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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 14:00

1885  1970

 

 

François Mauriac est né à Bordeaux, dans une famille de la bourgeoisie catholique, et il tient à ses origines par de profondes attaches, ce qui ne sera pas pour déplaîre à Maurice Barrèsauteur des "Déracinés" son premier <<intercesseur *>>. Ayant perdu son père prématuremment, il fut élevé par une  mère très pieuse dans le climat moral qui sera, un peu idéalisé, celui du "Mystère Frontenac".

 

* Celui qui  intercède qui  sollicite en faveur de quelqu'un.

 

Après des études secondaires dans un collège de Marianites - congrégration religieuse - , il vint à Paris où il passa une licence de lettres. Il se destinait à l'Ecole de Chartres, mais sa vocation littéraire se déclara de très bonne heure et l'occupa tout entier.

 

http://www.images-chapitre.com/ima2/newbig/546/9766546_191157.jpgLa guerre venue, le chrétien qui,  déjà, aux côtés de Bernanos, avait témoigné hautement contre les cruautés de la guerre civile espagnole, prit position sans hésiter.   Durant l'occupation allemande il écrivit,  sous le pseudonyme de Forez un journal de guerre, "Le Cahier Noir".Toutefois, il sut  en 1944,  garder une attitude  généreuse envers ceux qui n'avaient pas partagé son patriotisme.

 

Francois Mauriac, prix Nobel en 1952, a occupé une place de premier plan dans la vie littéraire et dans la conscience française de son temps. Ce provincial, profondément marqué par son terroir bordelais et par son éducation de bourgeois catholique, ne renonça jamais complètement  à la tentation de la "poésie" : "Mains jointes" en 1909 - "Orages" en 1925 -  "Le sang d'Atys" en 1940.

 

http://www.google.fr/url?source=imgres&ct=img&q=http://www.mes-biographies.com/Ecrivain/images/Mauriac.jpg&sa=X&ei=JE6kTee-MYKV4gbgiuCQCg&ved=0CAQQ8wc&usg=AFQjCNED4NtmL6M4nRHRD1wLbueseWyxEwC'est pourtant au roman qu'il demanda, après avoir << dans son enfance, fait provisions de visages, de silhouettes, de paroles >>, de traduire les tourments d'une conscience inquiète, déchirée dans les combats sans fin de  la chair et de l'esprit. Sans doute est-il impossible de méconnaître en lui le romancier "régionaliste" et le peintre sans complaisance de la société bourgeoise : la terrible  pesanteur de la forêt landaise donne une rare qualité poétique à des romans comme "Thérèse Desqueyroux" (1927), tandis que les problèmes de l'éducation, de la vie conjugale, des passions  et des lâchetés du milieux bourgeois sont au fond de la plus part de ses oeuvres  : "La Robe prétexte" 1914 - "Génitrix" 1923 -  "La Pharisienne" 1943 - "Le Sagouin" 1951.

 

Mais Mauriac est aussi  un moraliste, désireux de comprendre, dans une perspective catholique, le problème du péché et de la conscience coupable. Chez lui, nulle condamnation conformiste des âmes égarées, mais au contraire, la paradoxale certitude que la passion est révélatrice de grandeur et que << toute une vie de souillure n'altère pas cette splendeur de l'être >>. Ce romancier amer est, au fond, plein de confiance en l'homme : << il n'existe pas pour le Fils de l'homme de cas désespéré >>.

 

Est-ce cette sympathie pour les < anges noires >>, qui l'amena à prendre position, courageusement, face aux problèmes de son temps ?. Abandonnant peu à peu la création romanesque à partir de la guerre d'Espagne, il s'opposa,  quitte à soulever l'irritation de la classee sociale, à toutes formes d'injustice et de tyrannie et, comme journaliste, joua un rôle de critique lucide, souvent cinglant, parfois haï : son "Bloc-notes" 1952-1957 , puis ses "Mémoires intérieurs" en 1957 sont l'oeuvre d'un grand polémiste, doublé d'un honnête homme qui, la vieillesse venue, retrouva, par le moyen du souvenir et de la méditation, une sérénité longtemps malmenée au contact de la vie.

 

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 13:47
 

 

Premières voix noires

 

Il  faut attendre le XIX ème siècle pour que se manifeste un réel intérêt à I'égard du continent africain, longtemps ignoré et méprisé. En 1830, la publication par René Caillié de son "Récit d'un voyage à Tombouctou et à Djenné" marque cependant le point de départ d'une abondante littérature de voyage consacrée à l' Afrique, à laquelle la conquête coloniale procure un succès d'actualité. Destinée à un public aussi imbu de sa supériorité raciale qu'avide de pittoresque, cette littérature exotique reste néanmoins prisonnière d'une vision occidentale et ne donne de l'Afrique qu'une image très imparfaite.


http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTDMKsA00JrdUjX2G-6aiUiKtD7iJypaSptg0IgZpOniBYdIZ-1En réaction contre la pauvreté formelle et la médiocrité de l'inspiration qui caractérisent le plus souvent la littérature exotique, un certain nombre de romanciers noirs vont s'efforcer, dans la première moitié du XX ème siècle, de dépeindre la réalité coloniale sous un jour plus authentique. Le plus connu d'entre eux est certainement  René Maran qui, en publiant "Batouala", prix Goncourt 1921, déclencha un véritable scandale. Né à la Martinique, mais d'origine guyanaise, René Maran, qui servait comme fonctionnaire de I'administration coloniale en Oubangui-Chari, s'est attaché dans ce livre à montrer les effets destructeurs de la colonisation sur une société africaine traditionnelle. En réalité, la critique du système colonial à laquelle se livre Maran s'attaque moins au principe qu'à ses applications, et la position qu'il défend est avant tout celle d'un humaniste vigilant soucieux de préserver les acquis de la civilisation occidentale : beaucoup plus qu'en faveur d'une négritude encore à naître, René Maran témoigne donc solennellement au nom de la Déclaration des Droits de I'Homme. Cependant les lecteurs africains ne s'y trompèrent pas et "Batouala" devint le livre de chevet de l'intelligentsia noire, car, remarque, Léopold Senghor, << c'est René Maran qui le premier a exprimé l'âme noire avec le style nègre en français >>.

 

 Le relativisme cuturel

 
 Cette prise de conscience de la réalité coloniale par des romanciers africains ou antillais est inséparable de l'évolution des esprits au cours de la période qui s'intercale entre les deux grandes guerres mondiales. Au brassage humain dû à la participation massive des << tirailleurs sénégalais *>> à la Grande guerre, avec toutes les conséquences qui en résultent, s'ajoute en effet, dans les années trente, un important mouvement de réévaluation des cultures. Sous l'influence d'historiens et d'ethnologues comme Frobénius, Maurice Delafosse**, Théodore Monod***, se fait en effet peu à peu jour l'idée selon laquelle chaque culture possède sa propre valeur et ses propres richesses, et qu'en conséquence il est  absurde de vouloir imposer à tout prix à l' Afrique le modèle occidental : << Le noir n'est pas un homme sans passé, remarque Théodore Monod, il n'est pas tombé d'un arbre avant-hier. L' Afrique est littéralement pourrie de vestiges préhistoriques : il serait donc absurde de continuer à la regarder comme une table rase, à la surface de laquelle on peut bâtir,  n'importe quoi. >>. Ainsi fìnissent par s'imposer les deux notions complémentaires de pluralisme des civilisations et de relativisme des cultures.

 

* Les tirailleurs sénégalais étaient un corps de militaires appartenant à l'Armée coloniale constitué au sein de l'Empire colonial français en 1857, principal élément de la « Force noire »

 

** Maurice Delafosse  1870 - 1926 est un administrateur colonial français, africaniste, ethnologue, linguiste, enseignant et essayiste prolifique.

 

*** Théodore André Monod, né le  9 avril 1922 et mort le  22 novembre 2000 -  scientifique naturaliste, explorateur, érudit et humaniste français.

 

 

Interrogé par Michel FIELD, dans son bureau de la mairie de Fort-de-France, en Martinique, Aimé CESAIRE parle de sa conception de la Négritude, de sa rencontre avec Léopold Sédar SENGHOR au lycée Louis le Grand, de ce que celui-ci lui a apporté dans la connaissance de ses origines. Le poète lit "Dyali", poème qu'il a dédié à SENGHOR.

 

 

 

 

La négritude


Cette prise de conscience de la spécificité et de la dignité des cultures africaines ne va pas tarder à être assumée et reprise en charge par les intellectuels noirs rassemblés à Paris, donnant ainsi naissance à ce qu'on appellera plus tard le mouvement de la négritude.
Sa première expression fut une sorte de manifeste-programme, au titre provocateur, << Légitime défense >>, publié en 1932, et rédigé par un groupe d'intellectuels antillais. Ses auteurs, Étienne Lero, René Ménil et Jules-Marcel Monnerot, y dressaient un sévère réquisitoire contre leurs compatriotes accusés de mimétisme littéraire et de conformisme social, et proposaient simultanément un programme qui définissait dans ses grandes lignes la voie à suivre par l'écrivain antillais : une plus grande sincérité dans sa  démarche et le recours à une thématique authentiquement africaine. Pour diverses raisons, la tentative de << Légitime défense >>, plus politique que littéraire, fut sans lendemain et ne dépassa pas le niveau  théorique. Elle devait toutefois éveiller des échos durables dans les rangs des intellectuels négro-africains du monde entier.

 

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSpmTvnC961sMXyxFEL0fWz2YZXaZhDKR7tBWbPJtaxO0iaZ51tA l'apparition fulgurante de << Légitime défense >> succéda en effet un petit périodique corporatif intitulé <<  L'Étudiant noir  >>, rédigé par un groupe d'étudiants africains et antillais réunis autour d' Aimé Césaire, (à droite)  de Léopold Senghor ( ci dessous)  et de Léon Damas plus bas).

