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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 14:00

 

1913  1960

 

 

http://www.aleph99.info/Albert-Camus-l-humaniste.html

 

 

Un jeune homme nietzschéen, qui projette pour son oeuvre "force, amour et mort sous le signe de la conquête", traverse l' absurde et la révolte et aboutit à une philosophie de la mesure.

 

En 1930, Camus ressent la première atteinte de la tuberculose (il séjourne alors chez un oncle, boucher voltairien, qui le soigne, lui fait lire Gide et "imaginer un peu ce que pouvait être un père"). - maladie qui ne le quittera plus, lui interdira de se présenter à l'agrégation de philosophie en 1937 et l' obligera toute sa vie à de fréquentes convalescences qu' il mettra à profit pour écrire.

 

La pauvreté et le soleil


http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/08/Albert_Camus%2C_gagnant_de_prix_Nobel%2C_portrait_en_buste%2C_pos%C3%A9_au_bureau%2C_faisant_face_%C3%A0_gauche%2C_cigarette_de_tabagisme.jpg/220px-Albert_Camus%2C_gagnant_de_prix_Nobel%2C_portrait_en_buste%2C_pos%C3%A9_au_bureau%2C_faisant_face_%C3%A0_gauche%2C_cigarette_de_tabagisme.jpgAlbert Camus naît le 7 novembre 1913 près de Mondovi, département de Constantine. Son père, Lucien Camus, ouvrier agricole, meurt en octobre 1914 des suites de blessures reçues à la bataille de la Marne. Albert s'installe alors avec sa mère chez sa grand-mère, à Alger, dans le quartier pauvre de Belcourt. Il entre comme boursier au lycée d' Alger en 1923. En cIasse de philosophie, son professeur, Jean Grenier, lui fait lire  "La Douleur" d'André de Richaud, livre "qui fut le premier à me parler de ce que je connaissais : une mère, la pauvreté, de beaux ciels" et détermine sa vocation littéraire. En 1931, Camus correspond avec Max Jacob ; en 1932, il publie ses premiers articles dans la revue "Sud" . Après avoir milité au mouvement antifasciste Amsterdam-Pleyel, Camus adhère au parti communiste à la fin de I'année 1935 mais prévient déjà (iI quittera le parti deux ans plus tard) : "Dans l'expérience (loyale) que je tenterai, je me refuserai toujours à mettre entre la vie et I'homme un volume du Capital." A cette époque, il exerce divers petits métiers tandis qu'i! poursuit ses études de philosophie, prépare une thèse sur Plotin et saint Augustin, fonde le théâtre du Travail (1936). "Alger Républicain", journal du Front populaire dont il a rejoint la rédaction, publie en juin 1939 une longue enquête de Camus, "Misère de la Kabylie", qui oblige bientôt son auteur à quitter l' Algérie.

 

Le condottiere de l'absurde


Après un long séjour à Paris (1940-1941) où il gagne sa vie comme journaliste, Camus regagne l' Algérie, Oran, où il enseigne à des enfants juifs chassés des écoles publiques avant d'entrer en résistance (intellectuelle) à Combat (1943). Paradoxal "témoin de la liberté", Camus publie à la même époque les oeuvres qu'il identifiera comme composant son "cycle de l'absurde". En 1941, il a terminé "Le Mythe de Sisyphe", la première version de "Caligula" (créé en 1946) et ébauché "Le Malentendu". En 1942, "L'Étranger"  paraît chez Gallimard...


"Quel est donc cet incalculable sentiment qui prive l'esprit du sommeil nécessaire à sa vie ? Un monde qu'on peut expliquer même avec de mauvaises raisons est un monde familier. Mais au contraire dans un univers soudain privé d'ilIusions et de lumières, l'homme se sent étranger. Cet exil est sans recours puisqu'il est privé des souvenirs d'une patrie perdue ou de l'espoir d'une terre promise. Ce divorce entre l'homme et sa vie, l'acteur et son décor, c'est proprement le sentiment de l'absurdité."

 

L'indifférence est donc la valeur suprême de l'absurde, qui fonde une morale de l'indolence, de la cruauté  équivalente. Caligula, figure emblématique de l'absurde, a appris que les hommes meurent et ne sont pas heureux : iI massacre et demande la lune.


