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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 16:27


1799 - 1850


L'honnête  homme du XXème siècle ne peut ignorer l' oeuvre d'Honoré de Balzac ; non seulement  elle a dominé son  temps et marqué l'étape essentielle de l'histoire du genre littéraire le plus florissant de nos jours : le roman, mais encore elle domine et marque notre temps. On peut parler du cas Balzac, voire du mystère  Balzac. Ce bourgeois du XIX ème  siècle, à prétentions aristocratiques, qui rêvait d'un monde déjà révolu de son temps, est aujourd'hui encore, et de plus en plus, un des auteurs les plus lus, les plus traduits, les plus commentés, les plus discutés dans le monde entier et pas seulement dans les universités.

Pourquoi cette oeuvre suscite-t-elle une telle curiosité dans des milieux si divers ? Celui qui veut tenter de répondre à cette question se heurte vite, d'une part, à l'immensité de l' oeuvre balzacienne elle-même, de l'autre, à la multitude des écrits qui tentent de l'éclairer. La bibliographie balzacienne atteignait déjà plus de 10 000 titres en  1950, l'année du centenaire ; elle ne doit pas être loin aujourd'hui des 12 000 titres et ne cesse de s'enrichir ! Comment dans tous cela, sous tous cela, le lecteur moderne peut-il découvrir Balzac ?.

Honoré de Balzac  naquit en 1799 à Tours où son père, qui s'appelait en réalité Balzac sans particule, était administrateur de  l'hospice. Le romancier a peut-être hérité de lui son goût prononcé pour les idées et les systèmes. Aîné de quatre enfants, Honoré marquera pour sa soeur Laure une prédilection partagée. De 1807 à 1813 il est pensionnaire chez les oratoriens de Vendôme, puis son père étant nommé à Paris dans l'administration des vivres, il fréquente deux institutions parisiennes (1814-1816).
Clerc chez un avoué, il commence son droit, suit des cours à la Sorbonne et se passionne pour la philosophie. Comme il affirme une "vocation littéraire", sa famille l'installe dans une mansarde et lui laisse tenter une expérience d'un  an : le résultat est un "Cromwell"  manqué (1821) ; en s'acharnant à écrire une tragédie en vers, Balzac fait fausse route.

1821 - 1825 -  Il aborde alors un autre genre, le roman. Après  deux essais sincères mais maladroits, il donne dans le goût du jour, pour gagner sa vie et publie sous un pseudonyme et en collaboration des romans d'aventures ; tâche ingrate mais précieuse pour la formation de sa technique. En 1822 il rencontre une femme  beaucoup plus âgée que lui, Mme de Berny, qui l'encourage de son affection, de ses conseils, et l'initie aux moeurs et au goût de l'ancien régime.

Comme le succès tarde à venir, Balzac se lance dans les affaires : il s'associe à un libraire, puis achète une imprimerie. Il a ainsi l'occasion de fréquenter libraires-éditeurs, journalistes et écrivains ; son  expérience personnelle lui inspirera plus tard une satire impitoyable des milieux de la presse et des lettres. Mais ses affaires aboutissent à un désastre financier : près de cent mille francs de dettes qui resteront pendant de longues années une lourde charge et un souci constant. De cet échec retentissant, il se consolera en édifiant dans ses romans des fortunes prodigieuses, d'ailleurs aussi fragiles que rapidement acquises.


1829 - 1841 Après  sa faillite, Balzac reprend la plume, cette fois avec succès. Il donne en 1829 ses premières oeuvres réussies, "La Psychologie du mariage"  qualifiée plus tard d' étude analytique, et "Les Chouans", roman historique où se mêlent une histoire d'amour et une intrigue policière. Dès lors les titres se multiplient à un rythme incroyable. En vingt ans Balzac va publier quelque 90 romans et nouvelles, 30 contes, 5 pièces de théâtre. Et il trouve encore le temps de fréquenter  les salons, de voyager et d'échafauder cent moyens infaillibles de faire fortune.En 1832, il songe à une carrière politique,  attiré un moment par les idées libérales, il professe maintenant des opinions monarchistes et catholiques et fonde sa doctrine sociale sur "l'autorité politique et religieuse. En janvier 1833 commence sa correspondance avec une admiratrice polonaise, Mme HANSKA (Lettres à l'Étrangère) ;  à plusieurs reprises il retrouver son amie à l'étranger, en Suisse,  en Saxe et en Russie.

Balzac a beaucoup écrit, dans tous les genres, sous tous les masques, et l'on a pas fini de repérer ce qui sortit alors de sa plume. Il a aussi beaucoup lu, se donnant, tardivement la culture indispensable. Il a aussi étudié la technique du métier qu'il s'est choisi. Nul n'a mieux que lui disséqué les oeuvres à la mode, celles de Walter Scott en particulier ; il a été imprimeur et journaliste ; il sait comment se fabrique et se lance un livre. En 1828, Balzac est un écrivain qui connaît son métier, un vrai professionnel. Il lui reste à prouver qu'il a aussi du talent. Les oeuvres qu'il publie alors et qu'il a pris le temps de méditer et travailler, sont signées du nom de Balzac ;  il a trente ans.

DIVERSITÉ BALZACIENNE (1830-1835).
De Gobseck au Père Goriot, la production de Balzac se présente sous quatre aspects :


1) Les romans philosophiques : La Peau de chagrin (1831), Louis Lambert (1832)  Séraphita, La Recherche de l'absolu (1834)

2) Economique et Social : Le Médecin de Campagne, présenté également par l'auteur comme une oeuvre philosophique,  (le roman figurera plus tard dans les Scènes de la vie de campagne).

3) Dans les "Contes drolatiques"  (1832-1837) Balzac tente de faire revivre la "Verve Rabelaisienne".

4) Le Le Roman de Moeurs est représenté par de nombreuses Scènes de la vie privée, telles que Gobseck (1830), La Femme de trente ans (1831), Le Colonel Chabert, Le Curé de Tours (1832). C'est dans cette veine que Balzac, approfondissant son réalisme et créant des types humains puissamment dessinés, donne coup sur coup deux chefs-d'oeuvre : Eugénie Grandet (1833) et Le Père Goriot (1834-1835).

CRÉATION D'UN MONDE BALZACIEN (1835-1841). Dans "le Père Goriot" reparaissent pour la première fois des figures déjà connues du lecteur ; ce retour des personnages d'un roman à l'autre va permettre la composition d'une oeuvre cyclique. Balzac songe aussi à grouper ses scènes et études en un ensemble organisé qui serait une réplique de la société tout entière ; en 1837 il envisage le titre général "d' Études sociale". Cependant i1 continue d'accumuler les matériaux de cet édifice grandiose dont il entrevoit maintenant l'ordonnance : il publie "Le Lys dans la Vallée" (1835-1836),  "Histoire de la grandeur et de la décadence de César Birotteau"  (1837), "La Maison Nucingen" (1838), "Le Curé de Village", "Béatrix" (1839), "Ursule Mirouet" (18419). L'élaboration "d'Illusions perdues" s'étend de 1837 à 1843.

LA COMÉDlE HUMAINE
(1842-1850)
  En 1842 Balzac choisit pour titre d'ensemble "LA COMÉDlE HUMAINE" ; il expose ses idées sur le roman et les principes directeurs de son oeuvre dans un important avant-propos. Ses romans sont répartis en Études de moeurs, de beaucoup les plus nombreuses. (Scènes de la vie privée, de province, parisienne, politique, militaire et de campagne), Etudes philosophiques et Études analytiques. Dans ces cadres viendront encore s'insérer "Les Paysans" (1844, Vie de campagne), "Modeste Mignon" (1844), "Le Cousin Pons" en 1846 et "La Cousine Bette" en 1847 (Les Parents pauvres, subdivision de la Vie parisienne), "Splendeurs et misères des courtisanes" (1838-1847). 


En mars 1850 BALZAC. désormais riche et célèbre. peut enfin épouser Mme Hanska, veuve depuis 1841. Mais, épuisé par une prodigieuse activité cérébrale, il meurt trois mois après son retour à Paris, à cinquante et un ans, le 19 août 1850. Le romancier avait vécu si intensément dans l'univers créé par son imagination qu'il appela,  dit-on, à son chevet d'agonisant, Horace Bianchon, le grand médecin de la Comédie humaine.

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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 09:01

 

L'épopée napoléonienne est rapidement devenue un mythe. Ogre ou héros, dieu ou démon, antéchrist ou sauveur, Napoléon, depuis sa mort mystérieuse jusqu'à nos jours, n'a cessé de hanter l'imaginaire collectif. Pour les romantiques de 1830 - 1840, il a été un véritable dieu et le modèle en fonction duquel ils se sont définis. « Ce qu'il a commencé par l'épée, je l'achèverai par la plume », s'est écrié Balzac. Quant à Stendhal, il a toujours été impressionné par l'énergie et le charisme de ce héros glorieux. Aussi la figure mythique de l'Empereur s'impose-t-elle dans ses deux grands romans : Le rouge et le noir et La Chartreuse de Parme (publié en 1839). Dans cette dernière oeuvre, l'image de Napoléon, symbole du père, se trouve surtout liée aux thèmes de la liberté, du bonheur et de la jeunesse.



Le jeune Fabrice del Dongo, allant d' aventures en imprudences est jeté en prison. Il s'y éprend de la belle Clélia. Il mourra seul, retiré à la chartreuse de Parme.

"La Chartreuse de Parme" (novembre - décembre 1838) fut écrite avec une rapidité étonnante : sept semaines suffirent à Stendhal pour  rédiger ce roman. "La Chartreuse de Parme" est le dernier grand roman de Stendhal ; l'auteur a alors cinquante-quatre ans. Il  continuera d' annoter l' ouvrage jusqu' à sa mort. Cependant La Chartreuse est un véritable " hymne à la vie"   -  Pierre Martino

De Waterloo...

Le jeune Fabrice del Dongo, né d'une noble famille milanaise embrasse la cause napoléonienne et se joint aux troupes de l'Empereur à Waterloo. Il  arrive trop tard et doit son retour en Italie et sa liberté aux bons soins de sa tante. Celle-ci devient l'étoile de la petite cour de Parme : aimée du prince, maîtresse du premier ministre, le comte Mosca, elle est la femme du vieux Sanseverina. La duchesse protège le jeune Fabrice : ses études finies, il devient Monsignore, répondant ainsi à l'ambition de sa tante. Mais Fabrice mène une vie tumultueuse : il s'est épris d'une actrice de Milan, Marietta. Provoqué par son rival, il se bat en duel et le tue.

... à la chartreuse de Parme

Malgré l'entremise de sa tante, Fabrice est condamné à douze ans de forteresse par le prince de Parme. De sa cellule, Fabrice aperçoit la fille du gouvemeur de la forteresse, Clélia, dont il s'éprend immédiatement. La jeune fille finit par répondre à son amour, et les deux amants communiquent par d'ingénieux stratagèmes. La Sanseverina aidée de Clélia, organise l'évasion de Fabrice. Celui-ci a tôt fait de regretter sa cellule et se présente de lui-même à la forteresse ! Mais la duchesse obtient la libération de Fabrice, lequel échappe de peu à une tentative d'empoisonnement ourdie par les ennemis de sa tante à la cour. Clélia, de son côté, prise de remords, accepte d'épouser le seigneur que son père lui a choisi pour mari. Les mois passent. Fabrice est devenu célèbre pour ses prêches. A la foule toujours nombreuse qui vient l'écouter, Clélia se joint un jour et succombe de nouveau au charme de Fabrice. Celui-ci l'aime toujours autant. Mais leur nouvelle liaison s'achève dans le drame :  l'enfant de leur amour meurt, Clélia s'éteint aussi dans le remords. Fabrice se retire dans la chartreuse de Parme.
 Si les intrigues de la cour de Parme valent par la vérité de l'analyse, qui évoque bien d'autres milieux politique..., le charme du roman et sa valeur résident surtout dans la douceur du ton, dans l'indulgence amusée du romancier à la fin de sa vie envers sa créature, dont la vie aventureuse est une quête du bonheur.

Extraits :

Le huitième jour de la prison de Fabrice, elle eut un bien grand sujet de honte : elle regardait fixement, et absorbée dans ses tristes pensées, l'abat-jour qui cachait la fenêtre du prisonnier ,  ce jour-là il n' avait encore donné aucun signe de présence ; tout à coup un petit morceau d' abat-jour, plus grand que la main, fut retiré par lui ; il la regarda d'un air gai, et elle vit ses yeux qui la saluaient. Elle ne put soutenir cette épreuve inattendue, elle se retourna rapidement vers ses oiseaux et se mit à les soigner ; mais elle tremblait au point qu' elle versait l' eau qu' elle leur distribuait, et Fabrice pouvait voir parfaitement son émotion ; elle ne put supporter cette situation, et prit le parti de se sauver en courant. Ce momentfut le plus beau de la vie de Fabrice, sans aucune comparaison. Avec quels transports il eût refusé la liberté, si on la lui eût offerte en cet instant !

