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1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 10:38


Un juge de la haute société russe, sur le point de mourir, prend conscience de la vanité de sa vie. Inspiré par la grâce, il apprend enfin ce que sont le pardon et le véritable amour.

Le grand écrivain russe a toujours été angoissé par la mort et, dès 1874, il subit une grave crise morale et philosophique qui influencera toute son oeuvre à venir, et notamment  "La Mort d' Ivan Illitch".

Un homme rédimé (racheté moralement) par l'approche de la mort

Ivan Illitch, juge en province, est satisfait de sa vie : il occupe une bonne position, son mariage dure, malgré l'indifférence qui s' est peu à peu installée entre sa femme et lui, et il mène une existence bourgeoise bien réglée. Après de nombreuses années passées en province, lllitch, à sa grande joie, est nommé à Saint-Pétersbourg. Alors qu'il décore lui-même sa maison, Illitch se blesse à la hanche. Bientôt, la blessure s'aggrave et il doit s'aliter. Il s'aperçoit alors que tout le monde se détourne de lui et il ne reçoit d' aide et de réconfort que de la part de Guérassime, un jeune paysan à son service. Profondément angoissé par l' idée de la mort, Illitch est impressionné par la simplicité et la bonté de son jeune serviteur. Peu à peu, il se rend compte de l'inutilité de l' existence qu' il a menée jusqu' alors et comprend que sa vie aurait dû être autre. Au seuil de la mort, illuminé par l' amour, il prend en pitié sa famille et meurt, enfin apaisé.

http://image.evene.fr/img/livres/g/2070411532.jpgLa conversion spirituelle comme remède au désespoir

"La Mort d'Ivan Illitch " (1886) est une nouvelle courte mais extrêmement importante dans l'oeuvre de Tolstoï. Dans ce livre, l'auteur présente avec une minutie et une précision terrifiantes l' agonie et la mort de son personnage. Mais le tableau pessimiste de la vie du juge est tempéré par sa conversion finale : s'étant rendu compte de la vanité de son existence, il se tourne vers l'amour, qui lui fait accepter sa fin, et prend tardivement conscience que seule la solidarité humaine peut donner un sens à la vie et à la mort. Tolstoï critique la haute société de son époque qui, derrière une façade d'honorabilité, cache une vie spirituelle misérable et vide de sens. Durant sa maladie et à l'approche de la mort, Ivan Illitch, devenu lucide, comprend combien les liens qui le rattachent à sa famille et à la société sont factices ; mais son calvaire n'aura pas été inutile, car il découvre enfin le véritable amour, qui lui permet d'accepter son sort sans peur et de mourir avec sérénité.

Extraits :

Une vie bien ordonnée

lvan lllitch passait la matinée au tribunal et rentrait pour déjeuner ;  les premiers temps il était  de bonne humeur, bien qu' il se montrât préoccupé de tout ce qui touchait à l'appartement (la moindre tache sur la nappe, sur l' étoffe des meubles, un cordon de rideau arraché, tout l' irritait : l' installation lui avait coûté tant de peine que le moindre dégât lui était douloureux) ;  mais, en général, l' existence d' lvan lllitch  s' écoulait ;  l' idéal qu' il s' était tracé : facilement, agréablement et correctement. ll se levait à neuf heures, prenait son café,  lisait son journal, et ensuite revêtait son uniforme et se rendait au tribunal où il reprenait aussitôt ce collier qui lui était devenu une habitude et dans lequel il rentrait aisément. Solliciteurs, demandes de renseignements, chancellerie, séances publiques, conférences administratives...
Il  fallait savoir écarter de ces occupations la réalité vivante qui vient continuellement troubler le cours régulier des affaires du service : il fallait veiller à n'avoir avec les gens d' autres rapports que ceux qui entraient dans le cadre du service.

                  ***

La dernière heure

Juste à cet instant lvan lllitch tomba, aperçut la lumière et découvrit que sa vie n' avait pas été ce qu' elle aurait dû être, mais que cela pouvait être encore réparé. II se demanda :  " Qu'est-ce que cela ? " et s' apaisa, tendant l' oreille. Alors il sentit que quelqu' un lui baisait la main. Il ouvrit les yeux et regarda son fils. ll en eut pitié. Sa femme s'approcha de lui. Il la regarda aussi. Elle le dévisageait avec désespoir, la bouche ouverte, ses joues, son nez mouillés de larmes.

<<Oui, je les tourmente, pensa-t-il. lls ont pitié de moi ; mais il vaut mieux pour eux que je meure. >> Il voulut le leur dire, mais n' en eut pas la force. <<D' ailleurs, pourquoi parler ? songea-t-il. ll faut le faire. >>

                  ***

Portrait d'un mort

Il était étendu, comme sont toujours étendus les morts, d'une façon particulièrement pesante, cadavérique, ses membres rigides profondément enfouis dans le capitonnage du cercueil, la tête posée pour l'éternité sur le coussin ; et il dressait, ainsi que tous les morts, un front jaune, cireux, aux tempes creuses et dégarnies, et un nez proéminent qui paraissait peser sur la lèvre supérieure. Ivan Illitch avait beaucoup changé et avait encore maigri depuis la dernière visite de Pierre Ivanovitch ; mais son visage, de même que celui de tous les morts, était devenu plus beau et surtout plus significatif. Son visage exprimait que ce qu' il fallait  faire avait été accompli et bien accompli. De plus, il exprimait encore un reproche ou un avertissement à l'adresse des vivants.

Notes :

<<Avec les deux géants du roman russe, Tolstoï et Dostoïevski, réapparaissent, dans un Occident appauvri, une  dimension, un ton perdus depuis des siècles. Tolstoï demandait que l' on comparât ses oeuvres à celles d'Homère. (...) C'est Berdaïev qui remarque qu' " il serait impossible de définir deux types d'homme, l'un, inclinant vers l'esprit de Tolstoï, l'autre, vers celui de Dostoïevski ". Le dernier écrit ses romans comme des tragédies, contracte le temps autour d'une crise, le premier, étalant son action, la tenant sous son regard souverain durant des décades, donne leurs dimensions hégéliennes à l'homme et à la vie et atteint, par des moyens inverses de ceux de Dostoïevski, la même puissance et la même profondeur. >>

- Marie- Thérèse Bodart, Tolstoï, Classiques du XIX ème siècle, Éditions Universitaires

<<Tolstoï est un homme dont le souci primordial a toujours été de découvrir et de mettre en lumière ce qui, à ses yeux, était " la vérité ". (...) Le vrai, c'est lui qu'il a voulu peindre intégralement tant qu'i! n'a pas cherché autre chose qu'à accomplir une besogne d'artiste. Et c'est parce que, en 1874, il a cru s'apercevoir qu'i! y a une façon de vivre qui est une " fausse vie " et qu'i! y en a une autre qui est " la véritable vie " qu'il a senti la nécessité de changer son existence et éprouvé l' obligation morale de le répéter cent fois sur tous les tons pour les lecteurs de toutes les catégories. (...) C'est toujours la même étoi!e qui a guidé les démarches de Tolstoï : celle qu'i! a cru être l'étoile de la Vérité. >>

-  André Cresson, Tolstoï, sa vie, son oeuvre, sa
philosophie, PUF, 1950

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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 13:45


1828 - 1910

Véritable force de la nature  - pusillanime* à l'extrême, assoiffé de gloire et de succès- et prêt à renoncer aux vanités terrestres, toujours en quête de simplicité  - et compliquant tout comme à plaisir, doué d'un sens artistique admirable - et contestant la notion même de l'art, Tolstoï fut, sa longue vie durant, un inextricable écheveau de contrastes.

Manquant de courage et/ou  de caractère. Synonyme lâche


http://www.memo.fr/Media/Tolstoi-en-1868.jpgNé trois ans après la révolte avortée des décabristes*, sous le règne de Nicolas Ier, il descendra au tombeau quatre ans avant la Grande Guerre, sous Nicolas II, après avoir connu quatre monarques et survécu à trois Empereurs. Plusieurs générations, incontestablement, auront été marquées de son empreinte  -les unes par les beautés intrinsèques de ses chefs-d'oeuvre de la (haute période) dans le domaine littéraire, les autres par les conceptions morales et philosophiques des dernières décennies...

*
Les décembristes ou décabristes doivent leur nom à une tentative de  coup d'état  durement réprimée qu'ils avaient organisée à  St Pétersbourg  le  14 décembre 1825  pour obtenir du futur  tsar  une constitution  afin de moderniser le régime.

C'est dans le domaine héréditaire de sa mère  "Iasnaïa Poliana", que  Léon Tolstoï est né, le 28 août 1828. Il avait trois frères : Nicolas, Serge et Dmitri, et une soeur Marie. Après la mort de leur mère, c'est une parente éloignée, T. A. Iergolskaïa, qui a pris en main la direction de la maison et l'éducation des enfants. En 1837, toute la famille se rend à Moscou, afin de permettre à Nicolas de mieux se préparer à l'Université. La mort subite du père oblige tout le monde à revenir à la campagne, à l'exception du fils aîné. T. A. Iergolskaïa se trouve maintenant secondée par une tante du côté paternel, la comtesse Osten-Sacken. Celle-ci meurt à son tour en 1840 et les enfants, changeant une fois de plus de tutrice, et vont s'installer à Kazan, chez une autre tante  paternelle, P. I. Iouchkova.

C'est à l'université de cette  ville, en 1843, que le jeune Léon, âgé de quinze ans, s'inscrit  d'abord à la faculté des Langues Orientales, puis, deux ans plus tard, à la faculté de Droit - après avoir suivi l'enseignement secondaire à la maison sous la  direction, primitivement, du gouverneur allemand bon enfant Roesselmann (le bon Karl Ivanovitch d' Enfance), puis du précepteur français Saint-Thomas (le peu sympathique  <<Saint-Jérôme>> d'Adolescence).
Si l'on analyse la vie de Tolstoï, on y distingue nettement quatre grandes divisions :
une première période, c'est celle de son enfance, si magistralement transposée dans son célèbre roman, qu'elle finit par nous sembler plus réelle que l'historique vérité.
De quinze à trente-cinq ans   - c'est-à-dire jusqu'à son mariage et jusqu'au début de la "grande période littéraire." - nous pouvons dire que notre homme se cherche, qu'il se passionne pour cent objets divers et qu'il accède, en même temps, à la pleine maîtrise de son métier d'écrivain.
Les vingt années suivantes, c'est le temps du parfait bonheur conjugal et des sommets de son oeuvre artistique : "Guerre et Paix" et "Anna Karénine"...
Enfin, la dernière période, celle du doute constant et des recherches spirituelles, au cours de laquelle notre artiste se transforme en une sorte de prophète inspiré qui lutte contre bien des choses et contre son propre génie, cette période finale couvre les trente dernières années, entrecoupée parfois de lueurs fulgurantes -telles que  "La Mort d' Ivan Illitch".
 
