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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 13:36


1828  1906
 
Henrik Ibsen, dramaturge norvégien de renommée mondiale, a défendu avec ténacité les valeurs morales du courage individuel et de la rectitude à travers toute son oeuvre.
Ibsen, malgré son attachement à ses origines, a dénoncé le conformisme de ses compatriotes, et ses pièces, malgré leur large succès, ont souvent provoqué le scandale en Norvège.

Des débuts difficiles

Henrik Ibsen est né le 20 Mars 1828 à Skien, en Norvège. Son enfance est placée sous le signe de la tristesse et de la pauvreté ; la mésentente conjugale amènera ses parents à se séparer. Après un apprenhttp://t1.gstatic.com/images?q=tbn:fXvRsDmskP0EmM:http://media-2.web.britannica.com/eb-media/20/62320-004-6BA845CA.jpgtissage de pharmacien et des études de médecine interrompues, il se rend à Christiania, où il est nommé instructeur et auteur au <<Théâtre norvégien>>. C'est là qu'il apprend toutes les ficelles du métier de dramaturge. Il écrit quelques pièces qui ont pour décor le Moyen Age norvégien, dont "Le Tertre du guerrier" en 1850, qui ne connaîtra que peu de succès. Plusieurs bourses lui permettent de voyager à l'étranger et d'élargir son champ culturel ; c'est ainsi qu'il s'enthousiasme pour Shakespeare, au point de s'en inspirer dans "La Nuit de la Saint-Jean", en 1853. C'est à la même époque qu'il découvre la philosophie de Kierkegaard, qui influencera toute son oeuvre. "Dame lnger d'Oestraat", écrit en 1857, la première pièce importante d'Ibsen, se déroule dans un cadre norvégien historique. L'auteur y démontre un profond intérêt pour les dimensions psychologiques de ses personnages ; c'est une caractéristique qui marquera toutes ses pièces à partir de ce moment-là.

La période sombre

En 1857 toujours, il épouse Susannah Thoresen. Il est nommé directeur du théâtre, qui fait faillite peu de http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/d4/Suzannah_Ibsen.jpg/250px-Suzannah_Ibsen.jpgtemps après ; une époque sombre commence malgré la naissance de son fils Sigurd. Ibsen se met à boire et pense même au suicide. Des ennemis intellectuels lui adressent d'acerbes critiques, qui l'enfoncent encore dans son désespoir. Avec "Les Prétendants de la Couronne" en 1863, il rencontre à nouveau les faveurs du public. Mais il ressent le besoin de s' exiler de sa patrie, où il ne reviendra plus pendant vingt-sept ans.

Les grandes oeuvres

C' est à Rome, en 1866, qu' Ibsen écrit "Brand", son premier grand chef-d'oeuvre ; le protagoniste y fustige la lâcheté et prône le courage à travers la persévérance et l'individualisme. On http://ecx.images-amazon.com/images/I/51P0V83FSZL._SL500_AA240_.jpgreprochera plus tard à Ibsen cet individualisme qu'il défend puisque poussé à son extrême, il peut devenir inhumain. Ibsen tente, à travers cette pièce, d'inculquer à ses compatriotes norvégiens le sens de leur grandeur ; le succès que connut l'ouvrage prouve qu'il y est parvenu. En 1867, il écrit l'anti-Brand, "Peer Gynt", personnage veule, fuyant le devoir et les responsabilités ; d'ailleurs, du propre aveu de l'auteur, toutes les pièces écrites après Brand sont, en quelque sorte, des variations sur le même thème. Ibsen s'installe ensuite à Dresde, où des préoccupations historiques hantent ses pensées. Sa philosophie oscille toujours entre la fidélité au devoir et la quête du bonheur personnel ; il interprète des épisodes historiques, tels que la vie de Julien l' Apostat (dans Empereur et Galiléen en 1873) afin d'exemplifier sa pensée.

Le réalisme

De 1873 à 1877, Ibsen semble douter de lui et de son oeuvre ; en effet, c'est une période pendant laquelle il ne produit plus rien. Il prend ensuite un tournant décisif dans sa carrière : avec "Les Soutiens de la société", il se tourne vers le réalisme, vers la description de son époque, et c'est sans doute grâce à ces oeuvres qu'il est aujourd'hui encore très connu et joué. "Maison de poupée",* en 1879, en est le meilleur http://image.evene.fr/img/livres/g/2080707922.jpgexemple. Dans cette pièce, Nora, une jeune femme, se voit très durement reprocher par son mari d'avoir emprunté de l'argent en secret ; Helmer, l'époux, n'est nullement touché par le fait que l'emprunt ait servi à le sauver à une époque où il était souffrant. Le féminisme devient également l'un des chevaux de bataille d'Ibsen : il ne supporte pas qu'il y ait deux morales dans la société, une pour les hommes et une autre,  différente, pour les femmes. "Les Revenants" (1881) et "Un Ennemi du peuple" (1882) s'inscrivent également dans le même courant réaliste ; Ibsen ne recule désormais devant aucun sujet, il n'y a plus de tabous : la sexualité la bêtise générale, la médiocrité sont des sujets traités sans le moindre détour.


*
fr.wikipedia.org/.../Une_maison_de_poupée -

La gloire


Durant les vingt dernières années de sa vie, Ibsen connaît un succès international que personne ne conteste plus. Il abandonne, dans ses pièces, certains aspects théoriques pour se concentrer sur le réalisme psychologique ; il aime à sonder les recoins les plus obscurs de ses personnages, ce qui donne naissance à des oeuvres telles que "Le Canard sauvage" (1884), "La Dame de la mer" (1888) et "Hedda Gabler" (1890). En 1891, il s'installe définitivement en Norvège. Alors qu' il aurait tout pour être http://medias.fluctuat.net/livres/18/1841-medium.jpgheureux, Ibsen n' est toujours pas satisfait, il se demande s'il n'a pas sacrifié son bonheur personnel. Il découvre les oeuvres de Nietzsche, qui n' apaisent pas ses doutes. "Quand nous nous réveillerons d' entre les morts" (1899), qu'il a d'une manière assez troublante, sous-titré "épilogue dramatique", est sa dernière pièce. Il est frappé d'apoplexie en 1901, et c'est en 1906 qu'il meurt à Oslo.

L' exil fut libérateur pour Ibsen ; le caractère méridional de Rome lui apporta un second souffle, qui lui permit d' être plus créatif. C' est grâce à sa longue absence de vingt-sept ans que la vision de sa patrie se fit plus claire ; la distance lui permit en quelque sorte un regard critique plus perinent.

Notes :

<<On s'est demandé pourquoi Ibsen n'a jamais écrit que des pièces norvégiennes ; on en a donné diverses raisons ; lui-même se plaisait à répéter que son minutieux désir d'exactitude jusque dans le détail extérieur ne souffrait aucun dépaysement... Osons prétendre qu'il obéissait à un appel impérieux, celui de l'imagination merveilleusement sollicitée et fécondée par l' éloignement et l' absence.
On ne possède éternellement que ce que l' on a perdu ; on ne possède que dans l'absence et le souvenir... tel est l'un des thèmes ibséniens, hérité de Kierkegaard. Ibsen errant possède la Norvège lointaine ; la Norvège le possède : de ces noces mystiques qui nous renseignent sur les conditions de la création artis tique, si proche souvent de l'hallucination, vont naître les chefs-d'oeuvre."

- Lucien Maury, <<A propos du centenaire d'Ibsen >>, dans Le Correspondant, vol. 310,1928

<<Ibsen a haussé la littérature norvégienne au niveau des grandes littératures européennes. Ses pièces étaient attendues à Christiania avec impatience et avec crainte. Chaque première était un scandale aux yeux des bien-pensants, car Ibsen leur montrait qu'ils pensaient mal, lâchement, bassement, avec hypocrisie. Il ne leur avait pas caché que, devant un tel monde, l'attitude de l'écrivain était la révolte totale. Mais en même temps il adressait aux hommes de courage et de sincérité le message destiné à les réconforter, et à les soutenir dans leur tâche.>>
-Alfred Jolivet, <<Henrik Ibsen (1828-1906) >>, dans La Pensée, n° 68  juillet-août 1956

 

 

 


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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 13:22


1842  1898

La vie de Stéphane Mallarmé présente peu d'incidents notables. Consacrée tout entière à la poésie, elle se résume dans le drame secret du poète en proie aux affres de la création, dans les étapes de son oeuvre, dans l'évolution de son idéal et de sa technique.

http://www.mes-biographies.com/Ecrivain/images/Mallarme.jpgNé à Paris le 18 mars 1842, privé de sa mère à l'âge de cinq ans, Stéphane Mallarmé est un enfant rêveur, "d' âme lamartinienne" dira-t-il plus tard. Il est mis en pension à dix ans ; au lycée de Sens, où il achève ses études secondaires, il écrit déjà des  vers et découvre avec enthousiasme, en 1861, "les Fleurs du Mal".

A l'âge de 20 ans, il fait connaissance d'une jeune gouvernante allemande, Marie Gerhard, qu'il épouse quelques mois plus tard. Pourtant cette existence-là n'est que cendres, l'ombre d'un drame passé. Deux morts ont en effet endeuillé son enfance : sa mère d'abord (2 août 1847), Maria, sa soeur, ensuite (31 août 1857). Les quelques poèmes qu'il compose durant ses études au lycée de Sens expriment déjà cette hantise de la mort, de la chute, d'un refuge nécessaire dans le rêve. La lecture de Baudelaire, donne à ce drame une ampleur métaphysique. Ses premiers poèmes importants :"Les Fenêtres" (mai 1863), "L'Azur" (janvier 1864), qui ne paraîtront dans le Parnasse contemporain qu'en juillet 1866, témoignent encore de cette influence : ils révèlent la nostalgie torturée d'un au-delà, les affres d'un exil lié à une culpabilité. En novembre 1863, il est nommé comme professeur d'anglais au lycée de Tournon : il considéra toute sa vie ce métier comme un "calvaire", une considérable gêne pour son activité poétique. Une activité à laquelle il choisit dès lors de se vouer totalement, y voyant l'équivalent d'un sacerdoce lucide. En novembre 1864, naît sa fille Geneviève.
Un mois plus tôt, il commence Hérodiade*. Cette héroïne, proche de la " Salammbô " de Flaubert ou de
" l' lsis" de Villiers de l' Isle-Adam,
représente, en fait, une sorte de reflet du poète.

*
http://www.florilege.free.fr/florilege/mallarme/herodiad.htm


En  1872  Mallarmé fait la connaissance d'un jeune poète, Arthur Rimbaud, qu’il fréquente brièvement, puis, en  1873 , du peintre  Edouard Manet qu'il défend lorsque ses tableaux sont refusés au Salon de 1874. C’est par Manet qu’il rencontre ensuite  Zola. Mallarmé publie une revue, "La Dernière Mode",  qui a huit numéros et dont il est l'unique rédacteur sous divers pseudonymes, la plupart féminins.

Après un séjour à Besançon, Mallarmé enseigne à Avignon ; puis il est nommé à Paris (1871). En 1874 il s'installe rue de Rome où il recevra chaque mardi, à partir de 1880, un groupe croissant d'amis et de disciples. C'est l'époque où il publie "Toast funèbre",* hommage à la mémoire de Théophile Gautier (1873), puis "Le Tombeau d'Edgar Poe" ** (1877). Ces poèmes, le premier surtout, montrent qu'il s'oriente franchement vers "l'hermétisme".