                   ***

Un peu après que minuit et demi eût sonné, le signal de la petite lampe parut à la fenêtre de la volière. Fabrice était prêt à agir ; il fit un signe de croix, puis attacha à son lit la petite corde destinée à lui faire descendre les trente-cinq pieds qui le séparaient de la plate-forme où était le palais. Il arriva sans encombre sur le toit du corps de garde occupé depuis la veille par les deux cents hommes de renfort dont nous avons parlé. Par malheur, les soldats, à minuit trois quarts qu' il était  alors, n' étaient pas encore endormis ; pendant qu' il marchait à pas de loup sur le toit de grosses tuiles creuses, Fabrice les entendait qui disaient que le diable était sur le toit, et qu' il fallait essayer de le tuer d' un coup defusil. Quelques voix prétendaient que ce souhait était d' une grande impiété, d' autres disaient que si l' on tirait un coup de fusil sans tuer quelque chose, le gouverneur les mettrait tous en prison pour avoir alarmé la garnison inutilement. Toute cette belle discussion faisait que Fabrice se hâtait le plus possible en marchant sur le toit et qu' il faisait beaucoup de bruit. Le fait est qu' au moment où, pendu à sa corde, il passa devant les fenêtres, par bonheur à quatre ou cinq pieds de distance à cause de l'avance du toit, elles étaient hérissées de baïonnettes. Quelques-uns ont prétendu que Fabrice, toujours fou, eut l'idée de jouer le rôle du diable, et qu'il jeta à ces soldats une poignée de sequins. Ce qui est sûr c' est qu' il avait semé des sequins sur le plancher de sa chambre, et il en sema aussi sur la plateforme dans son trajet de la tour Farnèse au parapet, afin de se donner une chance de distraire les soldats qui auraient pu se mettre à le poursuivre.

Notes :

"C'est le livre de la cinquantaine de Stendhal.Il enferme toutes ses expériences, les anciennes et récentes. La mort s'annonçait prochaine, et il voulait passionnément ressaisir tout son passé, le paysage moral et intellectuel, les choses qu'il avait le plus aimées, les spectacles et les paysages préférés, ses grandes émotions, les rêves qu'il avait réalisés et ceux, nombreux, qui avaient dû mourir étouffés, ou même qui n'étaient pas parvenus jusqu'à la claire conscience. Richesse fébrile de la vision, hâte fiévreuse à la saisir." -

Pierre Martino

"La Chartreuse de Parme" est une oeuvre surtout remarquable par sa tonalité, son atmosphère, bref, par des éléments qui n'apparaissent pas formellement ; nous appellerons philosophie cette séduction de l'oeuvre, poésie que l'on retrouve à tous les niveaux (...) et qui, - par sa chaleur - et en dépit de sa banalité est frémissante d'une mystérieuse vibration (l'émotion même du romancier ?) ; cette poésie se retrouve encore dans l'évocation sobre et la suggestion des paysages, dans l'aspect <<temps retrouvé>> de certaines émotions, dans les thèmes privilégiés qui alimentent une rêverie profonde et sérieuse (rêverie constante depuis l'enfance) et qui n'ont jamais été aussi parfaitement réunis et orchestrés que par La Chartreuse de Parme."

Jean Mourot

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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 18:01


Le Rouge et le Noir :

Julien Sorel, jeune précepteur dévoré d'ambition, séduit deux femmes de l'aristocratie et meurt sur  l'échafaud pour avoir tenté de tuer sa première maîtresse.

Pour l' intrigue du roman, Stendhal s' inspire directement d'un fait divers dont le procès eut lieu en 1827 dans  l'Isère (son pays d'origine) et fut commenté dans la  "Gazette des tribunaux.

Une ambition dévorante

De condition modeste, Julien Sorel, après avoir eu l'ambition de faire carrière dans l'armée, s'est résigné à entrer dans les ordres, encouragé par le curé Chélan. A sa sortie du séminaire, il entre chez M. de Rênal, maire de la petite ville de Verrières dans le Doubs, comme précepteur de ses enfants. Julien voit dans sa nouvelle situation une occasion d'élever sa condition sociale. Il est conquis par la belle et dévote Mme de Rênal qui devient amoureuse de lui. Cependant après quelque temps, M. de Rênal reçoit une lettre anonyme, mais bien que ne croyant pas à ces racontars, il juge préférable de se séparer de Julien. Celui-ci part pour le grand séminaire de Besançon où il connaît de nombreuses humiliations. Puis il devient le secrétaire du marquis de La Mole à Paris dont il conquiert vite l'estime et l'affection. Sa fille, Mathilde, va s'éprendre de Julien et veut l'épouser. Mais entre-temps, M. de La Mole a écrit à Mme de Rênal ; la réponse de celle-ci accable Julien qui part pour Verrières et tire deux coups de pistolet sur Mme de Rênal. En prison, Julien apprend que Mme de Rênal n'est pas morte mais ne cesse de s'accuser et attend la mort. Et malgré les efforts conjugués de Mathilde et de Mme de Rênal pour le sauver, Julien mourra sur l'échafaud.

Une critique de la société

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/2b/StendhalRedandBlack04.jpg/250px-StendhalRedandBlack04.jpg"Le Rouge et le Noir" est la chronique et la critique de la société française sous la Restauration, le roman de l'ambition et de l'énergie personnelles, et déjà de la lutte des classes. Le livre s'appelait d'abord "Julien", et il est en effet dominé par l'inoubliable figure du jeune précepteur ambitieux. Publié en novembre 1830, ce roman si neuf, aigu, impitoyable, noir et fougueux à la fois, se heurte à l'incompréhension générale malgré le soutien de quelques esprits lucides. Aujourd'hui, il est pourtant souvent jugé comme le chef-d'oeuvre incontestable de Stendhal. Le jeu de Mme de Rênal et de Julien, de même que celui qui se déroule dans "La Chartreuse de Parme" entre Fabrice et Clélia Conti, s'enrichit des descriptions d'un milieu social dans lequel s'égare une passion.

Extraits :

Julien vient de conquérir le coeur de Mme de Rênal
Mais, dans les moments les plus doux, victime d'un orgueil bizarre, il prétendit encore jouer le rôle d' un homme accoutumé à  subjuguer des femmes ; il fit des efforts d' attention incroyables pour gâter ce qu'il avait d' aimable. Au lieu d' être attentif aux transports qu'il faisait naître, et aux remords qui en relevaient la vivacité, l'idée du devoir ne cessa jamais d' être présente à ses yeux. Il craignait un remords affreux et un ridicule éternel, s' il s' écartait du modèle idéal qu' il se proposait de suivre.


                ***

Au séminaire, Julien se heurte à l'incompréhension

A la vérité, les actions importantes de sa vie étaient savamment conduites, mais il ne soignait pas les détails, et les habiles au séminaire ne regardent qu'aux détails. Aussi, passait-il déjà parmi ses camarades pour un esprit fort. (...) A leurs yeux, il était convaincu de ce vice énorme, il pensait, il jugeait par lui-même, au lieu de suivre aveuglément l'autorité et l'exemple. (...)  Du moment que Julien se fut aperçu de sa folie, il ne s' ennuya plus. Il voulut connaître toute l'étendue du mal, et, à cet effet, sortit un peu de ce silence hautain et obstiné avec lequel il repoussait ses camarades. Ce fut alors qu'on se vengea de lui. Ses avances furent  accueillies par un mépris qui alla jusqu' à la dérision.


                 ***
L'abbé Pirard fait à Julien ses dernières recommandations avant qu'il n'entre chez le marquis de La Mole

- A la bonne heure ; mais remarquez qu'il n'y a de fortune, pour un homme de notre robe, que par les grands  seigneurs. Avec ce je ne sais quoi d'indéfinissable, du moins pour moi, qu' il y a dans votre caractère, si vous ne faites pas fortune vous serez persécuté ; il n'y a pas de moyen terme pour vous. Ne vous abusez pas. Les hommes voient qu'ils ne vous font pas plaisir en vous adressant la parole ; dans un pays social comme celui-ci, vous êtes voué au malheur, si vous n'arrivez pas aux respects.

L'arrivée de Julien au tribunal est remarquée

Quand tous les yeux qui cherchaient Julien s' aperçurent de sa présence, en le voyant occuper la place un peu élevée réservée à l' accusé, il fut accueilli par un murmure d' étonnement et de tendre intérêt. On eût dit ce jour-là qu' il n' avait pas vingt ans : il était mis fort simplement, mais avec une grâce parfaite  ; ses cheveux et son front étaient charmants ; Mathilde avait voulu présider elle-même à sa toilette,la pâleur de Julien était extrême.

Éditions Garnier Frères, 1960

On a souvent interprété le titre "Le Rouge et le Noir"  comme le symbole des deux voies possibles pour un tempérament tel que celui de Julien Sorel : l' armée où il aurait pu réaliser ses espérances, et le clergé, seul endroit où la modestie de son origine lui permettait de jouer un rôle.

Notes :

<<Ceux qui se soucient au contraire de la vraisemblance des actions humaines, du ressort des grandes passions,  de la logique des caractères et du merveilleux spectacle d'une volonté qui sait triompher de difficultés en apparence invincibles,  par le seul mérite de sa force, de sa souplesse et de son application constante, ceux-là reconnaîtront en Stendhal, le maître le plus incontestable du roman moderne. >>

Henri Martineau. préface. op. cit.

<<Cette condamnation, cet étouffement de l'individualité nous font conclure que, telle que Stendhal nous la présenté dans Le Rouge et le Noir, la société de la Restauration est essentiellement annihilante. (...) L'entrée en lice du héros, joueur créatif, donne des points de comparaison et de contraste qui rendent cette condamnation de la société contemporaine encore plus convaincante.>>

John West Sooby, Stendhal : l' écrivain, la société, le pouvoir, de Philippe Bertier, Presses universitaires de Grenoble, 1984

<<Il y a dans Le Rouge une étude d'âmes, un roman psychologique ; il y a, si l'on veut, un roman romanesque
(...) ; il y a aussi un roman de moeurs, une étude sociale et politique qui est un élément d'intérêt de tout premier ordre. >>-

Pierre Jourda, introduction du Rouge et le Noir, éditions Femand Ro
ches, 1929

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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 13:46


1783 - 1842

 

 

 

 

 

 

Beyle, Stendhal, Brulard

 

 

Stendhal-Brulard : ce ne sont là que deux des cent neuf pseudonymes que s'est choisi Henri Beyle ; officier de cavalerie.  M.de Stendhal est un dilettant qui fait part au public de ses impressions sur la musique et la peinture ; quant à Henri Brulard, héros de roman autobiographique, il ne ressemble pas plus à Henri Beyle qu'à Proust Marcel, le narrateur d' "A la Recherche du temps perdu".

Contrairement à Rousseau, Stendhal ne croit pas à l'innocence de la confession. En 1822, dans une autobiographie de quelques pages, il adopte le ton dépouillé d'une notice nécrologique. On peut, a son exemple, rassembler les éléments de la carrière d'Henri Beyle : né en 1783 à Grenoble, dans une famille bourgeoise ayant des prétentions à la noblesse, sa mère meurt alors qu'il est très jeune, il gardera un mauvais souvenir de son enfance. Henri Beyle dut à son grand-père Henri Gagnon, médecin philosophe, d'entrer dès 1796 à l'École centrale de Grenoble qui venait d'ouvrir ses portes. A l'âge de 16 ans, il se rend à Paris pour passer le concours de Polytechnique, mais ne se présente pas aux épreuves.

En 1800, il doit se contenter d'une place de surnuméraire au ministère de la Guerre, sous les ordres de son cousin Pierre Daru. Dès le mois de mai, la seconde campagne d'Italie - celle qui se termina par la victoire de Marengo - lui vaut de partir dans l'armée de réserve, avec le grade de sous-lieutenant de cavalerie. Assez éprouvé par l'inconfort de la vie militaire, il démissionne en juillet 1802. De retour à Paris, il rêve alors d'une autre gloire, il veut écrire "des comédies comme Molière", il lit beaucoup, et prend des leçons de diction pour se débarrasser de son accent méridional. Chez l'acteur Dugazon, il rencontre l'actrice Mélanie Guilbert, qu'il accompagnera jusqu'à Marseille. Il envisage de faire carrière dans le commerce, et même dans la banque ; mais son père lui refuse les capitaux nécessaires. Pendant six mois, il est commis chez un épicier exportateur. Des déceptions de toutes sortes l'amènent à reprendre contact avec ses cousins et protecteurs Daru. Cette fois, son ascension est rapide : adjoint provisoire aux commissaires des guerres en 1806, il devient, en 1810, auditeur au Conseil d'État et inspecteur du mobilier de la Couronne. C'est l'époque de sa "splendeur" ; il a des chevaux et une voiture, entretient une actrice de l'Opéra, fait la cour -  sans  succès - à la femme de son protecteur, la comtesse Pierre Daru, et, en 1811, lors d'un voyage en Italie, Angela Pietragura lui accorde les faveurs refusées au jeune sous-lieutenant de l'année 1800. Mais il tombe "avec Napoléon " après avoir pris part à la campagne de Russie et à la défense du Dauphiné contre les armées de la Sainte Alliance.
Renonçant à une place d'intendant à l'approvisionnement de Paris, il part pour Milan. Son séjour en Italie est dominé par son amour pour Mathilde Dembowski -la Métilde des écrits intimes - et ses premiers essais d'écrivain : "Vies de Haydn, Mozart et Métastase" (1815) "Histoire de la peinture en ltalie et Rome, Naples et Florence" (1817). Mais la passion de Beyle irrite Métilde, et les libéraux de Milan voient en lui un espion tandis que les Autrichiens le soupçonnent de carbonarisme. En 1821, il doit quitter Milan.