Sophie Andreïevna Bers, dite Sonia (ci-dessous), épousa en 1862  Léon Tolstoï, son aîné de seize ans. Cet écart et leurs personnalités respectives firent de ce mariage et de leurs relations, qui durèrent cependant près d'une cinquantaine d'années, une union difficile, entre les enfants et le domaine agricole, les manuscrits et les crises existentielles de l'écrivain.
De cette union naissent treize enfants dont neuf survivront. Dans la propriété d'Iasnaïa Poliana, à deux cents kilomètres au sud de Moscou, Sonia assure leur éducation, gère le domaine agricole, relit et recopie les manuscrits de Léon. Elle l'entoure de sa tendresse quand il écrit "Guerre et Paix" dans les années http://www.google.fr/url?source=imglanding&ct=img&q=http://storage.canalblog.com/48/22/478740/54307136.jpg&sa=X&ei=_mpGTp-RDonLtAbCvNyzCQ&ved=0CAUQ8wc&usg=AFQjCNH7tUj3FlMxOeKoCb3nu7n-8fhOzQ1860, mais elle se fait plus distante dans les années 1870 quand il rédige "Anna Karénine" et que la mésentente s'installe dans le couple. C'est que l'homme qui aimait les plaisirs traverse une grave crise existentielle : il aspire à un nouvel ordre social et familial dont sont bannis le profit, la propriété privée et la vie sexuelle.
«Là où tu es,l'air est empoisonné», dit-il à sa femme. Celle-ci songe à le quitter mais demeure à ses côtés sur l'injonction de ses enfants. Finalement, c'est Léon octogénaire qui fuit le domicile conjugal à l'automne 1910 pour aller mourir d'une pneumonie dans une petite gare. Sonia lui survivra neuf ans et confiera à la fin de sa vie : «Je souffre tellement d'avoir mal vécu avec lui ! »


Il est facile, pour qui a lu l'oeuvre de Tolstoï, de se représenter distinctement bien des membres de la famille du futur écrivain  - et aussi de se former une image assez précise de lui-même. Ainsi le grand-père paternel de Tolstoï, le comte Ilïa Andréïévitch, est le débonnaire  "comte Rostov"  de  "Guerre et Paix".  Son grand-père maternel, le prince Volkonski, vieux général illustre du temps de Catherine II, est le vieux Prince Bolkonski, le père du  "prince André". Toujours dans le même roman, l'officier de Hussards  "Nicolas Rostov"  - joueur passionné, amateur de chasse, exploitant agricole attentif, qui finit par épouser une  "princesse Marie", un peu laide mais très sensible, relativement âgée et bien plus riche que lui - est, indubitablement, le père de notre auteur, l'ancien lieutenant-colonel des Hussards de Pavlograd, Nicolas Ilitch Tolstoï. Jusqu'à la vieille chienne de chasse favorite de Nicolas Rostov, "Milka", qui est le portrait fidèle de la chienne préférée de son père..
                                                                                                                                                                
Iasnaïa Poliana - ci contre - domaine dont Tolstoï hérite à la mort de sa mère.

 
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/5e/Yasnaya_tolstoy.jpg/250px-Yasnaya_tolstoy.jpgIl tint rapidement un journal personnel, ainsi qu'un recueil de règles de conduite qu'il nourrissait quotidiennement et y faisait référence tout aussi fréquemment. Ses sentiments et ses frustrations l'emportèrent dans ce désir de perfection plus que de droiture. Sa beauté même venait à le chagriner, alors qu'il se désolait d'un physique ingrat. Il écrivit à ce propos :

« Je suis laid, gauche, malpropre et sans vernis mondain. Je suis irritable, désagréable pour les autres, prétentieux, intolérant et timide comme un enfant. Je suis ignorant. Ce que je sais, je l'ai appris par-ci, par-là, sans suite et encore si peu ! [...] Mais il y a une chose que j'aime plus que le bien : c'est la gloire. Je suis si ambitieux que s'il me fallait choisir entre la gloire et la vertu, je crois bien que je choisirais la première. »

— Journal,   7 Juillet 1854.

Dès cette époque, fidèlement transposée dans son oeuvre, on peut noter chez Tolstoï un perpétuel conflit  intérieur :  un amour-propre exacerbé et une ambition qui change souvent d'objet, mais qui est, en fait, une véritable soif de gloire et de succès, se heurtent en lui à un désir ardent de pureté et à une aspiration constante vers la connaissance réelle des valeurs éternelles et absolues. En dépit de son intelligence brillante, son esprit n'est pas fait pour l'étude méthodique : il abandonne la Faculté sans même se présenter aux examens, et au printemps 1847, il s'installe à  Iasnaïa Poliana, tentant d'améliorer le sort de ses paysans, tout en se passionnant pour les problèmes liés à l'exploitation d'un domaine agricole. Ses espérances et ses déceptions, nous les retrouvons textuellement dans les confessions du jeune Niekhlioudov de  "La Matinée d'un propriétaire foncier",  récit qu'il écrira en 1852.

En 1848, Tolstoï essaie de reprendre ses études, cette fois à l'université de St.-Pétersbourg. Il passe deux examens qui le menaient normalement à la licence en droit, mais il s'en lasse, abandonne tout, et s'en retourne vivre à Iasnaïa Poliana, d'où il fait de fréquentes incursions à Moscou. La passion du jeu, héritée de son père, se combine à l'attraction des salons mondains et d'une vie de plaisirs. La chasse prend une  part de son temps, mais il ne délaisse point pour autant la lecture et s'adonne frénétiquement à la musique. En  1851 il éprouve de grosses difficultés d'argent liées à ce genre de vie et à de nouvelles pertes au jeu. La  venue en permission de son frère Nicolas, officier servant au Caucase et qui l'invite avec insistance à l'y suivre, est déterminante, et un soir Léon quitte précipitamment Moscou, exactement comme le fait 0lénine, le futur héros des  "Cosaques".  C'est à ce livre (qui ne sera écrit que plus tard et publié en 1863) qu'il convient de reporter si l'on veut avoir une idée de la vie et des sentiments de son auteur, aussi bien pendant les mois de complet isolement dans la chaumière du vieux cosaque Iépichka, qu'après  son admission dans l'armée en qualité d'aspirant. L'expérience ainsi acquise aura une énorme importance, mais ce qui compte surtout, pour l'instant, c'est la rédaction pendant les heures de loisir de sa première oeuvre linéraire publiée, la trilogie "Enfance, Adolescence, Jeunesse", qu'il envoie, tout frémissant d'espoir, à Niékrassov, et dont celui-ci fera paraître la première partie dans "Le Contemporain" en 1852.

Premières armes, premiers succès...

"Enfance"  avait paru sans nom d'auteur. Seules les initiales "L.N."  tenaient lieu de signature et s'offraient à la curiosité des lecteurs. Le succès fut, néanmoins, immédiat et général. Dostoïevski, encore en Sibérie, à Siémipalatinsk, écrit, inquiet pour sa gloire, à tous ses amis: <<Mais qui donc est cet <<L. N.? ! >> Les critiques tout comme le grand public, sont séduits par la nouveauté, la simplicité du ton, la vérité de l'analyse psychologique et la justesse des descriptions. Tolstoï, toujours au Caucase, participe à quelques combats, prends des notes, se plonge tout entier dans cette vie nouvelle. Le contact avec une nature sauvage, encore vierge par endroits, avec des hommes primitifs, en qui il croit découvrir le "bon sauvage" de Rousseau, lui  ouvre de nouveaux horizons. Mais voici que commence la guerre de Crimée. Promu officier, il prend part à plusieurs opérations de l'Armée du Danube et arrive, en novembre 1854, à Sébastopol, en plein siège, où il tient courageusement sa place pendant toute la défense héroïque de la ville. C'est là, en pleine bataille, qu'il compose son récit : "Abattage de bois" et le premier de ses trois célèbres  "Croquis de Sébastopol" : "Sébastopol au mois décembre 1854".  Ce récit, envoyé au Contemporain, est publié aussitôt.

Toute la Russie cultivée se passionne pour ce nouveau talent. La gloire littéraire et également une brillante carrière militaire semblent s'ouvrir devant lui. Après l'ultime assaut du 27 août, on l'envoie porter les dépêches à St.-Pétersbourg. C'est là qu'il écrit  ses deux Croquis suivants : " Sébastopol au mois de mai 1855"  et "Sébastopol au mois d'août 1855".  C'est là aussi qu'il va pénétrer de plain-pied dans le monde des lettres : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/78/Russian_writers_by_Levitsky_1856.jpg/220px-Russian_writers_by_Levitsky_1856.jpgTourgueniev l'introduit dans le cénacle du Contemporain.

 

Écrivains publiés par Le Contemporain, on reconnaît Tolstoï au fond (1856) et Tourguéniev assis


Bien que fêté, choyé, adulé, il n'y reste pas longtemps. Une photographie souvent reproduite, prise en 1856 le montre debout, les bras croisés, au milieu du groupe. Le contraste saute aux yeux : son visage dur et concentré, son expression énergique et têtue  - plus encore que son uniforme d'officier artilleur - le distinguent nettement de ses confrères de plume. Deux voyages en Occident, le premier en 1857, le second en 1860 et 61, l'amènent successivement en Allemagne, en Suisse, en France, en Angleterre, en Belgique, en Italie... Les impressions sont négatives, on en trouve un reflet dans le récit "Lucerne", daté du 8 juillet 1857. L'agonie et la mort  de son frère préféré  Nicolas, qui, atteint de phtisie galopante, s'éteint, soigné par lui, en 1861 à Hyères, le bouleversent et le marquent pour longtemps. Revenu en Russie, tout de suite après la promulgation du Manifeste du tsar Alexandre II qui abolissait le servage, il se donne à corps perdu à sa tâche de  "Médiateur de paix", fonction nouvelle instituée par la Réforme et destinée à arbitrer les conflits au moment du partage et de la cession des terres aux paysans. Il se consacre, d'autre part, à l'édification d'un nouveau système scolaire qu'il prône et qu'il expérimente à Iasnaïa Poliana et dans tout le district de Krapivna. L'idée maîtresse en est qu'il convient de renoncer à toute contrainte et même à tout programme précis d'enseignement, l'essentiel étant d'éveiller et de maintenir l'intérêt des enfants, à qui il fait entièrement confiance. Pour propager ces nouvelles méthodes pédagogiques, i1 fonde en 1862 une revue : Iasnaïa Poliana, dont il est le principal pour ne pas  dire le seul rédacteur, compose de nombreux livres de lecture et des manuels pour les enfants.
Ces diverses activités ne l'ont pas empêché, sur le plan littéraire, d'écrire plusieurs récits, des nouvelles
et un roman : "Bonheur conjugal". Certaines de ces oeuvres comptent au nombre de ses meilleures créations.
Citons : Tourmente de neige (1856), Journal d'un marqueur (1856), Deux hussards (1856), Trois morts (1859), Polikouchka (1860) et l'histoire d'un cheval, Kholstomière (1861).

À la fin de sa vie, Tolstoï part en vagabond, attrape froid et meurt  le 7 novembre 1910, d'une  pneumonie dans la solitude, à la gare d'Astapovo, loin de sa propriété de Iasnaïa Poliana et de sa famille, y compris de sa femme Sophie qu'il refusera de voir. Pourtant ils s'autorisaient chacun à lire le journal intime de l'autre et ont eu treize enfants ensemble (cinq meurent en bas âge), mais Sophie était aussi celle qui dirigeait le domaine, donc assez autoritaire.

http://archives.tsr.ch/dossier-tolstoi 

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27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 16:20

I) CRIME ET CHATIMENT :

Parti de I'idée de décrire les bas-fonds de St .Pétersbourg et les méfaits de la boisson (le livre, axé sur les Marméladov, devait s'appeler ((Les Poivrots)). Dostoievski s'attache au personnage de Raskolnikov, qui devient la figure centrale. Cet étudiant réduit à la misère est victime des théories néfastes venues d'occident. Sa grande "idée" est que certains individus ont le droit, pour le bien de tous, d'être affranchis des notions vulgaires du bien et du mal. Pour la mettre en pratique, iI se décide à supprimer une vieille usurière qu'iI considère comme "un pou inutile". L'argent ainsi obtenu doit lui permettre de  venir au secours de sa famille en détresse et des indigents, tels que Marméladov et sa famille, qu'iI vient de connaître. L'assassinat  tourne au désastre : iI est obligé de tuer également la soeur de I'usurière, survenue inopinément, et ne retire aucun avantage matériel de son acte.

http://image.evene.fr/img/livres/g/2070392538.jpgLa majeure partie du roman nous donne I'analyse de la lutte qui se déroule dans la conscience du meurtrier, pris entre le désir de se dénoncer et la crainte de le faire. Tous les personnages qui I'entourent : la prostituée au grand coeur Sonia, son ami Razoumlkhine, sa mère, sa soeur Dounia, le juge d'instruction Porphyri Piétrovitch, I'ouvrier peintre Nicolai qui avoue être I'auteur  du crime par désir de sacrifice, le sensuel et dévoyé Svidrlgailov, le vil et perfide Loujine, etc., ont des rôles bien déterminés et complémentaires, dans ce faisceau d'épisodes convergents qui poussent notre héros à I'aveu et à un possible salut, qu'il entrevoit au bagne, après le rachat de sa faute, grâceà Sonia qu'iI aime et qui I'a suivi.