 

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRAZJvY-PYcj6QSgCgh65SgACZn8MRvRoHWlpCJFvsFK5P4sgQd<<Nous étions alors plongés, écrit Senghor, avec quelques autres étudiants noirs, dans une sorte de désespoir panique. L'horizon était bouché. Nulle réforme en perspective, et les colonisateurs légitimaient notre dépendance politique et économique par la théorie de la table rase. Nous n'avions estimaient-ils, rien inventé, rien créé, ni sculpté, ni peint, ni chanté... Pour asseoir une révolution efficace, il nous fallait d'abord nous débarrasser de nos vêtements d'emprunt, ceux de l'assimilation, et affirmer notre être, c'est-à-dire notre négritude >>

 

Désireux de se démarquer par rapport à son prédécesseur, le groupe << l'Étudiant noir >> rejeta en grande partie les thèses de << Légitime défense >> et préconisa un repli fervent autour des valeurs culturelles spécifiquement nègres. Le rejet porta en grande partie sur le marxisme et le surréalisme, soupçonnés d'être des forces de récupération. Conscients que les voies africaines et les voies du marxisme divergeaient sur bien des points, les membres du groupe de  <<L'Étudiant noir>> restèrent donc à l'écart du mouvement communiste, tout en reconnaissant au socialisme son incontestable valeur en tant que méthode de recherche et technique de révolution politique. Quant au surréalisme, en dépit des liens qui unissaient le groupe à Philippe Soupault et à Robert Desnos, il ne fut, semble-t-il, qu'un moyen passager au service d'une recherche originale.

 

La poésie de la négritude


La publication de"Pigments" de Léon Damas en 1937, suivie deux ans plus tard par celle du http://redris.pagesperso-orange.fr/IMAGES/damas.gif"Cahier d'un retour au pays natal" de l' Antillais Aimé Césaire, a marqué le coup d'envoi du mouvement de la négritude auquel est bientôt venu se joindre le poète sénégalais Léopold Senghor. De la conjonction de ces trois hommes et de quelques autres (en particulier le Malgache Rabemananjara) devait naître une extraordinaire flambée poétique qui restera comme le témoignage passionné de l'expression lyrique de la révolte et de la renaissance militante de la culture africaine.
A l'origine de ce sursaut, il y a le désir commun à tous ces hommes d'échapper à la suprématie de la culture occidentale et de renouer avec des racines oubliées. Selon Franz Fanon ce << mouvement de repli >> commande et explique en grande partie une écriture qui ne peut être que lyrique :  << style heurté, fortement imagé, car l'image est le pont-levis qui permet aux énergies inconscientes de s'éparpiller dans les prairies environnantes >>. Il est donc naturel qu'en renouant avec leur passé les poètes de la négritude aient retrouvé au fond d'eux-mêmes les chants et les mots de leur enfance. Léopold Senghor le reconnaît d'ailleurs très volontiers lorsqu'il écrit : << Puisqu'il faut m'expliquer sur mes poèmes, je confesserai encore que presque tous les êtres et choses qu'ils  évoquent sont de nos cantons. Il m'a donc suffi de nommer les choses, les éléments de mon univers enfantin pour prophétiser la cité de demain, qui renaîtra des cendres de l'ancienne, ce qui est la mission du poète >>.
Le premier à emboucher la trompette de la négritude fut donc Léon Damas dont le recueil, "Pigments", exprimait la nostalgie d'un passé irrémédiablement perdu  - << rendez-les moi mes poupées noires, que je joue avec elles >> - avant de clamer brutalement sa révolte d'assimilé et de blanchi malgré lui. Deux ans plus tard, dans I'indifférence générale, "Le Cahier d'un retour au pays natal" faisait  écho au cri de Damas. Après s'être attaché à démystifìer le faux pittoresque des iles, Césaire procède à une prise de conscience graduelle de son aliénation, affirme sa volonté d'assumer totalement la souffrance de son peuple et exalte avec fougue les valeurs de la négritude retrouvée :


ma négritude n' est pas une taie d'eau morte
sur l'oeil mort de la terre
ma négritude n'est ni une tour ni une cathédrale
elle plonge dans la chair rouge du sol
elle plonge dans la chair ardente du ciel
elle troue l'accablement opaque de sa droite patience


En 1945, au lendemain de la guerre, Léopold Senghor faisait entendre sa voix dans "Chants d'ombre", suivis trois ans plus tard par "Hosties noires". Dans ces deux recueils, Senghor entreprend un pèlerinage au royaume d'enfance qui lui permet de retrouver le tuf originel 
( Ce qui constitue le fond véritable ou l'élément originel de quelque chos) dans lequel il s'enracine profondément, mais le souvenir des nuits de jadis n'oblitère pas les souffrances de I'exil, de la solitude et de la haine. Pourtant le poète veut pardonner les offenses de cette France << qui dit bien la voie droite et chemine par des sentiers obliques >>, et il affirme sa volonté de réconcilier le monde noir et le monde occidental.


http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/rabemananjara.jpgA peu près à la même époque, dans sa prison, le poète Jacques Rabemananjara achève "Antsa" (publié en 1956), hymne patriotique dédié à la liberté. En 1948 Senghor publie "l' Anthologie de la nouvelle poésie nègre" qui, du même coup, fait connaître au grand public les oeuvres des poètes noirs d'expression française, tandis que la retentissante préface de Jean-Paul Sartre orchestre à grands coups de cymbales la reconnaissance de la négritude et tente d'en ordonner les intentions maîtresses.

 

La décennie qui devait mener aux indépendances des pays africains n'a pas été inféconde sur le plan poétique - en 1956 sont publiés "Éthiopiques" de Senghor, en 1959 "Ferrements" d'Aimé Césaire -

 

L'âge du roman


Avec l'émancipation progressive des territoires d'outre-mer, l'Afrique émerge de plus d'un siècle de  soumission et accède enfìn au libre droit de disposer d'elle-même.  Un rapide coup d'oeil sur la chronologie des principaux romans africains montre en effet que la plupart furent écrits ou publiés de 1954 à nos jours, c'est-à-dire au moment même où la Cité africaine commençait à prendre conscience d'elle-même.

 

Au départ il y a la protestation. Dans "Les Bouts de bois de Dieu" (1960), le Sénégalais Sembene Ousmane (à droite), qui a été successivement docker, écrivain et cinéaste, met en scène un groupe de syndicalistes http://www.africultures.com/revue_africultures/articles/images/47/47_00_10_01.JPGaux prises avec I'administration coloniale. L'auteur part d'une situation vécue, la grève du chemin de fer du Dakar-Niger en 1947-1948, pour dénoncer la corruption et la médiocrité des chefs traditionnels, complices du pouvoir blanc, et leur opposer le courage et l'abnégation des militants qui n'hésitent pas à affronter les forces de répression pour faire triompher leurs légitimes revendications.

 

Le même souci de rendre sa dignité à http://www.google.fr/url?source=imgres&ct=img&q=http://www.nkul-beti-camer.org/IdenEncyclopedie/1-1279121306-Ferdinand-Oyono-2.jpg&sa=X&ei=M1CcTYauNNXa4AaClfHsBg&ved=0CAQQ8wc&usg=AFQjCNE7KpdVnZtUMcZwyLO2AlhpBG2iIwl'Africain exploité et humilié apparaît dans les deux chefs d'oeuvre de Ferdinand Oyono (à gauche) "Le Vieux nègre et la médaille" et "Une vie de boy"  (1956).

Le premier de ces romans narre I'épisode tragi-comique au cours duquelle vieux Méka, un brave paysan camerounais, est succes- sivement décoré par le haut-commissaire puis, à la suite d'une méprise, insulté, emprisonné et brutalisé par ceux-Ià même qui exaltaient I'amitié et la fratemité entre tous les hommes. Quant à Toundi, le malheureux héros d' "Une vie de boy", il meurt victime de sévices pour avoir été le témoin involontaire des amours coupables de la femme du commandant avec le régisseur de la prison. Mongo Beti se montre encore plus acerbe dans la dénonciation des maux liés à la colonisation.


Dans ses quatre premiers romans échelonnés de 1954 à 1958, Ville cruelle (1954), Le Pauvre Christ de http://www.etonnants-voyageurs.com/local/cache-vignettes/L150xH220/badianseydou-926de.jpgBomba (1956), Mission terminée (1957) et Le Roi miraculé (1958), cet auteur camerounais s'attache à peindre de façon assez pessimiste la dégradation de la société africaine traditionnelle au contact de la civilisation européenne. Enfin, dans "Sous l'orage" (1957), le Malien Seydou Badian aborde le délicat problème du mariage. Son roman est un réquisitoire aussi bien contre l'autorité abusive des anciens que contre la domination européenne au Soudan, et il constitue un précieux témoignage sur l'évolution de ce pays à la veille de l'indépendance.

 

 

Biographies :


 

Léopold Sédar Senghor

 

Léopold Sedar SENGHOR est né le 9 ocotbre 1906 à Joal (Sénégal). Ancien élève du Collège Libermann de Dakar puis du Lycée Louis-le-Grand, agrégé, professeur, il a été  député, et enfin Président de la République du Sénégal depuis l'indépendance. Il fut un des tout premiers pionniers de la <<négritude >> et de la  <<francophonie>>. La vocation de la poésie noire à une universa!ité humaine, qui intègre à la fois et exalte son originalité spirituelle, est sans doute le caractère dominant de son oeuvre. Chez lui la conjonction des infiuences venues de France (Paul Claudel, Saint-John Perse, Teilhard de  Chardin) avec la fidélité aux "images"  africaines fonde et justifie "l'invention" poétique.