A Paris, le nom de Stendhal est connu grâce à la publication, en 1822, de l'essai "De l'Amour", livre d'idéologie inspiré par les souvenirs de la passion pour Métilde. L'amoureux éconduit de Milan devient, à Paris, homme d'esprit, de peur d'être deviné :"C'est par là que je suis venu à voir de l'esprit chose qui était le bloc, la butte de mes mépris à Milan, quand j'aimais Métilde". Stendhal publie deux pamphlets, "Racine et Shakespeare" (1823) et "D'un nouveau complot contre les industriels" (1825). Il a une liaison avec la comtesse Curial (Menti) et avec la cousine de Delacroix, Alberthe de Rubempré (Madame Azur). En janvier 1830, Giulia Rinieri lui déclare qu'elle l'aime par admiration pour son esprit. Le sujet du premier roman, "Armance", paru sans nom d'auteur en 1827, est emprunté à l'"Olivier" de la duchesse de Duras, lui-même présenté comme un pari mondain.

En butte à de sérieux ennuis d'argent, il sollicite vainement un poste d'archiviste ou de bibliothécaire et termine "Le Rouge et le noir" juste avant la révolution de 1830. Ses ambitions s'accroissent;  mais Guizot lui refuse la préfecture qu'il demandait et il doit se contenter d'un poste de consul à Civita  Vecchia, "trou abominable". Stendhal s'absente le plus souvent possible, au point de s'attirer une réprimande du m
inistre.


De 1836 à 1839,un congé lui permet de reprendre contact avec les salons parisiens, de voyager "Mémoires d'un Touriste, 1838" ,d'écrire  "La Chartreuse de Parme"  (1839)  et des récits dramatiques tels que "L'Abbesse de Castro", réunis plus tard sousle titre de "Chroniques italienne".

En 1839 il reprend ses fonctions à Civita-Vecchia, où il commence d'autres ouvrages en particulier "Lamiel", son dernier roman. Mais sa santé est altérée et il doit demander un nouveau congé (1841). Il meurt à Paris, d'une attaque d'apoplexie, en 1842.

 Stendhal
laissait de nombreux manuscrits inachevés, qui ont été publiés après sa mort : une "Vie de Napoléon", ébauchée en 1817-1818, reprise en 1836-1838 et de nouveau abandonnée; les deux romans déjà mentionnés,"Lucien Leuwen" et "Lamiel" : enfin des récits autobiographiques qui nous ont permis de bien connaître l'homme que fut Henri Beyle : son "Journal", la "Vie de Henri Brulard" et  les "Sou
venirs d'égotisme" (années 1821-1830).


Sous une attitude volontiers désinvolte ou cynique Stendhal cache une sensibilité très vive, presque féminine, un enthousiasme prompt, à s'enflammer, une imagination romanesque et passionnée. C'est ce qu'il appelle, dans Henri Brulard le côté espagnol de son tempérament. Il aime l'amour, la gloire, la générosité ; il aspire intensément au bonheur.

Mais il réprime sans cesse les élans de sa sensibilité et de son imagination ; par peur d'être dupe, ou ridicule ; parce qu'il a horreur des effusions et de l'attendrissement facile ; parce que son intelligence lucide est toujour en éveil. Il s'analyse froidement, selon la méthode des idéologues, sans complaisance, sans céder à la tentation d'enjoliver ses souvenirs. Détestant tout ce qui n'est pas authentique, il a horreur des idées et des sentiments conventionnels, et surtout de l'hypocrisie. Mais du même coup l'hypocrisie l'intéresse et le tente : son horreur pour elle devient une sorte de fascination. La dissimulation a d 'abord été pour lui une nécessité : dans son enfance elle a alterné avec la révolte ouverte ; puis elle est une arme contre la Restaurauration qu'il déteste et contre la monarchie de Juillet qu'il sert tout en la méprisant. Mais il en est venu à y voir une sorte de discipline personnelle, un jeu subtil, enfin une forme d'art ;
l'ironie. Cependant, parmi ses feintes, ses "grimaces", c'est la vérité profonde de son être qu'il poursuit constamment.

Le beylisme

Son oeuvre révèle une conception de la vie et un art de vivre très personnel, que l'on a appelé le beylisme. Beyle et ses héros les plus typiques unissent deux traits de caractère souvent jugés inconciliables çe sont des "épicuriens passionnés". Pour Stendhal l'essentiel de la vie réside dans la "chasse au bonheur". Dans cette "chasse" les hommes se montrent vraiment eux-mêmes, sans faux-fuyants ni dissimulation. Le plaisir ressenti est le grand critère, esthétique et moral. Cet épicurisme est inséparable d'un individualisme qui va jusqu'à "l'égotisme" -
Habitude de parler de soi, de mettre sans cesse en avant le pronom moi. - culte du moi non pas inquiet mais allègre, enthousiaste et conquérant. Stendhal aime les tempéraments ardents, originaux et passionnés. Les passions, lorsqu'elles sont sincères, enrichissent ceux qui les éprouvent, leur font goûter des sensations exaltantes, irremplaçables. Enfin l'individualité s'affirme par l'énergie, la "virtù", qui achève de distinguer les héros  stendhaliens du vulgaire ; elle les anime dans les luttes que soutient leur amour ou ambition contre les obstacles, contre les préjugés, contre la morale même.

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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 15:45

On a souvent contesté qu'il puisse exister un roman historique. Car, dit-on, ou tout est vrai dans l'oeuvre ainsi baptisée, et ce n'est plus du roman, ou il y entre une part de fiction et elle n'est plus historique. Sans doute devrait-on parler, de manière plus précise, selon les cas, de roman sur un sujet historique ou l'histoire romancée. Mais  l'usage a imposé la formule. Dans les faits, elle s'applique à deux niveaux  différents ; au plan général, au niveau de ce qu'on peut appeler un macro-genre, elle sert à désigner tout roman qui affiche ou entretient des rapports plus ou moins étroits avec l'histoire, et on en trouve à toutes les époques de l'histoire littéraire ; d'un point de vue plus particulier, au niveau de ce qu'on peut appeler un micro-genre, l'expression désigne, avec plus de justesse, une formule romanesque qui connut  une vogue extraordinaire de 1815 à 1835, à la suite du succès européen des romans de Walter Scott. Ce roman historique de l'époque romantique a donné naissance à des oeuvres remarquables dans toutes les littératures, et a fortement marqué l' historien du roman européen. Nous nous bornerons ici  à voir rapidement l'oeuvre de trois auteurs qui illustrent de façon exemplaire, les possibilités, les limites et l'apport du roman historique au XIX ème siècle : Walter Scott, Alexandre Manzoni, Alexandre Dumas.

Walter Scott (1771-1832)

Walter Scott est né le 15 août 1771 à Edimbourg. Des problèmes de santé - une paralysie partielle qui le laissa boiteux - lui valent une enfance et une adolescence où de larges séjours de repos, qu'il consacre à des lectures variées, alternent avec des périodes d'études qu'il mène consciencieusement. En juin 1792, il devient avocat, mais la littérature l'attire davantage. Il réalise quelques traductions, puis de 1800 à 1813 il se fait un nom comme poète avec "Le Lai du dernier ménestrel" (1805) "Marmion" (1808), "La Dame du lac" (1810) : il s'y montre particulièrement sensible aux moeurs et aux traditions de l'Écosse. Puis sans renoncer absolument à la poésie, il se consacre à une production romanesque. Ses premiers romam "Waverley" (1814), "Guy Mannering" (1815), "L'Antiquaire" (1816), et trois séries de Contes de mon hôte (1816 -1819)  parmi lesquels "Les Puritains d'Écosse", "La Prison d'Edimbourg", "La Fiancée de Lamermoor", traitent essentiellement de sujets écossais et connaissent un grand succès. Le romancier, qui se cache encore sous divers pseudonymes (il ne s'avouera publiquement l'auteur de ses oeuvres romanesque qu'en 1827), entreprend alors de démontrer que la formule romanesque qu'il a élaborée peut s'appliquer à d'autres sujets que l'évocation des moeurs de  son pays natal. "Ivanhoé" (1819), dont le sujet est pris dans l'histoire d'Angleterre, "Quentin Durward" (1823), qui aborde l'histoire de France, "Les Contes des croisades" ( Le Fiancé,  Le Talisman 1825) lui valent un succès croissant dans toute l'Europe. Après 1826, de sérieuses difficultés financières, dues à la faillite d'un éditeur, le condamnent à des travaux forcés littéraires : son oeuvre est alors abondante, fort mêlée, de qualité inégale. On peut en retenir la "Vie de Buonaparte" (1827) et une "Histoire d'Écosse", dont la publication commence en 1829. Il meurt le 21 septembre 1832.

Walter Scott apparaît d'abord comme un poète, sensible au charme du passé, de la vie quotidienne du passé telle que, doué d'une vive imagination, il peut la reconstituer à partir de ses recherches "d'antiquaire" attentif aux objets qui témoignent du passé, et de lettré amoureux des vieilles chroniques.
Ce charme du passé il entreprend de l'exprimer et de le faire goûter à ses contemporains. Mais il ne choisit pas d'abord la forme romanesque ; le roman est alors un genre décrié, qui n'a pas droit de cité en littérature et qui ne saurait assurer à son auteur une véritable gloire littéraire ; de plus, le roman à sujet historique est, à la fin du XVIII ème siècle, particulièrement méprisé : il est vrai qu'on se contente là, le plus souvent, de prêter des aventures sentimentales à des personnages dont l'histoire ne fournit guère que l'état-civil. Walter Scoot choisit donc le genre traditionnel du "romance" poème narratif... Le succès d'estime qu'il obtient auprès des lettrés est vite limité par l'allure nouvelle que donne à la poésie l'oeuvre de Byron ; mais, et cela compte pour cet homme qui aspire à ne vivre que pour la littérature et donc par la littérature, le succès commercial de ces oeuvres n'est en rien comparable à celui que connaissent les "novels", et particulièrement les romans de moeurs contemporaines. Or, Walter Scott, grand lecteur de romans, est bien plus sensible au charme de la peinture de la vie quotidienne qu'à l'intérêt que peut susciter une intrigue romanesque le plus souvent stéréotypée. Il imagine donc d'utiliser la séduction du roman, d'écrire, selon la formule du roman réaliste de son temps, des romans dont le sujet serait la peine de la vie quotidienne du passé. Il crée ainsi une nouvelle formule du roman, le roman historique, dans  lequel l'histoire n'est plus un prétexte pour conter une aventure fictive ; au contraire, c'est l'intrigue romanesque, avec sa séduction, qui devient le moyen de faire lire une évocation historique de la vie quotidienne du passé.

Ses premiers essais de 1814 à 1819 connaissent un grand succès en Écosse et en Angleterre : succès auprès des lecteurs, mais aussi auprès des lettrés, qui apprécient non seulement le charme mais aussi  l'authenticité de ces observations du passé. Il est vrai que ces premiers romans se situent dans un pays que Scott connaît bien, et dans un passé suffisamment proche pour que l'on puisse sans grand peine en reconstituer la vie quotidienne. Mais l'on peut douter que la formule soit encore applicable si l'on s'éloigne dans l'espace et dans le temps, si l'on choisit un pays et une époque pour lesquels il est infiniment plus difficile de reconstituer la vie quotidienne. "Ivanhoé", puis "Quentin Durward" sont des mises à l'épreuve de la formule scottienne du roman historique. Scott se rend bien compte qu'il faut alors accorder  plus de licence à l'auteur. Mais ces romans connaissent un extraordinaire succès et assurent à Walter Scott une réputation européenne. Cependant, tandis qu'on s'évertue partout à l'imiter, Scott,contraint, lui, à produire vite, se rend compte, avec ses romans des croisades en particulier, que sa formule est très exigeante, que ses oeuvres ne satisfont plus pleinement l'historien qu'il est devenu, et le romancier de l'histoire d'Écosse termine, de manière très significative, sa carrière par une "Histoire d'Écosse". Il est vraisemblable que Scott eût adhéré, s'il avait vécu assez longtemps pour les connaître, aux conclusions d'un de ses disciples italiens, Manzoni, qui, ayant consciemment expérimenté la formule du roman historique à la Walter Scott, finit
par estimer qu'il s'agit d'un genre impossible..

Alexandre Manzoni (1785-1873)

Alexandre Manzoni
est né le 7 mars 1785 à Milan. Son enfance et son adolescence se passent dans divers collèges religieux, mais aussi dans le contexte de la révolution et des guerres napoléonniennes. Très jeune, il écrit des poèmes. En 1805, il vient à Paris et y découvre les idées nouvelles en littérature ; puis, après son mariage, en 1808, il se convertit au catholicisme ; il écrit les "Hymnes sacrés" (1812-1817). En 1819, il compose une tragédie historique, "Carmagnola" ; en 1820, il entreprend une seconde tragédie, "Adelchi", qu'il termine en 1822 et qu'il fait suivre de la  "Lettre à M. Chauvet sur l'unité de temps et de lieu dans la tragédie", écrite en français et manifeste important du romantisme. Depuis 1821, il a mis en chantier un roman historique, sur le modèle de ceux de Walter Scott, "Fermo et Lucia", qui deviendra "Les Fiancés".