Extraits :


Raskolnikov, après une première conversation avec le Juge d'instruction et après avoir été accusé d'être l'assassin par un artisan dans la rue, revient chez lui et se replonge dans ses pensées. Le trouble qu'il ressent le ramène à l'idée du (Surhomme)  :


<Non, non, ces gens-là sont faits autrement ! Un véritable Potentat, celui à qui tout est permis, celui-là saccage Toulon, organise un massacre à Paris, oublie son armée en Égypte, perd un demi-million d'hommes au cours de sa marche sur Moscou et s'en tire au moyen d'un calembour à Vilna, et c'est à lui, une fois mort, que l'on dresse des statues en guise d'idoles, et c'est à lui, par conséquent, que tout est permis. Non, non, le corps de tels hommes n'est point fait de chair, mais de bronze ! "
 Soudain, une idée toute différente faillit le faire sourire :
"Napoléon, les Pyramides, Waterloo, - et une chétive, une sordide veuve de petit fonctionnaire, une misérable vieille, une usurière, qui serre une cassette rouge sous son lit... Voyons, comment digérer un pareil rapport, même pour un Porphyri Piétrovitch ! Allons donc, jamais ils ne le digéreront !.. Leur sens esthétique les en empêcherai t: voyons - se diraient-ils- voyons, est-ce qu'un Napoléon irait fouiller sous le lit d'une petite vieille ? Pouah ! Quelle abjection ! "

 Par moment, il avait l'impression qu'il était proche du délire : il se sentait envahi par un sentiment de fiévreuse exaltation. <<La petite vieille, ce n'est rien ! - se disait-il, plein de rage et d'emportement - la vieille, admettons que ce fut une erreur, mais il ne s'agit point d'elle ! La vieille ce n'était rien d'autre qu'une maladie... je voulais sauter le pas au plus vite... ce n'est point un être humain que j'ai tué, c'est un principe que j'ai tué ! Oui, oui, le principe, je l'ai tué, mais le pas, je ne l'ai pas  franchi... je suis resté en deçà... Tout ce que j'ai su faire, c'est tuer. Et même ça, je n'ai pas su le faire comme il faut, à ce qu'il paraît... Le principe ? Pourquoi, au fond, ce nigaud de Razoumikhine médisait-il des socialistes, tantôt ? ce sont des gens laborieux, de bons marchands :  ils s'occupent du "bien-être général... Non, non, la vie, ça ne s'accorde
qu' une seule fois, et je n'en connaîtrai jamais d'autre :  je ne veux pas attendre le "bonheur général"... Je veux vivre moi-même, ou bien, alors, j'aime autant ne pas vivre du tout ! Et puis, quoi, après tout ? J'ai  uniquement refusé de passer mon chemin, devant  ma mère affamée, en serrant mon rouble dans ma poche, dans l'attente du "bien-être général". - Voyez, bonnes gens -aurais-je pu dire- je porte ma petite pierre, pour l' édifice du bien-être général, et de ce fait mon coeur est en paix... Bah ! Pourquoi aussi
m' avez-vous laisse aller ? Je ne vis  qu'une seule fois, après tout, je  veux, moi aussi... Eh ! c'est que je ne suis qu'un pou, un pou esthétique, et rien d'autre, ajouta-t-il, avec un rire de dément.

Crime et Châtiment, IIIe Partie, ch. 6, trad. G. SIGAL.


II)  Les Possédés :


Dans la Russie des années 1860, toute la société d'une ville de province est ébranlée par Ie nihiIisme révolutionnaire.

"Les Possédés" furent publiés pour la prernière fois, en 1871 dans le "Messager russe", sous le titre "Les Démons". Avec la révolution de 1917, ils furent interdits pour de nornbreuses années, car jugés réactionnaires par la censure communiste.

La destinée tragique d'un nihiliste

"Stavroguine est tout", disait Dostoïevski. Et, en effet, les salons de la bourgade russe où sa mère aime à http://www.decitre.fr/gi/54/9782253018254FS.gifbriller n'attendent pas le retour de ce fils qu'entoure le mystère pour s'émouvoir des bruits qui courent à son propos. On s'interroge sur son goût de la provocation et de l'absurde, on s'inquiète de son appartenance à un groupe révolutionnaire qui projette d' assassiner le tsar. Drapé dans son orgueil silencieux, mais aussi dans sa grande beauté, revendiquant le choix de l'athéisme, il fascine toute la ville. Le malheur s'abat cependant sur celles qui l'aiment : c'est Dacha qui trompe son mari, Chatov, pour Stavroguine qui l'abandonne enceinte ; c'est Maria Timofeevna, à qui son union dérisoire avec lui n'apporte que la folie.

Sa présence et son aura donnent corps au mouvement nihiliste qui naît dans cette ville. Mais l'intransigeance des révolutionnaires qui l'entourent les mène au meurtre, et leur athéisme au suicide.Chatov est assassiné pour s'être désolidarisé du mouvement, alors que Kirilov met fin à ses jours pour manifester son insoumission à Dieu et sa "terrible liberté nouvelle".

Le duel de I'athéisme et de la sainteté

Passif et silencieux, Stavroguine est cependant au centre de ce crescendo dramatique qui se clôt sur son suicide. On a souvent écrit que Dostoïevski était un précurseur du roman policier ; il ménage mystères et révélations jusqu'à l'embrasement final qui semble inévitable. Mais "Les Possédés" sont aussi une tragédie métaphysique. A l'alternative d'une liberté infinie dans le chaos ou de la soumission à I'ordre divin, Stavroguine répond par le choix de la première solution. II se perd dans la jouissance de tous les possibles : viol, mariage avec une infirme démente, meurtre et suicide. Mais la liberté se détruit dans l'infini des possibilités. Foyer de mal, "possédé" par l'athéisme, il est voué au néant. Pamphlet contre la dégradation morale de la Russie que ce héros incarne, le roman ne perd pas pour autant de vue les tourments de l'âme que Dostoïevski cherche à comprendre.

Extraits :

Pour la trame du récit, Dostoïevski s' est inspiré de l' affaire Netchaev : le 21 novembre 1869, un  jeune étudiant est en effet assassiné, sur décision de Netchaev, pour s' être désolidarisé de la société secrète "Vengeance populaire".

Portrait de Stavroguine

C' était un très beau jeune homme de vingt-cinq ans et, je l'avoue, il me fit une forte impression. Je m' attendais à voir un loqueteux sale, épuisé par la débauche et sentant la vodka. Au contraire, c'était le plus élégant gentleman que j' eusse jamais eu l' occasion de voir, extrêmement bien mis, aux manières que seul peut avoir un monsieur habitué à la distinction la plus raffinée. Je ne fus pas le seul à m' étonner : l'étonnement fut général dans la ville, qui connaissait naturellement déjà toute la biographie de M. Stavroguine, cela dans de tels détails qu'il est impossible d'imaginer d'où l'on pouvait les tenir, le plus surprenant en étant que la moitié de ces détails devait se révéler juste. Toutes nos dames étaient folles du nouveau venu. Elles se divisèrent en deux camps nettement tranchés : dans l' un on l'adorait, dans l'autre on lui vouait une haine mortelle ; mais quant à en être folles, elles
l' étaient les unes comme les autres. Ce qui séduisait particulièrement les unes, c'était que son âme recélait peut-être quelque secret fatal  ; ce qui plaisait positivement à d' autres, c' était de le savoir un assassin.

                                 ***

Kirilov légitime son suicide

- Enfin tu as compris ! s' écria Kirilov avec enthousiasme. C' est donc qu'on peut comprendre si même quelqu'un comme toi as compris ! Tu comprends maintenant que le seul salut pour tous est de prouver cette idée à tout le monde. Qui la prouvera ? Moi ! Je ne comprends pas comment jusqu' à présent un athée pouvait savoir que Dieu n' existe pas et ne pas se tuer aussitôt. Reconnaître que Dieu n' existe pas et ne pas reconnaître du même coup qu'on est soi-même devenu dieu est une absurdité, autrement on se tuerait inévitablement.Si tu le reconnais, tu es un roi et tu ne te tueras plus mais tu vivras dans la principale gloire. Mais seul celui qui est le premier doit absolument se tuer, sinon qui commencerait et qui prouverait ? C' est moi qui me tuerai absolument pour commencer et pour prouver. Je ne suis encore dieu que malgré moi et je suis malheureux car j' ai le DEVOIR d' affirmer ma propre volonté. Tous sont malheureux parce que tous ont peur d' affirmer leur volonté.

                                 ***

Lettre-testament de Stavroguine

<<(...) Je puis encore comme je l'ai toujours pu vouloir faire le bien et j' en éprouve du plaisir ..à cðté de cela je veux aussi le mal et j' en éprouve aussi du plaisir. Mais l' un et l' autre sentiment, comme par le passé, sont toujours trop superficiels et ne sont jamais forts. Mes désirs sont trop faibles .. ils ne peuvent me guider. Sur une poutre on peut traverser une rivière, on ne le peut sur un copeau. Cela pour que vous ne pensiez pas que je vais à Uri avec des espoirs quelconques.
<<Comme par le passé, je n'accuse personne. J' ai essayé une grande débauche et j'y ai épuisé mes forces : mais je n' aime pas la débauche et je n' en voulais pas. (...) >>

Le Livre de Poche, 1972


Notes :


"J'ai rencontré cette oeuvre à vingt ans et l'ébranlement que j'ai reçu dure encore, après vingt autres années. Je mets "Les Possédés"  à côté de trois ou quatre grandes oeuvres, telles "L'Odyssée", "La Guerre et la Paix", "Don Quichotte" et  le théâtre de Shakespeare." 

Albert Camus

"On a souvent noté l'impression irréelle que nous font les héros de Dostoïevski (...).C'est que ses personnages
tendent déjà à devenir (...) des porteurs d'états parfois encore inexplorés que nous retrouvons en nous mêmes".

- Nathalie Sarraute, L' Ère du soupçon, GalIimard, 1956

Les Démons peuvent être exploités, on le voit, dans bien des directions : ils ont un sens politique, le plus apparent ; on peut leur trouver une vaIeur prophétique ; ils reflètent des réalités sociaIes et moraIes du moment ; ils expriment les inquiétudes religieuses de leur auteur ; ils se prêtent aux interprétations philosophiques les plus hardies. Ajoutons qu'ils recèlent une puissance dramatique si évidente qu'on a pu, déjà avant la révolution, les mettre en scène au Théâtre des Arts. C'est un oeuvre difficile, parce qu' elle est nourrie d'angoisse et bouillonne de vie, mais elle récompense l'effort d'attention qu' elle exige. .