*
http://www.toutelapoesie.com/poemes/mallarme/toast_funebre.htm

** http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/stephane_mallarme/le_tombeau_d_edgar_poe.html

Jusque vers 1884, Mallarmé reste un poète peu connu et peu apprécié ; seule une élite très restreinte l'admire, et il se montre d'ailleurs dédaigneux de la renommée. Mais coup sur coup, la même année, Verlaine dans les" Poètes maudits" et Huysmans dans "A Rebours"  révèlent au public lettré son nom et son oeuvre. La jeune école symboliste va le considérer comme son maître, et les mardis de la rue de Rome réuniront autour de Mallarmé un grand nombre de disciples charmés par ses propos sur la poésie et la musique : René Ghil, Gustave Kahn, Jules Laforgue, Viélé-Griffin, Henri de Régnier, Maurice Barrès, Paul Claudel, André Gide, Paul Valéry.

À partir de 1874, Mallarmé, de santé fragile, effectue de fréquents séjours à  Valvins près de Fontainebleau.. Il loue pour lui et ses proches le premier étage d'une ancienne auberge au bord de la Seine. Il finit par l'acquérir et l'embellit de ses mains pour en faire son « home ». Là, les journées s'écoulent entre deux parties de pêche avec Nadar ou d'autres illustres hôtes, face à la forêt miroitant dans la Seine, et le poète alors de dire : « J'honore la rivière qui laisse s'engouffrer dans son eau des journées entières sans qu'on ait l'impression de les avoir perdues. »

Avec la "Prose pour des Esseintes" * (des Esseintes est le héros de A Rebours), Mallarmé avait donné en 1885 une sorte d'art poétique vraiment sibyllin. En 1897 il réunit sous le titre de "Divagation" diverses réflexions sur la nature de la poésie, et, poussant toujours plus avant sur la voie de l'hermétisme, il publie un poème déconcertant jusque dans sa présentation typographique :" Un coup de dés jamais n'abolira le hasard".

*
http://www.toutelapoesie.com/poemes/mallarme/prose_pour_des_esseintes.htm


De nouveau sa santé vacille en 1891 ; Mallarmé obtient un congé puis une réduction d’horaire. Il fait la connaissance d’ Oscar Wilde et de Paul Valery au pont de Valvins (ce dernier faillit s'y noyer...). Valéry est un invité fréquent des Mardis. 1892,  à la mort d'Eugène Manet, frère d' Edouard Manet, Mallarmé devient le tuteur de sa fille, Julie Manet - dont la mère est le peintre  Berthe Morisot. C'est à cette époque que  Claude Debussy  débute la composition de sa pièce  Prélude à l'après-midi d'un faune, présentée en 1894.  Mallarmé obtient sa mise à la retraite en novembre 1893, l'année suivante,  il donne des conférences littéraires à Cambridge et  Oxford. Deux années passent, le poète assiste aux obsèques de Paul Verlaine, décédé le  8 janvier 1896, il lui succède comme Prince des poètes.

En  1898, il se range aux côtés d' Emile Zola qui publie dans le journal  L'Aurore le  13 Janvier, son article "J'accuse" en faveur du Capitaine Deyfus (Voir l’Affaire Dreyfus). Le 8 septembre 1898, Mallarmé est victime d'un spasme du larynx qui manque de l'étouffer. Le soir même, il recommande dans une lettre à sa femme et à sa fille de détruire ses papiers et ses notes, déclarant : « Il n'y a pas là d'héritage littéraire... ». Le lendemain matin, victime du même malaise, il meurt dans les bras de son médecin, en présence de sa femme et de sa fille. Il est enterré auprès de son fils Anatole au cimetière de Samoreau, près de Valvins.


Sa vie durant, Stéphane Mallarmé  pratiqua un seul culte, celui de la  "Poésie", une seule religion  celle de  "l'Idéal", entendu non pas  au sens moral mais au sens métaphysique de ce terme   :  l 'Essence des choses opposée aux apparences contingentes. A ses yeux, la Poésie exige un don de soi total, un désintéressement absolu : sans parler du profit matériel, le poète ne doit même pas songer à la gloire ; sa vocation entraîne une sorte d'ascèse, un renoncement aux jouissances communes. Mallarmé se reprochait comme des fautes ses échecs, son impuissance passagère à traduire par le verbe la révélation poétique. Cette attitude si noble, cette exigence exaltante et hautaine expliquent la vénération dont il fut entouré, comme un prêtre, un saint, et peut-être un martyr de la Poésie.

 


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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 14:05


2)  Arthur Rimbaud  -  1854  -  1891

Autant que par son oeuvre, Rimbaud a fasciné par son destin : <<l' homme aux semelles de vent>>, selon l'expression de Verlaine, traverse, de seize à vingt ans, la poésie française et la métamorphose, puis disparaît aux quatre horizons de l'aventure pour trafiquer de l'ivoire et des armes dans les mystérieux royaumes abyssins.

Voyou, saint, dieu, pervers, crétin, ascète, imposteur : on insulte Rimbaud ou on le prie. Il semble interdit d'en parler : l'accusation de vouloir récupérer l'archange du bien ou du mal est immédiate. Il semble cependant que de nos jours l'auteur Rimbaud soit abordé avec moins de passion : une fois dénoncés les mythes entourant le personnage, l'espace s'ouvre à une critique désormais plus sereine.


http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/d1/Carjat_Arthur_Rimbaud_1872_n2.jpg/200px-Carjat_Arthur_Rimbaud_1872_n2.jpgLe 20 octobre 1854 naît à Charleville Jean-Nicolas-Arthur Rimbaud. Son père, capitaine au 47 de ligne, suit son régiment et n'est à la maison que de loin en loin. A partir de 1860, la séparation est définitive entre le capitaine et son épouse. Rimbaud n'a donc pratiquement pas connu son père et cette absence fut ressentie par l'enfant comme un manque. Quant à sa mère, elle se caractérise par sa rigueur et son inflexibilité ; elle enseigne le devoir et étouffe l'expression du sentiment. L'enfant Rimbaud ressent comme un autre manque cette absence de tendresse maternelle. En 1865 le garçon entre au collège de Charleville : il fait en un an ses classes de sixième et cinquième. Ce rêve d'une famille réconciliée et aimante se développe à partir d'une promenade solitaire de l'enfant dans la nature. Dans l'imaginaire du poète la nature fonctionne symboliquement comme une équivalence de la vraie famille. L'enfant Rimbaud, docile, timide, bon élève, est un rêveur. Son rêve ne fait pas que lui rendre la famille qu'il n'a pas, il met au jour certains aspects de sa personnalité qu'il ose confier au papier et qu'étouffe l'éducation maternelle : rêve d'un enfant non - conformiste et qui n'accepte pas si facilement les leçons des adultes : <<...Pourquoi apprendre le latin ? [...] Pourquoi apprendre et de l'histoire et de la géographie ? [...] Passons au grec [...] cette sale langue n'est parlée par personne [...]sapristi moi je serai rentier [...] Ah ! saperpouillotte ! >>

 
Nous possédons quelques traces de l'activité du collégien, notamment un ensemble de vers et proses en latin qui furent publiées dans le Bulletin Officiel de l'Académie de Douai. Le premier devoir de vers latins de 1868, parfois intitulé "Le Songe de l'Écolier",  peut témoigner de la confiance du garçon de quatorze ans dans sa vocation de poète : les Muses et Apollon viennent sacrer poète l'enfant enformi, enfant semblable à celui du "Prologue" :  en rupture d'école, il fuit solitairement dans la nature. Les succès scolaires, la publication des devoirs dans le Bulletin, confirment le bien-fondé de cette ambition, exaltent le désir du jeune Arthur Rimbaud d'être reconnu au plus tôt comme tel. A  la fin  de 1869, il fait parvenir à la " Revue pour Tous"  le premier poème français que nous ayons de lui : <<Les Étrennes des orphelins" *
Une nouvelle image symbolique apparaît dans ce texte pour accompagner le retour rêvé de la mère douce et tendre, celle de la rencontre du soleil et de la terre. L'image de ces noces va parcourir toute la production à venir de Rimbaud.

* http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/arthur_rimbaud/les_etrennes_des_orphelins.html


  Georges Izambard, prend en charge la classe de rhétorique où Rimbaud est élève. Arthur Rimbaud  trouve un confident en ce jeune professeur aux idées libérales. Izambard fait connaître les poètes parnassiens à son élève. Rimbaud s'enthousiasme et les poèmes de cette période, sont  marqués par l'influence de cette école.
Les événements de 1870 - 1871 accentuent son attitude de révolte et son goût de l'aventure, très vif depuis l'enfance. Après la déclaration de guerre, au lieu de se présenter au baccalauréat, il gagne Paris, pour être d'ailleurs arrêté aussitôt car il a voyagé sans billet. Georges Izambard le fait libérer, le reçoit à Douai, puis le ramène à Charleville. Rimbaud applaudit à la chute de l'Empire, apprend avec joie l'insurrection de la Commune et s'indigne de la répression.
Dans ses poèmes il attaque violemment Napoléon III, le conformisme bourgeois et le catholicisme ; mais il laisse paraître sa pitié pour les enfants pauvres (Les Effarés**) ou les morts de la guerre (Le Dormeur du val) ***. Cependant il brûle toujours d'aller à Paris, de connaître les milieux littéraires et de faire publier ses vers.

**  http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/arthur_rimbaud/les_effares.html
*** http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/arthur_rimbaud/le_dormeur_du_val.html


En septembre son rêve se réalise : il a envoyé des poèmes à Verlaine et celui-ci, enthousiasmé, l'invite à Paris. Rimbaud choque ceux qu'il approche par la grossièreté de ses manières, mais,lorsqu'il quitte la capitale en juillet 1872, Verlaine le suit. Ils mènent alors, en Belgique et en Angleterre, une existence errante qui inspire à Verlaine ses "Romances sans paroles" et à Rimbaud certaines de ses "Illuminations". Finalement c'est le drame : le 10 juil1et 1873, à Bruxelles, Verlaine blesse son ami d'une balle de revolver. Après sa conversion il tentera vainement de le ramener à Dieu, et ils cesseront de se voir après une dernière réunion à Stuttgart en 1875.

La vie qu'il mène en  marge de la morale et de la société n'est pour Rimbaud que l'aspect extérieur d'une prodigieuse aventure, conçue dans son esprit dès le printemps de 1871 : "l'aventure du voyant". <<Je dis qu'il faut être voyant, se faire voyant. - Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d'amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n'en garder que les quintessences >>.
(Lettre à Pau/ Demeny, 15 mai 1871). <<Fils du Soleil >>,
Rimbaud va tenter d'embrasser l' univers par la magie des sensations, des hallucinations et d' un langage poétique renouvelé.

 Lorsqu'il arrive à Paris en 1871, il vient de composer un long poème, "Bateau ivre" * qui décrit de façon symbolique l'expérience dont il rêve et qui peut-être a déjà commencé.

*
http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/arthur_rimbaud/le_bateau_ivre.html


Dans les poèmes de 1872,le << dérèglement des sens >> se traduit par des superpositions hardies de sensations  ou d'images ; ainsi "Marine" * nous offre la surimpression d'un paysage marin à un paysage terrestre.