Après des années d'enseignements, il fait paraître à la Libération, en 1945, son premier recueil de poèmes : Chants d'ombre. Parallèlement, il se lance dans la politique et est élu, en 1960, premier président de la République du Sénégal.

Régulièrement réélu à la présidence (1968, 1973 et 1978), Senghor est l'un des rares chefs d'État africains à quitter volontairement le pouvoir et à préparer sa succession. En 1981, comme il l'a annoncé, il se retire au profit de son dauphin, le Premier ministre Abdou Diouf (actuellement secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie ) en 1979. Il continue par la suite à œuvrer pour la création d'une Internationale socialiste africaine.

En 1983, il devient le premier académicien africain. Il est élu au au 16e fauteuil. La cérémonie par laquelle Senghor entre dans le cercle des académiciens a lieu le 29 mars 1984, en présence de François Mitterrand.

Il a passé les dernières années de son existence à Verson, en Normandie où il est décédé le 20 décembre 2001. Ses obsèques ont eu lieu le 29 décembre 2001 à Dakar en présence d'un grand nombre de personnalités parmi lesquelles Abdou Diouf.

 

( Espace Français.com)

 

Poème à mon frère blanc

 

Cher frère blanc,
Quand je suis né, j'étais noir,
Quand j'ai grandi, j'étais noir,
Quand je suis au soleil, je suis noir,
Quand je suis malade, je suis noir,
Quand je mourrai, je serai noir.

Tandis que toi, homme blanc,
Quand tu es né, tu étais rose,
Quand tu as grandi, tu étais blanc,
Quand tu vas au soleil, tu es rouge,
Quand tu as froid, tu es bleu,
Quand tu as peur, tu es vert,
Quand tu es malade, tu es jaune,
Quand tu mourras, tu seras gris.

Alors, de nous deux,
Qui est l'homme de couleur ?

 

 

Aimé Césaire

 

Aimé Fernand David Césaire est né à Basse-Pointe le 26 juin 1913. Son père est fonctionnaire et sa mère couturière, et il a six frères et soeurs. Son grand-père était le premier enseignant noir de Martinique, et sa femme savait lire et écrire.

De 1919 à 1924, Aimé Césaire va à l'école primaire de Basse-Pointe, puis il est boursier au lycée Schoelcher à Fort-de-France.

En 1931, il suit une classe d'hypokhâgne au lycée Louis le Grand, à Paris. Il y rencontre Léopold Sedar Senghor avec qui il sera ami jusqu'à la mort.

En septembre 1924, Césaire cofonde le journal "L'Etudiant noir", et c'est de là que va naître le terme de « négritude », qui vise à désigner l'oppression culturelle de la colonisation française.

En 1935, il entre à l'Ecole Normale Supérieure et commence à écrire Cahier d'un retour au pays natal, terminé en 1938.

En 1937, Césaire épouse Suzanne Roussi, une étudiante Martiniquaise.

En 1939, agrégé de lettres, il rentre enseigner en Martinique avec son épouse. Durant cette période, l'île est aliénée culturellement. Avec d'autres intellectuels martiniquais, le couple va fonder "Tropiques" en 1941 et se battre pour que la situation évolue. Mais durant le blocus de la Seconde guerre mondiale, les conditions de vie se dégradent, et la censure freine la jeune revue. A cette période, André Breton séjourne en Martinique et rencontre Césaire, dont il rédigera la préface. Cela marque un rapprochement avec les surréalistes.

Césaire devient le « nègre fondamental », et inspire de nombreux écrivains. En 1945, il devient maire de Fort-de-France, puis député jusqu'en 1993. Il souhaite obtenir la départementalisation de la Martinique pour lutter contre l'emprise béké.

En 1947, il crée avec Alioune Diop la revue "Présence africaine". L'année suivante, Sartre préface son Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache.

En 1950, Césaire publie "Discours sur le colonialisme", qui souligne la ressemblance entre nazisme et colonialisme. Il quitte le PC en 1956 et fonde le Parti Progressiste martiniquais en 1958. Maire de Fort-de-France jusqu'en 2001, Aimé Césaire développe une politique culturelle forte, ainsi qu'une politique de création d'emplois. Plusieurs festivals annuels sont créés, qui permettent de soutenir la culture martiniquaise et les arts populaires.

En 1994, son "Discours du colonialisme" entre au programme du baccalauréat, ainsi que  "Cahier d'un retour au pays natal".

Bien que détaché de la vie politique durant ses dernières années d'existence, Aimé Césaire conserve une grande influence et tout le monde le sollicite. Le 23 février 2005, il réagit à la loi prévue sur les aspects positifs de la colonisation. Il dénonce cette mesure et refuse de recevoir Nicolas Sarkozy.

En mars 2006, il finit par l'accueillir, suite à l'abrogation d'un article controversé de la loi. Il déclare alors : « C'est un homme nouveau. On sent en lui une force, une volonté, des idées. C'est sur cette base-là que nous le jugerons ».

Pendant la campagne présidentielle de 2007, Césaire soutient activement Ségolène Royal. Aimé Césaire décède le 17 avril 2008 à Fort-de-France, suite à des problèmes cardiaques. Sa mort provoque immédiatement de nombreuses réactions. Les hommages se multiplient, qu'il s'agisse de personnalités politiques ou du monde de la littérature. Des obsèques nationales ont eu lieu le 20 avril 2008, et il est inhumé à Fort-de-France.


 

Cahier de retour au pays natal

 

Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture
on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot

mais est-ce qu'on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait
dans sa soupière un crâne de Hottentot?
 

 

 

L'île veilleuse

Aimé Césaire une voix pour l'histoire

 

 

 

 

Au rendez vous de la conquête

Aimé Césaire une voix pour l'histoire

 

 

 

 

La force de regarder demain

Aimé Césaire une voix pour l'histoire

 

 

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 12:30

 

1893  1945

 

 

Exilé du royaume de l'action dont il poursuit la chimère, Drieu fut au fond un bourgeois rêveur qui se cherchait des raisons de ne pas mourir.

 

Les tourments de ses amitiés blessés sont, chez Drieu, plus pathétiques encore que ses amours déçues. Seule subsistera l'amitié forte, indestructible, qui l'unit à Malraux, faite d'admiration et d'estime réciproques. Prévoyant la tourmente qui tous les deux les emporterait, les séparerait, ils l'admettaient par le même amour fasciné de l'histoire, convaincus qu'à travers toutes les péripéties, la mort même, leur amitié survivrait.

 

 

La guerre à vingt ans

 

Pierre Eugène Drieu La Rochelle naît le 3 janvier 1893, à Paris, dans le Xème arrondissement. Son père est avocat d'affaires. Son grand-père maternel est architecte. Drieu a raconté l'histoire de son enfance dans "Etat http://www.google.fr/url?source=imglanding&ct=img&q=http://storage.canalblog.com/16/44/119589/38196504.jpg&sa=X&ei=yEJFTv38J8rzsgbqyv2uBw&ved=0CAQQ8wc&usg=AFQjCNEpcoF9-dKNNBOu_0ZcCTAemRm9FQCivil" (1921) et l'histoire de ses parents et grands-parents dans "Rêveuse Bourgeoisie" (1937). Ses premières années sont marquées par la lecture de romans d'aventures et d'albums sur l'épopée impériale. <<J'ai connu Napoléon avant la France, avant Dieu, avant moi>> (Etat Civil).

 

A neuf ans, il entre dans un collège mariste, Sainte-Marie-de-Monceau, où il est premier de sa classe mais voudrait dominer par les muscles. En 1907, à l'âge où l'on perd la foi, il découvre Nietzche (Zarathoustra) et la sienne change d'objet. En 1910, Drieu lit le  "Journal d'Amiel*", commence de noter dans un petit cahier les moindres inéflexions de son être.

* http://www.amiel.org/atelier/oeuvre/inedits/premier-journal.html


Il entre  à l'Ecole des sciences politiques, s'inscrit à la faculté de droit et prépare une licence d'anglais à la Sorbonne. Mais, en 1913, il échoue à l'examen de sortie de Sciences po et, plutôt que de se suicider, préfère s'engager dans l'armée :  en novembre, il est incorporé à la caserne de la Pépinière comme élève caporal..

 

Le 23 août 1914, à la bataille de Charleroi, Drieu charge à la baïonnette et connaît avec l'extase la révélation du chef qui dormait en lui. Il racontera cette journée extraordinaire vingt ans après, dans une longue nouvelle, "La Comédie de Charleroi". Blessé à la tête, il est évacué à Falaise où il compose ses premiers poèmes de guerre. De retour au front, il est à nouveau blessé le 29 octobre. En mai 1915, il part pour l'Orient avec le 176 ème régiment d'infanterie, bientôt évacué pour dysenterie. En février 1916, il se bat à Verdun ; le 25, il est blessé à Douaumont par éclats d'obus et évacué. Classé service auxiliaire en décembre, il est à nouveau classé service armé le 6 novembre 1917. Démobilisé le 24 mars 1919, il n'a pas démérité des rêves d'héroïsme qui avaient bercé son adolescence.

 

Révolutions et évolutions du rêve

 

En mars 1916, lors d'une permission de convalescence à Paris, Drieu se lie d'amitié avec Louis Aragon qui le présente en 1919 aux membres du groupe "dada" fondé par Tristan Tzara amour d'André Breton, Philippe Soupault, René Crevel, Jacques Rigaut et d'une revue naissante, "Litterature", à laquelle il collabore.