 Pierre Pascal, introduction aux Démons, ]a Pléiade, GaIlimard, 1966

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27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 15:20


Rejeté à cause de ses origines, Arkadi, l'adolescent n'a plus qu'une idée : obtenir la puissance grâce à l'argent.

Du vivant de Dostoïevski,  "L' Adolescent"  a tout d' abord été publié dans la revue mensuelle - Les Annales patriotiques -, de janvier à septembre 1875  puis sous forme de volume l' année suivante.  Il est donc compris entre  "Les Démons"  (ou  Les Possédés, 1870) et  " Les Frères Karamazov"  (1879).

La puissance par I'argent

Arkadi Dolgorouki a deux pères : un père légal, Makar Dolgorouki, un ancien moujik qui vit en nomade, allant dispenser la Parole de maison en maison ; l'autre père, Andrei Petrovitch Versilov, est un ancien seigneur, qui passe une partie de sa vie en Occident et qui dilapide les héritages qu'il touche. La mère, une jeune serve - 
(qui appartient au(x) serf(s), qui est relatif au servage. Condition, terre serve. Qui n'est pas libre, n'a pas d'indépendance) -  a été mariée trè jeune à Makar, mais c'est avec Versilov, son propriétaire, qu'elle a eu Arkadi. Envoyé dans un collège de l'aristocratie, le jeune homme est humilié, maltraité, marginalisé à cause de ses origines. Il ne se révolte pas mais rêve de puissance et de richesse, persuadé, par ce qu'il voit autour de lui, http://ecx.images-amazon.com/images/I/41AWTSMG3YL._SL500_AA240_.jpgque <<l'argent est l'unique force capable de conduire une nullité au premier rang >>.

Pour atteindre son idée fixe, il commence par économiser, mais, impulsif et généreux, il dépense toutes ses économies. Écrasé par les dettes, mêlé à de sordides affaires de chantage, il se replie sur lui même, mais ne parvient pas à se satisfaire d'un bonheur qui serait égoïste. Il trouve enfin un début de réponse dans la sagesse de son père adoptif, Makar, le pèlerin, qui lui fait découvrir un nouveau christianisme, émanant du peuple.

Du nihilisme au christianisme

"L' Adolescent" est certes le portrait d'un jeune homme, un de ces êtres que Dostoïevski appelait nos <<enfants du temps présent>>. Comme dans "L'ldiot", comme dans "Les Démons", cet <<homme encore inachevé >> est un errant. Instable, incapable de s'accrocher à la moindre certitude, il vit dans des lieux de passage : escaliers, antichambres, auberges ou rues. Autour de lui, avec lui, ses camarades sont des voyous ou des exaltés, des suicidaires ou des meurtriers en puissance, des rêveurs, rusés, avides de la vie, touchants par leur faiblesse. Et leur milieu est celui du désordre (terme que Dostoïevski avait d'abord choisi comme titre) et de la décomposition : désordre de la famille,  décomposition de la société russe, avec son aristocratie décadente et cynique (Versilov), et la famille soi-disant idéale de Tolsoï (Makar), qui appartient à une époque révolue, loin de la Russie vivante.

Extraits :

Le roman est écrit à la première personne, comme s' il était écrit par Arkadi, comme s' il s' agissait, selon les propres mots de Dostoïevski, de <<la confession d' un grand pécheur >>.

Arkadi parle de son idée fixe

Mon idée, c' est d' être Rothschild. J'invite le lecteur au calme et au sérieux.

Je le répète : mon idée, c' est d' être Rothschild, d' être aussi riche que Rothschild,  pas simplement riche, mais précisément comme Rothschild. Dans quelle intention, pour quelle raison, quels buts je poursuis, c' est de quoi il sera question plus tard. Pour le moment, je prouverai seulement que l'obtention de mon but est mathématiquement garantie.

La chose est infiniment simple, tout le secret consiste en deux mots : opiniâtreté et continuité.

- Nous connaissons cela, me dira-t-on, ce n' est pas nouveau. En Allemagne, chaque <<Vater >> le répète à ses enfants. Et pourtant votre Rothschild (feu James Rothschild, de Paris, dont je parle) a toujours été unique, tandis qu'il y a des millions de <<Vater>>.

Je répondrai :

- Vous assurez que vous le connaissez déjà, or vous ne connaissez rien du tout. II est un point pourtant sur lequel vous avez raison : si j' ai dit que  c' est une chose infiniment simple, j' ai oublié d' ajouter que c' est aussi la plus difficile. Toutes les religions et toutes les morales du monde se ramènent à ceci  ; <<ll faut aimer la vertu et fuir le vice. >> Quoi, semble-t-il, de plus simple ? Eh bien ! faites donc quelque chose de vertueux, fuyez un seul de vos vices, essayez un peu ! Tout est là.

                       ***

L'<<adolescent>> arrive à la fin de sa confession

J' ai terminé. Certains lecteurs voudraient peut-être en savoir plus long : qu' est-il advenu de mon <<idée >>, qu' est-ce que cette nouvelle vie qui a commencé pour moi et dont je parle si mystérieusement ? Mais cette nouvelle vie, cette voie nouvelle qui s' ouvre devant moi c' est justement mon  <<idée >>, la même qu' autrefois, mais sous une forme toute différente, au point qu' on ne la reconnaît plus. Tout cela ne peut pas entrer dans ces mémoires, parce que c' est une tout autre chose. L' ancienne vie est finie, et la nouvelle ne fait que commencer.  J' ajouterai cependant     l' indispensable. Tatiana Pavlovna, mon amie sincère et aimée, me presse à peu près chaque jour d' entrer absolument et au plus tôt à l' Université : "Ensuite, quand tu auras terminé tes études, tu verras ce que tu as à faire. Pour le moment, termine tes études." J' avoue que cette proposition me donne à réfléchir, mai j' ignore totalement la décision que je prendrai.

Notes :

"Entre " Les Démons"  et  "Les Frères Karamazov", " L' Adolescent"  semble secondaire, et la plupart des commentateurs l'ont dédaigné. Il est cependant l'un des cinq grands romans de Dostoïevski et, pour être moins tragique que les autres, il n'est pas moins riche de substance. Il  a cette originalité de traiter un sujet difficile, alors négligé : la psychologie de cet âge trouble où de l' enfant émerge l' homme. Il abonde en motifs d' intérêt. Enfin il est, si l' on excepte le second "Journal d'un Écrivain",  l'avant-dernier ouvrage de l'auteur, et de ce fait il a droit à une considération particulière."

. Pierre Pascal, introduction à L' Adolescent, Gallimard, 1956

<<Quels sont les moyens - désignés comme bas - pour parvenir à la puissance ? L'argent, a répondu Raskolnikov ; l'argent, crie-t-on à chaque page de L'ldiot ; et si, dans Les Démons, l'auteur, saisi par le drame netchaeviste, s'est éloigné de ce sujet, l'adolescent retourne au dieu Moloch. L'argent est l'unique force capable de conduire une nullité au premier rang. Mais si Arkadi Dolgorouki disposait de la puissance que confère l'argent, que voudrait-il en faire ? Si seulement  j' avais la puissance, je n'en aurais plus besoin, répond l'adolescent>>.

. Dominique Arban, Dostoïevski, Le Seuil, 1967

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26 décembre 2009 6 26 /12 /décembre /2009 13:20


Bien que ne représentant, en fait, que le tout premier volet d'une vaste fresque que la mort l'a empêché de réaliser, cette dernière oeuvre de Dostoievski  peut soutenir la comparaison avec ses romans les plus achevés,  tels "Crime et châtiment"  et "L' Idiot",  ou les plus puissants,  tels "Les Possédés".

Il est possible, évidemment, de ne voir dans cette "étude en rouge" que les enchevêtrements d'une intrigue policière bien construite, ou la chronique colorée d'une famille de névropathes, ou bien encore l'analyse psychologique fouillée de caractères hors du commun. Mais le sens profond du message qui est enfermé dans ce livre va bien au-delà. Plus loin que le thème initial de l'auteur : celui de l' enfance, pourtant si parfaitement rendu dans tous les chapitres où il apparaît, éclatant dans l' épilogue ou dans le célèbre rêve de Mitia, que l'angoisse étreint à cause du "petit enfant qui pleure"... Plus loin que l' admirable cheminement par lequel Dostoievski conduit la pensée de ses lecteurs, à travers l'affliction, l'humilité, l'effroi et la reconnaissance du péché, vers un combat avec l'orgueil et une victoire finale, dans la lumière retrouvée... Le  point culminant du roman - ses contemporains le devinaient, pour nous, hélas, c'est une certitude - se situe dans le Livre cinquième "Pro et contra", avec sa "Légende du Grand Inquisiteur". En ce dernier quart du XX ème siècle, qui oserait se montrer indifférent à cet avertissement d'outre-tombe ?...

http://medias.fluctuat.net/livres/26/2581-medium.jpg
Dans le cadre d'une petite ville russe, une violente inimitié oppose un père et ses fils et poussera l'un d'eux au crime.

Pour la trame de son roman, Dostoïevski se sert d' un drame vécu par un "criminel" qu' il a personnellement connu :  Illinski , noble officier endetté et menant une vie dissolue, fut condamné pour parricide ; il fut réhabilité après que le véritable assassin (son frère) se fut livré à la justice.

Le parricide : trois frères unis par la haine

La famille Karamazov est composée du vieux Fédor, de Mitia, Ivan et Aliocha, ses fils légitimes, et de Smerdiakov, son fils illégitime dégénéré qui est leur serviteur. Aliocha, élevé dans une atmosphère religieuse par le vieux moine Zosime, est le seul qui semble être exempt des tares paternelles (cruauté, folie sexuelle...). Seule la haine pour leur père établit un certain lien entre les trois frères : le vieux Fédor est pour Mitia un rival en amour, pour Ivan un être méprisable, pour Smerdiakov un patron sévère, et pour tous les trois, il représente avant tout celui qui possède l'argent qui leur fait défaut. Le parricide se dessine dans la conscience d' Ivan qui, percé à jour par Smerdiakov, va pousser celui-ci à l'action. Smerdiakov assassine son père et se tue peu après. Cependant, c'est Mitia qui sera accusé et condamné aux travaux forcés. Aliocha, spectateur des drames successifs, ne réussit pas à aider ses frères et se consacre par la suite aux bonnes oeuvres.

 L'âme de Dostoïevski, un écrivain tourmenté

 "Les Frères Karamazov" sont le dernier roman de Dostoïevski, publié en 1879 -  1880 (dans Le Message russe sous la forme de douze livres et un épilogue). Ce livre, souvent cité comme la plus grande oeuvre de Dostoïevski, révèle les deux forces qui dominent dans l'âme de l'écrivain : d'une part, la foi en la bonté cachée de la nature humaine qui se révèle sous la forme chrétienne de la solidarité ; d'autre part, la constatation d'une misère humaine qui tend continuellement à pousser l' homme vers l'abîme. Dans cette mise en scène de l 'interpénétration du bien et du mal, on peut reconnaître, comme dans "Crime et Châtiment", un des ressorts essentiels de la philosophie et de l'art de Dostoïevski  l'écrivain avait initialement prévu de faire une chronique de la famille Karamazov en plusieurs volumes ; cette chronique est restée incomplète puisque Dostoïevski meurt en 1881. Le développement ultérieur des "Frères Karamazov", qui auraient  dû comporter le récit de la vie d' Aliocha retiré dans un monastère, avait pour but de prouver le triomphe de l'état mystique, marqué du signe de la fraternité, sur la logique inhumaine d' Ivan.

Trois thèmes essentiels se dégageaient déjà de l' affaire Ilintski et se retrouvent dans "Les Frères Karamazov"  : le parricide, l' erreur judiciaire et les aveux spontanés du véritable assassin.