* Marine

Les chars d'argent et de cuivre--
Les proues d'acier et d'argent--
Battent l'écume,--
Soulèvent les souches des ronces--
Les courants de la lande,
Et les ornières immenses du reflux,
Filent circulairement vers l'est,
Vers les piliers de la forêt,--
Vers les fûts de la jetée,
Dont l'angle est heurté par des
tourbillons de lumière.

 

 

 

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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 15:02



Paul VERLAINE  / 1844  1896

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/1c/Netsurf17_-_Paul_Verlaine.png
Poète de génie, Verlaine sut traduire en vers musicaux et nuancés les errements d'une vie troublée et marquée du sceau de la mélancolie.

Paul VERLAINE né à Metz le 30 Mars  1844, il perd bientôt la candeur d'une enfance sensible et rêveuse ; mais il en garde la nostalgie, et le genre canaille qu'il affecte dissimule un grand besoin de tendresse. Dès l'adolescence on le sent partagé entre les deux postulations simultanées dont parle Baudelaire, l'une vers Dieu, l'autre vers Satan. Il fait ses études à Paris au lycée Bonaparte (aujourd'hui Condorcet), passe le baccalauréat en 1862 et entre dans l'administration municipale en qualité d'expéditionnaire à  l'Hõtel de Ville.

<<Sous le signe de Saturne >>

Ceux qui sont nés sous le signe de Saturne ont entre tous  << bonne part de malheurs et bonne part de bile >>. Paul Verlaine, certes, était de ceux-là : sa vie allait assez vite se charger de le prouver. Enfant d'une sensibilité précoce, il est très tôt attiré par la poésie. Ce  modeste emploi d'expéditionnaire lui laisse le loisir de fréquenter les milieux parnassiens* : mais son premier recueil, dès 1866 (Poèmes saturniens), laisse assez paraître son originalité et l'ampleur de son talent.Tous les thèmes qui lui seront chers sont déjà présents ainsi que certains de ses plus beaux vers. D'une tonalité légèrement différente,  "Les Fêtes galantes" (1869)  ont la grâce frivole et mélancolique des toiles de Watteau.

*
fr.wikipedia.org/wiki/Parnasse_(littérature)

Mon rêve famillier  (Poèmes saturniens)

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre , et m'aime  et me comprend.
Car elle me comprend .. et mon coeur, transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.
Est-elle brune, blonde ou rousse ? - Je l'ignore.
Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.
Son regard est pareil au regard des statues ,
Et pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues .

Site regroupant l'ensemble des poèmes de Verlaine :
http://poesie.webnet.fr/leemblegrandsclassiques/recherche.php?nbRechercheDunAuteur=1&Auteur=VERLAINE%20Paul&Pays=&Age=18&Vers=&Titre=&mots_entiers=


http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:jJM-W558N4gaPM%3Ahttp://parissecretetinsolite.unblog.fr/files/2008/08/mathilde.jpg
Cette même année 1869, la rencontre  d'une jeune fille de seize ans, MATHILDE MAUTÉ, illumine d 'un immense espoir la vie de Verlaine. Mathilde lui apporte la pureté candide à laquelle il aspire parmi ses hontes secrètes ; voici "l'Etre de lumière"  qui l'aidera à vaincre ses démons. Le poète célèbre la petite fiancée qu'il va épouser en août 1870, il chante son amour et ses bonnes résolutions dans les vers tout simples et intimes de "La Bonne Chanson" (1870).



Scandale et déchéance

Violence, éthylisme, seule manquait l'arrivée d'un tiers pour parfaire le calvaire de la jeune mariée. C' est chose faite en septembre 1871 avec l'irruption du jeune Rimbaud, <<Satan adolescent >> dont le génie visionnaire et la vigueur juvénile fascinent Verlaine. Les amants s'affichent à Paris, s'enfuient à http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/23/Henri_Fantin-Latour_005.jpg/300px-Henri_Fantin-Latour_005.jpgBruxelles et à Londres. Riche sur le plan artistique (Romances sans paroles, 1874), l'idylle s'avère mouvementée. Une rixe  ponctuée par quelques coup de feu mène Verlaine en prison (1873). Dans la solitude de la cellule vient le temps du repentir et de la conversion religieuse. Étrange et cependant sincère, celle- ci sera à l'origine d'une série de poèmes réunis dans "Sagesse"  (1880). Mais, à sa sortie de prison, la traduction dans les faits de ses élans mystiques se révèle difficile. Amitié masculine sublimée, petits emplois de précepteur, son génie s'étiole et, après la mort de sa mère en 1886, c'est la déchéance : traînant de bistrots en hôpitaux, vivant avec quelque ancienne prostituée, il est devenu une caricature de lui-même,  petit-fils de Villon pathétique et stérile. Cependant, celui qui meurt, à Paris, le 8 Janvier 1896, misérable, a été sacré depuis deux ans déjà, <<prince des poètes >> par le public parisien, et la foule est dense qui suit sa dépouille à la sortie de Saint-Étienne-du-Mont.

<<Où  l' indécis au Précis se joint >>

Si la mélancolie, pas toujours exempte d'une certaine fadeur (Verlaine s'en amuse lui-même dans un autopastiche), est la tonalité dominante de l'oeuvre, elle n'en est pas la teinte unique. Derrière les soupirs et les épanchements du coeur, derrière la grâce spectrale de la " Nuit du Walpurgis classique" (Poèmes saturniens) et des "Fêtes galantes", point l'inquiétude, note discordante qui culmine dans le chef-d'oeuvre qu'est  "Charleroi"  (Romance sans paroles), poème ramassé, tout bruissant d'interrogations et traversé d'éclairs à la fulgurance déjà presque expressionniste. La corde du violon sur laquelle joue Verlaine parfois se brise, la chute du poème se fait brutale, cruelle, la grâce devient   sarcasme. Mais demeure,  note persistante et fragile, la pathétique nostalgie de la pureté :

Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !
(...)
Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,
Simple et tranquille.
(Sagesse)

Poème d'une réussite rare, tant il est vrai que Verlaine n'est jamais aussi juste que lorsque la simplicité du style rejoint l' intensité du sentiment.

On a parfois reproché à Verlaine de faire fi de l'intelligence ; en effet sa poésie authentique n'est jamais intellectuelle : inspirée par la sensibilité de l'auteur, c'est sur notre sensibilité à l'état pur qu'elle agit, nous pénétrant, par les sens et le coeur, jusqu'à  l'âme. Ce lyrisme confidentiel s'exprime le plus souvent en demi-teintes, par un chant à mi-voix : il établit entre Verlaine et son lecteur une communion intime, ineffable, d'âme à âme.

Verlaine est un nerveux, à la fois sensuel et sensible partagé entre la volupté et l'anxiété, entre l'appel des plaisirs et le besoin d'un bonheur paisible et serein. Son coeur bientôt corrompu et blasé garde une émouvante nostalgie de la candeur perdue. Il voudrait retrouver le "le coeur enfantin et subtil", l'irresponsabilité  du jeune âge ; il rêve d'être encore un enfant qu'on berce, qu'on dorlote et qu'on câline. Cette soif d'innocence se traduit dans son amour pour Mathilde Mauté et plus  profondément, de façon pathétique et sublime, dans les  élans mystiques de "Sagesse". Le vieux coeur flétri et souillé fait place à un jeune coeur lavé par la souffrance et par la grâce, tout vibrant d'amour. D'abord craintive et confuse, l'âme s'abandonne, extasiée, à l'appel divin.

<<De la musique avant toute chose >>

Tel est Verlaine, poète des rythmes subtils, jouant des sons et des mètres avec une virtuosité qui sait se faire oublier tant elle épouse les contours de l'âme.
Mètres impairs et combinés ou alexandrins subtilement rythmés, assonances suggestives (<<Les sanglots longs /  Des violons / De l'automne... >>), exploitation poétique de la répétition - reprise obsédante dans  "Soleils couchants"  (Poèmes saturniens) ou bégaiements de l' âme - le registre est large des moyens que Verlaine exploita pour donner à la langue française une musicalité et une fluidité que celle-ci avait rarement atteintes.
Les influences que Verlaine subit, pour être nombreuses, n'ôtent rien à son originalité. Certaines sont plus apparentes que réelles (romantisme et Parnasse). La découverte de Baudelaire fut surtout un aiguillon qui lui permit, temporairement, de poursuivre sur des voies qu'il avait déjà explorées dans "Poèmes saturniens". L'usage est de rattacher Verlaine au mouvement symboliste.

Cette poésie pose un problème : elle nous séduit par sa pureté, par sa fraîcheur, par une  sorte d'innocence miraculeusement préservée ; or qui oserait prétendre que l'homme était candide ? Quant à son art, Valéry a fait justice du mythe de la naïveté : "Ce naïf est un primitif organisé, un primitif comme il n'y a jamais eu de primitif, et qui procède d'un artiste fort habile et fort conscient... Jamais art plus subtil que cet art, qui suppose  qu'on en fuit un autre, et non point qu'on le précède". La "candeur" de Verlaine et de sa poésie est donc complexe, et ambiguë (les Fêtes Galantes suffiraient à le prouver), mais elle n'est pas menteuse, ni artificielle. En marge des écoles et des théories, Verlaine a su élaborer le seul art capable d'exprimer les aspirations les plus profondes de son être "L'art, mes enfants, c'est d'être absolument soi-même ".

Parmi les oeuvres en prose du poête (pour une grande part autobiographiques et mineures), doit toutefois être signalé le recueil d' articles "Les Poètes maudits"  (1884). qui révéla au public Rimbaud et Mallarmé, encore inconnus.

Longtemps très populaires, les vers de Verlaine ont été utilisés au cinéma : cela va de la scène d' anthologie d' "Un Carnet de bal"  de Julien Duvivier (1937) où Louis Jouvet, en truand stylé, susurre le premier distique du Colloque sentimental (<<Dans le parc solitaire et glacé... >>) à Toto le héros de Jaco Van Dormael (1990)  (<<Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant...>>) en passant par les films de guerre la "Chanson d'automne", message codé de la Résistance).


Notes :

Art poétique

"De la musique avant toute chose,
 Et pour cela préfère l'impair...
Il faut aussi que tu n'ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
 Rien de plus cher que la chanson grise
Où I' indécis au Précis se joint."


 1874, in Jadis et Naguère.

"L'auteur a procédé comme il fait toujours, naïvement non sans prudence. Toute liberté avouable, de la familiarité, parfois du patois, quelques assonances, des rimes répétées ou négatives, en très petit nombre, le tout serti dans une langue voulue claire mais resserrée le plus possible..."

 Préface de Verlaine à ses Liturgies intimes (1892)

Richesse de son oeuvre poétique  :

<<Plus d'un Verlaine, dans la mémoire, revendique à son tour la suprématie. Serait-ce le romantique énigmatique et maudit qui persévère par-delà les  "Poèmes saturniens" ? Le magicien esthète des  "Fêtes galantes" ? L'idyllique amoureux de "La Bonne Chanson" ? Ou plutôt l'initié des  "Romances sans paroles", le maître et l'élève de Rimbaud ? Mais encore, si Rimbaud a été un intercesseur de la grâce, le Verlaine essentiel ne réside-t-il pas dans "Sagesse" ? A moins qu'il ne soit enfin ce poète délibérément installé dans la double et libre amitié de la chair et de l'âme, "Parallèlement" ? >>

-Jacques- Henri Bornecque, Verlaine, coll. Écrivain de toujours, Éd. du Seuil, 1966

 

 

 

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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 13:13


1868  1936


Gorki, avant d'avoir été l' écrivain officiel de Staline, a minutieusement rapporté ce qu'était la vie misérable des Russes d'avant et d'après la révolution.

