elle se tienne toujours à son retour sur la plus haute marche de la maison blanche, et faisant grâce à son cheval de l’étreinte des genoux, il oubliera la fièvre qui tire toute la peau du visage en dedans.

*

J’aime encore mes chiens, l’appel de mon plus fin cheval, et voir au bout de l’allée droite mon chat sortir de la maison en compagnie de la guenon… toutes choses suffisantes pour n’envier pas les voiles des voiliers que j’aperçois à la hauteur du toit de tôle sur la mer comme un ciel.

 

· Images à Crusoé  daté de 1904 mais vraisemblablement écrit en 1906 selon Joëlle Gardes Tamine (directrice de publication de Saint-John Perse sans masque, Lecture philologique de l’œuvre, Poitiers-Rennes, La Licorne-Presses universitaires de Rennes, 2006).


Vieil homme aux mains nues,
remis entre les hommes, Crusoé !
tu pleurais, j'imagine quand des tours de l'Abbaye, comme un flux, s'épanchait le sanglot des cloches sur la Ville…
ô Dépouillé !
Tu pleurais de songer aux brisants sous la lune ; aux sifflements de rives plus lointaines ; aux musiques étranges qui naissent et s'assourdissent sous l'aile close de la nuit,
pareilles aux cercles enchaînés que sont les ondes d'une conque, à l'amplification de clameurs sous la mer…

Images à Crusoé, Les Cloches.

 

· Pour fêter une enfance daté de 1907.

 

Palmes...!
Alors on te baignait dans l'eau-de-feuilles-vertes ; et l'eau encore était du soleil vert ; et les servantes de ta mère, grandes filles luisantes, remuaient leurs jambes chaudes près de toi qui tremblais...
(Je parle d'une haute condition, alors, entre les robes, au règne de tournantes clartés.)

Palmes ! et la douceur
d'une vieillesse des racines ... ! La terre
alors souhaita d'être plus sourde, et le ciel plus profond, où des arbres trop grands, las d'un obscur dessein, nouaient un pacte inextricable...
(J'ai fait ce songe, dans l'estime : un sûr séjour entre les toiles enthousiastes.) [...]

Éloges, Pour fêter une enfance, I.

 

· Éloges daté de 1908.


Enfance, mon amour, j'ai bien aimé le soir aussi : c'est l'heure de sortir.
Nos bonnes sont entrées aux corolles des robes... et collés aux persiennes, sous nos tresses glacées, nous avons
vu comme lisses, comme nues, elles élèvent à bout de bras l'anneau mou de la robe.
Nos mères vont descendre, parfumées avec l'herbe-à-Madame-Lalie... Leurs cous sont beaux. Va devant et annonce : Ma mère est la plus belle !
— J'entends déjà
les toiles empesées
qui traînent par les chambres un doux bruit de tonnerre... Et la Maison ! la Maison ? ... on en sort !
Le vieillard même m'envierait une paire de crécelles
et de bruire par les mains comme une liane à pois, la guilandine ou le mucune.

Ceux qui sont vieux dans le pays tirent une chaise sur la cour, boivent des punchs couleur de pus.

Éloges, XV.

 

Tité de :  Fondation Saint John Perse :

 

  http://www.fondationsaintjohnperse.fr/html/loeuvre_02.htm


 

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Published by Cathou
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Divers personnages....


DANTE


                                                                                                      Béatrice Portinari









Dante par Giotto








Première page de la Divine Comédie













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SOPHOCLE



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                                                                                                       Antigone




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Philotecte abandonné par les Grecs







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Sophocle  Bas relief en marbre









Sophocle




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Pythagore



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Le Banquet manuscrit sur papyrus.






Platon par Raphaël





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ARISTOTE





Aristote par Raphaël




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Aristote sur une fresque murale à Rome




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Alexandre à une bataille






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Alexandre combattant un lion







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Bronze - Alexandre









Buste d'Alexandre le Grand







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Alexandre et Aristote





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Enluminure "Chanson de Roland"










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Mort de Roland à Ronceveaux
















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Charlemagne et le Pape Adrien I






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Charlemagne et son fils Louis le Pieux






RUTEBOEUF

                            



http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:CSPIsFWD7EZ5VM:http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/5f/Jean_de_Joinville.jpg






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