 

En 1921, il participe, dans le rôle du témoin, au "procès" de Barres organisé par Breton ; il refuse de prendre parti, déclarant  <<avoir le sens du respect>> : pareille énormité déjà laisse présager sa rupture prochaine avec le surréalisme que fomente Breton...


Au printemps 1921  les dadaïstes organisent le procès, présidé par André Breton, de Maurice Barrès, accusé de « crime contre la sûreté de l'esprit » ; Georges Ribemont-Dessaignes est l'accusateur public, la défense est assurée par Aragon et Soupault, et, parmi les témoins se trouvent Tzara, Péret, Drieu La Rochelle, Jacques Rigaut...

André Breton expose ainsi l'acte d'accusation : « Le problème est de savoir dans quelle mesure peut être tenu pour coupable un homme que la volonté de puissance porte à se faire le champion des idées conformistes les plus contraires à celles de sa jeunesse. Comment l'auteur d'Un Homme Libre a-t-il pu devenir le propagandiste de l'Écho de Paris ? »

Cette manifestation, à l'issue de laquelle Barrès est condamné à vingt ans de travaux forcés, est à l'origine de la dislocation du mouvement dadaïste (1922), les fondateurs du mouvement  (Tristan Tzara en tête) refusant toute forme de justice, même organisée par Dada.

 

En attendant, c'est le temps d'une amitié exceptionnelle avec Louis Aragon le prodigieux, qu'il recommande en ces termes à la généreuse sollicitude de Jacques Doucet :<<Vous et moi, Monsieur, nous sommes dans le siècle.  Louis Aragon n'y est pas.  Il a prononcé des voeux qui l'en excluent. (...) Louis Aragon est dans ces années 1920 pour faire vivre quelque chose dont nous nous nourissons tous et qui est l'Esprit. Aujourd'hui il est poète, en un autre temps, il eût été aussi l'homme de Dieu...>>..(lettre du 6 novembre 1924 à Jacques Doucet)

 

C'est l'époque du bordel, ce café pimenté d'érotisme qui n'engageait à rien. La liste serait fastidieuse et peuhttp://medias.fluctuat.net/livres/43/4318-medium.jpg élégante à dresser des maîtresses de grande qualité que collectionna Drieu entre 1920 et 1945, princesse de sang, d'industrie ou seulement de coeur... Expériences  de séduction douloureuses dont il tire un roman, son premier, "L'Homme couvert de femmes" (1924).

 

En 1925, le divorce est consommé entre les deux surdoués de  l'excès : Aragon sera stalinien, Drieu hitlérien après avoir longtemps et éloquemment plaidé la cause de "l'Europe contre les patries " (1931), puis d'un "Socialisme fasciste" (1934), pour finir pétainiste incertain à la rédaction de "Révolution nationale" que dirige Lucien Combelle (1943).

 

"J'ai souvent envie de me suicider tout de suite"

 

1943, c'est l'année ou Drieu se demande avec insistance ce qui l'a empêché de devenir communiste...Tant lui apparaît dérisoire son engagement dans cette aventure suicidaire http://ecx.images-amazon.com/images/I/51cgYIcTgaL._SL500_AA300_.jpgd'une Europe que les décombres unifient mal. Le vieux rêve de la pure action revient, l'image de "l'Homme à cheval" (1943), chevalier à la triste figure et guerrier solitaire. Il est tard. En 1939, Drieu a publié son roman majeur,  "Gilles""Toute ma génération s'y retrouvera de gré ou de force", prévoyait-il -,   qui consacre, largement autobiographique, le naufrage des dieux, le périgée d'un monde imaginaire, l'impuissance avérée des rescapée hallucinés de la Grande Guerre à construire l'avenir radieux...

 

Le 16 mars 1945, alors qu'un mandat d'amener a été lancé contre lui, Drieu se souvient de Jacques Rigaut, son ami, suicidé le 5 novembre 1929 et qui lui inspira son récit le plus décisif (Le Feu Follet, en 1931). Il arrache le tuyau de gaz et avale trois tubes de gardénal.

 

 

 

 

Olivier BARROT commente le journal de DRIEU LA ROCHELLE et compare son engagement totalement opposé à celui de Jean PAULHAN. -

 

 

 

 

 

 


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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 12:10

 

Espagne, au temps du tyran Ferdinand VII, le drame d'une jeune femme qui lutte en vain pour protéger son amour et sauver sa vie.

 

 

Federico García Lorca est unanimement considéré comme l'un des plus grands poètes et dramaturges de son temps. Dès leur publication, ses oeuvres connurent un grand succès."Mariana Pineda" fut représentée à Madrid dès 1927 par la célèbre compagnie de Margarita Xirgu, avec des décors et des costumes de Salvador Dali. Ce dernier écrivit à Lorca : "il va sans dire qu' une oeuvre aussi épurée que ta Mariana Pineda ne saurait être montée avec un décor stupide : parmi nos connaissances, seul Manuel Angeles et moi-même pouvons le faire. (...) Le tout sera d' une telle simplicité que même les porcs, me semblet- il, ne s' en indigneront pas."

 

Mariana Pineda, héroïne romantique, symbole de la liberté


A Grenade, vers 1860, le rideau se lève sur Mariana Pineda, une jeune veuve qui brode un drapeau "libéral". Elle http://www.mollat.com/cache/Couvertures/9782070375899.jpgaime d'ailleurs passionnément Don Pedro, un noble libéral et adversaire du despote Ferdinand VII. Mariana pousse l'héroïsme jusqu'à ouvrir sa maison aux conspirateurs amis de Don Pedro qui se réunissent chez elle. Mais ils sont étroitement surveillés par Pedrosa, le chef de la police, qui survient un jour au milieu d'une réunion. Les comploteurs et Don Pedro ont juste le temps de fuir, tandis que Mariana est emprisonnée dans un couvent. Pedrosa ne cesse alors de la harceler, la menaçant du garrot, afin qu'elle dénonce les conspirateurs ; mais Mariana reste inflexible. Jamais elle ne trahira sa cause et son amour, d'autant plus qu'elle a la certitude que Don Pedro viendra la délivrer. Hélas ! il a fui à l'étranger et l'a abandonnée. Malgré les tortures morales que lui fait subir Pedrosa, Mariana décide de mourir pour la liberté.


Mariana Pineda, victime de sa passion


Mariana Pineda est la première pièce de Lorca. Elle fut représentée alors que le dictateur Primo de Rivera était au pouvoir. Dans le chant à la liberté de l'héroïne romantique, on vit des ressemblances avec ce que vivait  l'Espagne d'alors. En Mariana, prédomine la passion pour l'homme, alors qu'en Pedro, la passion dominante est l'amour de la liberté. Mariana s'offre tout en tière à Don Pedro, et rien ne pourra la convaincre qu'il ne viendra plus... Elle se différencie peu des autres héroïnes de théâtre de Lorca : ce sont des femmes au caractère héroïque, des martyres de la cause passionnelle, marquées par le célibat, la frustration amoureuse ou l'absence d'enfant. Tout comme Yerma ou Doña Rosita, Mariana Pineda vit dans l'attente et meurt sans espoir et sans consolation, abandonnée et seule.

 

Extraits :

 

Deuxième estampe, scène V.

 
(...) PEDRO
Comment te rendre ce que tu as fait pour moi ?
Tout mon sang est nouveau, car tu me l' as donné,
en exposant ton faible coeur au danger.
Ah ! comme j' ai tremblé pour toi, Mariana !

 
MARIANA, s'abandonnant :
De quoi me servirait mon sang si tu mourais, Pedro ?
Sans air, l' oiseau peut-il voler ? Tu vois ...
(bas)
Je ne pourrai jamais dire combien je t'aime.
J' oublie, auprès de toi, toutes les phrases.

 
PEDRO,doucement :
Que de périls tu cours sans la moindre défaillance !
Et comme tu es seule, entourée de méchants !
Pouvoir te délivrer de ces gens qui te guettent,
au prix de ma douleur et de ma vie. Mariana !
Jour et nuit, que le temps fut long sans toi dans la montagne !

 
MARlANA, posant la tête sur I'épaule de Pedro. Comme en rêve :
Ne bouge pas. Laisse fltter sur mon front ton haleine.
Dissipe cette angoisse avec ce goût amer,
l' angoisse de marcher sans savoir où je vais
et le goût d' un amour qui me brûle la bouche.

 
Un temps. Elle se sépare brusquement de Pedro et le prend par les coudes.
Pedro, on te poursuit ? Est-ce qu' on t' a vu entrer ?
PEDRO - Non,


Il s'assied.
ta rue est solitaire et la nuit s' annonce orageuse.

 
MARIANA
J' ai si peur...

 
                     ***
Troisième estampe, scène X

 
MARIANA
Je vous donne mon coeur. Offrez-moi un bouquet.
Je veux, pour mes derniers instants, me faire belle,

sentir la dure caresse de mon alliance,
et poser sur mes cheveux ma mantille de dentelle.
Tu aimes la liberté au-dessus de tout au monde ;
mais je suis la liberté même. Je donne mon sang,
qui est ton sang et le sang de tous les hommes.
On ne pourra plus acquérir les coeurs à prix d' argent !

 
Une nonne I'aide à mettre sa mantille. Mariana se dirige vers le fond, en déclamant.

Maintenant j' ai appris ce que disent le rossignol et l' arbre :
L' homme est un prisonnier qui ne peut s' affranchir.