Le décès de Gorki est entouré d'une zone d' ombre : il aurait été la victime de groupes de droite et de trotskistes. Certains affirment pourtant qu' il aurait été exécuté sur ordre de Staline.

Des débuts misérables

Alekseï Maksimovitch Pechkov, dit Maxime Gorki, est né en 1868 à Nijni Novgorod, ville qui a porté son nom de 1932 à http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/26/Maxim_Gorky_authographed_portrait.jpg/200px-Maxim_Gorky_authographed_portrait.jpg1990. Le choix de son pseudonyme - gorki signifie
<< amer >> en russe - est extrêmement révélateur de l' état d' esprit du jeune homme qui a été rapidement confronté aux dures réalités du prolétariat de son pays. En effet, il dut très tôt subvenir à ses propres besoins : dès l'âge de huit ans, son grand-père lui fit abandonner l'école et c'est ainsi que jusqu'à vingt-cinq ans il travailla et occupa des postes très divers : pour survivre, il fut aide d'un savetier, coursier ou garçon de cuisine. La misère qu'il endurait fut telle que, par désespoir, il alla jusqu'à tenter de se suicider. Mais il se reprit et décida de commencer une nouvelle vie et d' écrire. Il débuta en rédigeant des nouvelles qui furent publiées dans les journaux de Tiflis. En 1895, la publication de "Makar Tchoudra" dans un quotidien de Saint-Pétersbourg obtint un succès spectaculaire et marqua le début de sa carrière littéraire. Dans ses premières oeuvres, il s'attache à décrire, dans un style romantique, les misères du peuple et le monde des malfaiteurs qu'il eut également l'occasion de côtoyer et qui, semble-t-il, le fascina.

Le début de la renommée


Avec le tournant du siècle, c' est une orientation nouvelle que prend sa production littéraire ; à partir de ce moment, tous ses textes marquent fortement son adhésion au marxisme. Malgré ce dénominateur commun, une distance importante s'établit entre ses romans et ses pièces de théâtre : alors que ceux-là s'enlisent dans une langue lourde et doctrinaire qui empêche l' action de prendre une ampleur créative réelle (Les Trois, 1900, La Mère, 1907), les ouvrages dramatiques profitent, eux, de la connaissance que l'artiste possède des bas-fonds russes et des personnages populaires (Les Petits- Bourgeois, 1902 - Les Ennemis, 1906 - et, surtout, Les Bas-Fonds, 1902, remaniée en 1935). Durant cette période, Gorki gagne beaucoup d' argent et en fait bénéficier largement le Parti social démocrate russe. C'est pour ses idées politiques, ou plus précisément à cause de la publication d'un poème révolutionnaire, qu'il est emprisonné, pour peu de temps, en 1901. Ayant contracté la tuberculose, dont il souffrira toujours désormais, il se rend en Crimée. Plus tard, la fondation de la maison d'édition Znanie (<<Savoir >>) lui permet de donner la parole à de jeunes artistes révolutionnaires. Sa participation à la révolution de 1905 lui valut un nouvel emprison nement. Libéré, il partit en exil et, n'ayant pu se fixer aux États-Unis, se rendit à Capri.


http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/1d/1900_yasnaya_polyana-gorky_and_tolstoy.jpg/180px-1900_yasnaya_polyana-gorky_and_tolstoy.jpg

Léon Tolstoï et Maxime Gorki


L'après-révolution


Pendant son séjour à l'étranger, sa popularité baissa quelque peu : d'une part, les modes littéraires avaient changé, d'autre part, l'intérêt de Gorki pour certains mouvements de pensée quelque peu éloignés du marxisme embarrassa ses amis politiques. De retour en Russie, il soutint Lénine et sa politique étrangère pendant la Première Guerre mondiale. Il contribua à sa manière à l'établissement du nouvel ordre en soulageant les malheureux.

Sa trilogie autobiographique ("Enfance", "Parmi les gens" et "Mes Universités") fut composée entre 1913 et 1925.L'écrivain arrive ici à sa maturité artistique ; il a  heureusement renoncé à faire de son oeuvre un traité de philosophie et de politique et s'applique avec beaucoup de véracité à saisir le petit côté des choses. Lui qui n'avait jamais eu d'autre éducation que celle de la rue est tout à fait à l' aise lorsqu' il  s' agit de reproduire tous ces détails infimes qui rendent un ouvrage vivant. Son militantisme d' avant la révolution laisse la place à une intense création artistique ; tout semble prouver que Gorki fut déçu par la tournure que prirent les événements dans la jeune union socialiste : c' e
st en partie pour cela qu'il décida de s'exiler de nouveau en ltalie. 
                                                       
                                                                                                                                                                                       Staline et Gorki

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/6/60/Joseph_Stalin_and_Maxim_Gorky%2C_1931.jpg/200px-Joseph_Stalin_and_Maxim_Gorky%2C_1931.jpgLa consécration officielle

En 1928, il rentre en URSS, qu'il ne quittera plus et où il mourra en 1936. Cette dernière période de sa vie se place sous le signe du stalinisme. Il est l' écrivain officiel du régime et le premier président de l'Union des écrivains soviétiques. Cette proximité avec le pouvoir lui fait quelque peu trahir la cause des plus pauvres qu'il avait si ardemment défendue ; elle le pousse également à rédiger des textes qui soutiennent inconditionnellement certaines des horreurs que connut le pays sous Staline. La publication de quelques romans (Les Artamanov, 1925 ; La Vie de Klim Samghine, 1927-1936), et surtout celle du dernier volume de son autobiographie, qui est un chef-d'oeuvre de simplicité et de vérité, prouvent cependant que son génie était demeuré intact.

En 1905, lors de la première révolution, des intellectuels français signèrent un manifeste de protestation contre l' arrestation de Gorki. Jaurès, Anatole France, Jules Renard, Aristide Briand et bien d' autres appuyèrent cette initiative.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/a7/MaksimGorky2.jpg/300px-MaksimGorky2.jpgTimbre de l'URSS en l'honneur de Maxime Gorki


Notes


"Le peuple russe s'est serré autour d'un Gorki comme autour de l'homme en qui il voyait l'image agrandie de son propre visage. Il retrouvait en lui les échos de sa conscience, il reconnaissait, tracée par sa main, la légende même de son aventure. Gorki a peint avec amour et colère, avec délices et fureurs, les mille et mille figures du petit peuple russe. Il en a dénombré, exalté les richesses latentes en des temps de misères où ce peuple n'était pas encore libre, fort, maître de sa destinée, mais souillé, ténébreux, humilié, sans espoir, inconscient des trésors qui dormaient en lui. Et quand ce peuple s'est libéré, quand il s'est redressé, par l'effort violent d'une de ces résurrections douloureuses que nous appelons révolutions, Gorki est resté son compagnon, avec ténacité ; Gorki a partagé obstinément ses souffrances et ses angoisses. "

- J.-R. Bloch, "Hommage à Gorki" in Europe, sept. 1946

"Son oeuvre fait que dans ce domaine l'Octobre aura été non pas une brèche, un abîme, mais un passage, le saut de l'homme des rêves à la réalité. Elle est la source de toute la littérature soviétique, peut-être pas la seule source, mais la principale. Elle est l'élaboration lente, progressive, d'une pensée qui prend corps de livre en livre, et qui réfléchit sur soi-même, s'épure, et donne enfin la vue théorique sur quoi va s'appuyer toute la littérature vivante. "

-Louis Aragon, Les Littératures soviétiques, Éd. Denoël

 

 


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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 13:12

 

Trois soeurs se débattent en vain dans les affres d'une vie mortellement quotidienne et ennuyeuse.

Le style de Tchekhov n' a cessé de s' étoffer au cours de sa carrière d' écrivain. Ses oeuvres, dénuées de toute  théâtralité, frappent par leur sobriété et leur force suggestive.

http://ecx.images-amazon.com/images/I/417VXSZA8CL._SL500_AA240_.jpgL'espoir sans cesse déçu d'une vie meilleure

Trois soeurs s'ennuient à mourir dans une petite ville de province et ne rêvent que d'une chose : regagner Moscou, ville de leur enfance et de tous leurs espoirs. Malgré les fréquentes allées et venues d'officiers, la vie s'écoule, insipide, au milieu de conversations inutiles. Olga, l'aînée, vieille fille avant l'heure, perd tout espoir de jamais retrouver Moscou lorsqu'elle est promue directrice de l'école municipale. Quant à Macha, mariée trop tôt à un homme qu'elle n'aime plus, elle trompe son ennui dans une aventure sans lendemain. Irina non plus n'est pas épargnée. Si le travail semblait pouvoir donner un sens à sa vie, ses rêves sont en fait bien vite démentis par la dure réalité. Elle accepte alors les avances du baron Touzenbach. Mais la mort du baron au cours d'un duel balaye aussitôt ce dernier espoir. Ainsi, malgré leurs espérances, les trois soeurs ne peuvent échapper à une vie triste et maussade.


Une peinture désabusée de la société russe au XIX ème  siècle

Dans "Les Trois Soeurs",  la peinture de l'ennui, de la solitude, de l'agonie d'une société atteint son paroxysme. La pièce est conçue comme une  <<tranche de vie >>  banale, criante de vérité. L'ennui y est traité de façon magistrale. Les actions, quand elles existent, ne font pas progresser l'histoire, d'où cette sensation de pesanteur, voire d'étouffement, qui écrase les personnages. L'univers gris et terne que dépeint Tchekhov est également suggéré par les bavardages incessants des protagonistes : jeux de mots, mots d'esprit, discours philosophiques fusent sans que personne ne les écoute. Peu d'auteurs ont su, comme Tchekhov, évoquer l'ennui avec autant de finesse, d'ironie et de lucidité. Avec un regard objectif, presque clinique, l'auteur décrit la lente agonie d'une société peuplée de militaires aigris et de médiocres fonctionnaires. Dans ce désert humain, les trois soeurs apportent une note de fraîcheur, sans pourtant parvenir à rompre la monotonie de leur vie.

Des personnages comme les trois soeurs nous émeuvent par leur nostalgie d' un passé révolu, qui les rend incapables de  s' intégrer dans le présent.

 

Extraits :

La banalité des conversations chez Tchekhov

SOLIONY passant avec Tcheboutykine de la salle au salon. -

D' une seule main,  je soulève à peine vingt-cinq kilos, mais avec les deux, quatre-vingts, et même presque cent. J' en conclus que deux hommes ne sont pas deux fois plus forts qu'un seul, mais trois fois, et même davantage...

TCHEBOUTYKIINE   lit son journal tout en marchant. - Contre la chute des cheveux... huit grammes de naphtaline pour une demi bouteille d' alcool... faire dissoudre et appliquer quotidiennement... (il l' inscrit dans son carnet.) Il faut que je note ça !
(A Soliony.) Eh bien, comme je vous le disais, on enfonce dans le goulot un bouchon, et à travers ce bouchon, on fait passer un petit tube de verre... Ensuite, vous prenez une pincée d' alun tout à fait ordinaire...