L'âme révoltée


"Je crie que je ne crois à rien et que tout est absurde, mais je ne puis douter de mon cri et iI me faut au moins croire à ma protestation." C'est tout le propos du second cycle camusien, celui de la révolte, que son auteur résume encore : "Je me révolte donc nous sommes." Au concept saccageur de l'absurde, La Peste (1947), L'État de siège (1948), Les Justes (1949) et L'Homme révolté (1951) opposent désormais cette parade au nihilisme qu'est "Ia reconnaissance d'une communauté dont il faut partager les luttes". Puisque Dieu est mort, iI s'agit de devenir un saint sans lui. De tenter dans un défi permanent à sa condition humaine de définir un humanitarisme de la révolte... Mais le problème se pose alors - I'homme privé du divin, rejeté dans un temps purement historique - d'incarner I'idée dans I'histoire, de passer de la révolte à la révolution, c'est-à-dire au meurtre. La révolte doit dégénérer en justification du crime : "Tout révolutionnaire finit en oppresseur ou en hérétique" (c'est toute I'histoire du nihilisme moderne, de Saint-Just à Hitler)...
Bref et sauf à être "délibérément statique" , la révolte de Camus conduit au terrorisme d'État : nouvelle impasse.


Vers I'art de la mesure


De 1954 (L'Été) à sa mort, Camus découvre la Grèce, écrit "L' Exil et le Royaume", reçoit le prix Nobel de littérature (17 octobre 1957), songe avec l' accord d' André Malraux à prendre la tête du théâtre Récamier... S'il a d'abord tenté d'éviter le conflit fratricide en Algérie (avant de se résoudre au silence, persuadé de ne pouvoir qu'aggraver le  malentendu), s'il continue de s'insurger (contre le "socialisme des potences" en Hongrie) ou réfléchit sur la peine capitale, sa révolte est dépassée (ou seulement contenue ? ) par la conviction naissante que c'est à l'art qu'il revient de corriger le réel : "L'art nous ramène ainsi aux origines de la révolte dans la mesure où il tente de donner sa forme à une valeur qui fuit dans le devenir perpétuel, mais que l'artiste pressent et veut ravir à l'histoire" (La Chute, 1956).

 

Apaisé, le philosophe Albert Camus trouve la mort en voiture le 4 janvier 1960 ; l'artiste nous quitte sur une promesse...

 

Camus est peut-être le seul écrivain français du XX ème siècle à n' avoir pas connu de purgatoire. Ses contemporains  comme son immédiate postérité ont reconnu en lui cette "admirable conjonction d'une personne, d' une action et d' une oeuvre" que saluait Sartre. Camus a toujours su tenir la position qui

s' imposait face à l' histoire. La philosophie qu' iI met dans ses !ivres, rarement en forme, sait garder à cette oeuvre la flexibilité qui fait toute sa force.

 

Albert Camus et le Nihilisme :


Le nihilisme est un point de vue  philosophique d'après lequel, le monde (et particulièrement l'existence humaine) est dénué de toute signification, tout but, toute vérité compréhensible ou toutes valeurs.

Cette notion est applicable à différents contextes : histoire et politique, littérature, philosophie.


 

 

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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 13:00

 

1908 - 1986

 

Simone de Beauvoir  est née en le 9 janvier 1908 à Paris, elle décède le 14 avril 1986 à Paris. Ecrivain français, elle est  sans doute le plus parfait  "honnête homme"  de la littérature contemporaine. Elle rencontre Jean Paul Sartre au cours de brillantes études ; ils préparent l'agrégation de philosophie, à laquelle ils sont tout deux reçus en 1929. En admiration devant Sartre, qu'elle reconnaît d'une intelligence supérieur à la sienne, elle subit l'ascendant  de ce dernier et devient sa compagne.


http://blog.francetv.fr/nng_images.php?img=/poesiemed/files/p/o/e/poesiemed/images/Beauvoir_Simone.jpgSes liens avec Jean Paul Sartre ne I'ont jamais empêchée de vivre et d'écrire (Ies deux choses se confondent pour elle) son existence de femme avec la plus totale loyauté et la plus complète lucidité. Le problème de la relation à autrui est fondamental : "L' lnvitée" (1943) ; la situation de la femme dans la société actueIle :"Le Deuxième sexe" (1949) ; des intellectuels dans leurs idéologies contradictoires : "Les Mandarins" (1954) ; de I'être humain face à lui-même.