 Le roman paraît en 1827, et Manzoni en entreprend aussitôt une révision linguistique, qui paraîtra en 1840 ;  En 1842, il complète son roman par un appendice historique, "Histoire de la colonne infâme". Et en 1850, il termine le "Discours sur le roman historique", dans lequel il tire la conclusion de la longue expérience qu'il a faite du genre avec "Les Fiancés" : "le roman historique est un genre impossible". Après cette date, Manzoni, qui apparaît comme l'une des grandes figures de la vie culturelle et nationale de l'Italie à la conquête de son unité, publie surtout des travaux érudits sur la langue italienne et la morale catholique. Il meurt le 22 mai 1873.
La carrière de Manzoni, en contrepoint de celle de Walter Scott, est d 'une ligne exemplaire pour qui veut
comprendre le phénomène du roman historique à l'époque romantique. Ici aussi, nous avons un poète pris dans le mouvement romantique : séduit par les théories nouvelles et par les perspectives qu'offre à la littérature le recours à l'histoire moderne et nationale, il tente successivement les deux formules du drame historique et du roman historique. Mais, marqué par une tradition littéraire exigeante et part  une foi catholique d'autant plus vive qu'il y est revenu après l'avoir reniée, il est très sensible aux limites du drame et du roman quand ils exploitent l'histoire ; d'une part, la mise en scène théâtrale ou romanesque de données historiques oblige d'y mêler des éléments fictifs qui en altèrent la vérité ; d'autre part le cadre théâtral ou romanesque ne permet pas de développer avec la précision nécessaire les sujets historiques.

Les Fiancés :

L’histoire se déroule en  Lombardie entre  1628 et  1630, au temps de la domination espagnole. On oblige Don Abbondio, curé d’un petit village sur le  lac de Côme, à ne pas célébrer le mariage de Renzo Tramaglino et Lucia Mondella, dont s’est épris Don Rodrigo, petit seigneur du coin. Contraints par les puissants du coin à quitter leur petit village, Lucia et sa mère Agnese, aidées par le frère Cristoforo, se réfugient au couvent de Monza, tandis que Renzo se rend à  Milan dans l’espoir d’obtenir gain de cause. Don Rodrigo fait alors enlever Lucia par l’ Innominato, un autre petit seigneur qui exécute sans scrupules toute la sale besogne. Mais la vue de la jeune fille, si injustement tourmentée, et l’arrivée du cardinal Borromeo provoquent en lui une profonde crise de conscience : au lieu de mettre la jeune fille dans les mains de Rodrigo, il la libère. Entre temps, Renzo est arrivé à Milan, alors que des émeutes éclatent partout dans la ville. Il est alors pris pour l’un des chefs de file de ces émeutes et se voit obligé de fuir à  Bergame. La Lombardie est déchirée par la guerre et la peste, mais Renzo retourne à Milan pour retrouver sa fiancée. Il retrouve Lucia dans un dispensaire aux côtés du frère Cristoforo qui soigne les infirmes, parmi lesquels, abandonné de tous, se trouve Don Rodrigo mourant. Quand la peste est éradiquée, après tant de vicissitudes, Renzo et Lucia peuvent enfin se marier.

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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 18:26


Frontispice de la première édition annoté de la main de l'auteur
 qui y précise « que penseriez-vous de supprimer le mot poêsies ?
Quant à moi, cela me choque beaucoup. »

**************

L'idée d'un recueil de ses poèmes apparut en 1845 et connut donc une maturation de douze ans avant de se réaliser. Baudelaire annonça d' abord son projet dans différentes publications périodiques sous le titre provocateur des "Lesbiennes" ; il envisagea ensuite de confier l' édition de son manuscrit à Michel Lévy sous le titre de "Limbes". Finalement. il s' entendit avec Poulet-Malassis qui édita alors le recueil sous le titre  définitif des "Fleurs du mal". Entretemps, Baudelaire avait composé de nouveaux poèmes et donné à son ouvrage une orientation plus radicalement pessimiste.

Si les 126 poèmes des "Fleurs du mal"  (édition de 1861) ont été composés par Baudelaire à des époques différentes, ils ont été disposés dans le recueil selon un ordre très concerté. L'artiste écrivait à Vigny  en lui envoyant l'édition de 1861 : " Le seul éloge que je sollicite pour ce livre est qu'on reconnaisse qu'il  n'est pas un pur album et qu'il a un commencement et une fin ".

Dès 1857, lors de son procès, Baudelaire avait répété qu'il fallait juger son oeuvre dans son ensemble, être  attentif à sa conclusion.  Or, la composition des "Fleurs du mal"  trace un itinéraire. L'artiste met en lumière le drame ou la tragédie de l'homme assoiffé d'infini.

Publié en 1857 et remanié en 1861, le recueil des "Fleurs du Mal" compte dans la seconde édition 129 poèmes.
" Dans ce livre atroce, disait Baudelaire, j'ai mis toute ma pensée, tout mon coeur, toute ma religion  toute ma haine" . A la différence des Romantiques, il affectera, il est vrai de voir dans son recueil un livre de poésie pure (Projet de Préface, 1859-1860). Pourtant, ce qui lui donne son unité, c'est la confession sincère que l'auteur nous fait de son mal, de ses espérances, de ses défaillances, de sa déchéance. S'opposant aux poètes illustres qui ont choisi "les provinces les plus fleuries du domaine poétique", il se propose "d'extraire la beauté du Mal".

 A travers sa propre expérience, le poète a voulu retracer la tragédie de l'être humain, souvent dissimulée sous une fausse pudeur : "Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère !"  C'est la tragédie de "l'homme double", créature déchue et objet d'un perpétuel conflit entre le Ciel et l'Enfer : " Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l'une vers Dieu, l'autre vers Satan. L'invocation vers Dieu ou spiritualité est un désir de monter en grade, celle de Satan ou animalité est une joie de descendre". C'est ce perpéluel conflit  qui, en dépit d'un apparent désordre, explique la composition secrète du recueil. A des ensembles où paraissent triompher les aspirations vers "l'idéal" succèdent d'autres ensembles qui évoquent de lamentables chutes, sources du mal moral que le poète appelle le Spleen : cette alternance sans cesse renouvelée traduit la dualité de l'âme soumise à la double postulation.

Dans la première partie intitulée Spleen et Idéal, voulant guérir son âme de l'Ennui qui règne ici-bas, Baudelaire s'adresse à la Poésie*, puis à l'Amour**, autant de remèdes impuissants à dissiper définitivement  le Spleen***, dont la tyrannie finit par écraser l'âme vaincue. Sans se décourager, le poète se tourne vers d 'autres moyens d'évasion ****: le spectacle de la ville et la communion avec ses semblables, les "paradis artificiels" *****; le vice . Toutes ces tentatives sont vaines : alors, par une réaction désespérée, le poète vaincu s'abandonne à la mystique noire : "0 Satan, prends pitié de ma longue misère ! ". Et quand enfin toutes les possibilités terrestres ont été épuisées, Baudelaire se tourne vers le dernier remède, le grand "Voyage" vers un autre monde, "Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau****** .

  POEMES :  

*           Les Phares - Elévation -  L'Abatros - Hymne à la Beauté
**         Parfum exotique  (Jeanne Duval) - L'aube spirituelle et Harmonie du soir (Mme Sabatier)
***       Chants d'Automne - Quand le ciel bas et lourd - J'ai plus de souvenirs...
****     Tableaux Parisiens : Les Aveugles - A une passante - Le Cygne
*****    Le Vin
******  La Mort des Pauvres

Du bonheur à l'ennui

Le recueil présente une composition en différentes sections qui permettait de relier a posteriori des pièces écrites à diverses époques et d'inspiration différente, l'effet dominant étant un éloignement progressif du bonheur et une descente dans l'univers désespéré de l'angoisse et de l'ennui. La première section, Spleen et ldéal, de loin la plus importante (quatre-vingt-cinq poèmes), évoque au début la  malédiction de la condition de poète et la difficulté pour ce dernier d'accéder au bonheur, soit en se consacrant à la perfection de l'art qui se dérobe, soit en airnant des femmes souvent perverses et toujours décevantes. La fuite du temps l'obsède : il rêve d'évasions exotiques, de luxe alangui. La nostalgie, le remords, le regret envahissent son inspiration, et bientõt l' horrible ennui l'investit entièrement. Baudelaire décrit alors de façon saisissante l'emprise victorieuse d'un mal fait de désespoir, d'angoisses, de cauchemars symboliques, qu'il baptise le "spleen". Les autres sections, Tableaux parisiens, Le Vin, Fleurs du mal, Révolte et La Mort, accélèrent cette déchéance par de vaines tentatives pour y échapper. Ni le spectacle de la ville, ni l'ivresse du vin, ni les comportements anormaux n'offrent d'échappatoires  efficaces à sa souffrance. Seule la mort lui offrira peut-être une ouverture "sur les cieux inconnus".

Une construction calculée


Bien que dédiée à Gautier, l'æuvre ne peut être tenue pour un exercice de style parnassien ; elle n'a pas davantage pour objet principal le morbide, le malsain et le décadent ; et, malgré ses aspects spiritualistes, elle ne peut être complètement assimilée à une æuvre chrétienne qui décrirait la tentation satanique. En fait, mieux vaut se laisser charmer par la. variété des thèmes et par la beauté toujours un peu mystérieuse de ces vers aux nombreuses harmoniques.

Extraits :
L'ALBATROS

Pour symboliser le poète, Baudelaire ne songe ni à l'aigle royal des romantiques ni à la solitude orgueilleuse du condor, décrite par Leconte de Lisle. Il choisit un symbole plus douloureux : l'albatros représente la dualité de l'homme cloué au sol et aspirant à l'infìni ; il représente surtout le poète, cet incompris, celui qui, dans le poème en prose intitulé  L'Étranger, répond aux hommes surpris de voir qu'il n'aime rien ici-bas :  "J'aime les nuages... l es nuages qui passent...là-bas, là-bas... les merveilleux nuages !"


Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement  leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons  traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu 'il est comique et laid  !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule ,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer  ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher .


PARFUM EXOTIQUE
Auprès de Jeanne DUVAL qui reprèsent l'attrait de la sensualité,
 Baudelaire trouvait le charme
de l'évasion exotique.


Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d 'automne,
Je respire l'odeur  de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone ;

Une île paresse où la nature donne
Des arbres singuliers  et des fruits savoureux ;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'æil par sa franchise étonne .

Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,

Pendant que le parfum des verts tamariniers
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.


CHANT D' AUTOMNE

Pour le poète miné par le Spleen, l'automne n 'a plus le charme lamartinien des paysages en  accord avec une douce mélancolie ; c'est déjà l'annonce de l'hiver,  de la souffrance physique, et, par correspondance, des malaises d'une âme qui sent venir les grandes  crises.

Bienôt nous plongerons dans les froides ténèbres  ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts  !
J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois  retentissant sur le pavé des cours.

Tout l'hiver va rentrer  dans mon être  : colère,
Haine , frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire
Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.

J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

Il me semble, bercé  par ce choc monotone,
Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part...
Pour qui ? - C'était hier l'été ; voici l'automne  !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.



Notes :

Les trois femmes qui ont inspiré Baudelaire : Jeanne Duval, la mulâtresse peinte par Manet, qui lui inspirait ses rêveries exotiques ; Marie Daubrun, l'inspiratrice de L' invitation au voyage ; la "présidente", Mme Sabatier, pour qui il brûla d'un amour idéalisé.

Outre la riche thématique qui mériterait de longues études, un des problèmes intéressants des Fleurs du mal est celui de la moralité en art. Si Baudelaire a longtemps hésité à publier ce recueil, c'est non seulement parce qu'il voulait créer un "ensemble", mais parce qu'il craignait de n'être pas compris. D'une part, il assure qu'il ressort de son livre "une terrible moralité" inspirée par "l'horreur du mal". D'autre part, il pense qu'il faut absolument dissocier les notions d'art et de beauté de celles de morale et vertu : "Je sais que l'amant passionné de beau style s'expose à la haine des multitudes ; mais aucun respect humain, aucune fausse pudeur, aucune coalition, aucun suffrage universel  ne me contraindront à parler le patois incomparable de ce siècle, ni à confondre l'encre avec la vertu."
Mais, par ailleurs, il y a chez lui un goût certain de la provocation : "Chaste comme le papier, sobre comme l'eau, porté à la dévotion comme une communiante, inoffensif comme une victime, il ne me déplairait pas de passer pour un débauché, un ivrogne, un impie et un assassin."


II)  Les Paradis  artificiels

Délices du haschisch, consolation de I'opium : mais les paradis artificiels sont des pièges pour le créateur, qui y perd sa volonté.

Sous le titre général de Paradis artificiels (1860) ont été réunis trois textes de Baudelaire: << Du vin et du haschisch comparés comme moyens de multiplication de l' individualité >>,<<Le poème du haschisch >> et <<Un mangeur d'opium >>.

La version philosophique des Fleurs du mal

En écrivant "Les Paradis artificiels", Baudelaire n'a pas simplement traité des excitants : alcool, haschisch, etc. il a certes cherché à décrire les effets psychiques provoqués par les drogues, mais dans un domaine particulier : celui de la poésie. Car cet ouvrage, du moins selon certains critiques, serait en fait la version philosophique des Fleurs du mal. Du reste, certains passages sont tout simplement la transcription en  prose de poèmes figurant dans les Fleurs du mal (par exemple <<L' Âme du vin >> ou <<Le Vin des chiffonniers >>). Il ne s'agit donc pas du livre d'un drogué qui s'adresse à des drogués, mais d'un homme et d'un poète qui, pour supporter la condition humaine, pour échapper au spleen, a besoin de mettre entre lui et la réalité le filtre de l'ivresse.