IRINA. - Mon cher docteur !

TCHEBOUTYKINE .-
  Qu' est-ce qu' il y a, mon coeur ?


IRINA.-   Dites-moi : d' où vient que je me sens si heureuse aujourd'hui ? Comme si je fendais l'air toutes voiles déployées, avec au-dessus de moi un large ciel bleu et de grands oiseaux blancs qui planent. D' où cela vient-il  ? Dites-moi, d' où ?

TCHEBOUTYKINE  lui baise les mains avec tendresse. - Mon petit oiseau blanc...

                        ***

Leurs aspirations déçues, tous renoncent au bonheur

TOUZENBACH  - Pourquoi pas ? Après nous, on volera en ballon, on changera la coupe des vestons, on découvrira peut-être le sixième sens et on le développera, mais la vie restera toujours la même, difficile, pleine de mystères et heureuse. Dans mille ans, l'homme soupirera encore : Ah, comme la vie est dure ! - et en même temps, il continuera  comme aujourd'hui, à craindre la mort et à ne pas vouloir mourir.

VERCHININE,  après réflexion. - Comment vous dire ? Moi, je pense que tout doit changer sur la terre, peu à peu, et que tout change déjà sous nos yeux. Dans deux ou trois cents ans, ou même dans mille ans,  peu importe quand, il y aura une vie nouvelle et heureuse. Nous,  naturellement, nous ne participerons pas à cette vie, mais c' est pour elle que nous vivons aujourd'hui, que nous travaillons, que nous souffrons, oui, c' est nous qui  la créons : et c' est là l' unique but de notre existence, et,  si vous voulez, notre bonheur.

                        ***

Travailler semble être la seule issue pour accepter une vie triste

IRINA,
appuyant sa tête contre la poitrine d'Olga. - Un jour viendra où tous les hommes apprendront pourquoi tout cela, pourquoi ces souffrances. où il n'y aura plus de mystères, mais en attendant, il faut vivre... il faut travailler, rien que travailler ! Demain.  je partirai seule, j' enseignerai à l' école et je donnerai toute ma vie à ceux qui en ont peut-être besoin. C' est l'automne, bientôt nous aurons l'hiver, partout la neige  mais moi, je travaillerai, je travaillerai...


Notes :

"La pièce, ce que nous percevons de cette tranche de vie, se situe entre une sortie du deuil et une entrée dans un nouveau deuil, entre une évocation du passé et une projection dans l'avenir".

- P. Pavis, Librairie Générale Française, 1991

"C'est à ce passage constant de la conversation au lyrisme de la solitude que la langue tchékhovienne doit son charme. Ce trait est probablement dû à la puissance communicative de l'homme russe et au lyrisme inhérent à sa langue. La solitude n'entraîne pas ici la raideur" .

Szondi, Théorie du  drame moderne, L'Age d'Homme, 1983

"Le style de Tchekhov, fait de sobriété et de demi-teintes, s'exerça sur les thèmes de l' ennui, de la solitude, des aspirations déçues. Sa grande innovation tient à son exploration de tous les moyens et de tous les niveaux de la communication, qui passe par le dialogue mais aussi par un sous-texte".

Le Théâtre, Bordas, 1930

"Personne n'a compris avec autant de clairvoyance et de finesse le tragique des petits côtés de l' existence  : personne avant lui ne sut montrer aux hommes avec autant d' impitoyable vérité le fastidieux tableau de leur vie, telle qu' elle se déroule dans le morne chaos de la médiocrité petite-bourgeoise".

 Gorki, A propos de Tchekhov, Znanié, 1905

 

 

 


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5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 14:28


Tréplev, persuadé de son talent d'écrivain, est amoureux de Nina qui finit par comprendre que la patience prévaut sur la gloire et l' éclat.

Un des éléments importants du théâtre de Tchekhov est l' espace. L' auteur attache beaucoup d' importance aux lieux de ses pièces qu' il décrit minutieusement. Dans " La Mouette", il y a manifestement une évolution vers l' intimité. Les deux  premiers actes se jouent dans un parc et sur un terrain de croquet, le troisième dans une salle à manger, le quatrième dans le bureau de Tréplev. Enfin, pour le suicide de ce dernier, le décor n' est plus sur scène mais dans l' imagination du spectateur puisque l' on n' assiste pas à la tentative.

http://www.dlptheatre.net/info/la_mouette/images/affiche_mouette_petite.jpgLa musique de l'âme

En octobre 1896, "La Mouette" est jouée pour la première fois à Saint-Pétersbourg. Incontestablement, c'est l'une des plus  tchekhoviennes du répertoire de l'auteur, car tout ce qui fait la grandeur de ce théâtre y est réuni. Le temps s'écoule, ou plutôt la durée, omniprésent autant dans le déroulement des événements que dans les dialogues des personnages qui très souvent remarquent que "le temps passe". Les silences, si propres au dramaturge, essayent de suggérer ce qui est inexprimable, et veulent faire résonner la voix intérieure des hommes, cette voix pour qui les mots sont vains. Par ces non-dits, Tchekhov fait entrer les spectateurs dans l'intimité des personnages qui, contrairement aux personnages du théâtre classique, sont des antihéros. Admirable peintre d'une bourgeoisie fin de siècle, l'auteur ne fait que retranscrire la vie et la complexité psychologique de l'âme humaine. Tchekhov sait que l'homme est un être dont l'existence est sans issue : la résignation et le recours à la rêverie font de ce théâtre un théâtre pessimiste mais néanmoins superbe.

Du talent à la réalité

Tréplev, cet Hamlet tchekhovien, que son talent de dramaturge ne suffit pas à hisser à la hauteur de ses aspirations, cherche à être reconnu par sa mère qu'il aime passionnément et qu'il déteste, et par Nina dont il est éperdument amoureux. Mais ces deux femmes, l'une comédienne et la seconde désirant le devenir, ne portent d' intérêt qu 'à Trigorine, écrivain de second ordre, forçat de l'écriture qui n'a peut-être pas le talent de Tréplev mais qui, lui, est reconnu. L'amour, l'art, le théâtre sont des thèmes autour desquels gravitent les personnages, et derrière l'inaction manifeste de chacun d'entre eux se cache une action intérieure très intense contre l'autre, contre soi, contre les événements. Toutes les relations sont affectives, ce sont les sentiments qui relient les personnages, mais aucun d'entre eux, à part Nina, ne parviendra à dénouer ce noeud gordien qu'il porte en lui. Elle seule arrive à la lucidité, acceptant son échec plutôt que de fuir dans le suicide comme le fait Tréplev.

Extraits :

ACT 2

TRIGORINE. Moi ? (Haussant les épaules.) Hum... Vous parlez de célébrité, de bonheur, de vie lumineuse et intéressante, mais pour moi toutes ces belles paroles ne sont - excusez moi - pas autre chose qu' une marmelade dont je ne mange jamais. Vous êtes très jeune et très bonne.

NINA  Votre vie est belle !

TRIGORINE. Qu'est-ce qu' elle a donc de particulièrement bien ? (il regarde sa montre.) II faut que j' aille écrire. Excusez-moi, je n' ai pas le temps... (il rit.) Vous m' avez piqué au vif, comme on dit, et voilà que je commence à m' énerver, un peu à me fâcher. Mais parlons. Parlons de ma lumineuse et belle vie... Alors, par quoi commençons nous ? (il réfléchit un instant.) II y a parfois des idées qui vous tiennent : on pense jour et nuit, par exemple à la lune, eh bien, j' ai comme cela ma lune à moi. Jour et nuit une même idée obstinée me possède : il faut que j' écrive, il faut que j' écrive, il faut que... A peine j' ai terminé une nouvelle, aussitôt il faut, je ne sais pourquoi, que j' en écrive une autre, puis une troisième, après la troisième, une quatrième... J' écris sans interruption,  je cours la poste, je ne peux pas faire autrement. Quoi de beau et de lumineux là-dedans,  je vous le demande ?

                  ***

ACTE 4

NINA  lui regarde fixement le visage. Laissez-moi vous regarder. (elle regarde autour d'elle.) II fait chaud, on est bien... Ici, c' était un salon. J' ai beaucoup changé ?

TRÉPLEV. Oui... Vous avez maigri, et vos yeux sont plus grands. Nina, c' est un peu étrange pour moi de vous voir. Pourquoi ne m' avez-vous pas laissé approcher de vous ? Pourquoi n' êtes-vous pas venue plus tôt ? Je sais que vous êtes ici depuis près d' une semaine... Plusieurs fois par jour je suis allé vous voir, je restais sous votre fenêtre, comme un mendiant.

NINA. Je craignais que vous me haïssiez. Toutes les nuits je rêve que vous me regardez et que vous ne me reconnaissez pas. Si vous saviez ! Depuis mon arrivée,  je viens ici sans cesse... autour du lac. Autour de votre maison je suis venue plusieurs fois et je n'ai pas osé entrer. Asseyons-nous. (lls s'assoient.) Nous allons nous asseoir et parler, parler. On est bien ici, c' est chaud, c' est confortable... Vous entendez : il y a du vent ? II y a un passage dans Tourguéniev : "Heureux celui qui par de telles nuits reste à l'abri d' une maison, heureux qui a son coin chaud." Je suis une mouette... Non, ce n' est pas ce que je veux dire. (Elle se passe la main sur le front.) De quoi je parlais ?... Touguéniev... "Et que le Seigneur vienne en aide à tous les vagabonds sans asile..." Ce n' est rien

Notes :


"J'écris "La Mouette" non sans plaisir, bien que je me sente terriblement en faute quant aux conditions de la scène... C'est une comédie avec trois rôles de femmes et six rôles d'hommes. Quatre actes, un paysage (une vue sur un lac), beaucoup de discours sur la littérature, peu d'action, cinq tonnes d'amour."

- Tchekhov

"En parlant d'une image tangible et reconnaissable de la vie, telle que nous la rencontrons autour de nous, le drame tchekhovien s'élève à la hauteur des questions fondamentales de l' existence et devient ainsi une vision totale de la destinée humaine et une grande forme dramatique." .

- Joven Hristic

"L'écriture de Tchekhov, extrêmement concentrée, emploie un minimum de mots, un peu à la manière de Pinter ou Beckett. Comme chez eux, c'est la construction qui compte, le rythme, cette poésie purement théâtrale du mot juste au moment  juste. (...) Chez Tchekhov, les points, les virgules, les points de suspension sont d'une importance primordiale, aussi primordiale que les temps de Beckett. Si on ne les observe pas, on perd le rythme de la pièce et ses tensions."