 

Ses << souvenirs >> donnent une dimension nouvelle à I'autobiographie : dans "Les Mémoires d'une jeune fille rangée" (1958), "La Force de l'âge" (1960), "La Force des choses" (1964) s'exprime la vérité de la carrière d'un écrivain qui a eu le <<projet d'englober le monde dans I'expérience de [sa] vie >>.

 

Philosophe de formation, Simone de Beauvoir a également publié des essais : "Pyrrhus et Cinéas" (1944), "Pour une morale de l'ambiguïté" (1947) et, à partir de voyages, de pénétrantes analyses sociologiques : "L' Amérique au jour le jour" (1948), "La Longue Marche" (1957). Une réflexion de moraliste, confrontée à la mort et tentée de faire un bilan : "Une mort très douce" (1964), "Tout compte fait" (1972), a contribué à donner sa véritable dimension à un humanisme sans préjugés, qui dépasse singulièrement I'existentialisme ou le féminisme anecdotiques dans lesquels on est parfois tenté de la limiter.

 

LE DEUXIEME SEXE :


 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/413A9J0KFSL._SL500_AA300_.jpgUne femme prend conscience de l'aliénation de la condition féminine. ElIe dénonce avec virulence, à travers une étude très approfondie, l'asservissement du deuxième sexe.

 

Les oeuvres de Simone de Beauvoir sont fortement marquées par le système philosophique de Sartre. "Le Deuxième Sexe" semble ainsi répondre au désir sartrien d'une littérature qui agit sur le monde.

 

"On ne naît pas femme, on le devient."


"Le Deuxième Sexe" est une étude sur la femme et son rôle dans la société. Dans une perspective historique et mythique puis en s'appuyant sur des expériences vécues, Simone de Beauvoir montre comment, d'une manière ou d'une autre, la femme a toujours été I'escIave de I'homme. Elle récuse I'idée d'une nature féminine pourtant si encensée dans la littérature. En effet, I'homme tente de faire oublier à la femme sa dépendance en attribuant un charme particulier à son sexe. Rien de naturel ni de biologique ne cantonne la femme à son rôle, sa condition est un phénomène purement culturel :
"Ce n'est pas I'infériorité des femmes qui a déterminé leur insignifiance historique, c'est leur insignifiance  historique qui les a vouées à I'infériorité." Qu'elle soit mère, épouse, fille, prostituée, la femme ne se définit qu'en fonction de I'homme et jamais pour elle-même : elle incarne I'Autre. Cette altérité posée a priori entraîne I'irnpossibilité de relations de réciprocité et d'égalité entre hommes et femmes. Souvent assimilée à la matière (Ies métaphores de la féminité empruntent en majorité leur vocabulaire aux matières organiques et végétales), la femme aspire à devenir enfin une conscience autonome. C'est d'une égalité totale des deux sexes que naîtra la liberté de la femme.

 

Une thèse novatrice


Cette imposante étude a suscité un tollé général à sa sortie en 1949. Après 1970, I'ouvrage a connu un énorme succès faisant de Simone de Beauvoir une théoricienne du mouvement féministe. L'intérêt de ce travail repose sur les qualités de réflexion et la grande érudition de I'auteur qui s'appuyait déjà sur les données d'un Lacan ou d'un Lévi-Strauss. A la fois polémique et volontairement effacé, le style cherche à mettre I'accent sur I'idée. C'est ainsi que l'existentialisme, moteur philosophique du "Deuxième Sexe", est cIairement mis en vaIeur. La liberté du sujet tient la première place, et sa dimension métaphysique y est privilégiée.

 

Bien que théorique dans la forme, cette étude s'appuie sur une multitude d'exemples très concrets et offre des conclusions des plus réalistes : "C'est par le travail que la femme a en grande partie franchi la distance qui la séparait du mâle ; c'est le travail qui peut seul lui garantir une liberté concrète".