Extraits :

Aliocha fait preuve d'un caractère bien différent de celui de ses frères

A mon avis, cet adolescent n'était nullement un fanatique, ni même un mystique. Je dirai tout de suite le fond de ma pensée : c' était simplement un précoce ami des hommes, et s' il s' éprit de la voie monastique, c'est parce qu' elle seule, à ce moment là, l' impressionna profondément et représenta, pour son âme qui aspirait à s' arracher aux ténèbres de la haine qui règne dans le siècle, l' issue idéale vers la lumière de l'amour. (...)

                   ***

Dès son enfance, Smerdiakov se montre cruel envers les animaux et les hommes

Enfant, il aimait pendre les chats et les enterrer ensuite en grande pompe. Pour cela, il s' affublait d' un drap en guise de chasuble, entonnait un chant et, armé d'un objet quelconque, faisait mine d' encenser le cadavre. Tout cela en cachette et dans le plus grand mystère. Grigori le surprit un jour dans cet  exercice et lui administra une volée de bois vert. L' autre se blottit dans un coin et de là, une semaine durant, il lança des regards torves. << Il ne nous aime pas, le monstre, disait Grigori à sa femme ..d' ailleurs, il n' aime personne. (...) >>

                   ***

L'idée du meurtre commence à germer dans l'esprit d '!van

Il lui était souvent arrivé de connaître l' angoisse et il n'y aurait rien eu d'étrange à ce qu' elle l'envahît à un moment où, après avoir rompu avec tout ce qui l' avait attiré ici, il s' apprêtait à prendre un tournant abrupt dès le lendemain, à s' engager dans une voie nouvelle et inconnue, toujours aussi solitaire, plein d' espoirs vagues, attendant  trop, beaucoup trop de la vie, mais ne sachant préciser ni ces espoirs, ni ces désirs. Mais, en cet instant, bien qu'il ressentît  en effet quelque angoisse devant l' inconnu, la cause de son tourment était ailleurs.  << N'est-elle pas dans  mon dégoût pour la maison de mon père ? pensa-il. Oui, c' est sans doute cela, tant elle me répugne ; bien que je franchisse aujourd' hui pour la dernière fois ce seuil infâme, le dégoût n'en demeure pas moins...>>

Mitia, accusé du meurtre de son père, essaie de se défendre

  <<(...) Messieurs,vous m' avez souillé l 'âme ! Croyez-vous sincèrement que si j' avais tué mon père, j' aurais été vous le cacher, que j' aurais été louvoyer, mentir, me dissimuler ? Non, Dmitri Karamazov n' est pas ainsi : il ne l' aurait pas supporté ! Si j' étais coupable,je n' aurais pas attendu, je vous le jure, votre arrivée ici,  ni le lever du soleil, comme j' en avais l' intention : je me serais tué avant, sans attendre le point du jour ! Je le sens bien maintenant au fond de moi-même... Vrai, en vingt ans de ma vie, j' ai moins appris que durant cette seule nuit de malheur ! (...) >>

Traduit du russe par Kyra Sanine. Éditions Garnier Frères

Notes :

"Tous ses romans - ses tragédies - représentent l' expérience de la liberté humaine. L'homme commence à se révolter au nom de cette liberté, prêt à toutes les souffrances, prêt à toutes les folies, à condition de se sentir libre. Et il recherche en même temps la liberté extrême, finale... "

-Nicolas Berdiaeff, L' Esprit de Dostoïevski, collection Les Mondes étrangers, éditions Saint-Michel, 1929

"Tout ce qui est mort et négation dans les philosophies, Dostoïevski l'a surpassé ; mais telle est sa grandeur, qu' il monte d'un degré encore. Il porte à la rédemption l'accablement de nos fatalités... Dostoïevski, si je ne me trompe, et moi-même, à mon rang, nous sommes l' antidote de la tyrannie rationnelle, des phi!osophes, et de tout poison inhumain : Dostoïevski, le coeur le plus profond, la plus grande conscience du monde moderne."

 -André Suarès, Dostoïevski, Cahiers de la Quinzaine, 1912

"Dans Les Possédés ou  Les Frères Karamazov, il   (Gide) voyait débattre des problèmes métaphysiques, religieux et moraux qui constituaient son propre gibier et il assistait à l' exploration d'abîmes psychologiques où lui même s'était enfoncé avec plus de prudence. Les conceptions romanesques de Dostoïevski "l'autorisaient" à briser le cadre étroit du récit (...) pour tenter d' élargir le champ visuel et présenter non plus un, mais plusieurs foyers". "

Introduction du volume de La Pléiade sur André Gide, NRF, Gallimard, 1980


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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 10:40


Le prince Muichkine, un idiot guéri, est un homme fondamentalement bon. Désespéré par la société, il retombe dans la démence.

Dostoïevski s' adonna à plusieurs genres littéraires : journal, feuilleton, articles, récits, nouvelles et romans. Certains le qualifient de romancier philosophe. Il s' interroge sur les grandes questions de l' humanité : le destin du monde, la mort, l'amour, la haine, l' existence de Dieu, la psychologie humaine.

Une révélation

En août 1867, Dostoïevski visite le musée de Bâle, en se rendant à Genève. Il y découvre Le Christ mort d' Holbein, qui le stupéfie.. C'est là qu'il commence à écrire ce qui deviendra  "L' Idiot". "Je tiens un roman, et si Dieu m'assiste, il en sortira une oeuvre importante." L'idée principale est de représenter un homme positivement beau. Il n'y a rien de plus difficile au monde... Il n'y a au monde qu'une figure positivement belle : le Christ.

http://image.evene.fr/img/livres/g/2070389634.jpgUn homme positivement beau

Le prince Muichkine revient de Suisse, où il a été guéri d'un état d'hébétude proche de l'idiotie. Dans le train,  il rencontre Rogojine, fils d'un riche marchand, épris de Nastasia Filipovna, jeune femme à la réputation douteuse. A Pétersbourg, il se rend chez de lointains parents, les Epantchine, et il entend à nouveau parler de Nastasia Filipovna. Muichkine commence à s'intéresser à cette femme et la rencontre chez Gania, le secrétaire du général Epantchine. Gania doit épouser Nastasia Filipovna, fortement dotée par Rogojine. La guérison du prince s'accompagne d'un désir profond de faire le bien. Cet altruisme pousse Muichkine à se déclarer prêt à épouser Nastasia Filipovna pour la défendre de Rogojine ivre, qui lui apporte une importante somme d'argent pour qu'elle consente à le suivre.

Mais Aglaé, une fille du général Epantchine, déclare sa flamme au prince, qui n'y est pas insensible. Il aime le genre humain avant d' aimer une femme. Le personnage de Nastasia Filipovna fait naître une grande amitié entre Rogojine et le prince. Chez Rogojine, cette amitié s'accompagne de jalousie, puisqu'il envisage même de tuer son ami. La tension croissante du roman aboutit à la démence du prince et à l'assassinat de Nastasia Filipovna par Rogojine.

Extraits :

Durant quelques instants, ils restèrent ainsi l'un en face de l' autre, face contre face. Gania continuait à tenir le bras.
Varia chercha à s' arracher une fois. deux fois, de toute sa force, mais n'y tint plus et soudain, hors d'elle, cracha au visage de son frère.
- Eh,  voilà une fille  cria Nastasia Filipovna. Bravo. Ptitsyne, je vous félicite !
Gania vit trouble. Perdant tout contrôle de ses actes, il leva le bras, de toute sa force, contre sa soeur. Le coup l'aurait frappée sûrement au visage. Mais soudain un autre bras arrêta au vol le bras de Gania.
Entre lui et sa soeur était le prince.
- Suffit en voilà assez ! prononça-t-il avec autorité, mais tout tremblant aussi, comme après une secousse trop forte.
- Il faudra donc perpétuellement que tu me barres la route ! hurla Gania, abandonnant le bras de Varia, et de son bras libéré, au dernier degré de la rage, de tout son élan, il donna au prince un soufflet.

                ***

Ce tableau représentait le Christ à peine descendu de la croix. Les peintres, il me semble, ont coutume généralement de représenter le Christ, sur la croix ou descendu de la croix, toujours avec une nuance de beauté extraordinaire sur le visage (...). Au contraire, dans le tableau de Rogojine, il n'est pas question de beauté ; c' est au plein sens du mot le cadavre d'un homme qui a subi des souffrances infinies déjà avant la croix, plaies, tortures, coups de la part  des soldats, coups de la part du peuple, alors qu'il portait sa croix sur ses épaules et quand il était tombé sous son poids, et finalement le supplice de la croix durant six heures (du moins selon mon calcul). Vraiment, c' est le visage d' un homme tout juste descendu de la croix, c' est-à-dire gardant en soi beaucoup de vie, de chaleur ; rien n'est encore raidi, de sorte qu'à travers la face de la mort transparaît même la souffrance, comme s' il l' éprouvait encore maintenant.

                ***

Elle tomba sans connaissance dans ses bras. Il la releva, la porta dans la chambre, la déposa dans un fauteuil et resta debout devant elle dans une attente hébétée. Il y avait sur le guéridon un verre d' eau ; Rogojine (...) aspergea d' eau son visage ; (...) tout à coup elle regarda autour d' elle, tressaillit, poussa un cri et s' élança vers le prince. - Il est à moi, à moi !  s' écria-t-elle. Elle est partie, la fière demoiselle, ha-ha-ha (Elle riait d'un rire hystérique.) Ha-ha-ha !  Et moi qui le lui cédais, à cette demoiselle !  Mais pourquoi, pourquoi ? Folle, folle que j' étais  ! ...Va-t-en, Rogojine, ha-ha-ha !
Rogojine les regarda fixement, sans mot dire, prit son chapeau et sortit. Dix minutes plus tard, le prince était assis à côté de Nastasia Filipovna, la regardait sans s' en détacher une seconde et lui caressait la tête et le visage, des deux mains, comme un petit enfant. Il riait fort en répon
se à son rire, il était prêt à pleurer en réponse à ses larmes.


Notes :

Quelques dates :

Octobre 1821 : naissance de Dostoïevski.
Février 1868 : publication de la première partie de L'ldiot dans le Messager russe. La suite paraît au fur et à mesure de la rédaction, qui avance péniblement. "Des quatre parties du roman que j'écris, trois seulement sont terminées, et la quatrième, la plus importante, n'est pas commencée... et sa conclusion est ce qu'il  y a de principal dans mon roman : c'est presque pour le dénouement qu'a été écrit et conçu tout le roman." .

Dostoïevski

Fin de la parution en 1869 : "J'ai écrit les derniers chapitres jour et nuit dans l'angoisse, dans la plus affreuse inquiétude. Je suis mécontent de ce roman  ; il n'exprime pas le dixième de ce que j'ai voulu dire."

Dostoïevski

"La riche matière du roman englobe une multitude de thèmes, de personnages et de conflits : peinture d 'une société avide et corrompue par l'argent, force démoniaque qui brise les consciences ; heurt des passions : amour charnel du riche marchand Rogojine pour Nastasia, ambition d'Ivolgine, douloureuse fierté de Nastasia."

Jean Bonamour, Le Roman russe, PUF, 1975

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20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 12:46

1821  1881

Tout comme si le sort avait tenu à le marquer dès le départ du cachet de la douleur et de la maladie le futur "génie malade"  des lettres russes, qui fouillera de son scalpel d'analyste tant de véritables cas pathologiques, est né dans l'enceinte froide et morne d' un hôpital pour pauvres : l' hôpital-hospice Marie à Moscou, dont son père était le médecin. Un lourd atavisme va peser sur lui du fait de ce père. Hypocondriaque, avare, soupçonneux et coléreux en même temps, alcoolique, sensuel, cruel  et sentimental jusqu' aux larmes Miikhaïl Andriéïévitch Dostoïevski finira par être assassiné par ses domestiques et servira, très probablement de prototype au personnage du père libidineux dans  200px-Dostoevskij_1876.jpg"Les Frères Karamazov"..