 

Notes :

 

Federico García Lorca, une autre victime


Mariana Pineda n'est pas seulement un être de fiction ; elle vécut à Grenade de 1808 à 1839 et fut condamnée à être décapitée par Ferdinand VII pour avoir brodé sur un drapeau "Loi - Liberté - Égalité". Elle fait déjà avant Lorca l'objet d'une assez abondante littérature et d'une romance populaire de Grenade qu'on entendait chanter dans les rondes enfantines pendant la jeunesse du poète. Et ce n'est certainement pas un hasard si Lorca reprend ce thème car, pour lui, liberté et justice sont fondamentales. En avril 1930, dans Carteles (Cuba), un journaliste écrivait : "García Lorca
est passionné ou plus précisément exalté par les problèmes politiques et sociaux d'Espagne, de Cuba et du monde...".
Et dans une interview au Defensor de Granada (décembre 1934), Lorca disait : "Dans le monde, ce ne sont plus des forces humaines mais telluriques qui s'opposent. Si l'on me met dans une balance le résultat de cette lutte : d'un côté, ta douleur et ton sacrifice, et de l' autre, la justice pour tous (...), de toutes mes forces, j'abats mon poing sur le second plateau."

C'est à cause de cet engagement politique qu' en 1936 il meurt sous les coups par des tueurs de l'Escuadra Negra.
Cette mort émut le monde entier qui vit en Lorca I'une des premières victimes de la dictature franquiste.

 


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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 11:57

 

 

La fiancée se prépare au mariage. Mais celui qu'elle va épouser n'est pas l'homme qu' elle aime. Son amour va à Léonard, à qui, autrefois, elle a du renoncer. Le soir de ses noces, elle se laisse enlever, entraînant, sans le vouloir, son fiancé et son amant dans la mort.

 

Une danse d'amour et de mort


<< Mais, ma fille, qu'est-ce qu'une noce ? Les fleurs ? Les  gâteaux ? Non. C'est un grand lit brillant avec un
http://www.lelitteraire.com/IMG/jpg/garcialorca_nocessang-couv.jpghomme et une femme. >> L'affirmation d'une sagesse bien populaire dans la bouche d'une servante, au début de la pièce, est démentie par la suite : dans ces noces-Ià, iI n'y aura pas de lit mais deux cercueils, ceux du fiancé et de son rivaI. La fiancée est enlevée, le jour de son mariage, par Léonard, son ex-prornis. Le fiancé les poursuit, mais trouve la mort au cours d'un duel fatal aux deux hommes. Le triangle cIassique - Ia femme, I'amant, le mari - n'a ici rien à voir avec celui d'un adultère. La femme est chaste. Si elIe a décidé de se marier, c'est pour oubIier Léonard et refaire, comme lui, sa vie. Le seuI responsable de la tragédie est un sentiment invincible.<< Quand Ies choses arrivent à nos centres, personne ne peut Ies arracher >>, dit Léonard en enlevant la fiancée. Une conception fataliste liant I'amour à la mort domine ici : Léonard n'est-iI pas un parent de ceux qui, autrefois, ont assassiné le père et Ies frères du fiancé ?


Un triptyque d'une fausse naïveté


Très courts, les trois actes et sept tableaux de "Noces de sang" (1933) constituent un triptyque à la Giotto, avec la stylisation des personnages et Ies contrastes du décor. Des dialogues Iaconiques aIternent avec des chants - berceuses et ritourneIles d'un Iyrisme à la fois précieux et sombre. Tout dans le cadre - couleurs, écheveau de laine rouge, torrents ou forêt obscure - est symbolique. Mais s'iI n'y a aucune connotation réaliste dans Ie trio composé par la fiancée et les deux rivaux, certains personnages, en revanche, évoquent une contexte sociaI précis : la mère du fiancé est une paysanne que sa morale traditionnelIe  fait vivre repliée sur le passé, le cimetière où dorment son mari et ses fiIs assassinés. Le père du fiancé ne pense qu' aux richesses de Ia terre : << Ce qu'iI faut, ma fille, c'est acheter, tout acheter. Si j'avais eu des fils, j'aurais acheté tout ce plateau, jusqu'au ruisseau... >>

 

Extraits :

 

Arrivée à la noce de Léonard, le cousin chéri et redouté de la fiancée

 

LA SERVANTE. - Léonard et sa femme sont déjà là. Ils ont été comme le tonnerre aussi vite qu'à cheval. La femme est arrivée morte de peur.
LE PÈRE. - Ce gars-là cherche un malheur : il a le sang mauvais.
LA MÈRE. - Le sang de sa famille. Cela a commencé avec son bisaïeul, le premier de la lignée qui ait tué un homme, et ça se perpétue dans sa maudite engeance. Manieurs de couteaux, gens au rire sournois...
LE PÈRE.- Nous n'allons pas parler de ça...
LA MÈRE. - J' ai mal jusqu' au bout des veines. Je ne vois en eux tous que leurs mains, pareilles à celles qui ont tué mes deux hommes. Tu me crois folle ? Eh bien, si je le suis, c'est de n'avoir pas crié autant que j'en avais besoin. J'ai dans la poitrine, toujours prêt à sortir, un cri que je maîtrise et cache sous ma mante. Car une fois qu' on a emmené les morts, les vivants doivent se taire. Il n 'y a que ceux qui n' ont rien à voir dans l'histoire qui aient le droit de clabauder.


                       ***
Dans une sorte d'intermède poétique, la lune apparaît sous la forme d'un bûcheron au visage blanc et s'adresse aux branches


LA LUNE. - Je ne permets plus les ombres,
Mes rayons auront jeté
Jusqu'au dedans des troncs sombres
Une rumeur de clartés.
Le doux sang sur ma face
Et les joncs réunis
Que balance la nuit...
Qui se cache ? Allez-vous-en...
Non. Pas d'abri. Leur mort est prête.
Je fais briller sur leurs têtes
Une fièvre de diamants.


                       ***

La fiancée explique son geste à la mère du fiancé


Je suis partie! (avec angoisse.) Toi aussi tu serais partie ! J'étais brûlée, couverte de plaies dedans et dehors. Ton fils était un peu d' eau dont j'attendais des enfants, une  terre, la santé. Mais l'autre était un fleuve obscur sous la ramée, il m'apportait la rumeur de ses joncs, sa chanson murmurait. Je courais avec ton fils qui, lui, était tout froid comme un petit enfant de l'eau, et l'autre, par centaines, m' envoyait des oiseaux qui m' empêchaient de marcher et qui laissaient du givre sur mes blessures...

 
Traduction de Marcelle Auclair, Gallimard, 1947

 

 

Notes :

 

Dans sa biographie de Lorca, Marcelle Auclair, traductrice et amie du poète, explique que la trame de la pièce
s'inspire d'un fait divers qui a eu lieu pendant I'été de I'année 1928, près d' Almería : fiancé et invités d'une noce
avaient attendu en vain la fiancée, partie en fait avec son cousin dont on découvrit plus tard le cadavre. L'histoire
avait même donné naissance à une complainte locale. Lorca, qui a trouvé cette histoire dans un journal, y revient souvent et finit par écrire en 1932  "Noces de sang" en une semaine - trois cahiers format écolier. La pièce fut créée à Paris en juin 1938 au Théâtre de l' Atelier, avec Germaine Montero.

 

<<Federico, écrit Marcelle Auclair, préférait dans son drame cette scène où la lune et la mort sont les éléments et les symboles de la fatalité. (...) [11]se trouvait dans son élément, dans la hantise de la mort violente. >>Pour elle, <<les héros de García Lorca sont en état de crise, chacun est tout entier en proie à un sentiment primaire, mais irrésistible, comme la faim, la soif, la naissance et la mort. Ce n' est pas de la littérature, mais la vie prise au piège de la sensibilité. >>

 

- Marcelle Auclair, Enfances et mort de García Lorca, Le Seuil, 1968

 


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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 10:30

1899  1936

 

 

Sous les éclats divers et scintillants d'un génie étrangement séduisant, une cohérence profonde se dessine  dans le destin de ce poète dont toute I'oeuvre, Iyrique, dramatique, musicale ou graphique, affirme  un invincible attrait pour tous les visages de la liberté et de la vérité : la beauté, la création artistique, l'amour, I'ardeur de vivre et le refus de tous les masques de la mort.

 

L'homme

 

Il http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQN09aUQmbeubE7oqE_6ytQe6Hr8R-YaT6quJj7WVeXwlbpiYkNQA naquit le 5 juin 1898 à Fuente Vaqueros, une bourgade près de Grenade. Ses parents sont de souche andalouse. << Toute mon enfance - dit-il lui-même - est villageoise : bergers, campagne, ciel, solitude. >> Ayant renoncé à la musique où il excelle, il entreprend, adolescent, des études de lettres et de droit. En 1919 il s'installe à Madrid, à la fameuse Residencia de Estudiantes, que fréquente I'élite intellectuelle. Il y fait des rencontres décisives : Buñuel, Dali, Jorge Guillén, Rafael Alberti, Pedro Salinas, Gerardo Diego, Moreno Vila. Très vite, par ses dons éblouissants de poète et de musicien, il devient I'un des jeunes artistes les plus en vue. Dès 1920 il écrit pour le théâtre. ( De son enfance il gardait aussi un goût passionné pour le théâtre de marionnettes.) Sa première oeuvre date de 1918 : "Impressions et paysages", inspiré par des voyages en Andalousie et en Castille ; ces proses Iyriques, dans le sillage des grands écrivains de I'époque - Azorín et Juan Ramón Jiménez surtout - laissent déjà affleurer d'étonnantes images. Représentations théâtrales et poèmes se succédent, dans une effervescence joyeuse de la création, jusqu'à la grande crise sentimentale des années 1926 -1929 dont le poète ne s'arrachera que par un travail acharné. Pour discipline il s'impose <<la joie à tout prix>>. Tous ceux qui ont connu Lorca ont été fascinés par le charme étrange qui émanait de lui, un mélange à la fois de joie sans fin et de désespoir insondable. << Une décharge de sympathie quasi électrique, un sortilège, une irrésistible atmosphère de magie... .>> voilà les termes, par exemple, qu'emploie Rafael Alberti pour I'évoquer. En octobre 1928 il prononce, à Grenade, une admirable conférence,<< Imagination, inspiration et évasion >>, qui donne à son propre univers poétique un éclairage intense :

 

<<En poète authentique que je suis et que je serai jusqu'à la mort, je ne cesserai de me fouetter avec les disciplines, dans l'espérance du jet de sang vert ou jaune que je ferai jaillir un jour de mon corps, forcément, par l'effet de la foi... La poésie ne veut pas d'adeptes, mais des amants. Elle s'entoure de ronces et de piquants de verre pour déchirer les mains de ses amoureux tendues vers elle >>.