 

EXTRAITS

 

Pendant vingt ans d'attente, de rêve, d'espoir, la jeune fille a caressé le mythe du héros libérateur et sauveur : l'indépendance conquise dans le travail ne suffit pas à abolir son désir d'une abdication glorieuse. Il faudrait  qu'elle eût été élevée exactement comme un garçon pour pouvoir surmonter aisément le narcissisme de  l'adolescence : mais elle perpétue dans sa vie d'adulte ce culte du moi auquel toute sa jeunesse l'a inclinée ; de ses réussites professionnelles, elle fait des mérites dont elle enrichit son image,.elle a besoin qu'un regard venu  d'en haut révèle et consacre sa valeur. Même si elle est sévère pour les hommes dont elle prend quotidienne ment  la mesure, elle n'en révère pas moins I'Homme et si elle le rencontre, elle est prête à tomber à ses genoux. Se faire justifier par un Dieu, c'est plus facile que de se justifier par son propre effort ; le monde l'encourage à croire en la possibilité d'un salut donné : elle choisit d'y croire. Parfois, elle renonce entièrement à son autonomie, elle n'est plus qu'une amoureuse ; le plus souvent elle essaie une conciliation ; mais l'amour idolâtre, l'amour abdication est dévastateur : il occupe toutes les pensées, tous les instants, il est obsédant, tyrannique.


                       ***


L'histoire nous a montré que les hommes ont toujours détenu tous les pouvoirs concrets, depuis les premiers temps du patriarcat ils ont jugé utile de maintenir la femme dans un état de dépendance ; leurs codes se sont établis contre elle ; et c'est ainsi qu'elle a été concrètement constituée comme I'Autre. Cette condition servait les intérêts économiques des mâles ; mais elle convenait aussi à leurs prétentions ontologiques et morales. Dès que le sujet cherche à s'affirmer, I'Autre qui le limite et le nie lui est cependant nécessaire : il ne s'atteint qu'à travers cette réalité qu'il n'est pas.


                       ***


Aspasie, Mme de Maintenon, la princesse des Ursins furent des conseillères écoutées : encore a-t-il fallu qu'on consentît à les écouter. Les hommes exagèrent volontiers l'étendue de ces influences quand ils veulent convaincre la femme qu'elle a la plus belle part ; mais en fait les voix féminines se taisent là où commence l'action concrète ; elles ont pu susciter des guerres, non suggérer la tactique d'une bataille ; elles n'ont guère orienté la politique que dans la mesure où la politique se réduisait à l'intrigue : les vraies commandes du monde n'ont jamais été aux mains des femmes ; elles n'ont pas agi sur les techniques ni sur l'économie, elles n'ont pas fait ni défait des États, elles n'ont pas découvert des mondes. C'est par elles que certains événements ont été déclenchés ; mais elles ont été prétextes beaucoup plus qu'agents. Le suicide de Lucrèce n'a eu qu'une valeur de symbole. Le martyre demeure permis à l'opprimé ; pendant les persécutions chrétiennes, au lendemain de
défaites sociales ou nationales, des femmes ont joué ce rôle de témoin ; mais jamais un martyr n'a changé la face du monde.

 

NOTES :

 

1949 : Parution du Deuxième Sexe qui est très critiqué par des écrivains aussi différents que Mauriac et Camus. "Ce livre est magnifique, brutal, impudique, irritant, nécessaire. Il ne cache rien. Il fouille tout. Il dit tout avec une violence et une colère froides. Il révèle ce que nous savions déjà. Il répète inlassablement ce qu'iI était peut être inutile de dire. II arrache I'admiration et provoque I'agacement". G. Hourdin.

 

L'ouvrage a servi de moteur au mouvement féministe, ce qui explique son immense succès aux USA, vingt ans après sa parution. A. Schwarzer, féministe, s'y réfère : "Elle incarne I'exigence existentialiste de se transformer d'objet en sujet, de refuser la passivité, d'agir malgré tout et de devenir ainsi et à ce prix un être humain". 