Poésie, sensibilité et enfance

Dans <<Du vin et du haschisch >>, Baudelaire, dans un esprit très démocratique, donne la préférence au vin ; celui-ci, en effet, est un breuvage <<social et laborieux >>, puisqu' il permet au travailleur d'oublier sans l'empêcher de travailler (l'alcool plutôt que la révolte, ce que Baudelaire n'a pas dit), alors que le haschisch détourne du travail et rend l'individu asocial. le plus, l'alcool dissipe les soucis, tandis que le haschisch a plutôt tendance à les rendre plus aigus. Après avoir étudié les effets physiologiques et psychiques de cette drogue élitiste, après en avoir vanté avec malice les délices hallucinatoires,Baudelaire en constate l'inutilité pour le créateur, puisqu'il <<est de la nature du haschisch de diminuer la volonté et qu'ainsi il accorde d'un côté ce qu'il retire de l'autre>>. Quant à l'opium, qui avait déjà une longue tradition en littérature, il est d'abord un calmant, un analgésique, et ensuite seulement un  consolateur. Baudelaire traite ce thème à la lumière de l' ouvrage de Thomas De Quincey*, "Confessions d' un mangeur d'opium". Il mêle avec beaucoup d'art les citations du texte original, ses propres analyses  concernant les effets de l'opium et ses observations sur tout ce qui peut rendre dramatique la vie d'un toxicomane. L'opium, chez De Quincey, joue le même rôle que la poésie chez Baudelaire. Ce sont des moyens d' évasion, mais pour mieux retrouver l' enfance, le temps perdu, l'innocence, un état de sensibilité immaculée.

*Thomas De Quincey (1785-1859), auteur des Confessions d'un mangeur d'opiurn, dont Baudelaire s' est inspiré, était un écrivain anglais. Opiomane invétéré, il le resta toute sa vie.

Extraits :

A propos des <<vertus>> comparées du vin et du haschisch

Le vin exalte la volonté, le haschisch l' annihile. Le vin est support physique, le haschisch est une arme pour le suicide. Le vin rend bon et sociable. Le haschisch est isolant. L'un et laborieux pour ainsi dire. l' autre essentiellement paresseux. A quoi bon, en effet, travailler, labourer, écrire, fabriquer quoi que ce soit, quand on peut emporter le paradis d'un seul coup ? Enfin le vin est pour le peuple qui travaille et qui mérite d' en boire. Le haschisch appartient à la classe des joies solitaires ; il est fait pour les misérables oisifs. Le vin est utile, il produit des résultats fructifiants. Le haschisch est inutile et dangereux.

                  ***

En accédant au paradis artiticiel procuré par le haschisch, l'homme a voulu être Dieu...

Mais le lendemain ! le terrible lendemain ! tous les organes relâchés, fatigués, les nerfs détendus, les titillantes envies de pleurer, l' impossibilité de s' appliquer à un travail suivi, vous enseignent cruellement que vous avez joué un jeu défendu. La hideuse nature, dépouillée de son illumination de la veille, ressemble aux mélancoliques débris d' une fête. La volonté surtout est attaquée, de toutes les facultés la plus précieuse. On dit, et c' est presque vrai, que cette substance ne cause aucun mal physique, aucun mal grave, du moins. Mais peut-on affirmer  du' un homme incapable d'action, et propre seulement aux rêves, se porterait vraiment bien, quand même tous ses membres seraient en bon état ? Or, nous connaissons assez la nature humaine pour savoir qu' un homme qui peut, avec une cuillerée de confiture, se procurer  instantanément tous les biens du ciel et de la terre, n' en gagnera jamais la millième partie par le travail.

                   ***


Les rêveries engendrées par l'opium ouvrent le monde de l'enfance (à propos des Confessions de De Quincey)

C' est dans les notes relatives à l' enfance que nous trouverons le germe des étranges rêveries de l'homme adulte, et, disons mieux, de son génie. (...) Tel petit chagrin, telle petite jouissance de l' enfant, démesurément grossis par une exquise sensibilité deviennent plus tard, même à son insu, le principe d' une æuvre d' art. (...) Nous allons donc analyser rapidement les principales impressions d' enfance du mangeur d' opium, afin de rendre plus intelligibles les rêveries qui, à Oxford, faisaient la pâture ordinaire de son cerveau. Le lecteur ne doit pas oublier que c' est un vieillard qui raconte son enfance, un vieillard qui, rentrant dans son enfance, la raisonne toutefois avec subtilité, et qu' enfin cette enfance, principe des rêveries postérieures, est revue et considérée à travers le milieu magique de cette rêverie, c' est-à-dire les épaisseurs transparentes de l' opium.


Notes :

Baudelaire a sans doute commencé à consommer du haschisch à l' époque de son voyage dans l'océan Indien (1841- 1842). Il aurait goûté à la confiture verte pour la première fois chez un ami, chez qui il fit son autoportrait en pied, très démesuré, sous l'influence de la drogue. Il répéta ensuite l'expérience, mais sous contrôle médica1. Le haschisch, introduit en France par les orienta1istes, était a1ors à la mode, une
mode renforcée par l'intérêt que les milieux médicaux portaient à cette drogue.

Baudelaire ne fut donc qu'un consommateur occasionnel de haschisch. En revanche, son expérience de l'opium fut plus longue. Il prit tout d'abord du laudanum comme calmant et analgésique (il souffrait de douleurs intestina1es consécutives à une syphilis). Il  se servit ensuite de l'opium comme euphorisant, pendant une dizaine d'années, mais finit par y renoncer, la drogue lui ayant <<détraqué >> sérieusement
l' estomac.

<<Pour Baudelaire, il n'y a que le moment privilégié de l'ivresse, fût-il éphémère, qui lui permet de se détourner de la misère. Et c'est ce moment euphorique qui constitue l'état poétique de l'existence terrestre. Or, ce qui est tragique, c'est que ce moment privilégié ne dure pas longtemps. (...) Et c'est
ainsi que Baudelaire, déçu de ses efforts gratuits, est conduit à la négation totale de l' existence terrestre. >>

T. Inoue, Une Poétique de l'ivresse chez Baudelaire, Éd. France Tosho 1977






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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 15:25

1821 - 1867


"Baudelaire est au comble de la gloire. Ce petit volume des "Fleurs du mal", qui ne compte pas trois cents pages, balance dans l'estime des lettrés les oeuvres les plus illustres et les plus vastes. Il a été traduit dans la plupart des langues européennes : c'est un fait [...] sans exemple dans l' histoire des Lettres frmçaises".  Ainsi s'exprimait Valéry en 1924. Ainsi s'exprimerait-il encore aujourd'hui. Baudelaire, longtemps proscrit des anthologies, y règne désormais. A l'étranger, ni Racine, ni Mallarmé - qui résistent pas aux traductions -, ni Hugo, réputé surtout pour ses romans, ne connaissent la faveur de la poésie baudelairienne, qui a marqué profondément des écrivains aussi divers que Swinburne, Stéphane George ou D'Annunzio.
D'où vient cette persistante séduction ? Étrange dans une oeuvre qui ne répond pas aux  requêtes contemporaines de la poésie : Baudelaire est aux antipodes des exigences surréalistes de pur jaillissement (et  pourtant Éluard lui voue un culte, Breton ne cesse de s'inspirer de lui). Il n'est pas moins éloigné des théories qui refusent que le langage renvoie au monde extérieur ou aux mouvements de l'âme. L'oeuvre de Baudelaire, même si elle ne s'est pas asservie à une thèse, comporte un message. Elle n'est pas pure organisation de sons et de formes, où le langage ne joue qu'avec lui-même, que réclame un Jean Ricardo.

Né à Paris en 1821, Charles BAUDELAIRE était le fils d'un aimable sexagénaire disciple des philosophes et amateur de peinture. Dès l'âge de six ans, en 1827, l'enfant perdit son père, ancien prêtre revenu en 1791 à l'état laïc. Sa mère, veuve en 1827, se remarie l'année suivante avec le commandant  Aupick, futur général, ambassadeur et sénateur sous l' Empire. Révolté par ce mariage ; "Quand on a un fils tel que moi, écrira-t-il, on ne se remarie pas" l'enfant  qui ne s'entend pas avec son beau-père, est mis en pension à Lyon, puis au Lycée Louis-le-Grand. C'est un élève cynique, singulier, qui éprouve de "lourdes mélancolies",  un "sentiment de destinée éternellement solitaire".

Pendant trois ans (1839-1841), Baudelaire mène au quartier latin la vie dissipée de la Bohème littéraire. Il y retrouve Louis Ménard, fréquente Leconte de Lisle et Pierre Dupont, se lie avec Le Vavasseur, chef de "l'Ecole Normande". Il lit beaucoup, devient ultra-romantique et disciple de GAUTIER ; il se passionne aussi pour  J. DEMAISTRE à qui l'on rattache certains aspects "catholique" de son inspiration.
  Pour l'arracher à cette vie scandaleuse, sa famille l'embarque à Bordeaux sur un voilier en partance pour les Indes (1841). Pris de nostalgie, Baudelaire n 'ira pas plus loin que l' île Bourbon et sera de retour au bout de huit mois. Sur le bateau il s'isole orgueilleusement indifférent à tout ce qui n 'est pas littérature. En réalité ce voyage enrichit sa sensibilité, l'éveille à la poésie de la mer, du soleil, de  l'exotisme. Ces huit mois passés sur les mers des Tropiques contribuent à expliquer l'importance de l'évasion exotique dans la poésie baudelairienne :

J'irai là-bas où l'arbre et  l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats ;
Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève !
Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts.


Dès son retour, Baudelaire exige sa part de l'héritage paternel et se lance dans l'existence dorée de la bohème riche. Il  habite le somptueux hôtel Pimodan ; il est vêtu avec recherche : mais, selon son idéal du dandysme, cette élégance matérielle n'est "qu'un symbole de la supériorité aristocratique de son esprit". Il rencontre Gautier, Balzac  participe à des soirées où se consomme le haschisch et conçoit le projet de rédiger "Les Paradits artificiels". Il se lie avec la mulâtresse Jeanne DUVAL, la Vénus Noire, qu'en dépit d'amours orageuses il gardera comme compagne presque jusqu' à sa mort. C'est la période heureuse de son existence, où il écrit déjà certains poèmes des "Fleurs du Mal".  Mais sa prodigalité menace déjà son patrimoine. Sa famille lui impose un conseil judiciaire qui le limite à une rente mensuelle de deux cents francs (1844) : désormais il vivra misérablement. Contraint parfois à des travaux de littérature alimentaire, le poète - tenté à deux reprises par le suicide - n'en sera que plus amer, conscient de la fugacité du temps, hanté de tant de journées perdues. Pauvre Muse,


Il te faut, pour gagner ton pain de chaque soir,
Comme un enfant de choeur jouer de l'encensoir,
Chanter des Te Deum auxquels tu ne crois guère,

Ou, saltimbanque à jeun, étaler tes appas
Et ton rire trempé de pleurs qu'on ne voit pas,
Pour faire épanouir la rate du vulgaire.

Baudelaire s'affirme comme un remarquable critique d'art avec "Le Salon de 1845" et "Le Salon de 1846". Il compose, et souvent publie dans les revues ou les journaux, des essais, divers poèmes, une nouvelle, "La Fanfarlo", autoportrait à peine déguisé. En 1847, fasciné par l'oeuvre d'Edgar Poe, en qui il découvre un frère spirituel, il commence à la traduire. En 1848, le poète participe aux journées de juin du http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/d0/Apollonie_Sabatier-Vincent_Vidal.jpg/180px-Apollonie_Sabatier-Vincent_Vidal.jpgcôté des insurgés, mais cet engagement politique sera sans lendemain. Deux des grandes inspiratrices  des "Fleurs du mal" croisent sa route en ces années-là, Marie Daubrun vers 1847  et ci contre  Madame Sabatier, à partir de 1852.


La célébrité du scandale

Jusqu'alors Baudelaire n'est guère connu que comme un excentrique des lettres, un dandy de la littérature, paradoxal et insupportable. Il va accéder soudain à une célébrité tapageuse. Décidé à publier en recueil cent de ses poèmes, il choisit un imprimeur élégant et minutieux, Poulet-Malassis, discute avec lui les moindres détails de l'impression. En juin 1857, paraissent  "Les Fleurs du mal" : le recueil - juste après Madame Bovary, de Flaubert - est saisi. Baudelaire et Poulet-Malassis sont jugés, condamnés à des amendes. Six poèmes doivent être retranchés pour immoralité. Un moment abattu, le poète remanie le recueil et donne en 1861 une édition enrichie de poèmes nouveaux. Ces années sont particulièrement fécondes.

L'écrivain compose de nombreux poèmes en prose qui ne paraîtront en volume qu'après sa mort. Cependant sa santé se délabre de plus en plus. Depuis longtemps, des troubles digestifs l'ont conduit à utiliser l'opium. La vie qu'il mène l'épuise. Il note dans le premier de ses journaux intimes, "Fusées" : J'ai cultivé mon hystérie avec jouissance et terreur. Aujourd'hui 23 janvier 1862, j'ai subi un singulier avertissement j'ai senti passer sur moi le vent de l'aile de l'imbécillité".

Au début de 1864, Baudelaire part pour la Belgique, où il espère trouver des allègements à ses difficultés financières. En vain. Ses déceptions donnent naissance aux satires virulentes de "Pauvre Belgique". A la mi-mars, à Namur, le poète présente les premiers symptômes d'aphasie et d'hémiplégie. Deux mois plus tard, privé de la parole, mais lucide, Baudelaire est ramené par sa mère à Paris, il meurt le 31 août 1867, à quarante-six ans.

Les deux années suivantes paraissent successivement " les Curiosités esthétiques" et la troisième édition des "Fleurs du mal", puis un ensemble d'études sur les écrivains contemporains,  "L'Art romantique" et les "Petits poèmes en prose"  (Le Spleen de Paris). Les journaux intimes ne seront publiés qu'en 18
87.