- Peter Brook

 

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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 17:02


1860  1904

Petit-fils d'un serf qui a pu, en 1841, racheter sa liberté et celle de toute sa famille, fils d'un petit boutiquier installé à Taganrog, le dernier grand écrivain - russe du XIX ème  siècle est né dans cette ville le 17 janvier 1860. Troisième de six enfants, il reçut comme tous les autres une très bonne instruction secondaire, complétée de leçons particulières de musique et de langues vivantes, auxquelles tenait tout spécialement son père.
http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:4B40psDyDUoYAM:http://www.dlptheatre.net/info/Tchekhov/images/Anton_Pavlovitch_Tchekhov_jpg.jpgCelui-ci, bien que gagnant sa vie par le commerce, avait de fortes aspirations artistiques (violon et chant religieux) et presque tous les enfants se feront connaître dans le domaine de l'art : l'aîné, Alexandre, en littérature pseudonyme :  " Siédoï ",  le suivant, Nicolaï, en peinture, le plus jeune, Mikhaïl, en littérature pour enfants et en dessin, leur soeur Maria en peinture, musique et recherches littéraires. En 1875, les deux aînés partent pour Moscou, Alexandre à la faculté des Sciences, Nicolaï à l'école des Beaux-Arts. L'année suivante, la boutique de Paviel Iégorytch fait faillite et toute la famille va s'installer à Moscou, à l'exception d'Anton, âgé de seize ans, qui reste à Taganrog pour terminer le gymnase. Ce ne sera que trois ans plus tard, le 8 août 1879, qu'il arrivera à son tour à Moscou, où il s'inscrira à la faculté de Médecine.

Encore en province, il avait tenté quelques essais de plume : une pièce de théâtre, un journal d'amateurs, des esquisses humoristiques qu'il adressait à son frère aîné Alexandre, introduit depuis quelque temps dans les rédactions moscovites. A présent qu'il se trouve sur place, il se décide sérieusement à tâter ses forces. La première publication a lieu le 9 mars 1880, dans la petite revue satirique "La Libellule" (Striékoza) : c'est la  "Lettre à un voisin instrui".

A partir de ce moment et jusqu'en 1884, année où il obtient le titre de docteur, il partage son temps entre ses études médicales et la rédaction de petits récits humoristiques qui paraissent dans de modestes revues telles que "Le Réveil", "Moscou", "Le Spectateur", mais aussi dans "Les Éclats" - tout de même supérieurs comme niveau - que dirige Léïkine à St-Pétersbourg. Il signe du nom que, dans un moment de gaieté, lui avait donné l'aumônier "dy gymnase: "Antocha Tchékhonté" ou bien, plus rarement  " L'Homme sans rate". Certains de ces récits sont déjà de vrais petits chefs-d'oeuvre d'humour et de composition, à la hauteur de tout ce qu'il pourra écrire par la suite.

Son frère lvan est instituteur à Voskriéssiensk, petite ville aux environs de Moscou. Grâce à ce fait, il se lie d'amitié avec la famille Kissiélev qui possède un domaine voisin, Babkino. Les jeunes Tchékhov vont passer là trois étés, au cours desquels un monde nouveau s'ouvre à eux, d'une culture et d'un raffinement qu'ils ignoraient. Notre jeune écrivain s'y liera d'amitié, en particulier, avec le grand paysagiste Lévitan.

Les années ont passé. Le docteur Tchékhov commence à posséder une clientèle, sa situation matérielle s'améliore. Son expérience s'accroît et un ton plus grave se fait parfois entendre dans ses écrits. Un premier recueil a paru sous le nom de" Contes de Melpomène",  Un second, plus sérieux, laissera son nom dans l'histoire littéraire "Récits bigarrés", signés cette fois Anton Tchékhov. Nous sommes en 1886. C'est un nouveau tournant dans  la vie de notre auteur : un grand nom des lettres russes, Grigorovitch, lui écrit pour le féliciter et l' encourager ; un journaliste de renom, Souvorine, lui ouvre les colonnes du grand journal qu'il dirige, "Temps Nouveau".
En 1887, nouveaux succès : Souvorine édite le recueil "Au crépuscule" et Korsch, directeur du Théâtre du http://ecx.images-amazon.com/images/I/51JXR92JF2L._SL500_AA240_.jpgmême nom, lui demande de lui écrire une pièce. Ce sera " lvanov", composé en dix jours, mis en scène à la hâte et dont la première aura lieu le 19 novembre. En janvier 1888, une inspiration nouvelle le pousse à écrire "La Steppe". Le succès, cette fois est éclatant en automne, l'Académie lui décernera le Prix Pouchkine.

Le sort, cependant, lui donne un avertissement : il toussait depuis un certain temps, à présent il se met à cracher du sang, mais se refuse à en faire cas. Les années 1888 - 1891 vont le marquer à plusieurs points de vue. Au cours des étés 88 et 89, les Tchékhov sont les hôtes de la famille Lintvariev, dans leur domaine "Louki"., situé dans la province de Kharkov. Anton visite la Crimée, le pied du Caucase, la Géorgie. En 89, c'est le premier deuil familial : son frère Nikolaï, l'artiste peintre, atteint de tuberculose et miné par l'alcool, s'éteint après une pénible agonie. En avril 1890, Anton entreprend un lointain voyage, pour faire une enquête sur  les conditions de vie des condamnés, au bagne de Sakhaline. A son retour, il publiera deux volumes de "notes de voyage".  Pour nous, qui connaissons les visions de cauchemar des camps nazis ou du "Goulag", ces descriptions semblent anodines. Mais les lecteurs du XIX èmes siècle  réagissaient autrement : l'émotion fut très forte et générale, le Sénat décida de reviser les conditions de vie des détenus. Revenu à Moscou au début de décembre 1890, Tchékhov repart en janvier pour St- Pétersbourg et à la mi-mars 91, il se rend en Europe occidentale, en compagnie de Souvorine. Pendant deux mois, il visite tour à tour Vienne, Venise, Nice, Monte-Carlo, Rome, Naples, Paris...


A la mi-mai, le voici de retour en Russie, installé avec ses familiers à  "Boguimovo"  (Province de Toula), propriété d'un certain Bylim-Kolossovski, qui  (la chose mérite d'être signalée, pour rappeler la mentalité qui  régnait en Russie au XIXème ), sans même connaître personnellement les Tchékhov, les avait invités à venir sous son toit. Séjour des plus agréables, propice à la création de plusieurs oeuvres  marquantes (dernière main au Sakhaline, Le Duel, etc.), mais notre écrivain sent de plus en plus l'envie de posséder son propre domaine à la campagne. Au printemps 1892 ses rêves se réalisent : il achète, à quelque distance au sud de Moscou, en direction de Koursk, la propriété de "Miélikhovo" qui, pour plusieurs années, deviendra le "<nid familial".
Sous l'influence semble-t-il d'un sentiment complexe qui l'unissait à une amie de sa soeur, Lydia Mizinova que tout le monde appelait  "Lika", il écrit en 1895  " La Mouette",  pièce qui aura un effet déterminant sur la fin de sa vie. Pour l'instant, la première, fixée au 17 octobre 1896 au Théâtre Alexandre à St-Péterbourg, fut un échec retentissant et une cruelle déception pour l'auteur...

L'année suivante, sa maladie qu'il négligeait prend un tour inquiétant: le 23 mars 1897, alors qu'il dîne au restaurant avec Souvorine (il s'est rendu à Moscou un peu pour fêter le succès des Paysans), une violente hémorragie pulmonaire se déclare. Il faut l'hospitaliser dans une clinique, les spécialistes sont formel : il est atteint d'une forme grave de tuberculose. Il est obligé de renoncer à la médecine et de restreindre ses activités littéraires. Néanmoins, l'été s'écoule sans trop de tracas à Miélikhovo. En automne, il lui faut partir à la recherche des climats chauds. Ce sera Biarritz, puis Nice. Il passe là tout l'hiver et revient chez lui au printemps. L'automne suivant, il part pour Yalta. C'est là, en octobre 1898, qu'il apprendra la mort de son père.
En dépit de ce deuil, la vie lui ménage encore des joies. A Moscou, au cours de l'année 1897, prend forme une équipe d'animateurs, avec Stanislavski et Niémirovitch-Dantchienko à sa tête : ce sera le fameux "Théâtre d' Art". Au printemps 1898, ils demandent à Tchékhov sa Mouette, si cruellement rejetée à Pétersbourg. Il commence par refuser, puis cède aux instances de Niémirovitch. Avant de partir pour Yalta, il s'est rendu à Moscou pour assister aux répétitions. Une toute http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:Q4b6IZZ6c1tdhM:http://treasury.tripod.com/Images/Olga_Knipper_Chekhova.gifjeune actrice, Olga Knipper, produit sur lui un effet incroyable : en partant pour la Crimée, Anton laisse son coeur à Moscou. Le 17 décembre 1898 a lieu la première : c'est un véritable triomphe. Des télégrammes et des lettres de félicitations volent vers Yalta, où se morfond le héros du jour...

Ce succès aura deux conséquences: d'une part, Tchékhov va se tourner résolument vers le théâtre et donner successivement  "Oncle Vania" (qui est une refonte de L' Homme des bois), "Les Trois soeurs"  et " La Cerisaie", qu'on peut considérer comme le couronnement de son oeuvre ; d'autre part, on sait qu'il vivra son dernier oman d'amour et épousera Olga Knipper le 25 mai 1901.
Les dernières années de sa vie se passent principalement à Yalta, où il a fait bâtir une villa, ou en voyage. C'est à Badenweiler, en Forêt-Noire, où il s'était rendu avec l'espoir de quelques jours de repos, que la mort l'a surpris le 2 j
uillet 1904.


La Russie de Tchékhov

Celui qui tient à se faire une idée objective de la Russie à la fin du siècle dernier ne peut guère trouver de meilleur guide que la lecture attentive des oeuvres de Tchékhov.
Toutes les classes de la société, à la ville comme à la campagne, toutes les races, tous les âges, toutes les mentalités, défilent devant nos yeux comme dans un kaléidoscope. Du général qu'un abcès dentaire tourmente à un tel point qu'il est prêt à faire conjurer son mal par les formules magiques d'un ivrogne (Un nom de famille chevalin), jusqu'au petit apprenti cordonnier qui écrit à son  "Grand-père au village",  sans autre précision sur l'enveloppe, pour lui dire toute sa détresse  (Vanka), chacun a droit de cité dans cette vaste galerie.

Que ce soit dans les esquisses franchement comiques de la première période, que ce soit dans les nouvelles et les contes plus désabusés de la fin, partout le sens inné de la mesure, l'amour constant du détail précis, le souci du mot juste, font que le tableau s'impose à nous avec toute la force du vrai.
Ce petit-fils d'un paysan ne se laissera point abuser par les illusions des "populistes" de la ville, qui font du peuple une image d 'Epinal, et saura les décrire tels qu 'ils sont  (Les Paysans), mais il ne tombera point non plus dans l'excès inverse et n'oubliera pas la  "petite lumière"  qui illumine l'âme des plus déshérités..
Ce fils de petit boutiquier saura décrire sans le moindre parti pris celui qui se tient derrière le comptoir et celui qui s'adresse à lui (A la pharmacie). L'ancien étudiant n'éludera aucun des  "problèmes fatidiques" des étudiants (Des gens pénibles, Les Feux, La Crise nerveuse, La Fiancée...). Le médecin va nous donner le tableau fidèle des malades, des hôpitaux,  des infirmiers (La Salle n°6 - La chirurgie - Contrariété - Ionytch...).


tchekov-gorgi0001.jpg"Tchekhov et Gorki à Yalta en 1900". Gorki fut l'ami des dernières années de Tchkov. A propos  d'"Oncle Vania", Gorki lui écrit :  "Vous avez un immense talent... mais il me semble que dans cette pièce, vous traitez les hommes avec une froideur diabolique. Vous êtes indifférent comme la neige, comme la tourmente.