Le mois suivant, à Madrid, il prononce une autre conférence sur les  << berceuses enfantines >>, où I'on trouve I'écho vivace des chants et des légendes qui avaient charmé son enfance. En juin 1929, il part pour les États - Unis ; il s'installe d'abord à New York, puis dans le Vermont, au bord du lac Eden Mills : <<Paysage prodigieux, mais d'une tristesse Ïnfinie. >> Harlem, le jazz, la civilisation américaine ébranlée par la Grande Crise, le déracinement, I'exil, les remous de passions sans espoir, tout cela se traduit dans de brûlants poèmes. Dans une interview, il dira plus tard de Wall Street :


<<Nulle part au monde on ne sent aussi fort l'absence totale de l'esprit... Horrible. Rien ne peut donner idée de la solitude qu'y éprouve un Espagnol, et encore plus un homme du sud. Si tu tombes, par exemple, on te marchera dessus, si tu glisses à l'eau on te jettera des papiers gras à la figure. Voilà  les gens de New York, les multitudes qui s'accoudent aux parapets des embarcadères.>>


De retour en Espagne en 1930, dans l'agitation politique qui précède la venue de la République (1931), Lorca reprend sans répit récitals de danses et de chants, publications de poèmes, conférences,  lectures de pièces de théâtre. Il crée alors un théâtre ambulant, <<La Barraca >>, destiné à faire connaître, à travers les provinces d'Espagne, les grands chefs d'oeuvre classiques. "Noces de sang", créé le 8 mars 1933 à Madrid, inaugure une période triomphale. Le poète est au comble de la gloire. Un séjour de quelques mois en Argentine, où la grande actrice Lola Membrives interprète ses pièces, s'achève en apothéose.


L'Espagne qu'il retrouve en avril 1934 connaît une agitation sociale et politique croissante. L'activité poétique et dramatique de Lorca s'oriente de façon de plus en plus décisive.  Lorca, désormais au sommet de la gloire, semble voir rejaillir en lui d'inépuisables sources d'inspiration Iyrique et dramatique. En poésie, décidé à revenir à des formes plus contraignantes, il projette une suite de "Sonnets de l'amour obscur". Au théâtre, il déclare vouloir mettre en lumière les problèmes sociaux auxquels la victoire du Front populaire aux élections de février 1936 a donné une actualité fiévreuse. J'espère pour le théâtre - dit-il alors - la venue de la lumière d'en haut, celle du "paradis".  Lorsque le public d'en haut descendra au parterre, tout sera résolu. A la veille de l'éclatement de la guerre civile, il dirige les répétitions de "Lorsque cinq ans auront passé" et termine "La Maison de Bernarda Alba". Un mois après le soulèvement de Franco, Lorca, revenu dans sa famille à Grenade, est arrêté par les phalangistes*. Il fut exécuté à I'aube du 19 août 1936. Deux mois plus tard, dans un journal républicain, une complainte écrite par Antonio Machado dénonçait le crime :


Ils ont tué Federico
quand la lumière apparaissait [...]
Le crime a eu lieu à Grenade, sa Grenade !

 

* Qui fait partie d'une "phalange" corps de troupe paramilitaire à caractère souvent politique.

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 10:23

 

Dans ce roman autobiographique, Romain Gary raconte sa jeunesse passée aux côtés d'une mère exceptionnelle qui ne vécut que pour lui.

 

Plus qu' un écrivain, Gary se voulait romancier. Son écriture est au service du personnage, du roman, de l' autre. Il disait toujours avoir besoin de se mettre dans la peau des autres et, pour rien au monde, il ne se serait contenté d' une écriture limitée aux affres de l' auteur. Son ambition était d' écrire un roman " total", c' est-à-dire un roman où les péripéties psychiques, l'aventure intérieure et les rapports entre l' individu et l' histoire sont décrits avec un langage nouveau, exploré.

 

De I'accomplissement d'un fils...


http://ecx.images-amazon.com/images/I/51K7ZZ1GP5L._SL500_AA300_.jpgAprès avoir fui la Russie puis la Pologne, Romain et sa mère Nina se retrouvent immigrés à Nice. La première guerre mondiale est terminée, et le jeune "métèque" vit sur la Riviera une existence paisible auprès de sa mère, sévère, à la fois courageuse et étourdie, pleine d'énergie et de légèreté, de sens des affaires et de crédulité, et qui n'a d'autre passion que son fils. Très exigeante, elle lui promet sur un ton théâtral un avenir exceptionnel : général, ambassadeur de France, prix Nobel de littérature. A Paris où Romain achève ses études de droit, ses premières nouvelles sont publiées dans "Gringoire" ; c'est le début d'une ascension qui fait la fierté de sa mère. En 1939, la guerre éclate ; Romain s'engage aux côtés du général de Gaulle, mais Nina meurt trop tôt pour assister au retour du "héros", commandeur de la Légion d'honneur et compagnon de la Libération. Cette promesse, c'est celle d'un fils à une mère de s'accomplir soi-même et d'être un jour l'homme qu'elle aurait sans doute aimé avoir comme époux.


... au roman d'une mère


Avec "La Promesse de l'aube", publiée en 1960, Gary parle de lui, de sa vie, pour la première fois. Ses lecteurs découvrent alors un homme mais surtout l' explication de son talent : une mère. Dans ce roman, Gary la décrit avec honnêteté, c'est-à-dire sans se laisser prendre au piège de I'éloge. Il reste crédible, car sa mère n'est pas "encensée" ; elle est peinte avec ses défauts, ses extravagances, et il parvient à concilier l'humour et la tendresse en nous faisant rire avec ce qui, sur le moment vécu, l'aurait peut-être fait pleurer. Gary parle simplement d'un amour fort et d'une mère qui, lorsqu'elle prend trop de place dans la vie d'un homme, le rend "frileux". Nina Kacew est à la base de tous ses actes, et  son ambition, ses réussites, cette éternelle volonté de dépassement de soi sont comme une gratitude, une dette que Gary tentera toute sa vie de rembourser. Rarement la filiation maternelle a été décrite avec autant de justesse et de tendresse.

 

Gary est un "souffreteux", un écorché vif qui a très tôt appris à ne jamais tomber dans le piège de la dépression narcissique. Toute son oeuvre est habitée de personnages pleins d' espoir et de volonté de survie dans un monde où la faiblesse n' est pas tolérée. La dérision, très présente dans ses romans, est une façon comme une autre, pour l' auteur de "Frère Océan", de ne pas se laisser submerger par son désarroi.

 

Extraits :

 

Rarement les rapports entre une mère et son fils furent traités avec autant de tendresse et d'humour


- Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele d'Annunzio, Ambassadeur de France - tous ces voyous ne savent pas qui tu es !
Je crois que jamais un fils n' a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là. Mais, alors que j' essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu' elle me compromettait irrémédiablement aux yeux de l'Armée de l'Air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j' entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports :
- Alors, tu as honte de ta vieille mère ?


                        ***
L'écriture devient une nécessité


Le monde s' était rétréci pour moi jusqu' à devenir une feuille de papier contre laquelle je me jetais de tout le lyrisme exaspéré de l'adolescence. (...) Je fus étreint par un besoin de justice pour l'homme tout entier, quelles que fussent ses incarnations méprisables ou criminelles, qui me jeta enfin et pour la première fois au pied de mon oeuvre future, et s'il est vrai que cette aspiration avait, dans ma tendresse de fils, sa racine douloureuse, tout mon être fut enserré peu à peu dans ses prolongements, jusqu' à ce que la création littéraire devînt pour moi ce qu' elle est toujours, à ses grands moments d' authenticité, une feinte pour tenter d' échapper à l'intolérable, une façon de rendre l'âme pour demeurer vivant.


                       ***
La blessure, souvenir et preuve du héros


Le 13 juin 1940, alors que le front croulait de toutes parts, en revenant d' une mission de convoyage en Bloch-210 je fus blessé par un éclat sur le terrain de Tours, au cours d' un bombardement. La blessure était légère et je laissai le shrapnell dans ma cuisse, je voyais déjà la fierté avec laquelle ma mère allait le tâter, à la première permission. Je le garde toujours.

 

Sa mère est morte en le soutenant jusqu'au bout, et même au-delà


Au cours des derniers jours qui avaient précédé sa mort, elle avait écrit près de deux cent cinquante lettres, qu' elle avait fait parvenir à son amie en Suisse. Je ne devais pas savoir - les lettres devaient m' être expédiées régulièrement - c' était cela, sans doute, qu' elle combinait avec amour, lorsque j' avais saisi cette expression de ruse dans son regard, à la clinique Saint-Antoine, où j' étais venu la voir pour la dernière fois. Je continuai donc à recevoir de ma mère la force et le courage qu' il me fallait pour persévérer, alors qu' elle était morte depuis plus de trois ans. Le cordon ombilical avait continué à fonctionner.