 

Parti de I'idée que le problème de la question féminine trouverait sa solution dans I'évolution socialiste de la société, le fameux couple Beauvoir-Sartre est amené à penser, trente ans après, qu'une lutte féministe  indépendante est indispensable : "Je ne pense pas qu'elle (Ia lutte féministe) découle de la lutte des classes."
Sartre.


Cependant, la thèse du Deuxième Sexe s'avère toujours valide. Des années après, Simone de Beauvoir porte un regard concluant sur son  oeuvre: "Tout compte fait, c'est peut-être de tous mes livres celui qui m'a apporté les plus solides satisfactions. Si on me demande comment je le juge aujourd'hui, je n'hésite pas à répondre : je suis pour".

 

 Hommage à Simone De Beauvoir en Chanson


 



 

 


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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 12:20

"Les chemins de la liberté" retracent la vie de plusieurs individus à l'époque de la seconde guerre mondiale.

 

En concevant "Les Chemins de la liberté" en 1938, Sartre voulait en faire la suite de "La Nausée"avec pour titre "Lucifer", et pour sujet la liberté. Il avait choisi comme épigraphe : "Le malheur, c' est que nous sommes libres."

 

 

L'engagement et la liberté


"Les Chemins de la liberté" se composent de trois volumes : "L'Age de raison", "Le Sursis" et "La Mort dans l'âme".

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51QF980Z53L._SL500_AA300_.jpg"L'Age de raison" se déroule au début de I'été 1938 et décrit le cercle de quelques vies individuelles qui se cherchent et se fuient pendant deux jours : pour préserver sa liberté, Mathieu Delarue, professeur de philosophie, refuse de s'engager avec Marcelle, enceinte de lui ; il fait de même avec Brunet, militant communiste, et cherche I'argent nécessaire à l'avortement de son amie. Autour de lui gravitent des personnages reflétant I'existentialisme.  

 

http://www.images-chapitre.com/ima2/newbig/583/36583_2651591.jpg"Le Sursis" décrit l'irruption de I'histoire en septembre 1938 dans cet univers individualiste, avec l'invasion de la Tchécoslovaquie, la mobilisation en France et les accords de Munich.

 

http://www.decitre.fr/gi/81/9782070360581FS.gif"La Mort dans l'âme" relate la défaite de 1940 : la première partie décrit la débâcle du régiment de Mathieu ; dans la deuxième partie, Brunet, prisonnier des Allemands, essaie d'organiser un esprit de résistance. Le roman se termine dans un train qui conduit les prisonniers en territoire allemand.


Un roman inachevé


Avec "L'Age de raison" et "Le Sursis" publiés ensemble en 1945 et "La Mort dans l' âme" publiée en 1949, "Les Chemins de la liberté" se présentent comme une recherche des relations de l'homme avec l'histoire et comme une solution au problème des valeurs et de la liberté qu'il faut chaque jour conquérir. Certains y virent une imitation de I'oeuvre de John Dos Passos*.

 

*  fr.wikipedia.org/wiki/John_Dos_Passos 


Sartre avait initialement prévu d'écrire un quatrième et dernier volume, "La Dernière Chance", qui est resté inachevé bien que quelques pages aient paru dans les Temps modernes en 1949 ; les principaux personnages devaient y trouver leur liberté dans la résistance. Mais après douze années consacrées à cette oeuvre, Sartre renonce à terminer le quatrième volume vers 1950, marqué par une crise de militantisme politique et surtout
par la critique de la littérature traditionnelle qu'il développe alors.

 

Dans l' atmosphère de la guerre froide, Sartre avait finalement décidé, pour le dernier volume. de liquider tous les personnages : aucun d' eux n'aurait assisté à la libération de Paris.

 

EXTAITS /

 

La menace d'une guerre vient faire irruption dans le monde individualiste de Mathieu


- Mais, vous, vous n' êtes pas n' importe qui, dit-elle vivement.
Mathieu considérait  le pâté qu' il avait édifté. Cette fois c' était un beau pâté qui tenait en l'air tout seul. Il le balaya d' un coup de main.
- On est toujours n' importe qui, dit-il.
Il  rit :
- C' est idiot.
- Comme vous êtes triste, dit Odette.
- Pas plus que les autres. Nous sommes tous un peu énervés par ces menaces de guerre.