L'artiste et le connaisseur du coeur humain

Tolstoï, qui se refusait à relire ses propres oeuvres, affirmait à propos de Tchékhov : <<Il  est un des rares dont on a envie de lire les nouvelles une seconde fois.>> Admirant tout particulièrement le style de Chérie (Douchetchka, 1899*), il remarquait : " On jurerait de la dentelle, brodée par une fille chaste et vertueuse"  et il expliquait sa pensée en rappelant qu'i! existait ainsi, autrefois, des dentellières qui faisaient entrer tous leurs désirs, "qui mettaient tous leurs rêves dans les motifs de leur dentelle, qui rêvaient  - par arabesques".

*Anton P. Tchekhov, portraits de femmes: un itinéraire d'ombre et de lumière

Tchékhov n'était certes point "une chaste jeune fille". Mais on voit ce qui pouvait pousser Tolstoï à une pareille comparaison : c'est la surprenante fraîcheur, l'absolue sincérité, exemptes de toute pose, de la moindre notation. Si nous essayons d'analyser, en effet, l'impression ressentie à la lecture de ces pages, il apparaît  -nous semble-t-il-  que l'un des principaux attraits se trouve dans cette manière originale et nouvelle dont il sait nous faire voir et les choses et les gens. Curieusement, d'ailleurs, des notes colorées, d'une spontanéité toute juvénile, se marient dans sa prose à une sobriété de détails, à une rigueur du style, qui seraient plutôt la marque d'une sage maturité.

Deux maîtres ont, apparemment, influé sur sa façon d'écrire : Pouchkine, pour ce qui est de la clarté, de la rigueur et de la sobriété des moyens mis en oeuvre, Tourgueniev, pour la chaleur, la justesse, l'harmonie et l'intense valeur sensitive de ses effets. Mais Tchékhov est original, même au regard de ces grands maîtres.  En tout cas, il procède un peu à la manière d'un impressionniste : quelques traits, quelques touches seulement  mais les traits essentiels. Un contour, deux ou trois détails typiques et soudain, le tableau s'anime et vit devant nos yeux ; c'est du grand art, incontestablement.

Voici d'ailleurs les conseils qu'il donnait à ce sujet à son frère Alexandre, dans une lettre du 10 mai 1886 :

"Dans les descriptions de la nature, il faut agripper d'infimes détails, en les accolant de telle sorte que, si l'on ferme les yeux, cela te donne un tableau. Tu obtiendras, par exemple, un clair de lune, si tu écris que, sur la digue du moulin, un tesson de bouteille brillait, telle une petite étoile, et que l'ombre noire d'un chien ou d'un loup glissa, furtive, sur le sol..."


Un autre aspect de l'art de Tchékhov -issu peut-être de sa profonde connaissance du coeur humain c'est l'intense résonance dans l'âme du lecteur des impressions d'ordre psychique et sentimental, réalisées, elles aussi, avec une modération remarquable et une rare économie de moyens.

Lisons la suite de la même lettre :

"... Sur le plan du psychisme, également quelques détails : Dieu te garde des lieux communs. Le mieux, c'est d'éviter de décrire les états d'âme de tes héros ; il faut s'efforcer de les faire comprendre à partir des actes des personnages..."


Malgré cette discrétion qu'il recommande et qu'il  met lui-même en pratique, il est indéniable que les oeuvres de Tchékhov touchent profondément le lecteur. Tout ce que nous savons de sa vie privée nous pousse à croire que sous cette réserve, sous cette apparente et volontaire froideur, brûlait en lui un amour véritable de ses "frères humains". C'est peut-être cette ardeur refrénée, contenue dans de strictes limites, qui est a la source de notre émotion...

L ' homme de théâtre

En occident, on connaît principalement Tchékhov en tant qu'auteur d'un nouveau théâtre. Des mises en scène inhabituelles (celles des Pitoëff, entre autres), la simplicité, l'absence presque totale d'une intrigue, l'impression d'une surprenante vérité émanant de situations absolument prosaïques et par là même d'autant plus émouvantes, voilà ce qui a frappé avant tout les spectateurs étrangers.
En réalité, le théâtre de Tchékhov, avec tous ces aspects "novateurs"  se trouve déjà en puissance dans celui de Tourgueniev, et, en partie également, dans celui d'Ostrovski. Aussi, pour les Russes, cette impression de choc, de nouveauté, fut-elle infiniment moins forte qu'en Occident, ou, du moins, ne porta-t-elle que sur la mise en scène réellement novatrice du  "Théâtre d' Art" de Moscou.
Laissons, une fois de plus, la parole à notre auteur, nous référant encore à ces lettres qu'il adressait à son frère Alexandre et dans lesquelles il prodiguait les confidences et les conseils.

Vers le 10 octobre 1887, il écrit, à propos de son " Ivanov" :

"... C'est la première fois que j'écris une pièce. Ergo, les fautes sont inévitables. Le sujet est complexe et stupide. Je termine chaque acte, exactement comme je le fais pour mes récits : tout au long de l'acte, je mène mon action tout doucement, tout tranquillement et puis, à la fin, je flanque au spectateur un grand coup en pleine gueule..."

Deux semaines plus tard, le 24 octobre 1887, il précise :

"... Les dramaturges contemporains farcissent leurs pièces uniquement d'anges, de scélérats et de  bouffons. Va donc chercher de pareils éléments à travers toute notre Russie ! Pour en trouver, tu en trouveras, mais pas de ce type outré qui est indispensable au théâtre. ... J' ai voulu jouer à l'original : je n' ai mis en scène aucun ange, aucun scélérat "bien que je n'aie pu éviter les bouffons", je n'ai condamné personne, je n'ai acquitté personne... Y suis-je parvenu, je n'en sais trop rien..."

Enfin, le 11 avril 1889, à propos d'une pièce qu'Alexandre envisage d'écrire, il lui dit :

"...Mon conseil : dans ta pièce, efforce-toi d'être original et, autant que possible, intelligent, mais ne crains pas de paraître sot. Ce qu'il faut, c'est de l'indépendance d'esprit, et n'est indépendant que celui qui n'a pas peur d'écrire des sottises. Ne lèche rien, ne polis rien, sois au contraire maladroit et brutal. La concision est soeur du talent. Garde présent à l'esprit, en outre, que les déclarations d'amour, les adultères des épouses et des époux, les larmes des veuves et des orphelins, ainsi que toutes les autres larmes - tout a été décrit depuis longtemps. Le sujet doit être neuf quant à l'intrigue, elle peut être absente".

Dans son théâtre, tout comme dans ses récits et dans ses nouvelles (et même dans son enquête sur le bagne), Tchékhov est resté fidèle à cette ligne de conduite. Effacé, modeste, discret mais clairvoyant, il est passé à travers la vie comme un "témoin"  objectif de son temps. Toutefois, sous cette apparente réserve, palpite et bat un cceur profondément charitable et généreux. Et l'on comprend l'exclamation de Katherine Mansfield :


"Quel  bonheur, que parmi nous, sur cette terre, ait vécu un Tchékhov !  "


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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 12:42



(source : @La Lettre.com)

"Léon Tolstoï commence "Anna Karénine"  en 1873 puis l'abandonne. Il le reprend quelques années après, et le publie en 1877.

Ce récit a été inspiré à Tolstoï par un fait divers : Le suicide d'une femme abandonnée par son amant qui était un voisin et une connaissance de Tolstoï. Cette jeune femme s'est jetée sous un train dans la petite gare de Lassenki. Tolstoï a vu son corps déchiqueté. C'est de cette image qu'est né le "destin" d'Anna Karénine".

 

                    

                      *****


Anna Karénine est une femme du monde. Sa passion pour un officier l' arrache au devoir familial et la conduit au suicide.

Une analyse de la société

Tolstoï publie en 1869 un roman historique, politique et  social : "Guerre et Paix". Pour son roman suivant il envisage l'époque de Pierre le Grand, mais il cherche à démontrer une vérité humaine qui dépasse tout cadre historique et qu'il situe donc à son époque. En 1874 -1877 paraît  "Anna Karénine", l'histoire de trois familles. Autour de la passion adultère d' Anna Karénine, figure du monde aristocratique, gravitent des intrigues secondaires ; la famille le Lévine permet de décrire la vie à la campagne, celle de Dolly confirme la crise de la famille. A travers  l'évolution de ces familles et de ces milieux sociaux et par les rapprochements et les oppositions entre les personnages, ce roman de Tolstoï est psychologique et social.

Deux personnages en parallèle

Ce roman met en parallèle deux personnages principaux : Anna Karénine et Lévine.
 Anna Karénine, mariée à un riche fonctionnaire dont elle a un enfant, s'éprend de Vronski, brillant officier. Après un profond conflit moral, elle trahit son mari et consent à abandonner son enfant pour partir à l'étranger avec son amant. Cet abandon la livre aux remords, qui détériorent sa relation avec Vronski et la conduisent au suicide. Lévine est épris de Kitty, mais il se juge indigne d'elle et part étudier à l' étranger les moyens de mettre en place une plus grande justice sociale. De retour en Russie, il vit une période  bienheureuse et épouse Kitty. La naissance d'un fils apaise ses tourments existentiels. Cet apaisement est confirmé par la rencontre d'un paysan, qui lui révèle que l'homme ne vit pas pour lui mais pour Dieu.


http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/c7/AnnaKareninaTitle.jpg/200px-AnnaKareninaTitle.jpgExtraits :

"Non, ce n' est pas l'admiration de la foule qui l'enivre ainsi, mais l' enthousiasme d' un seul : serait-ce "lui" ?" Chaque fois que Vronski adressait la parole, un éclair passait dans les yeux d'Anna, un sourire entrouvrait ses lèvres : et si désireuse qu' elle parût de la refouler, son allégresse éclatait en signes manifestes. "Et lui ? pensa Kitty. Elle le regarda et fut épouvantée, car le visage de Vronski reflétait comme un miroir l' exaltation qu' elle venait de lire sur celui d'Anna. Qu'étaient  devenus ce maintien résolu et cette physionomie toujours en repos ? Il ne s' adressait à elle qu' en baissant la tête, comme prêt à se prosterner, et l'on ne pouvait lire dans son regard que l' angoisse et la soumission. "Je ne veux point vous offenser, semblait dire ce regard, je ne veux que vous sauver, mais comment m'y prendre ?" Jamais Kitty ne l'avait vu ainsi.