 

Notes :

 

<< Reconnu tout à la fois par les dieux et les démons, le romancier connaît le succès dès son premier roman, 

"L' Éducation européenne" (...). Ce n'est pas seulement une chance pour lui d'être reconnu aussitôt dans son talent, c' est la première réponse à la promesse faite. >> . André Brincourt, le Figaro littéraire, 23 mars 1987

 

<< C'est fabuleux, la nature humaine, c'est toujours sans précédent, des sources toujours nouvelles, ça jaillit sous tes pieds, une fraîcheur toujours recommencée... Alors avec mon filet à papillons, je cours, des romans, des reportages, des films et du vécu, du vécu qui n'est pas pour emporter mais  pour être mangé sur place, ce n'est pas du donjuanisme dans les rapports avec la vie mais de l'amour... Et j'ai beau courir, glaner, je n'épuiserai jamais ça, je ne connaîtrai jamais l'assouvissement, c'est sans fin (...), et ça fait encore un personnage, une vie, un amour... >> - Romain Gary, La nuit sera calme, Gallimard,1974

 
<< Il laisse une oeuvre inégalable, déconcertante, mais dont la richesse et la variété séduisent. (...) Le résistant de "L' Éducation européenne", l'humaniste des "Racines du ciel", le fils héroïque de "La Promesse de l' aube", l' amant humoriste de "Lady L", le narrateur complice de "Chienfou", chantent l'espoir de l'homme, qui tient bon "comme les violettes sous la neige". >> - Pierre de Boisdeffre, Histoire de la littérature de langue jrançaise des années 30 aux années 80, éditions Perrin

 


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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 12:48

 

 

Jacques Chancel reçoit Romain Gary dans son émission

radiophonique Radioscopie

 

 


 

 

 

1914  1980

 

Tirée du site : http://www.fichesdelecture.com/auteur/biographie/135-romain-gary

 

Roman Kacew, mieux connu sous le nom de Romain Gary, naît le 8 mai 1914 à Vilnius, en Lituanie. Il est issu d'une famille juive. Son père quitte prématurément le foyer, ce qui amène sa mère à l'élever seule.

A l'âge de quatorze ans, Romain Gary s'installe à Nice avec sa mère. Le climat est pesant en raison d'un antisémitisme et d'un racisme croissants en France.
Sa mère dirige un hôtel, la pension Mermonts. Pendant ce temps, le jeune Romain étudie au lycée de Nice, http://www.google.fr/url?source=imgres&ct=img&q=http://aka.sortiraparis.com/data/album/291/291-9a46841c7df6435e8df5644f4867a987-200.jpg&sa=X&ei=ziSPTY_zJIH24QbQstHNCw&ved=0CAQQ8wc&usg=AFQjCNFakvHd7BWnCj4wUCmZK0EGsMvY6Qsans toutefois être particulièrement brillant, à l'exception des matières littéraires. Dès 1931 et 1932, il obtient des prix de composition française.

Romain Gary déménage à Paris après un court passage par Aix-en-Provence. Il vient y « faire son droit ». Il obtient difficilement sa licence en 1938, tout en suivant une formation militaire.

Mais il passe déjà beaucoup de temps à écrire, et publie à cette période ses premières nouvelles dans "Gringoire", une revue qui basculera vers l'extrême droite par la suite. Gary s'en détachera alors.

En 1935, il est naturalisé français et appelé à faire son service militaire.
En 1938, Romain Gary est incorporé dans l'aviation. Deux ans plus tard, il sert dans les FAFL, les Forces aériennes françaises libres. C'est à cette exacte période que Roman Kacew choisit de s'appeler « Gary », car cela signifie « brûle » en langue russe. Il devient capitaine de réserve et est fait Compagnon de la Libération.

Après la guerre, Romain Gary devient diplomate. Cela l'amène à beaucoup voyager, en Bulgarie, en Suisse, à New-York, en Bolivie, à Los Angeles... tout cela jusqu'en 1960, année à laquelle il se détache du ministère des Affaires étrangères.

En 1956, Romain Gary obtient le Prix Goncourt pour "Les Racines du Ciel".
D'un point de vue familial, il épouse une écrivaine anglaise, Lesley Branch, et plus tard l'actrice américaine Jean Seberg, mais divorce des deux femmes. Il a un fils né en 1963, Alexandre Diego Gary.

Le 2 décembre 1980, Romain Gary se suicide d'une balle de pistolet dans la bouche. Il laisse une lettre à ses côtés, indiquant que son geste n'a « aucun rapport avec Jean Seberg », puisque son ex femme s'était aussi suicidée en septembre de l'année précédente.

Ce n'est qu'après sa mort que l'on a découvert que Romain Gary avait écrit plusieurs autres romans sous le pseudonyme d'Emile Ajar. C'est un parent proche, Paul Pavlovitch, qui avait assumé jusque là la paternité de ce nom.
Or un roman du dénommé Emile Ajar, "La vie devant soi"  a obtenu un prix Goncourt en 1975... Romain Gary est donc le seul écrivain à avoir reçu deux prix Goncourt ! Une étudiante de la Faculté de lettres de Nice aurait publié un mémoire avant cette révélation, dans lequel elle affirmait que Gary et Ajar était la même personne... mais elle n'avait pas été prise au sérieux à l'époque.

L'écrivain a utilisé d'autres pseudonymes : Shatan Bogat et Fosco Sinibaldi.

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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 14:10

 

Ce livre n'est pas un roman mais le récit d'une expérience vécue. Désireux de répondre à une interrogation sur lui-même (<< Qui suis-je >>). Breton récuse toute réponse ontologique* et cherche à découvrir dans les évènements de sa vie << ce qu'entre tous les autres [il est ] venu faire en ce monde  >>. Une série de faits étranges, insolites, justifie sa démarche, et plus encore la rencontre qu'il a fait le 4 octobre 1926 d'une jeune femme, Nadja.

 

*   en philosophie, étude l'être, de ses modalités, de ses propriétés

 

http://www.google.fr/url?source=imgres&ct=img&q=http://elodiecolin.com/wp-content/uploads/2010/08/nadja.gif&sa=X&ei=qRSPTdC0NcWd4QbU_MTNCw&ved=0CAQQ8wc&usg=AFQjCNGTbY8mGKGTkm-2kMG1dW2H6jR8GwLe journal des rencontres est suivi d'un essai de déchiffrage de cette aventure : les coïncidences, les propos et les dessins de Nadja, sa folie, son sens de la liberté ont pu dérouter Breton dans un premier temps ; il a fini par comprendre que le rôle de la jeune femme n'était pas de révéler une vérité, mais de l'alerter et de l'inciter à se retourner sur lui même. Par un rebondissement imprévisible, le temps du récit rejoignant le temps de la vie, dans un épilogue, Breton fait état d'une récente découverte de l'amour, qui l'a éloigné définitivement de Nadja, mais lui a apporté la confirmation du fait  que <<  l'idée d'amour [est] seule capable de réconcilier tout homme, momentanément ou non,  avec l'idée de la vie >>.

 

Il en tire un enseignement moral, mais aussi esthétique : la beauté ne saurait être vécue, <<convulsive>>, à l'image même de la vie qui, à chaque instant, nous transmet des signaux.

 

 

ENTRÉE EN SCÈNE DE NADJA

 

Après avoir décrit un certain nombre de signes insolites, Breton va aborder l'aventure de Nadja, véritable signal motivant.

 

<< J'espère, en tout cas, que la présentation d'une série d'observations de cet ordre et de celle qui va suivre sera de nature à précipiter quelques hommes dans la rue, après leur avoir fait prendre conscience, sinon du néant, du moins de la grave insuffisance de tout calcul soi-disant rigoureux sur eux-mêmes, de toute action qui exige une application suivie et qui a pu être préméditée. Autant en emporte le vent du moindre fait qui se produit, s'il est vraiment imprévu.
Et qu'on ne me parle pas, après cela, du travail, je veux dire de la valeur morale du travail. Je suis contraint d'accepter l'idée du travail comme nécessité matérielle, à cet égard je suis on ne peut plus favorable à sa meilleure, à sa plus juste répartition. Que les sinistres obligations de la vie me l'imposent, soit, qu'on me demande d'y croire, de révérer le mien ou celui des autres, jamais. Je préfère, encore une fois, marcher dans la nuit à me croire celui qui marche dans le jour. Rien ne sert d'être vivant, le temps qu'on travaille. L'événement dont chacun est en droit d'attendre la révélation du sens de sa propre vie, cet événement que peut-être je n'ai pas encore trouvé mais sur la voie duquel je me cherche, n' est pas au prix du travail. Mais j'anticipe, car c'est peut-être là, par-dessus tout, ce qu'à son temps m'a fait comprendre et ce qui justifie, sans plus tarder ici, l'entrée en scène de Nadja. Enfin voici que la tour du Manoir d' Ango saute, et que toute une neige de plumes qui tombe de ses colombes, fond en touchant le sol de la grande cour naguère empierrée de débris de tuiles et maintenant  couverte de vrai sang >>.

 

 

L'Amour fou, 1937


<< C'est bientôt juin et l'héliotrope penche sur les miroirs ronds et noirs du terreau mouillé ses milliers de crêtes. Ailleurs les bégonias recomposent patiemment leur grande rosace de vitrail, où domine le rouge solaire, qui éteint un peu plus, là-bas, celle de de Notre-Dame. Toutes les fleurs, à commencer même par les moins exubérantes de ce climat, conjuguent à plaisir leur force comme pour me rendre toute la jeunesse de le sensation.