                    ***


Les accords de Munich viennent apporter un peu d'espoir, mais un espoir au goût amer


"Qu' est-ce qu' ils font ici ? pensa Mathieu. Et moi, qu' est-ce que j'y fais ?" Leur destin s' était évanoui, le temps s' était remis à couler au petit bonheur, sans but ; le train roulait sans  but, par habitude ; le long du train, une route flottait, inerte ; à présent elle ne menait plus nulle part, ça n' était plus que de la terre goudronnée. Les avions avaient disparu ; la guerre avait disparu. Un ciel pâle où la paix se réveillait doucement avec le soir, une campagne engourdie, des joueurs de cartes, des dormeurs, une bouteille cassée dans le couloir, des mégots dans une flaque de vin, une puissante odeur d' urine, tous ces résidus injustifiables... "On dirait un lendemain de fête", pensa Mathieu, le coeur serré.


                   ***
Le régiment de Mathieu tombe, mais Mathieu a un dernier sursaut avant d'être fait prisonnier


- Nom de Dieu, dit-il à voix haute, il ne sera pas dit que nous n' aurons pas tenu quinze minutes.
Il  s' approcha du parapet et se mit à tirer debout. C' était une énorme revanche ; chaque coup de feu le vengeait d' un ancien scrupule. (...) Il  tirait, les lois volaient en l' air, tu aimeras ton prochain comme toi-même, pan dans cette gueule de con, tu ne tueras point, pan sur le faux jeton d' en face.  Il tirait sur l' homme, sur la Vertu, sur le Monde : la liberté, c' est la Terreur ; le feu brûlait dans la mairie, brûlait dans sa tête ; les balles sifflaient, libre comme l' air, le monde sautera, moi avec, il tira, il regarda sa montre ; quatorze minutes trente secondes ; il n'avait plus rien à demander sauf un délai d'une demi-minute, juste le temps de tirer sur le bel officier si fier qui courait vers l' église ; il tira sur le bel officier, sur toute la Beauté de la Terre, sur la rue, sur les fleurs, sur les jardins, sur tout ce qu'il avait aimé. La  Beauté fit un plongeon obscène et Mathieu tira encore. Il tira ; il était pur, il était tout puissant, il était libre.

Quinze minutes.

 

 

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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 11:16

 

La faillite idéologique et morale d'un jeune communiste ne saura concilier ses idéaux avec son engagement.

 

"Les Mains sales", jouées pour la première fois en 1948, expriment bien le désarroi d'une époque. Celle d'une Europe partagée entre les deux grandes puissances, assujetties par ses libérateurs, par les "alliés" qu'elle n'avait cessé d'appeler. L'espoir communiste s'y effondre sous le joug soviétique, et les illusions démocratiques des Hugo meurent devant le spectacle du stalinisme triomphant.

 

L'ACTE MANQUE

 

Hugo Barine, un soir, vint frapper à la porte d'Olga, une "camarade" du Parti. La seconde guerre mondiale s'achève dans ce pays de l'Est bientôt libéré par l'armée soviétique. Hugo sort tout juste de prison, incarcéré pour le meurtre de Hoederer, un ancien dirigeant de son propre parti. Avec Olga, il va se souvenir des circonstances de ce meurtre commis deux ans plus tôt. Jeune intellectuel sevré d'idéaux libertaires, il est chargé par un courant du Parti de l'assassinat de Hoederer, qui s'apprête à pactiser avec les Partis conservateurs afin de partager avec eux le pouvoir à la Libération.

 

http://imados.fr/history/2/les-mains-sales_couv.jpgDéterminé, Hugo se rend chez le "social-traître", devient son secrétaire et se prépare à l'éliminer. Mais il va rencontrer un homme, un homme lui aussi nourri d'idéaux, et, non le fourbe attendu. Un homme qui saura lui faire comprendre que l'alliance qu'il recherche n'a pour fin que d'installer, le temps venu, un véritable gouvernement populaire dans son pays. Hugo finit par renoncer à abattre Hoedrer, en vint même à l'aimer. Mais, sa femme, Jessica, soudaint éprise du viel idéologue, le forcera à remplir son "contrat" : Hugo la surprend dans les bras de Hoederer et le tue. Deux ans plus tard, Olga lui apprend que le Parti s'est finalement rallié aux idées de Hoederer, devenu héros et martyr, et qu'il doit oublier son crime, au risque d'être lui-même supprimé par le Parti. Hugo refuse et court vers l'homme de main qui vont l'abattre.