                 ****

Elle ne peut achever. Combien de choses elle regretta plus tard de n' avoir pas su lui dire, et dans ce moment elle était incapable de rien exprimer ! Mais Serge comprit tout : il comprit que sa mère l'aimait et qu' elle était malheureuse, il comprit même ce que la bonne lui avait chuchoté à l' oreille, car il avait entendu les mots : "Toujours après huit heures." Il s' agissait évidemment de son père et il devina qu' elle ne devait pas le rencontrer. Mais pourquoi la frayeur et la honte se peignaient-elles sur le visage de sa mère ? Sans être coupable, elle semblait redouter la venue de son père et rougir de quelque chose qu' il ignorait. Il aurait bien voulu l' interroger, mais il n'osa pas, car il la voyait souffrir et elle lui faisait trop de peine. Il se serra contre elle en murmurant :
- Ne t' en vas pas encore, il ne viendra pas si tôt.
Sa mère l'éloigna d' elle un instant pour le regarder et tâcher  de comprendre s' il pensait bien ce qu' il disait ; à l'air effrayé de l' enfant elle sentit qu' il parlait réellement de son père et semblait même
 s' enquérir des sentiments qu'il devait avoir à son égard.
 - Serge, mon ami, dit-elle, aime-le. Il est meilleur que moi et je suis coupable envers lui. Quand tu seras grand, tu jugeras.
- Tous les gens ne se ressemblent pas, Constantin Dimitriévitch. Y en a qui vivent que pour leur panse et d'autres qui songent à Dieu et à leur âme.
- Qu'entends-tu par là ? cria presque Lévine.
- Mais vivre pour Dieu, observer sa loi. Tous les gens ne sont pas pareils. Ainsi vous, par exemple, vous ne feriez pas non plus de tort au pauvre monde.
- Oui, oui... au revoir, balbutia Lévine, haletant d' émotion. Et, se retournant pour prendre sa canne, il se dirigea à grands pas vers la maison. "Vivre pour son âme, pour Dieu." Ces paroles du paysan avaient trouvé un écho dans son coeur ; et des pensées confuses, mais qu' il sentait  fécondes, s' échappaient de quelque recoin de son être pour l'éblouir d' une clarté nouvelle.

Notes :

"Si je voulais dire par les mots tout ce que j'avais l'intention d'exprimer par le roman, je devrai écrire le roman même que j'ai écrit, de nouveau..." .

Tolstoï, à propos d'Anna Karénine "

On a fait des remarques caustiques sur la chasse, les chiens, les doubles. Ce sont là sujets terre à terre aux regards  de la rhétorique contemporaine... Malgré tout cela, votre roman occupe tout le monde... C'est un succès fou, incroyable. Il n 'y a que Pouchkine et Gogol qu'on ait lus ainsi.
- Lettre de Stakhov, février 1877

"(...) "Anna Karénine"  n'en est pas moins une perfection, comme oeuvre artistique, venue à point nommée, et telle que rien de pareil, dans les littératures européennes de l'époque présente, ne peut lui être comparé ; et d'autre part, par l'idée qui s'en dégage, c'est quelque chose qui est à nous, bien à nous et de chez nous, c'est à savoir cela même qui constitue notre personnalité face au monde européen." .

Dostoïevski, juillet  août 1877

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3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 14:23


Les Russes, au début du XIX ème siècle, furent pris dans un formidable mouvement historique où le destin de la Russie se jouait contre la France napoléonienne.

http://images.google.fr/url?source=imgres&ct=img&q=http://static.blogstorage.hi-pi.com/photos/lalbatros.rmc.fr/images/gd/1232465408/Guerre-et-Paix-Tolstoi-vers-1863.jpg&usg=AFQjCNFUBM_cG189NcpeHfADbmVnKq9tDQ
Tolstoï consacra à cette gigantesque fresque historique plus de cinq années de recherches et d' écriture. Les  recherches il les fit dans des bibliothèques, des archives de grandes familles (dont la sienne), chez des historiens, et il recueillait lui-même des témoignages directs. Quant à l' écriture, il la poursuivait souvent au détriment de sa santé. "Guerre et Paix", publié de 1867 à 1869, est resté un inégalable tableau, non seulement de la Russie mais de l' humanité dans son ensemble.

Un vaste élan humain

Dans les salons mondains de Saint-Pétersbourg, les conversations reviennent sur la guerre possible et sur Napoléon. Le prince André Bolkonski va être, comme beaucoup, soulagé par la déclaration de la guerre, soulagé du vide de sa propre existence. Mais tous ne seront victimes de ce faux-semblant qu' un temps. Bolkonski est blessé à Austerlitz (1805), et Natacha Rostov, qu' il courtisait, regrette d' avoir épousé Anatole Kouraguine, brillant mais vide. Pierre Bezoukhov, instinctif, répudie hâtivement son épouse qu' il croyait adultère. Après la paix de Tilsit (1807), un nouveau souffle passe, mais la guerre a laissé des séquelles, et l' inquiétude s' accroît devant la vacuité qui se réinstalle. En 1812, l'armée napoléonienne entrant en Russie jusqu' à Moscou (qui est incendiée) mobilise les sentiments  patriotiques des Russes. http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/cc/Napoleons_retreat_from_moscow.jpg/280px-Napoleons_retreat_from_moscow.jpgPierre Bezoukhov veut assassiner Napoléon, mais son arrestation l'en empêche. Revenu à des sentiments moins désespérés, il se rapproche finalement de Natacha Rostov, alors qu'André Bolkonski a été tué au combat. L' hiver a raison des Français qui font retraite (Bérézina, novembre 1812) ; la Russie sort victorieuse de cette longue bataille.

Vraisemblance et vérité

Pour renouer avec l'histoire telle qu'elle fut vécue, et non telle qu' elle s' écrit, Tolstoï a procédé par touches. Ainsi Napoléon s' exprime parfois en français dans le texte afin qu il reste étranger aux  yeux du lecteur, ou, si les noms  évoquent toujours des noms russes courants, ce n'est pas pour masquer des allusions à des personnages  historiques, mais bien pour qu' ils "fassent" russes. Tolstoï veut retrouver la vérité historique, non à travers quelques exemples particuliers ou à travers de grandes lignes abstraites, mais dans la convergence de toutes les attitudes humaines, aussi bien celle d' Alexandre Ier et de Napoléon que celle des simples soldats, des paysans et des femmes. C'est dans une fantastique synthèse de tout ce qu' il a pu amasser de renseignements que Tolstoï saisit le mouvement même de la vie qui reproduit mieux l' histoire qu' il ne l' explique.

Extraits :

Même pendant la paix, la guerre est une préoccupation

A neuf heures passées, un bruit de grelots se fit entendre : le vieux prince rentrait. Les domestiques se précipitèrent sur le perron : Pierre et André les y suivirent. Comme il  descendait de voiture, le prince aperçut Pierre.

- Qui est-ce ? demanda-t-il... Ah ! Enchanté ! Embrasse-moi, poursuivit -il en reconnaissant le jeune comte.

Il était d' excellente humeur et fit mille amitiés à Pierre, qu' il entraîna dans son cabinet. Quand, à l'heure du souper, André vint les y rejoindre, il les trouva engagés dans une chaude discussion. Pierre soutenait qu' un temps viendrait où il n'y aurait plus de guerres. Le prince raillait cette opinion, mais sans acrimonie.

- Pratique une saignée et mets de l'eau à la place du sang, ce sera le moyen de ne plus avoir de guerres. (...)

                    ***

Tolstoï cite des historiens au sein de son récit

Napoléon sourit, ordonna de donner un cheval à ce cosaque et de le lui amener ;  il désirait l'interroger  personnellement. Quelques aides de camp prirent le galop, et, une heure plus tard, Lavrouchka, le serf que Denissov avait cédé à Rostov, vêtu de sa veste de brosseur, sur une selle française, s' approcha de Napoléon, avec son visage gai, fripon et aviné. L' empereur le fit marcher au pas à côté de lui et lui posa quelques questions.

- Vous êtes cosaque ?
- Cosaque, Votre Noblesse.

"Le cosaque, ignorant la compagnie dans laquelle il se trouvait, car la simplicité de Napoléon n'avait rien qui pût révéler à une imagination orientale la présence d'un souverain, l'entretint avec la plus extrême familiarité des affaires de la guerre actuelle", dit Thiers en racontant cet épisode.

                    ***

Tolstoï s'efforce de retrouver le sens des grands événements

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/96/Prianishnikov_1812.jpg/250px-Prianishnikov_1812.jpgLe passage de la Bérésina n'a qu'une seule signification : il a donné la preuve évidente et incontestable de la fausseté de tous les plans visant à couper l'ennemi et de la justesse de la seule conduite possible, celle que réclamait Koutouzov ainsi que toutes les troupes (la masse), et qui consistait seulement à talonner l' ennemi. La foule des Français fuyait avec une vitesse sans cesse accrue de toute leur énergie tendue vers ce seul but. Elle fuyait comme une bête blessée, et il lui était impossible de s' arrêter en route. Cela est démontré, non tant par l'organisation du passage de la Bérésina que par le passage lui-même sur les ponts. Quand les ponts furent rompus, tous, soldats sans armes, habitants de Moscou, femmes et enfants qui se trouvaient dans les bagages des Français, tous, emportés par la force d'inertie, continuèrent, au lieu de se rendre, à fuir droit devant eux dans les barques ou dans l'eau glacée.

Notes :

"Une oeuvre littéraire n' atteint à la perfection que quand elle nous fait oublier son origine artificielle, et qu' elle nous semble la réalité nue. Chez Tolstoï cette illusion sublime se produit souvent (...). Avec une évidence grandiose, avec le naturel naïf d'un paysage, l'oeuvre de Tolstoï se dresse devant nos yeux, riche et bruissante, comme une nouvelle nature, aussi véritable que l' autre".

 -Stefan Zweig, Trois Poètes de leur vie, Belfond, 1983

"Flaubert qui  "poussait des cris d'admiration" en lisant les deux premiers volumes, qu'il déclarait "sublimes" et  "pleins de choses à la Shakespeare", jeta d' ennui le troisième volume :  "Il dégringole affreusement, il se répète et il philosophise. On voit le monsieur, l'auteur et le Russe, tandis que jusque-là on n'avait vu que la Nature et l'Humanité." 

-Romain Rolland, Vie de Tolstoï, Hachette, 1911

"Guerre et Paix est la plus vaste épopée de notre temps, une iIliade moderne. Un monde de figures et de passions s' y agite. Sur cet océan humain aux flots innombrables plane une âme souveraine, qui soulève et réfrène les tempêtes avec sérénité. Plus d'une fois, en contemplant cette oeuvre, j'ai pensé à Homère et à Goethe".

 -Romain Rolland, op. cit.

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Présentation

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  • : Bonjour à tous.... Une approche de certains écrivains ; vie, œuvres, extraits. A l'attention de la personne "ANONYME" qui se reconnaîtra.... : je n'ai jamais voulu m'approprier ce travail, j'ai noté dans ma page d'accueil les sources :Ce blog sans prétention aucune a été crée à partir de fiches -collection Atlas - et d'ouvrages - collection Lagarde et Michard et collection Nathan "Grands écrivains du Monde", -
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Divers personnages....


DANTE


                                                                                                      Béatrice Portinari









Dante par Giotto








Première page de la Divine Comédie













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SOPHOCLE



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                                                                                                       Antigone




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Philotecte abandonné par les Grecs







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Sophocle  Bas relief en marbre









Sophocle




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Pythagore



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Le Banquet manuscrit sur papyrus.






Platon par Raphaël





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ARISTOTE





Aristote par Raphaël




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Aristote sur une fresque murale à Rome




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Alexandre à une bataille






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Alexandre combattant un lion







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Bronze - Alexandre









Buste d'Alexandre le Grand







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Alexandre et Aristote





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Enluminure "Chanson de Roland"










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Mort de Roland à Ronceveaux
















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Charlemagne et le Pape Adrien I






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Charlemagne et son fils Louis le Pieux






RUTEBOEUF

                            



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Ruteboeuf par Clément Marot

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