La soif insatiable de tout ce qui est au-delà

Baudelaire domine son siècle par l'acuité de sa réflexion sur le Beau. Il en est de loin le meilleur critique d'art. Il se distingue des écrivains qui l'ont immédiatement précédé en ce qu'il est en possession d'une doctrine esthétique avant même de se livrer à l'activité créatrice. Comme plus tard celui de Proust son cheminement s'accomplit dans le compagnonnage de trois artistes, non pas imaginaires (comme La Recherche du temps perdu), mais réels : le peintre Delacroix, le musicien Wagner,l'écrivain Poe. Persuadé qu'en art "tout révélateur a rarement un précurseur", que "toute floraison est spontanée, individuelle", Baudelaire affirme que le Beau est toujours quelque peu insolite, bizarre, générateur d'étonnement . Lui-même, par-delà  les codifications classiques, se plonge avec délices dans les poèmes du XVI ème  et du début du XVII ème siècle, dont sa propre poésie est toute nourrie.

"C'est cet admirable, cet immortel instinct du Beau qui nous fait considérer la Terre et ses spectacles, comme un aperçu, comme une correspondance du Ciel [...]. C'est à la fois par la poésie et à travers la poésie par et à travers la musique, que l'âme entrevoit les splendeurs situées derrière le tombeau".

Correspondance, voilà l'un des mots-clés de cette esthétique. Correspondance entre les divers arts qui peuvent se féconder les uns les autres et ne constituent tous que des modalités de l'Art. "Les Fleurs du mal" abondent en poèmes inspirés de tableaux, de gravures ou de sculptures. Correspondance entre Terre et le Ciel, formant "l'inépuisable fonds de l'universelle analogie", un trésor de "mystères". Correspondance enfin, entre les différents sens, surtout lorsque ceux-ci perçoivent avec cette intensité qui permet de passer au-delà et sans laquelle il n'est pas de poésie :


Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies, -
 Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,
Ayant l'expansion des choses infini
es
...


Les deux derniers types de correspondance peuvent donner lieu à des poèmes dont les uns s'installent dans le chatoiement sensible, dans un paganisme absolu qui annonce Éluard (ainsi "La Chevelure") :

XXIII - La Chevelure

O toison, moutonnant jusque sur l'encolure !
O boucles ! O parfum chargé de nonchaloir !
Extase ! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir !

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique!
Comme d'autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour! nage sur ton parfum.

J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats ;
Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève !
Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :

Un port retentissant où mon âme peut boire
A grands flots le parfum, le son et la couleur
Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur.

Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse
Dans ce noir océan où l'autre est enfermé ;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse,
Infinis bercements du loisir embaumé !

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues
Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond ;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m'enivre ardemment des senteurs confondues
De l'huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde!
N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir?

     Les Fleurs du mal, Charles Baudelaire


Le symbole et l'allégorie sont au coeur de l'esthétique baudelairienne. L'imagination y est proclamée : la  reine des facultés.

...  Tout l'univers visible n'est qu'un magasin d'images et de signes... C'est une espèce de pâture que l'imagination doit digérer et transformer. Toutes les facultés de l'âme humaine doivent être subordonnées à l'imagination, qui les met en réquisition toutes à la fois.
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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 15:35


Le jeune libertin Valentin, après avoir juré qu'il séduirait Cécile mais que jamais il ne l'épouserait, se trouve pris au piège du mariage.

Publié dans la Revue des deux mondes en 1836, "Il ne faut jurer de rien" est la dernière grande oeuvre dramatique de Musset. Agé de vingt-six ans, il semble être à l'apogée de son activité littéraire poétique, dramatique el narrative.

Un proverbe de salon

L'oncle Van Buck adresse à son neveu Valentin une série de remontrances pour son insouciance, son oisiveté et ses dépenses. A ces défauts, iI propose une solution : le mariage. Mais Valentin est un jeune libertin : iI promet de tenter de séduire la jeune fille qu'on lui présentera pour montrer qu'il ne faut pas l'épouser. En cas d'échec, iI veut bien se marier avec elle. Au château de Mantes où iIs sont conviés, iI imagine donc de multiples stratagèmes pour séduire Cécile de Mantes qui reste insensible. Il se décide alors à lui écrire ; mais la baronne, mère de Cécile, s'empare de la lettre. S' y voyant ridiculisée, elle chasse Van Buck et son neveu. Valentin envoie par un intermédiaire un billet à Cécile qui a été enfermée. Elle y répond, acceptant  le rendez-vous qu'iI lui a proposé. Celui-ci croit ne passer "qu' un quart d'heure d'amourette" avec elle mais iI se trouve finalement pris au piège du mariage. Il est vaincu par Cécile. Il ne faut donc jurer de rien.

L'art de la modulation

Dans "II ne faut jurer de rien", deux mondes diffèrent sensiblement : Van Buck et Valentin représentent la noblesse déchue devenue commerçante, la  baronne et Cécile, l'aristocratie de l'Ancien Régime. L'éducation des deux jeunes gens est elle aussi contrastée : au jeune dandy blasé par trop d'aventures, vivant d'expédients, répond la jeune fil1e étroitement surveillée qui cherche la voie de son propre bonheur. La morale de la jouissance, du dandysme de la ville, se confronte donc à la morale de la charité, de la hiérarchie sociale aristocratique de la campagne. La pièce devient ainsi un jeu dramatique, qui prend le dialogue  pour support, ferment et substance même de I'action, alors qu'il n'apparaît au départ que comme une conversation en liberté. L'action dramatique progresse d'entrevues en entrevues, le dramaturge conduit les personnages d'une main ferme alors qu'ils ont l'air d'improviser leur rôle.


Extraits :

L ' oeuvre s'inscrit dans l'ensemble Comédies et Proverbes. Musset en modifia le texte quand il s'agit de représenter la pièce à la Comédie Française en 1848.

Acte 1, scène I

VAN BUCK. - Fi donc ! mademoiselle de Mantes est sage et bien élevée.. c'est une bonne petite fille.

VALENTIN. - A Dieu ne plaise que j'en dise du mal ! elle est sans doute la meilleure du monde. Elle est bien élevée, dites-vous ? Quelle éducation a-t-elle reçue ? La conduit-on au bal, au spectacle, aux courses de chevaux ? Sort-elle seule en fiacre, le matin, à mid,. pour revenir à six heures ? A-t-elle une femme de chambre adroite, un escalier dérobé ? {A-t-elle vu La Tour de Nesle. et lit-elle les romans de M. de Balzac ?} La mène-ton, après un bon dÎner, les soirs d'été, quand le vent est au sud, voir lutter aux Champs-Elysées dix ou douze gaillards nus, aux épaules carrées ?  A-t-elle {pour maÎtre} un beau valseur, grave et frisé, au jarret prussien, qui lui serre les doigts quand elle a bu du punch ? Reçoit-elle des visites en tête à tête, l'àprès-midi, {sur un sopha élastique,} sous le demi-jour d'un rideau rose ? A-t-elle à sa porte un verrou doré, qu'on pousse du petit doigt en tournant la tête, et sur lequel retombe mollement une tapisserie sourde et muette ? Met-elle son gant dans son verre lorsqu'on commence à passer le champagne ? {Fait elle semblant d'aller au bal de I'Opéra, pour s'éclipser un quart d'heure, courir chez Musard et revenir bâiller ?} Lui a-ton appris, quand Rubini chante, à ne montrer que le blanc de ses yeu.x. comme une colombe amoureuse ? {Passe-t-elle l'été à la campagne chez une amie pleine d'expérience, qui en répond à sa famille, et qui, le soir, la laisse au piano, pour se promener sous les charmilles, en chuchotant avec un hussard ?} Va- t- elle aux eaux ? A-t-elle des migraines ?

VAN BUCK. - Jour de Dieu ! qu'est-ce que tu dis là !

VALENTIN. - C'est que si elle ne sait rien de tout cela, on ne lui a pas appris grand-chose .. car, dès qu'elle sera femme, elle le saura, et alors qui peut rien prévoir ?

                        ***
Acte III scène 4

CÉCILE. - Vous me disiez  "tu", tout à l'heure, et même, je crois, un peu légèrement. Quelle est donc cette mauvaise pensée qui vous a frappé tout à coup ? Vous ai-je déplu ? Je serais bien à plaindre. Il  me semble pourtant que je n'ai rien dit de mal. {Mais si vous aimez mieux marcher, je ne veux pas rester assise. (Elle se lève.)]  Donnez-moi le bras {, et promenons-nous]. Savez-vous une chose ? Ce matin, je vous avais fait monter dans votre chambre un bon bouillon qu' Henriette avait fait. Quand je vous ai rencontré, je vous l'ai dit j'ai cru que vous ne vouliez pas le prendre. et que cela vous déplaisait. J'ai repassé trois fois dans l'allée m'avez-vous vue ? Alors vous êtes monté ..je suis allée me mettre devant le parterre, et je vous ai vu par votre croisée ; .vous teniez la tasse à deux mains. et vous avez bu tout d'un trait. Est-ce vrai ? L'avez-vous trouvé bon ?

VALENTIN. - Oui, chère enfant,  le meilleur du monde { bon comme ton coeur et comme tNi].


Notes :

Les structures de parenté sont la justification des rapports entre les personnages. Chaque famille est en effet incomplète. Il n'est jamais question des parents de Valentin, pas plus que du père de Cécile. Valentin vit dans un univers masculin ; le seul homme qui paraisse dans l'entourage de Cécile dans la pièce est l' abbé qui est ridiculisé et en outre berné par Cécile. Ces deux familles sont donc appelées à se réunir pour former une structure complète.

"Comme cette phrase est nette, vive, alerte ! Comme I'esprit pétille au choc du dialogue ! Que de malice, et en même temps quelle tendresse ! La bouche sourit et l'oeil brille, lustré par I'émotion."

- Théophile Gautier.

"Il  n'est guère possible de conduire sûrement un dialogue sans avoir en quelque degré le sens psychologique. Musset I'a eu plus qu'aucun romantique. (...) C'est une comédie fantaisiste, précieuse et naturelle, excentrique et solide, sentimentaIe et gouailleuse, plus poétique que la comédie de Marivaux, moins profonde que la comédie de Shakespeare."

- Gustave Lanson.

Il ne faut jurer de rien
s'achève sur une
leçon de langage : Cécile impose sa volonté en faisant progresser irrésistiblement le dialogue vers la vérité par une dialectique complexe.

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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 15:33

1810  -  1857

 

 


 

Alfred de Musset est né à Paris en décembre 1810.  Il vit une enfance très choyée, entre ses parents aisés et fort léttrés. Brillant élève du Lycée Henri IV, il fait le coup de feu  lors de la révolution de 1830. Sous l'influence de son cercle d'amis, un peu écrivains et très dandys, sa personnalité se transforme et s'oriente vers ce qu'il  appelle "la débauche". Cette rupture intérieure sert d'aliment à sa création poétique, très précoce, et immédiatement appréciée par le public. Il commence des 1824 à écrire des vers. S'il entreprend des études de droit, de médecine, de musique, de dessin, il les abandonne très vite, car seule la littérature l'intéresse. En 1828, il est introduit dans le Cénacle romantique et chez Nodier à l' Arsenal : il se lie avec Vigny et Sainte-Beuve, admire la virtuosité de Hugo et, par la facilité de son talent, il a tôt fait de devenir l'enfant prodige du romantisme.
En 1832  la mort de son père affecte douloureusement Musset. Obligé de gagner sa vie, il publie "Un Spectacle dans un Fauteuil"  qui comprend, en plus de Namouna, un drame :" La Coupe et les Lèvres", et une comédie : "A quoi rêvent les jeunes filles". Pièces publiées et  non jouées ; en effet  "La Nuit vénitienne"  ayant échoué à la représentation (1830), Musset  écrit désormais pour la lecture et non pour la scène. La Revue des Deux Mondes  donnera de lui, en 1833 ," Les Caprices de Marianne",  en 1834 il publie "Fantasio", "On ne badine pas avec l'amour"  et  "Lorenzaccio",  un des chefs-d'oeuvre du drame.

Musset  venait de remporter un brillant succès en publiant "Rolla", quand il s'enflamma de passion pour Georges Sand (1833). Après un séjour idyllique à Fontainebleau, ils voulurent consacrer leur amour romantique par un voyage en Italie. Mais la désillusion fut  prompte. A Venise, en février 1834, le poète tombe gravement malade ; George Sand le soigne de tout son dévouement, mais le trahit avec son médecin Pagello. Musset rentre seul à Paris et échange avec elle une correspondance où il semble lui accorder son pardon.
Quelques mois plus tard, George Sand est de retour : d'août 1834 à mars 1835, c'est une suite de réconciliations et de ruptures orageuses où la jalousie nerveuse de Musset, excitée par l'abus de l'alcool, semble avoir joué un grand rôle. Cette aventure, cette inquiétude d'une âme tourmentée reparaîtront dans "La Confession d'un enfant du siècle" (1836).

Il avait compris très tôt que la source du vrai lyrisme est dans les élans du coeur, mais sa douloureuse passion pour Georges Sand a contribué à mûrir son génie : même si elle n'est pas directement à l'origine de tous ses chefs-d'oeuvre, c'est à cette "grande douleur"  que nous devons la poignante sincérité des "Nuits" (1835-1837), de la "Lettre à Lamartine" (1836), de "Souvenir"  (1841).


Au cours des années 1835-1840, les plus fécondes de sa carrière, Musset  publie encore des comédies : Barberine (1835), Le Chandelier (1835), Il ne faut jurer de rien (1836).