 

UN NOUVEL HEROISME

 

Le personnage de Sartre, ce Hugo lyrique et idéaliste, est peut-être l'un des derniers grands héros romantiques du théâtre français. Comme Lorenzaccio de Musset, il exprime sa révolte dans le dédale tortueux d'une politique qui ne vit que de la compromission et de la tromperie, et qui ne lui laisse d'autre avenir que le meurtre et sa propre mort. Mais il est aussi, dans ce climat de guerre finissante, le représentant exalté d'une jeunesse qui trouve dans le communisme, ses aspirations démocratiques puis ses désenchantements, le sens de son existence.

 

EXTRAITS 

 

"Une conversation de gens qui se jettent à la figure des choses qu'ils ont à se dire", telle est la définition de la pièce par Sarte. Définition à la mesure des critiques et des polémiques menées à leur parution contre "Les Mains  sales" par les communistes français. Taxé de "propagande hostile à l'URSS" Sartre finit par interrompre les représentations de son oeuvre.

 


HOEDERER (..-..) Comme tu tiens à ta pureté. mon petit gars ! Comme tu as peur de te salir les mains. Eh bien, reste pur ! A quoi cela servira-t-il et pourquoi viens-tu parmi nous ? La pureté, c' est une idée de fakir et de moine. Vous autres, les intellectuels, les anarchistes bourgeois, vous en tirez prétexte pour ne rien faire. Ne rien faire, rester immobile. serrer les coudes contre le corps, porter des gants. Moi j' ai les mains sales. Jusqu' aux coudes. Je les ai plongées dans la merde et dans le sang. Et puis après ? Est-ce que tu t'imagines qu'on peut gouverner innocemment ?

                             ***


Deux projets pour une même humanité


HUGO.-Les hommes ? Pourquoi les aimerais-je ? Est-ce qu'ils m' aiment ?
HOEDERER.- Alors pourquoi es-tu venu chez nous ? Si on n'aime pas les hommes on ne peut pas lutter pour eux.
HUGO.- Je suis entré au Parti parce que sa cause est juste et j' en sortirai quand elle cessera de l' être. Quant aux hommes, ce n' est pas ce qu' ils sont qui m' intéresse mais ce qu' ils pourront devenir.


HOEDERERE.- Et moi, je les aime pour ce qu' ils sont. Avec toutes leurs saloperies et tous leurs vices. J' aime leurs voix et leurs mains chaudes qui prennent et leur peau, la plus nue de toutes les peaux, et leur regard inquiet et la lutte désespérée qu' ils mènent chacun à son tour contre la mort et contre l'angoisse. Pour moi, ça compte un homme deplus ou de moins dans le monde.


                             ***


Le véritable meurtrier : le hasard


OLGA.- Regarde-moi et réponds-moi sincèrement car ce que je vais te demander a beaucoup d'importance. As-tu l'orgueil de ton acte ? Est-ce que tu le revendiques ? Le referais-tu, s' il était à refaire ?


HUGO.-Est-ce que je l'ai seulement fait ? Ce n'est pas moi qui ai tué, c' est le hasard. Si j' avais ouvert la porte deux minutes plus tôt ou deux minutes plus tard, je ne les aurais pas surpris dans les bras l' un de l' autre, je n' aurais pas tiré.
(Un temps.) Je venais pour lui dire que j' acceptais son aide.


OLGA.- Oui.


HUGO.- Le hasard a tiré trois coups de feu, comme dans les mauvais romans policiers. Avec le hasard tu peux commencer les "si" : "si j'étais resté un peu plus longtemps devant les châtaigniers, si j' avais poussé jusqu' au bout du jardin, si j' étais rentré dans le pavillon..." Mais moi. Moi, là-dedans, qu' est-ce que je deviens ? C' est un assassinat sans assassin. (Un temps.) Souvent, dans la prison, je me demandais : qu' est-ce qu' Olga me dirait, si elle était ici ? Qu' est-ce qu' elle voudrait que je pense ?