Fiodor né le 30 Octobre 1821 à  Moscou. Lorsqu'il  va sur ses onze ans, en 1831 et 1832, l'ancien médecin militaire acquiert deux domaines dans la province de Toula et mène désormais l'existence d'un propriétaire foncier. Le futur écrivain, cependant, n'est guère marqué par la campagne, contrairement à la plupart des auteurs russes du XIX ème et garde toute sa vie l'empreinte de la vie urbaine - plus précisément, de l'atmosphère, si particulière, de Ste Pétersbourg. C'est à l'âge de dix-sept ans qu'il prend un réel contact avec cette ville, en qualité de cadet  à l'Ecole des Ingénieurs militaires, où il est admis après avoir suivi les cours d'un pensionnat tenu par le Français Souchard (le prototype de Touchard dans L'adolescent). Il a eu la douleur de perdre sa mère l'année d'avant, en 1837, et c'est un an plus tard qu'il apprend l'horrible mort de son père, survenue le 8 juin 1839. Cette affreuse nouvelle a pour effet de déclencher une première crise d'épilepsie - mal dont il subit désormais les atteintes tout au long de sa vie et qui a une énorme influence sur son oeuvre.

Bien que l'accent, à l'École d'lngénieurs, soit mis plutôt sur l'enseignement des mathématiques et des sciences exactes, le jeune cadet s'intéresse surtout à la littérature (fantastique et même gothique., de préférence) et écrit ses premiers essais de plume (drames historiques : Marie Stuart, Boris Godounov,. traductions : Eugénie Grandet, Don Carlos). En 1841, il est promu officier, mais continue à suivre des cours de perfectionnement à l'École et ne sera versé dans le corps des Ingénieurs militaires qu'en août 1843. Dès l'année suivante (octobre 1844), il abandonne le service (pour raison de famille) et se consacre entièrement à la littérature.
Le roman par lettres "Les Pauvres gens" est décisif pour sa gloire. Il l'achève en mai 1845 et, par l'entremise de Grigorovitch qu'il connaît, il transmet le manuscrit à Niékrassov. Celui-ci, ébloui, crie au génie et se précipite chez Bielinski, pour lui annoncer la découverte d'un "nouveau Gogol". Le chef de file de la critique à la mode se trouve séduit à son tour  - et c'est la scène célèbre, tant de fois décrite, au cours de laquelle notre jeune débutant, victime de mille complexes, se voit du jour au lendemain sacré grand écrivain. Les oeuvres suivantes, qu'il écrit de 1846 à 1849 : Le Double, Le Sieur Prokhartchine, La Logeuse, Polzounkov, Niétotchka Niézvanova, Un Coeur faible, L'Honnête voleur, Les Nuits blanches, http://image.evene.fr/img/livres/g/2253067075.jpgeurent beaucoup moins de succès, aussi bien auprès des critiques que chez les simples lecteurs. La catastrophe inattendue qui s'abattit sur lui à ce moment-là eut  -aussi paradoxal que cela puisse paraître - un effet finalement bénéfique : l'épreuve qu'il est amené à subir lui permettra de plonger aux racines mêmes de la vie et le transformera véritablement en grand écrivain.

Les faits sont bien connus : sans trop se rendre compte dans quoi il s'engage, se laissant entraîner par les enthousiasmes juvéniles et les idées à la mode, Dostoïevski se voit compromis dans un complot sans grande envergure, qui réunit quelques membres du cercle de Piétrachevski*. Le 23 avril 1849, il est arrêté et incarcéré à la forteresse Pierre et Paul. Après huit mois d'instruction, le 22 décembre, ce sera le simulacre de l'exécution capitale, interrompu par la lecture du décret de grâce : l'Empereur commue sa peine en quatre ans de travaux forcés, suivis de quatre ans de service dans l'armée, en qualité de simple soldat. Le 24 décembre, pendant la nuit de Noël, c'est le départ pour la Sibérie. A l'étape de Tobolsk, une rencontre providentielle : les épouses des décembristes **exilés, qui vivent là volontairement depuis un quart de siècle, lui remettent un Evangile, dont la lecture passionnée occupa tous ses loisirs à la prison d' Omsk, pendant quatre ans, et qui eut une énorme importance pour l'évolution de sa mentalité. Libéré le 2 mars 1854, il reste dans l'armée, à Siémipalatinsk, jusqu' en mars 1859 - mais sa position n'est nullement celle d'un simple soldat. Dès le début, il a le droit d'avoir  un logement hors de la caserne et se trouve dispensé de toutes les corvées ; il se lie bientôt avec les familles  des officiers, des fonctionnaires, du gouverneur ; le procureur, le baron Wrangel, devient son ami intime.

 

A partir d'octobre 1856, il retrouve son grade d'officier et s'adonne à la rédaction des deux premiers écrits  de sa nouvelle manière : " Le Rêve de l'oncle" et " Le Domaine de Stiépantchikovo et ses habitants", qui paraissent  en 1859. Un roman étrange et complexe, tout à fait dans le style des héros (dostoïevskiens), se noue entre lui et  une jeune femme maladive et exaltée, Marie Dmitrievna Issaïéva. L'époux de celle-ci, un petit fonctionnaire  dans la gêne, alcoolique invétéré, meurt pendant l'été 1855. La veuve, bien qu'éprise d'un autre (le jeune instituteur Virgounov), épouse Dostoïevski le 15 février 1857. En 1859, autorisé à quitter l'uniforme, à résider  où bon lui semble et à publier librement ses  écrits, l'ancien exilé revient en Europe et, après quelques mois passés à Tver, s'installe à St Pétersbourg. En 1860 paraît le début des "Souvenirs de la maison des morts". En 1861, il fonde, avec son frère Mikhaïl, la revue (Le Temps), dans laquelle seront publiés la suite de cette étonnante fresque du bagne et son nouveau roman,"Humiliés et offensés". En 1862, il accomplit son premier voyage en Occident, dont il tirera des conclusions fort désenchantées en 1863 :" Notes écrites en hiver des impressions d'été". Par suite d'un malentendu, un censeur ayant mal interprété un article qui condamnait  l'insurrection polonaise, la revue est suspendue en mai 1863. Elle reparaîtra sous le nom de (L'Epoque)  en mars 1864 et  on pourra y lire le début des "Mémoires écrits dans un sous-sol".

 

Deux deuils vont frapper l'écrivain au court de la même année : sa femme meurt le 15 avril et son frère Mikhaïl le 10 juillet. Il  éprouve d'énormes difficultés pour continuer à faire paraître sa revue et finit par y renoncer en 1865. Il a pris l'habitude de se rendre presque chaque année à l'étranger et une funeste passion le pousse à fréquenter les maisons de jeu. Il va en tirer " Le Joueur", mais auparavant se plonge dans son premier grand roman : "Crime et châtiment". Pris à la gorge par le contrat draconien qu'il a signé et qui l'oblige à fournir avant le  Ier décembre 1866, non seulement ce roman, qui est presque terminé, mais <<encore un autre, jamais publié nulle part>>, il se résout, en octobre 1866, à recourir aux services d'une sténographe, à qui il va dicter "Roulettenbourg", c'est-à-dire "Le Joueur".

*
Le cercle de Petrachevski est un groupe d'intellectuels libéraux qui se réunit à St Pétersbourg de 1844 à 1849. Le cercle porte le nom de son fondateur, Mikhaïl Petrachevski, disciple de Charles Fourier. Fondé en 1844, il se réunit chaque vendredi, de 1845 à 1849, dans l'appartement pétersbourgeois de Petrachevski. Les sujets abordés étaient littéraires, philosophiques et politiques. Les participants étaient d'origines sociales très diverses. D'opinions tout aussi variées, ils étaient néanmoins unis par des idéaux progressistes: opposition à l'autocratie, au servage etc.

 

** Les décembristes ou décabristes —  doivent leur nom à une tentative de  coup d'état durement réprimée qu'ils avaient organisée à  Saint Pétersbourg  le  14 décembre 1825  pour obtenir du futur tsar une constitution  afin de moderniser le régime.

 

Cette jeune fille, Anna Grigorievna Snitkina, devint rapidement sa seconde épouse et fut pour lui désormais la plus précieuse des aides. Leur mariage a lieu le 15 février 1867 et à la mi-avril ils partent pour l'étranger.  Ils http://www.google.fr/url?source=imglanding&ct=img&q=http://www.landogsaga.is/files/image/Anna%20Snitkina.jpg&sa=X&ei=K15GTvf3JIqLswa06d24Bw&ved=0CAQQ8wc&usg=AFQjCNEG-ylXwveWSlVZ-X06-GUrfH5ZsApensent le faire pour trois mois, mais il s'écoule plus de quatre ans avant qu'ils ne reviennent en Russie. On peut suivre leur trace de ville en ville, de pays en pays : Dresde, Bâle, Baden-Baden, Genève (où meurt, en mai 1868, leur fillette, âgée de trois mois), Vevey, Milan, Florence, et Dresde, de nouveau... Harcelé par les créanciers, accablé de dettes, obligé de subvenir aux besoins de nombreux parents et alliés sans ressources, bâtissant en imagination mille projets financiers espérant toujours se refaire au jeu et perdant sur le tapis vert les maigres avances qu'il reçoit, tirant souvent à la ligne toute une nuit dans l' espoir, combien de fois déçu, d'une rentrée d'argent, Dostoïevski compose, malgré ces conditions atroces, " L' Idiot" (1868), "L'Eternel mari" (1870), le plan de ce qui devait être "La Vie d'un grand pécheur". En juillet 1871, il est finalement de retour à St-Pétersbourg. Sa gloire, à présent, est bien assise. Il va donner, en 1872, Les "Possédés" (qu'il vaut mieux appeler "Les Démons"), en 1874-1875 "L'Adolescent", en 1879-1880  "Le Frères Karamazov". En 1873-1874 puis en 1876, 1877, 1880 et même 1881, il publie des articles percutants sous le titre de "Journal d'un écrivain", d'abord dans le cadre d'un hebdomadaire, (Le Citoyen), puis par éditions séparées. Aux approches de 1880, il semble aborder enfin une vie plus paisible,  toutes ses dettes, grâce surtout aux efforts incessants de sa femme, sont éteintes. Sa gloire atteint son apogée au moment où il prononce son célèbre discours à Moscou, le 8 juin 1880, pendant que toute la Russie communie avec lui, dans le souvenir de Pouchkine... Six mois plus tard, le 28 janvier 1881, il meurt presque subitement, après deux jours de maladie, à la suite d'une hémorragie, consécutive semble-t-il à une nouvelle discussion au sujet de l'argent. Ses obsèques, le 1er février, furent un vrai deuil national.

 


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20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 11:00

En 184..   Boris Andréïtch Viazovnine s' établit à la campagne dans son domaine laissé à l'abandon.

Écrit à l' automne 1853, ce récit parut dans la revue le Contemporain en 1854. Il fut bien accueilli par la critique ; le seul reproche qu' on lui faisait concernait le dénouement, jugé  trop rapide et conventionnel ; il fut modifié par l' auteur en 1869. Tolstoï recommandait la lecture de cette nouvelle. Le manuscrit de travail et le manuscrit d' impression sont conservés à la Bibliothèque nationale à Paris.