A trente ans, épuisé par les plaisirs et l'alcoolisme, Musset est menacé par une maladie de coeur. De temps à autre, il donne quelques nouvelles, quelques comédies : "Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée" (1845), "Carmosine" (1850), "Bettine" (1851). Il  entre à l'Académie en 1852, mais depuis longtemps son inspiration poétique est tarie et il meurt dans l'obscurité en 1857.

Rien n' évoque mieux sa destinée mélancolique que le sonnet qu'il avait écrit pour lui-même dès 1840, et qui fut publié plus tard sous le titre de

                                      TRISTESSE
:


J'ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis et ma gaîté ;
J'ai perdu jusqu'à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.
Quand j'ai connu la Vérité,
J'ai cru que c'était une amie ;
Quand je l'ai comprise et sentie,
J'en étais déjà dégoûté.
Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d'elle
Ici-bas ont tout ignoré.
Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d'avoir quelque fois pleuré.


http://ecx.images-amazon.com/images/I/41DKHA5TSFL._SL500_AA240_.jpg"La Confession d'un enfant du siècle" instaure le mythe d'une jeunesse absolue, qui affectera Musset dans sa þropre vie : à l'âge de vingt-six ans, il a déjà écrit l'essentiel de son oeuvre et ne fera dès lors que se répéter tristement. Tous ses héros sont des jeunes gens, et pourtant la jeunesse devient chez lui une valeur négative. Certes, on ne peut qu'être adolescent dans cette oeuvre où les pères paraissent soit veules, soit stupides. Mais être jeune, c'est aussi ne pas savoir grandir, c'est connaître dans sa chair et dans son siècle le péché originel de la <<blessure>>. Marquée, avant d' avoir vécu, par la trahison des  apparences, par le défaut d'avenir, par la duplicité amoureuse, c'est une jeunesse régressive qui s'exhibe, soupirant après sa pureté perdue. Se définissant dans l' intervalle de la confession narcissique et de l'action à venir, toujours espoir de salut, les jeunes gens, chez Musset, ne peuvent qu'être fatalement déçus.

Cette position en porte à faux du jeune homme romantique s'intériorise, chez Musset, en un réseau de contradictions déchirantes. Ainsi, Lorenzo le pur se travestit en Lorenzaccio pour délivrer la cité, mais y perd son âme ; Fantasio, pour dénoncer la mascarade d'un mariage arrangé, prend la place d'un autre en revêtant l'habit du bouffon, et Perdican, jouant une femme contre une autre, finit par les perdre toutes les deux. Le dédoublement affecte même l'identité sexuelle des héros : Lorenzo est aussi Lorenzetta, ou Renzina, l'homme "sans épée", le giton supposé du duc ; Fantasio fuit l'amour de la princesse, et Cælio, impuissant à se déclarer, se fait doubler par son confident plus habile. Enfin, ces contradictions définissent une écriture : la prose autobiographique de La Confession utilise à la fois la première et la troisième personnes ; la poésie des Nuits met en scène le Poète et sa Muse, et le théâtre, fait pour être lu plus que pour être vu, multiplie, en abîme, masques et dévoilements.

L'Histoire est l'espace privilégié de ce jeu de miroirs. Les pièces à la manière de Shakespeare, comme Lorenzaccio, Fantasio ou André del Sarto, campent toujours le jeune héros dans une époque dégradée. La Florence d' Alexandre de Médicis a sombré dans l'abjection, et le roi de Bavière, très bourgeois, rit quand Fantasio retire la perruque de son noble invité. Les jeunes gens peuvent rêver à Brutus et fomenter une révolution, ou se moquer cyniquement de leur temps, ils n'ont pas de prise sur l'Histoire, sinon de manière bouffonne. Lorenzo tue et meurt en vain, car c'est l'Histoire elle-même qui s'est arrêtée, étant désormais vouée à se répéter, au profit des mêmes personnages vils et désabusés. "Mon coeur est navré de solitude", dit Lorenzo : c'est toujours à cette plainte qu'ouvre la profondeur de l'espace historique, redoublement d'un XIX ème  siècle creux.


I) Lorenzaccio

LORENZACCIO (1834) est le drame romantique qui répond le mieux aux idées de Stendhal, le seul digne d'être comparé à ceux de Shakespeare.

  http://www.site-magister.com/mucha.jpgLe sujet, emprunté aux Chroniques Florentines de Varchi, avait inspiré George Sand avant d'être repris par MUSSET. C'est le drame de Lorenzo, meurtrier du tyran Alexandre, mais c'est aussi une vaste fresque historique où revit la Florence du XVl ème siècle. A travers ses 39 tableaux - sites célèbres, jardins, rues, églises, palais - s'agite une profusion de personnages de tous les milieux avec leurs passions mesquines ou leurs aspirations élevées. Quelle impression de vie intense ! Quelle impression de vérité, obtenue par un choix discret et évocateur de documents caractéristiques !

Lorenzo de Médicis
s'est introduit dans l'intimité de son cousin, le duc Alexandre, tyran de Florence qu'il gouverne avec l' appui de l'empereur Charles Quint et du Pape. Originellement pur et vertueux, Lorenzo est devenu le compagnon de  débauche du duc, et les Florentins, par dérision, ont surnommé Lorenzaccio le triste et veule personnage, qui s'évanouit à la vue d'une épée. Lorenzo, en fait, s'est juré de tuer son cousin pour libérer la ville et lui permettre de se constituer en république. Mais on ne porte pas  impunément le masque du vice, et Lorenzo, amer, désespéré, doutant de sa mission et de l'humanité tout entière, a déjà perdu son âme lorsqu'il réussit à attirer chez lui le duc, amoureux de sa jeune tante, et à le poignarder. Meurtre inutile, d'ailleurs. Un autre Médicis, Cosme, reprend le pouvoir, dans une Florence muette et soumise, et fait assassiner Lorenzo, réfugié à Venise. Frère de Brutus et de Hamlet, Lorenzaccio est le héros le plus shakespearien du théâtre français. Créé par Sarah Bernhardt (1896), puis joué par des femmes, ce fut l'un des grands rôles de Gérard Philipe au T.N.P, (1952).


Extrait :

Un jardin. − Clair de lune ; un pavillon dans le fond, un autre sur le
devant.
Entrent le Duc et Lorenzo, couverts de leurs manteaux ; GIOMO, une
lanterne à la main.


LE DUC. Qu'elle se fasse attendre encore un quart d'heure, et je m'en vais. Il fait un froid de tous les diables.
LORENZO. Patience, Altesse, patience.
LE DUC. Elle devait sortir de chez sa mère à minuit ; il est minuit, et elle ne vient pourtant pas.
LORENZO. Si elle ne vient pas, dites que je suis un sot, et que la vieille mère est une honnête femme.
LE DUC. Entrailles du pape ! avec tout cela je suis volé d'un millier de ducats.
LORENZO. Nous n'avons avancé que moitié. je réponds de la petite. Deux grands yeux languissants, cela ne trompe pas. Quoi de plus curieux pour le connaisseur que la débauche à la mamelle ? Voir dans un enfant de quinze ans la rouée à venir ; étudier, ensemencer, infiltrer paternellement le filon mystérieux du vice dans un conseil d'ami, dans une caresse au menton ; −  tout dire et ne rien dire, selon le caractère des parents ; − habituer doucement l'imagination qui se développe à donner des corps à ses fantômes, à toucher ce qui  l'effraie, à mépriser ce qui la protège ! Cela va plus vite qu'on ne pense ; le vrai mérite est de frapper juste.
Et quel trésor que celle−ci ! tout ce qui peut faire passer une nuit délicieuse
à Votre Altesse ! Tant de pudeur ! Une jeune chatte qui veut bien des confitures, mais qui ne veut pas se salir la patte. Proprette comme une Flamande ! La médiocrité bourgeoise en personne. D'ailleurs, fille de bonnes gens, à qui leur peu de fortune n'a pas permis une éducation solide ; point de fond dans les principes, rien qu'un léger vernis ; mais quel flot violent d'un fleuve magnifique sous cette couche de glace fragile, qui craque à chaque pas ! jamais arbuste en fleurs n'a promis de fruits plus rares, jamais je n'ai humé dans une atmosphère enfantine plus exquise odeur de courtisanerie.
LE DUC. Sacrebleu ! je ne vois pas le signal. Il faut pourtant que j'aille au bal chez Nasi : c'est aujourd'hui qu'il marie sa fille.
GIOMO. Allons au pavillon, monseigneur. Puisqu'il ne s'agit que d'emporter une fille qui est à moitié payée, nous pouvons bien taper aux carreaux.
LE DUC. Viens par ici, le Hongrois a raison. (ils s'éloignent. − Entre Maffio.)
MAFFIO.
Il me semblait dans mon rêve voir ma soeur traverser notre jardin, tenant une lanterne sourde, et couverte de pierreries. Je me suis éveillé en sursaut. Dieu sait que ce n'est qu'une illusion, mais une illusion
trop forte pour que le sommeil ne s'enfuie pas devant elle. Grâce au Ciel, les fenêtres du pavillon où couche la petite sont fermées comme de coutume ; j'aperçois faiblement la lumière de sa lampe entre les feuilles de notre vieux figuier. Maintenant mes folles terreurs se dissipent ; les battements précipités de mon coeur font place à une douce tranquillité. Insensé ! mes yeux se remplissent de larmes, comme si ma pauvre soeur
avait couru un véritable danger. − Qu'entends−je ? Qui remue là entre les branches ? (La soeur de Maffio passe dans l'éloignement.) Suis−je éveillé ? c'est le fantôme de ma soeur. Il tient une lanterne sourde, et un collier brillant étincelle sur sa poitrine aux rayons de la lune. Gabrielle ! Gabrielle ! où vas−tu ? (Rentrent Giomo et le duc.)
GIOMO. Ce sera le bonhomme de frère pris de somnambulisme. − Lorenzo conduira votre belle au palais par la petite porte ; et quant à nous,   qu'avons−nous à craindre ?
MAFFIO. Qui êtes−vous ? Holà ! arrêtez ! (Il tire son épée.)
GIOMO. Honnête rustre, nous sommes tes amis.
MAFFIO. Où est ma soeur ? que cherchez−vous ici ?
GIOMO. Ta soeur est dénichée, brave canaille. Ouvre la grille de ton jardin.
MAFFIO. Tire ton épée et défends−toi, assassin que tu es !
GIOMO saute sur lui et le désarme. Halte−là ! maître sot, pas si vite !
MAFFIO. ô honte ! ô excès de misère ! S'il y a des lois à Florence, si quelque justice vit encore sur la terre, par ce qu'il y a de vrai et de sacré au monde, je me jetterai aux pieds du duc, et il vous fera pendre tous les deux.
GIOMO. Aux pieds du duc ?
MAFFIO. Oui, oui, je sais que les gredins de votre espèce égorgent impunément les familles. Mais que je meure, entendez−vous, je ne mourrai pas silencieux comme tant d'autres. Si le duc ne sait pas que sa ville est une forêt pleine de bandits, pleine d'empoisonneurs et de filles déshonorées, en voilà un qui le lui dira. Ah ! massacre ! ah ! fer et sang ! j'obtiendrai justice de vous.
GIOMO, l'épée à la main. Faut−il frapper, Altesse ?
LE DUC. Allons donc ! frapper ce pauvre homme ! Va te recoucher, mon ami ; nous t'enverrons demain quelques 90 ducats. (Il sort.)
MAFFIO. C'est Alexandre de Médicis !
GIOMO. Lui−même, mon brave rustre. Ne te vante pas de sa visite si tu tiens à tes oreilles. (II sort.)

Acte I / Scène I

La Poésie :

Cette poésie du coeur à laquelle MUSSET aspirait depuis 1830, nous la voyons réalisée dans les chefs-d'oeuvre lyriques (réunis pour la plupart dans le recueil des Poésies Nouvelles) qui se succèdent après l'aventure de Venise : Nuit de Mai (1835), Nuit de Décembre (1835), Lettre à Lamartine (1836), Nuit d' Août (1836), Nuit d'Octobre (1837), Souvenir (1841).

http://image.evene.fr/img/livres/g/2080710672.jpgConsidérer toutes ces émotions comme liées à l'unique souvenir de GEORGE SAND serait une erreur : MUSSET s'était trop dispersé dans sa course au bonheur pour ne penser qu'à ce seul amour pendant six années. Mais c'est cette grande passion qui a transformé son lyrisme, lui donnant une gravité, une intensité douloureuse qu'il n'avait pas antérieurement. Même quand ces poèmes ont à leur origine directe d'autres émotions, l'ancienne blessure se rouvre à l'occasion de la nouvelle souffrance et c'est elle qui donne à la douleur ses accents les plus déchirants. En somme, si l'on ne peut voir dans cet ensemble lyrique l'évolution d'une seule crise sentimentale, il n'en est pas moins vrai qu'elle en offre les étapes naturelles : souffrance aiguë, mélancolie de la solitude, recherche d'une consolation plus haute, désir effréné de jouir de la vie, illusion de  l'apaisement, suivie d'une révolte et d'un pardon fièrement consenti, souvenir calme et attendri.