Fontaine claire où tout le désir d'entraîner avec moi un être nouveau se reflète et vient boire, tout le désir de reprendre à deux, puisque cela n'a encore pu se faire, le chemin perdu au sortir de l'enfance et qui glissait, embaumant la femme encore inconnue, la femme à venir, entre les prairies.

Est-ce enfin vous cette femme, est-ce seulement aujourd'hui que vous deviez venir ?

Tandis que, comme en rêve, on étale toujours devant nous d'autres parterres, vous vous penchez longuement comme si c'était moins pour les respirer que pour leur ravir leur secret et un tel geste, à lui seul, est la plus émouvante réponse à cette question que je ne vous pose pas.

Cette profusion de richesses à nos pieds ne peut manquer de s'interpréter comme un luxe d'avances que me fait à travers elle, plus encore nécessairement à travers vous, la vie. Et d'ailleurs, vous si blonde, physiquement si attirante au crépuscule du matin, c'est trop peu dire qu'ajouter que vous ne faites qu'un avec cet épanouissement même >>.


Nadja, 1928

 


 


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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 13:03

1896  1966

 

 

ANDRE BRETON EST, A JUSTE TITRE, CONSIDERE COMME LA FIGURE DE PROUE DU MOUVEMENT SURREALISTE.

 

 

L' écriture automatique fut  suggérée au poète par l' observation des états hypnotiques ou de demi-sommeil, et par la méthode freudienne des associations spontanées d'idées. Elle implique que l' esprit se dégage de toute contrainte morale  ou logique pour pouvoir explorer son inconscient et laisser jaillir en soi des forces et des désirs insoupçonnés.

 

La découverte de la poésie et de la "résistance absolue"


http://www.toupie.org/Photos/Breton.jpgNé le 19 février 1896 dans I'Orne, André Breton passe sa petite enfance à Saint-Brieuc. Sa famiIIe s'instaIle ensuite à Pantin en 1900. Autour de sa quinzième année, la poésie vient écIairer une adolescence un peu terne : c'est la révélation des poèmes de MaIlarmé. La passion de la poésie le tient désormais : iI Iit Baudelaire, les symbolistes, il fréquente les réunions poétiques du Vieux-Colombier, s'enthousiasme pour Huysmans, écrit lui-même des poèmes. Il apprécie également la peinture, surtout Gustave Moreau qui demeurera un de ses peintres de prédilection. Il rencontre Paul Valéry dont l'influence se retrouve dans les premiers vers  pubIiés du jeune poète. Breton s'inscrit en 1913 à la faculté de médecine mais la guerre interrompt des études qui I'enthousiasmaient bien moins que la poésie. Au cours de sa mobiIisation, iI s'initie à la pensée psychanalytique de la théorie freudienne et fait la connaissance de Jacques Vaché. Celui-ci représente pour Breton le symbole de la "résistance absolue" à la guerre mais aussi à la hiérarchie et aux valeurs traditionnelles.Peu à peu, les  lectures de Rimbaud, de Jarry et, grâce à Aragon auquel iI se Iie, de Lautréamont, finissent par l'éloigner  définitivement de la poétique de MaIlarrné et de Valéry.Ces lectures, ainsi que la fréquentation d'Apollinaire rencontré en 1915, le confortent dans son besoin de définir une idée "moderne" de la vie poétique. Après s'être interrogé sur les formes de la poésie, Breton s'attache désormais à en comprendre la nature.


La naissance du surréalisme


Dans les années 1917 et 1918, des goûts convergents, la foi dans la force de la poésie rapprochent André Breton, Louis Aragon et Philippe Soupault. Ils fondent en mars 1919 une revue, "Littérature". Celle-ci publie en 1920 le texte surréaliste, "Les Champs magnétiques", première iIIustration par Breton et Soupault de I'écriture automatique. En 1920 et 1921, Breton mêle sa plume aux bataiIIes dadaïstes pour s'en détoumer bientôt, ne se satisfaisant plus du nihiIisme du mouvement dada. Le beau recueil poétique de Breton, "Clair de terre", paraît en 1923. Son "Manifeste du surréalisme" est publié en 1924, suivi des poèmes en prose de "Poisson soluble". Cette "défense et illustration" du surréalisme place Breton à la tête du mouvement auquel se sont joints Desnos, Éluard, Péret, Crevel, Artaud. Il prend la même année la direction d'une publication qui se veut "la plus scandaleusedu monde" : "la Révolution surréaliste". Le récit "Nadja", publié en 1928, ainsi que I'enquête sur l'amour du douzième et dernier numéro de la "Révolution surréaliste" en 1929, illustrent combien I'amour est une valeur surréaliste essentielle. Breton n'a-t-il pas déclaré que les mots désormais devraient "faire l' amour" ? En 1928 également, paraît "Le Surréalisme et la Peinture" : pour Breton, la peinture est, comme la poésie, un moyen de libération et non pas seulement un objet esthétique. Dans le "Second Manifeste du surréalisme", violent et polémique, Breton tente de redéfinir les fondements du surréalisme, projet repris par "Les Vases communicants" en 1932. "Le Surréalisme au service de la Révolution" (1930-1933), enfin, se fait l'écho d'interrogations politiques au sein du mouvement et de la nécessité d'un engagement clair.

 

L'engagement politique : fascination et malentendus

 

Transporté en 1925 par la lecture du "Lénine" de Léon Trotski, André Breton désigne le communisme comme "le plus merveilleux agent de substitution d'un monde à un autre qui fût jamais". Cependant, Breton se refuse à renoncer aux recherches surréalistes tandis que la direction communiste regarde avec suspicion sa pensée libertaire. La rupture est consommée en 1935, mais le surréaliste participe à tous les combats contre le capitalisme et le colonialisme. Il est néanmoins I'un des premiers à s'élever en 1936 contre les procès de Moscou. En 1938, une amitié de près de quinze ans se dénoue quand Aragon rompt avec le groupe pour une adhésion totale au parti communiste.

 

Voyages de Breton et renouvellement du groupe des surréalistes

 

Vers 1935, l'audience du surréalisme s'élargit, et la revue "Minotaure", animée par Breton, attire de nouveaux intellectuels et artistes. Des manifestations du mouvement l'appellent à travers le monde et, jusqu'à la guerre, Breton voyage dans différents pays d'Europe ainsi qu'au Mexique où il rencontre Trotski. Parti aux États-Unis en 1941, Breton y reste cinq années, riches de rencontres et de productions poétiques (Les États généraux, Arcane 17). A son retour en France se constitue autour de lui un  groupe surréaliste largement renouvelé, avec lequel il présentera des expositions et prendra position, sans perdre son autonomie politique, sur tous les problèmes contemporains à travers le monde (notamment contre la guerre du Viêt-nam et celle d' Algérie). Il meurt d'une crise cardiaque à Paris à la fin de l' été 1966.

 

Notes :

 

<<Breton a fait de nous des êtres neufs ; son exemple, sa parole nous précipitent à corps perdu vers une vie dont nous sommes de jour en jour plus altérés. (...) Il existe des oeuvres qui sont objet de rêverie ou de méditation. La pensée et la présence au jour le jour de Breton nous sont un sujet d'exaltation. Son ceuvre est le noyau d'un monde en formation. >> - Jean-Louis Bédouin, Dictionnaire des auteurs, Laffont, 1981


Julien Gracq, lui, se rappelle la figure d'un <<homme entier, fondamentalement allergique à toutes les entreprises de restriction, à toutes les formes de résignation. >>. Julien Gracq, la Nouvelle Revue française, n° 172, 1er avril 1967.

 

<<Seul Breton est resté fidèle jusqu'au bout à l'esprit du surréalisme. Mais son oeuvre témoigne clairement de ce conflit entre idéologie et création. De même qu'il apporte dans la justification de l' irrationnel la plus précise logique, il ne peut faire qu' en provoquant les mots au plus extrême dévergondage, et en les dressant contre toute forme de beauté, il ne les soumette à la loi d'un style somptueux et réglé, où la cadence amène l'image au lieu de sa plus grande force. >>-Gaëtan Picon, Encyclopédie de La Pléiade, "Histoire des littératures", 1958

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Présentation

  • : Le blog de Cathou
  • Le blog de Cathou
  • : Bonjour à tous.... Une approche de certains écrivains ; vie, œuvres, extraits. A l'attention de la personne "ANONYME" qui se reconnaîtra.... : je n'ai jamais voulu m'approprier ce travail, j'ai noté dans ma page d'accueil les sources :Ce blog sans prétention aucune a été crée à partir de fiches -collection Atlas - et d'ouvrages - collection Lagarde et Michard et collection Nathan "Grands écrivains du Monde", -
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Divers personnages....


DANTE


                                                                                                      Béatrice Portinari









Dante par Giotto








Première page de la Divine Comédie













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SOPHOCLE



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                                                                                                       Antigone




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Philotecte abandonné par les Grecs







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Sophocle  Bas relief en marbre









Sophocle




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Pythagore



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Le Banquet manuscrit sur papyrus.






Platon par Raphaël





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ARISTOTE





Aristote par Raphaël




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Aristote sur une fresque murale à Rome




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Alexandre à une bataille






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Alexandre combattant un lion







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Bronze - Alexandre









Buste d'Alexandre le Grand







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Alexandre et Aristote





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Enluminure "Chanson de Roland"










http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/18/Mort_de_Roland.jpg/300px-Mort_de_Roland.jpg
Mort de Roland à Ronceveaux
















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Charlemagne et le Pape Adrien I






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Charlemagne et son fils Louis le Pieux






RUTEBOEUF

                            



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Ruteboeuf par Clément Marot

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