Scènes de la vie de province

Boris Andréïtch Viazovnine, jeune homme de vingt-six ans, quitte volontairement le service (il dépense trop en ville) pour s'établir à contrecoeur dans son domaine perdu au centre de la Russie. Boris s'ennuie à la campagne et se lie avec un ancien lieutenant de cavalerie, Pierre Vassilitch Kroupitsyne, célibataire comme lui. Celui-ci suggère de marier son ami et joue l'entremetteur ; une première entrevue avec Sophie Kirillovna, veuve libre d'allure et intelligente, n'aboutit pas. La rencontre des sæurs Tikhodouïev, Pélagie et Émerance, reste sans suite. La troisième tentative se révélera plus heureuse. Vérotchka Barsoukov plaît à Boris qui, sans la connaître vraiment, l'épouse. Très vite, Boris regrette son choix et il part, sous prétexte d'affaires, pour Petersbourg et, de là, pour l' étranger ; il prévient, par lettre, Pierre Vassilitch et le charge d'annoncer sa fuite à sa femme. A peine arrivé à Paris, un incident l'oppose à un passant, officier de cavalerie, qui le provoque en duel ; ils se battent, Boris est tué. Un an plus tard, Pierre Vassilitch épouse sa veuve.


"Je suis avant tout un réaliste qu'intéresse seule la vérité vivante du visage humain"

"J 'ai griffonné en quelques jours une nouvelle assez longue... que je vous enverrai la semaine prochaine. Il me semble que cela ne donne pas grand-chose et, je vous prie, si vous trouvez qu'elle ne mérite pas d'être imprimée, jetez-la au feu, mais dites-moi votre avis. Cela s'appelle "Deux Amis" , écrit Tourguéniev en novembre 1853 à son ami Annenkov. Il séjourne alors dans son domaine de Spasskoïé où la censure tsariste, prenant prétexte de son article nécrologique sur Gogol, l'a exilé. Il se consacre à la rédaction d'un roman intitulé "Deux Générations" ; il détruira le manuscrit mais y puisera des éléments pour "Deux Amis" ; c'est sans doute ce qui donne à Tourguéniev le sentiment "que cette chose s'est écrite un peu toute seule".


Extraits :

La critique F. Flamant voit dans ce récit "une sorte de surgeon  hâtivement poussé sur le tronc du grand roman en cours et qui absorba une grande partie de sa substance". Du reste, Tourguéniev ne faisait pas grand cas de sa nouvelle dont il jugeait le héros très ennuyeux, raison pour laquelle "j'ai si vite mis fin à ses jours".

"Ils étaient tous les deux ce qu'on appelle de braves garçons, sans complications"

Et cependant, ils n' avaient pas grand chose en commun. En homme qui, s' il n' était pas riche, avait eu, du moins, des parents riches, Viazovnine avait reçu une bonne éducation, fait des études à l' Université, connaissait plusieurs langues, s' adonnait volontiers à la lecture et pouvait passer, dans l' ensemble, pour un homme cultivé. Kroupitsyne, au contraire, parlait un français boiteux, ne prenait pas un livre en mains à moins d' y être forcé et appartenait plutôt à la catégorie des gens incultes. Physiquement, aussi, les deux amis ne se ressemblaient guère : Viazovnine était assez grand, maigre, blond, avait le genre anglais ; il tenait sa personne et surtout ses mains dans une grande propreté, s' habillait avec recherche et arborait des cravates... Habitudes de la capitale !... Kroupitsyne, au contraire, était petit, un peu courbé, le teint hâlé, les cheveux noirs, et portait, été comme hiver, une sorte de paletot-sac aux poches distendues, taillé dans un drap de couleur bronze.

                     ***

Un personnage grotesque dans la veine gogolienne

 La famille Barsoukov se composait de deux personnes : le père, âgé d' environ cinquante ans, et une fille de dix-neuf ans. Pierre Vassilitch n'avait pas exagéré en qualifiant le père de phénomène : il l' était effectivement et de première sorte. Après des études couronnées de succès dans un établissement d' État, il avait pris du service dans la marine et s' était fait bientôt remarquer par ses supérieurs, mais il démissionna brusquement, se maria, s' installa à la campagne et peu à peu s' abandonna à la paresse et se laissa aller à tel point qu' il finit par ne plus se rendre nulle part, et même par ne plus sortir de sa chambre. Vêtu d'une courte touloupe de lièvre, chaussé de mules, les mains enfoncées dans les poches de ses larges pantalons flottants, il faisait les cent pas à longueur de journée, d'un coin à l'autre, tantôt chantant, tantôt sifflant, et quoi qu'on pût lui dire, il répondait toujours en souriant la même chose : "Braou, braou" , c'est-à-dire : Bravo ! bravo !

Un désenchantement croissant

"Ta vie n' est plus ce qu' elle était, disait-il à Viazovnine qui lui reprochait amicalement de s' être refroidi à son égard .. tu es un homme marié, je suis célibataire. Je pourrais gêner."
Viazovnine ne le contredit pas tout d' abord . .mais voici qu' il commença à remarquer, peu à peu que, sans Kroupitsyne, il s' ennuyait chez lui. Sa femme n' était nullement un fardeau .. au contraire, il lui arrivait de l' oublier complètement et de ne pas lui dire une parole pendant des matinées entières (.. .).

Traduit du russe par Françoise Flamant, La Pléiade, 1981


Notes :

<<Les scènes décrites sont si fidèles à la nature, si dépourvues d'artifices que la nouvelle se lit avec un plaisir plus grand que telle autre æuvre plus profonde."

- Revue le Panthéon, mars 1854

 <<Jamais romancier n'a fait preuve d'une économie de moyens aussi complète. Quand on a un peu l'habitude de la technique d'un roman, on se demande d'abord avec surprise comment Tourguéniev put par des livres si courts donner une telle impression de durée et de plénitude. Si on analyse la méthode, on trouve un art de construction très caché et très parfait."

-André Maurois, Tourguéniev, éditions J. Tallandier

<<Tourguéniev, c'est incontestable, un causeur hors ligne, un écrivain au dessous de sa réputation. Oui, c'est un chasseur paysagiste, un peintre de dessous de bois très remarquable mais un peintre d'humanité petit, manquant de la bravoure des observations. En effet il n'y a pas dans son æuvre la rudesse primitive de son pays, la rudesse  moscovite, cosaque et ses compatriotes dans ses livres m'ont l'air de Russes peints par un Russe qui aurait passé la fin de sa vie à la cour de Louis XIV." 

- Edmond et Jules de Goncourt, Journal,1887

<<Le noble et mélancolique Tourguéniev."

 -Walt Whitman


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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 11:00

1818  -  1883


Tourgueniev, qui a voué toute sa vie à l' écriture grâce à la fortune de sa famille, n' est ni un idéologue ni un philosophe, mais un conteur.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/72/Turgenev_by_Repin.jpg/200px-Turgenev_by_Repin.jpgLa manière dont Tourgueniev peignit le sentiment amoureux ne plut pas  toujours à ses contemporains. "Premier Amour"  tout particulièrement, où  l' amour pousse à l' adultère et à la destruction d'une famille et n' est pas racheté par une << cause >> sociale,  provoqua  de sévères critiques, notamment de la part du mari de Pauline Viardot.

Un homme de contradictions

Les contradictions constituent l'essence même de la vie de Tourgueniev : puisant son inspiration dans la seule Russie, son paysage et ses habitants, il a néanmoins ressenti le besoin impérieux de quitter son pays pour vivre de longues années à l'étranger, notamment en France, avec toujours au fond du coeur la nostalgie de sa patrie. Amoureux de femmes inaccessibles, telle Pauline Viardot, aimée pendant quarante ans bien que mariée à un autre, l'écrivain n'a pu concilier cet amour idéal avec ses désirs charnels, réalisés avec les paysannes et les domestiques de son domaine. Enfin, bien que ses grandes oeuvres romanesques dénoncent le servage, Tourgueniev affranchit certes certains de ses propres serfs, mais se voit incapable d'abolir complètement ce système sur ses terres. Ivan Sergueïevitch Tourgueniev naît le 9 novembre 1818 à Orel. Son père ayant épousé par intérêt une femme plus âgée et de caractère plus fort que le sien, mais bien plus riche, meurt jeune, laissant le jeune Ivan entre les mains de sa mère, qui rejoue avec lui le même rôle masculin et autoritaire qu' elle a joué avec son mari. Des échos de ces rapports familiaux se trouvent transposés dans la nouvelle "Premier Amour".

Après une enfance à la campagne, Tourgueniev fait des études de lettres à Moscou, à Saint-Pétersbourg, puis à Berlin, de 1833 à 1838. L'année 1843 est celle de la grande rencontre de sa vie, c'est-à-dire avec la cantatrice Pauline Viardot, qu' i! aimera jusqu'à sa mort. Tourgueniev peint dans une lettre l 'aspect particulier de cet amour dominateur exercé par Pauline, et dont on retrouvera les traces dans plusieurs héroïnes de ses romans et nouvelles : "il y a longtemps qu'elle a éclipsé toutes les autres femmes à mes yeux pour toujours. Je mérite ce qui m'arrive. Je ne suis heureux que quand une femme met son talon sur mon cou et m'écrase le nez dans la boue."

   Pauline Viardot
 Thttp://t1.gstatic.com/images?q=tbn:yqmxdemTHEOPDM:http://67.220.225.100/~oboe3583/ambache/wViardot1.JPGoute la vie de Tourgueniev se partagera entre Spasskoïe, le domaine campagnard qu' il hérite à la mort de sa mère, et  l' étranger. Il passe les dix dernières années de sa vie (1873-1883)  à Paris, où il se lie d'amitié avec Flaubert, Zola, Daudet, les Goncourt, et se sent mieux compris qu' en Russie,  où ce sont ses idées  libérales qui le font aimer ou haïr bien plus que ses talents d'écrivain.

Tourgueniev entretint tout au long de sa vie des rapports d' amitié, mêlée d' incompréhension mutuelle, avec Tolstoï, son cadet de dix ans. Avec Dostoïevski, né trois ans après lui, la mésentente fut en revanche totale, l' univers littéraire de Tourgueniev provoquant les railleries de l'auteur de" Crime et Châtiment".

Amour et servitude

Outre les quelques comédies largement inspirées du théâtre français du XVIII ème siècle (Marìvaux), dont la plus célèbre est "Un mois à la campagne", et les poèmes en prose écrits à la fin de sa vie, Tourgueniev reste avant tout connu comme un auteur de nouvelles et de romans. La critique implicite d'une organisation sociale menant à l'assujettissement total des paysans à leur seigneur transparaît dès son premier recueil de nouvelles, "Mémoires d' un chasseur". Des échos des luttes idéologiques se retrouveront dans ses récits suivants, à côté du thème omniprésent de l'amour, qui ne lui est pas si éloigné qu'il paraît puisque ses héros sont le plus souvent des hommes esclaves d'une femme qui les domine et qui va jusqu'à détruire leur vie - telle la Zinaïda de "Premier Amour" causant le malheur de tous les hommes qui l' approchent. La communion heureuse avec la nature consolatrice offre des échappées de bonheur et de sensualité dans cet univers parfois ressenti comme hostile. Quelques nouvelles, "Faust", "Apparitions", "Le Chien", ont pour thème les forces de la nature, voire le surnaturel, qui dotent ces récits d'un caractère fantastique.