II) LA NUIT DE MAI

Depuis la rupture définitive avec GEORGE SAND le poète est resté muet, lorsqu'en mai 1835 il sent qu'il a " quelque chose dans l'âme qui demande à sortir". En deux nuits et un jour, dans un élan d'enthousiasme poétique, il écrit cette "Nuit de Mai", un des plus touchants et des plus sublimes cris d'un jeune coeur qui déborde"  (Sainte-Beuve).  Le dialogue entre la MUSE et le POÈTE est la transposition du débat entre le génie créateur de MUSSET, sensible à l'appel du renouveau, et le coeur de l'homme trahi, presque égaré par son malheur. "Les plus désespérés sont les chants les plus beaux"  : à ce vers immortel, est-il un meilleur commentaire que la Nuit de Mai elle-même ?

LA MUSE.
Poète, prends ton luth et me donne un baiser ;
La fleur de l'églantier sent ses bourgeons éclore.
Le printemps naît ce soir ; les vents vont s'embraser ;
Et la bergeronnette, en attendant l'aurore,
Aux premiers buissons verts commence à se poser.
Poète, prends ton luth et me donne un baiser.
LE POÈTE.
Comme il fait noir dans la vallée !
J'ai cru qu'une forme voilée
Flottait là-bas sur la forêt.
Elle sortait de la prairie ;
Son pied rasait l'herbe fleurie ;
C'est une étrange rêverie ;
Elle s'efface et disparaît.
LA MUSE.
Poète, prends ton luth ; la nuit, sur la pelouse,
Balance le zéphyr dans son voile odorant.
La rose, vierge encor, se referme jalouse
Sur le frelon nacré qu'elle enivre en mourant .
Écoute ! tout se tait ; songe à ta bien-aimée
Ce soir, sous les tilleuls, à la sombre ramée
Le rayon du couchant laisse un adieu plu doux.
Ce soir, tout va fleurir : l'immortelle nature
Se remplit de parfums, d'amour et de murmure,
Comme le lit joyeux de deux jeunes époux.
LE POÈTE.
Pourquoi mon coeur bat-il si vite  ?
Qu'ai-je donc en moi qui s'agite
Dont je me sens épouvanté ?
Ne frappe-t-on pas à ma porte ?
Pourquoi ma lampe à demi morte
M'éblouit-elle de clarté ?
Dieu puissant ! tout mon corps frissonne.
Qui vient ? qui m'appelle ? - Personne.
Je suis seul ; c'est l'heure qui sonne ;
O solitude ! ô pauvreté !
LA MUSE.
Poète, prends ton luth ; le vin de la jeunesse
Fermente cette nuit dans les veines de Dieu.
Mon sein est inquiet ; la volupté l'oppresse,
Et les vents altérés m'ont mis la lèvre en feu.
O paresseux enfant ! regarde, je suis belle.
Notre premier baiser, ne t'en souviens-tu pas,
Quand je te vis si pâle au toucher de mon aile,
Et que, les yeux en pleurs, tu tombas dans mes bras ?
Ah ! Je t'ai consolé d'une amère souffrance !
Hélas ! bien jeune encor, tu te mourais d'amour.
Console-moi ce soir, je me meurs d'espérance ;
J'ai besoin de prier pour vivre jusqu'au jour .


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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 13:26



1808  1889


Jules Barbey, écrivain français né en Normandie, le 2 novembre 1808,  surnommé le "Connetable des lettres", adopta un dandysme aristocratique et témoigna d'un superbe mépris pour la médiocrité bourgeoise de son temps. Polémiste redoutable, iI défendit avec quelque provocation, des insitutions ou des thèses http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/3a/Aurevilly.jpg/170px-Aurevilly.jpgextrêmes : le catholicisme de l'lnquisition, le monarchisme des Chouans, etc. Malgré son parti-pris, il fut un critique clairvoyant et indépendant (Les Hommes et les oeuvres, 1861-1865). Notre siècle a redécouvert une oeuvre romanesque insolite, associant le réalisme et le fantastique, la violence des passions et une apparente froideur de l'écriture, l'intensité dramatique et l'extravagance des intrigues." Le Chevalier Des Touches" (1864), "Un prêtre marié" (1865), et surtout  "Les Diaboliques" (1874) - recueil de six nouvelles présentant des cas de possession satanique - assurent une audience durable au  "Connétable des Lettres".

Né au sein d’une ancienne famille normande, Jules Barbey d’Aurevilly baigne dès son plus jeune âge dans les idées catholiques, monarchistes et réactionnaires. Un moment républicain et démocrate, Barbey finit, sous l’influence de Joseph de Maistre, par adhérer à un  monarchisme intransigeant, méprisant les évolutions et les valeurs d’un siècle bourgeois. Il revient au catholicisme vers  1846 et se fait le défenseur acharné de l’ultramontanisme et de l’absolutisme, tout en menant une vie élégante et désordonnée de  dandy.  Il théorise d'ailleurs, avant  Beaudelaire cette attitude de vie dans son essai sur le Dandysme. Ses choix idéologiques nourriront une œuvre littéraire, d’une grande originalité, fortement marquée par la foi catholique et le péché.
Son œuvre dépeint les ravages de la passion charnelle (Une vieille maîtresse 1851), filiale  (Un prêtre marié), 1865 ; (Une histoire sans nom,  1882), politique (Le Chevalier des Touches, 1864) ou mystique (l'Ensorcelée, 1855). Son œuvre la plus célèbre aujourd'hui est son recueil de nouvelles  'Les Diaboliques" paru tardivement en 1874, dans lesquelles l’insolite et la transgression, plongeant le lecteur dans un univers ambigu, ont valu à leur auteur d’être accusé d’immoralisme.

Il s’éteint le 23 Avril 1889. L’écrivain normand est inhumé au  cimetière Montparnasse  avant d’être transféré en  1926 au château de Saint-Sauveur le Vicomte.



LES DIABOLIQUES

              Manuscrit
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/e/eb/Diaboliques_manuscrit2.jpg/180px-Diaboliques_manuscrit2.jpg
Très significativement,  Barbey avait d' abord envisagé de donner aux  "Diaboliques" le titre parlant de : Ricochets de conversation.

 En 1874, lorsque le livre sortit, la république était encore (elle le sera jusqu' en 1875) à  tendance fortement monarchiste. L' "ordre moral" régnait, ce qui valut à Barbey d' être inquiété par la juslice. Seule  l' intervenlion d' amis influents  lui permit  d' éviter un procès.




La fascination du mal


Jules-Amédée Barbey d'Aurevilly est un nostalgique. Né huit ans après son siècle, il a vu s'effondrer un à un les derniers vestiges de l'ordre monarchique. Ses ouvrages, "Du dandysme", "Le Chevalier Des Touches"
"L' Ensorcelée",
ou encore son recueil de nouvelles  "Les Diaboliques" , rendent hommage aux derniers aristocrates, à ceux qu'il nomme les "vieux beaux" de l' Ancien Régime. Mais derrière cette nostalgie, se cache aussi une fascination pour le maléfique, d'autant que celui-ci émane, justement, de cette noblesse disparue et tant regrettée. Le mal - le vrai -, dit Barbey, est aristocratique. Les six nouvelles des "Diaboliques", publiées en 1874, tendent à le montrer.

Du badin à I'horreur

Tout commence, chaque fois, par une badine conversation mondaine. Dans une diligence, sur un banc public, dans un salon à la mode, à un banquet d'amis, I'auteur Barbey rencontre des hommes de qualité, un malicieux docteur, des comtesses un peu bavardes... et les fait parler. Une seule règle dirige les six nouvelles, les six "causeries" : plus le début est tranquille, enjoué, inoffensif, plus frémissante, plus diabolique est la fin. "Le Rideau cramoisi" est la nouvelle la plus violente ; "Le Plus Bel Amour de Don Juan", la plus raffinée ; "Le Bonheur dans le crime", la plus provocante ; "A un dîner d'athées", la plus épique ; "La Vengeance d'une femme", la plus impitoyable. Mais la palme de l'horreur revient sans conteste au "Dessous de cartes d' une partie de whist".  Un grand whister écossais, Marmor de Karkoël, établi pour quelques années dans la très aristocratique et très somnolente ville de Valognes, laisse en partant un désor dre complet : une mère et une fille qui s'entredéchirent, un enchaînement de morts mystérieuses et, surtout, I'affreuse découverte des... restes d'un "secret" inavouable. A lire par ceux qui croient encore que I'horreur est affaire de gens raffinés.


Extraits :

- Empêche-le, maman, dit-elle, avec la familiarité d' une enfant gâtée, élevée pour être une despote, de nous dire des atroces histoires qui font frémir.
- Je me tairai, si vous le voulez, mademoiselle Sibylle, répondit celui qu' elle n' avait pas nommé, dans sa familiarité naïve et presque tendre.
Lui qui vivait si près de cette jeune âme, en connaissait les curiosités et les peurs .. car, pour toutes choses, elle avait  l' espèce d' émotion que l' on a quand on plonge les pieds dans un bain plus froid que la température, et qui coupe l'haleine à mesure qu' on entre dans la saisissante fraîcheur de son eau.
- Sibylle n'a tout de même pas la prétention, que je sache, d' imposer silence à mes amis, fit la baronne en caressant la tête de sa fille, si prématurément pensive .. elle a la fuite ..elle peut s' en aller.
Mais la capricieuse fillette, qui avait peut-être autant d' envie de l'histoire que madame sa mère, ne fuit pas...

                                   ***
Quand je sentis cet horrible froid, je me dressai à mi-corps pour mieux la regarder .. je m' arrachai en sursaut de ses bras, dont l' un tomba sur elle et  l' autre pendit à terre, du canapé sur lequel elle était couchée. Effaré, mais lucide encore, je lui mis la main sur le coeur...ll n'y avait rien ! rien au pouls, rien aux tempes, rien aux artères carotides, rien nulle part... que la mort qui était partout, et déjà avec son épouvantable rigidité !

                                   ***

- Je vous entends venir, avec vos petits sabots de bois, fis-je au docteur (...). C' était lui qui l' avait enlevée !
- Eh bien ! pas du tout, dit le docteur .. c' était mieux que cela ! Vou ne vous douteriez jamais de ce que c' était...

                                   ***
Cela dura quelques minutes, ce combat impie...Et c'était si étonnamment tragique, que je ne pensai pas tout de suite à peser de l'épaule sur la porte du placard, pour la briser et intervenir... quand un cri comme je n' en ai jamais entendu, ni vous non plus, Messieurs - et nous en avons pourtant entendu d' assez affreux sur les champs de bataille ! - me donna la force d' enfoncer la porte du placard, et je vis... ce que je ne reverrai jamais ! La Pudica, terrassée, était tombée sur la table où elle avait écrit, et le major l'y retenait d' un poignet de fer, tous voiles relevés, son beau corps à nu, tordu comme un serpent coupé, sous son étreinte. Mais que croyez-vous qu'il faisait de son autre main, Messieurs ?...

Notes :

Quelques dates

1849 : rédaction du "Dessous de cartes d'une partie de whist".
1874 : publication des Diaboliques.
La même année, l'ouvrage fait l'objet de poursuites. Un procès est évité de justesse.
Barbey, malgré la publicité que cette "affaire" a faite à son livre, ressent une vive amertume.
1954 : Les Diaboliques éditées pour le grand public. Très grand succès. Le recueil fut réédité en tout une trentaine de fois.

"De part en part, il n'y a que rhétorique et bluff dans cet homme-Ià."
 -Gide, à propos de Barbey

"Relu avec une admiration étonnée "Les Diaboliques" (...). A un diner d' athées est très voisin de Bemanos. Le ton, l'inspiration religieuse, la rage, la verve, I'insolence, I'impatience, I'adjectif en coup de poing, presque tout y est."
 - Julien Green

"Sur les conseils enthousiastes d'une amie, j' ai lu Barbey d' Aurevilly qui jusqu'alors existait à peine pour
moi (...). Par son style, sa fougue, les audaces de sa plume et de ses inventions, Barbey d'AurevilIy m'a séduite."
- Simone de Beauvoir



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Présentation

  • : Le blog de Cathou
  • Le blog de Cathou
  • : Bonjour à tous.... Une approche de certains écrivains ; vie, œuvres, extraits. A l'attention de la personne "ANONYME" qui se reconnaîtra.... : je n'ai jamais voulu m'approprier ce travail, j'ai noté dans ma page d'accueil les sources :Ce blog sans prétention aucune a été crée à partir de fiches -collection Atlas - et d'ouvrages - collection Lagarde et Michard et collection Nathan "Grands écrivains du Monde", -
  • Contact

Divers personnages....


DANTE


                                                                                                      Béatrice Portinari









Dante par Giotto








Première page de la Divine Comédie













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SOPHOCLE



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                                                                                                       Antigone




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Philotecte abandonné par les Grecs







http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/ff/Sophocles_CdM_Chab3308.jpg/180px-Sophocles_CdM_Chab3308.jpg
Sophocle  Bas relief en marbre









Sophocle




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Pythagore



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Le Banquet manuscrit sur papyrus.






Platon par Raphaël





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ARISTOTE





Aristote par Raphaël




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Aristote sur une fresque murale à Rome




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Alexandre à une bataille






http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/79/AlexanderAndLion.jpg/300px-AlexanderAndLion.jpg



Alexandre combattant un lion







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Bronze - Alexandre









Buste d'Alexandre le Grand







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Alexandre et Aristote





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Enluminure "Chanson de Roland"










http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/18/Mort_de_Roland.jpg/300px-Mort_de_Roland.jpg
Mort de Roland à Ronceveaux
















http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/d6/Charlemagne_and_Pope_Adrian_I.jpg/250px-Charlemagne_and_Pope_Adrian_I.jpg
Charlemagne et le Pape Adrien I






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Charlemagne et son fils Louis le Pieux






RUTEBOEUF

                            



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Ruteboeuf par Clément Marot

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