Genèse des oeuvres de Tourgueniev

 De nombreux passages de la correspondance de Tourgueniev ainsi que les manuscrits qui nous restent indiquent une gestation toujours semblable de l' oeuvre à venir : le romancier établit une liste de personnages avec des indications biographiques précises sur leur âge, leur situation sociale, leur caractère. Le récit se construit ensuite à partir de ces personnages, inspirés souvent de personnes réelles. L'écrivain ne part donc jamais d'une idée à illustrer (critique du servage dans Mémoires d' un chasseur, conflit des générations dans Pères et Fils, satire des slavophiles prônant la supériorité du monde russe dans Fumée, ou peinture des dangers que représentent des réformateurs trop idéalistes dans Terres vierges), mais de personnages complexes et bien présents à son esprit ainsi que d'une perception sensuelle des paysages, que la sensibilité de l'écrivain et le pouvoir de l' écriture élèvent au rang d'universels.

Les grands romans de la maturité artistique (1856-1867)

http://couverture.numilog.com/1412142504_GRANDE.jpgLe premier grand roman, paru en 1856, "Dmitri Roudine", offre le portrait d'un homme velléitaire vivant à la campagne, déçu par la vie et ayant de vagues ambitions jamais réalisées. La peinture de ce personnage central à la psychologie complexe et changeante ainsi que le sentiment de la nature font l'intérêt de cette oeuvre. "Un nid de gentilshommes" obtient un grand succès à sa parution en 1858. Le thème amoureux domine ce récit, présentant deux personnages féminins opposés : la femme coquette et froide et la jeune fille pure et sincère. "Pères et Fils" (1861) évoque, à travers le conflit des générations, les différents courants de réforme de l'époque. "Fumée" (1867), enfin, met en scène une fois de plus un homme partagé entre un amour sincère et le pouvoir fatal de séduction d'une femme cruelle qui se joue des êtres.
 


  http://www.russie.net/bougival/           Lien vers la maison de Bougival

                                                                       

Notes :


"Les propos et les révélations de Tourgueniev sur sa méthode de travail étaient particulièrement intéressants et précieux. Le germe du roman ne prenait jamais chez lui la forme d'une histoire avec intrigue et dénouement ; cela, c'était la dernière chose à quoi il pensait. Il se souciait avant tout de la représentation de certaines personnes. La forme première dans laquelle le roman se présentait à son imagination était la figure d'un individu ou la combinaison d'individus qu'il faisait ensuite agir."

- Henry James, cité dans Lettres soviétiques, æuvres et opinions, No 297, Moscou, Union des écrivains de l'URSS, 1983

<<Tourguenie va montré avec une telle force de conviction la pénible existence des paysans que l'opinion publique de Russie en fut éveillée et commença à faire entendre avec une insistance jamais vue jusque-là l'exigence d'abolir le servage. On nomme souvent ce  livre {Mémoires d'un Chasseur] La Case de l' oncle Tom russe. >>

-John Reed, ibid.

<<Plus d'une fois, j'ai entendu et lu dans les critiques que dans mes oeuvres, je " pars d'une idée " ou que " je fais passer une idée"; certains m'en louent, d'autres au contraire me blâment ; pour  ma part, je dois avouer que jamais je n'ai tenté de " créer une image " sans avoir pour point de départ non pas une idée, mais un personnage concret, auquel peu à peu venaient se mêler et s'appliquer des artifices qui pouvaient lui convenir. >>

-Ivan Tourgueniev

 


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13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 12:14


Un récit à la première personne qui relate le glissement progressif vers la folie d'un petit fonctionnaire russe.

Le "Journal d'un fou", rédigé en 1834, était à l' origine inclus dans le recueil de nouvelles "Arabesques" publié à Saint Pétersbourg en 1835, ouvrage qui rassemblait également maints articles sur l' art, des  considérations sur la pédagogie, des écrits divers sur l' histoire, etc.

180px-Poprishchin_by_Repin.jpgLes vicissitudes d'une vie

La trame narrative de cette nouvelle est des plus ténues : il s'agit du journal tenu par un petit fonctionnaire d'un ministère, Poprichtchine, qui relate les menus faits qui ponctuent sa vie quotidienne. Attaché au service d'un général, en qualité de conseiller titulaire, il  passe son temps à accomplir des tâches répétitives et sans intérêt. Il  met tout en oeuvre pour essayer d'attirer l'attention de Sophie, la fille du général, dont il s'est épris. Il  doit toutefois se résoudre à accepter de n'être à ses yeux qu'un objet de dérision. En butte à toute une série de vexations de la part de ses supérieurs  hiérarchiques, il essuie des avanies telles qu'elles suscitent en lui des désirs de grandeur irréalistes : ceux-ci se développent et s'aggravent jusqu'au point où, selon la logique d'une courbe ascensionnelle mégalomaniaque, il en vient à se prendre lui-même pour le roi d'Espagne après avoir lu un compte rendu dans un journal.  Au terme de ce parcours délirant, le lecteur comprend que Poprichtchine est enfermé dans un asile d' aliénés.

Journal d'une dépossession

Ce qui fait du "Journal d' un fou" un récit bouleversant, ce n' est pas tant le récit d'un individu en proie à un système bureaucratique aveugle qui l'opprime (critique sociale), mais surtout la  manière dont est relatée la vie d'un petit fonctionnaire qui aspire à être reconnu, autant par ses tiers que par l' être aimé. Incompris des autres, ne comprenant pas lui-même leur dureté à son égard, le rédacteur, qui ne demande en dernière instance qu'à  exister aux yeux d'autrui, est installé dans ce double hiatus qui le sépare de la réalité. L'absence de récitant extérieur qui commenterait les événements avec objectivité rend le mal- être du protagoniste d'autant plus émouvant. Le lecteur devient le témoin impuissant de l'expérience d'une dépossession de soi.  Les images du morcellement (par exemple le nez, qui fera par ailleurs l'objet d'une autre nouvelle), l'incongruité des situations (l'échange épistolaire entre deux chiens en témoigne) ainsi que le brouillage des repères spatio-temporels sont autant de signes manifestant une rupture de la belle ordonnance du monde et attestant de la folie qui gagne progressivement le narrateur.

Extraits :

Le miroir que tendent les autres reflète une image dégradante de soi

- Allons, réfléchis bien. Tu as passé la quarantaine, n' est-ce pas ? Il serait temps de rassembler tes esprits. Qu' est-ce que tu t' imagines ? Crois-tu que je ne suis pas au courant de toutes tes gamineries ? Voilà que tu tournes autour de la fille du directeur maintenant ? Mais regarde-toi, songe une minute à ce que tu es ! Un zéro, rien de plus. Et tu n' as pas un sou vaillant. Regarde-toi un peu dans la glace, tu ne manques pas de prétention !

                     ***

Un beau jour, le narrateur devient fou, comme l'atteste le caractère délirant que prend son journal

C'est aujourd'hui le plus grand des triomphes. L'Espagne a un roi. Il s'est retrouvé. Et ce roi, c'est moi. C'est aujourd'hui seulement que je l'ai appris. J'avoue que ce fut comme si j'avais été illuminé soudain par un éclair. Je ne comprends pas comment j'avais pu croire et m'imaginer que j'étais conseiller titulaire. (...) Et tout cela provient, je suppose, de ce que les hommes s'imaginent que le cerveau se trouve dans la tête. Pas du tout : c'est le vent qui souffle de la mer Caspienne qui nous l'apporte.

                      ***

Rejeté par tous, le narrateur élabore désespérément une évasion imaginaire

Je suis à bout, je ne peux plus supporter leurs tortures.. ma tête brûle, et tout tourne devant moi. Sauvez-moi ! Emmenez-moi !
Donnez-moi une troïka de coursiers rapides comme la bourrasque ! Monte en selle, postillon, tinte, ma clochette ! Coursiers, foncez vers les nues et emportez-moi loin de ce monde ! Plus loin, plus loin, qu'on ne voie rien, plus rien. Là  bas, le ciel tournoie devant mes yeux : une petite étoile scintille dans les profondeurs ;  une forêt vogue avec ses arbres sombres, accompagnée de la lune ; un brouillard gris s' étire sous mes pieds ; une corne résonne dans le brouillard ; d' un côté la mer, de l'autre l' ltalie  ;  tout là-bas, on distingue même les isbas russes. Est-ce ma maison, cette tache bleue dans le lointain ? Est-ce ma mère qui est assise devant la fenêtre ? Maman  ! Sauve ton malheureux fils  ! Laisse tomber une petite larme sur sa tête douloureuse ! Regarde comme on le tourmente ! Serre le pauvre orphelin contre ta poitrine ! Il n'a pas sa place sur la terre ! On le pourchasse  ! Maman ! Prends en pitié ton petit enfant malade ! ...Hé, savez-vous que le dey d'Alger a une verrue juste en dessous du nez ?

Traduction de Sylvie Luneau , Gallimard, 1979


Notes :


Mérimée, par exemple, admire la nouvelle mais émet quelques réserves quant au choix thématique, la folie :
"L'Histoire d'un fou est tout à la fois une satire contre la société, un conte sentimental et une étude médico-légale sur les phénomènes que représente une tête humaine qui se détraque. Je crois l'étude bien faite et fort graphiquement dépeinte,(...) mais je n'aime pas le genre : la folie est un de ces malheurs qui touchent, mais qui dégoûtent. Sans doute, en introduisant un fou dans son roman, un auteur est sûr de produire de l' effet. Il fait vibrer une corde toujours sensible, mais le moyen est vulgaire, et le talent de M. Gogol n'est pas de ceux qui ont besoin de recourir à ces trivialités."

- Prosper Mérimée, <<Une étude sur Gogol >>, La Revue des Deux Mondes, 1851

Le critique Georges Nivat relève au contraire la  perspective originale offerte par ce choix novateur :
"Le délire, c' est tout simplement une autre lecture du réel. Dans la ville de Gogol chacun est seul, chacun délire, chacun .. "lit" le réel à sa façon. Et pourtant il reste encore un cordon, un lien ténu mais qui ne rompt pas avec le temps antérieur : c'est l'ultime cri de souffrance et l'appel à la mère, le retour à la mère, dans l'isba natale, intime, foetale... Puni d'avoir rêvé, puni d'avoir imaginé la fille de son supérieur en train d'enfiler son bas, puni de n' avoir pas accepté sa case sociale sur le damier social et bureaucratique, puni de s' être révolté, Poprichtchine (le nom veut dire celui qui cherche son" emplacement ", sa .. carrière ") est banni du réel et, roué de coups, se pelotonne dans la matrice originelle. >>

- Georges Nivat, préface des Nouvelles de Pétersbourg, Gall
imard, 1979

 

 

 


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  • : Bonjour à tous.... Une approche de certains écrivains ; vie, œuvres, extraits. A l'attention de la personne "ANONYME" qui se reconnaîtra.... : je n'ai jamais voulu m'approprier ce travail, j'ai noté dans ma page d'accueil les sources :Ce blog sans prétention aucune a été crée à partir de fiches -collection Atlas - et d'ouvrages - collection Lagarde et Michard et collection Nathan "Grands écrivains du Monde", -
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Divers personnages....


DANTE


                                                                                                      Béatrice Portinari









Dante par Giotto








Première page de la Divine Comédie













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SOPHOCLE



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                                                                                                       Antigone




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Philotecte abandonné par les Grecs







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Sophocle  Bas relief en marbre









Sophocle




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Pythagore



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Le Banquet manuscrit sur papyrus.






Platon par Raphaël





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ARISTOTE





Aristote par Raphaël




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Aristote sur une fresque murale à Rome




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Alexandre à une bataille






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Alexandre combattant un lion







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Bronze - Alexandre









Buste d'Alexandre le Grand







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Alexandre et Aristote





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Enluminure "Chanson de Roland"










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Mort de Roland à Ronceveaux
















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Charlemagne et le Pape Adrien I






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Charlemagne et son fils Louis le Pieux






RUTEBOEUF

                            



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Ruteboeuf par Clément Marot

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