 

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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 17:08

 

 

A travers les pages de son journal, Antoine Roquentin nous livre le sens d'une sombre existence.

 

Dans"La Nausée", Sartre reprend l' extraordinaire liberté de l' écriture du "Voyage au bout de la nuit". Mais Céline exprime un cri contre la vie, alors que "La Nausée" n' est en aucun cas une révolte contre

l' existence.

 

Une douloureuse introspection


http://aviquesnel.free.fr/Direlire/Images/nausee.jpgAntoine Roquentin, un célibataire d'environ trente-cinq ans, vit à Bouville (un grand port qui symbolise Le Havre où Sartre a vécu), où il écrit un livre sur M. de Rollebon, un aristocrate russe. Depuis quelque temps, il éprouve d'étranges malaises et se sent toujours plus solitaire, réfugié dans les lumières du "Rendez-Vous des cheminots". Le soir, iI analyse et consigne longuement dans son journal le sens de son angoisse. Son oisiveté le rend de plus en plus attentif à son existence et, rapidement, iI se sent  "de trop" dans ce monde. Il part à Paris pour rencontrer Anny, une femme qu'iI a aimée, mais cela ne I'empêche pas de ressentir de plus en plus souvent cette "nausée". Ses rencontres avec I'autodidacte qui lit tous les livres de la bibliothèque par ordre alphabétique se font plus ennuyeuses. Sa conclusion est un éloge de la musique et des autres activités artistiques qui sont les seuls moyens d'accepter une existence inévitable.


La condition de I'homme libre


"L' existence me pénètre de partout, par les yeux, par le nez, par la bouche". Cette nausée, Sartre I'a connue personnellement. Il en a fondé sa philosophie de I'existentialisme, à laquelle ce livre procure une diffusion internationale.
La nausée qu'éprouve Antoine Roquentin est le signe de l' "authenticité de l'existence". Il ne cherche pas à la fuir et ne peut que la constater. Dès lors, l'homme est "condamné à être libre", car chacune de ses actions crée son existence.
Par son style très sobre et son don pour les formules frappantes, Jean-Paul Sartre a fait de "La Nausée" un chef-d'oeuvre unanimement reconnu. Le livre est la révélation bouleversante d'une perspective philosophique de l'existence dont la conclusion optimiste a été une source d'espoir pour les générations adolescentes de l'après-guerre. Il fait passer Sartre du statut de philosophe à celui d'écrivain reconnu, lequel considère en 1971 cette oeuvre comme "ce que j'ai fait de meilleur".

 

La visite du musée de Bouville, où sont exposés les portraits des personnalités de la ville, est un des plus violents passages du livre. Cette description de la bourgeoisie provinciale est considérée comme un chef

d' oeuvre de critique sociale.

 

Extraits :

 

 

Roquentin ressent la nausée pour la première fois en ramassant un papier


Je suis resté courbé,une seconde, j' ai  lu <<Dictée : le Hibou blanc>>, puis je me suis relevé,les mains vides. Je ne suis plus libre, je ne peux plus faire ce que je veux. Les objets, cela ne devrait pas toucher, puisque cela ne vit pas. On s' en sert, on les remet en place, on vit au milieu d' eux (...). Maintenant je vois ; je me rappelle mieux ce que j'ai senti, l' autre jour, au bord de la mer, quand je tenais ce galet. C'était une espèce d'écoeurement douceâtre. Que c'était donc désagréable ! Et cela venait du galet, j' en suis sûr, cela passait du galet dans mes mains. Oui, c'est cela, c' est bien cela : une sorte de nausée dans les mains.


                               ***


La musique lui semble le seul moyen d'accepter I'existence


Tout à l'heure viendra le refrain : c'est lui surtout que j' aime et la manière abrupte dont il se jette en avant, comme une falaise contre la mer. Pour l' instant, c'est le jazz qui joue ; il n'y a pas de mélodie, juste des notes, une myriade de petites secousses. Elles ne connaissent pas de repos, un ordre inflexible les fait naître et les détruit, sans leur laisser jamais le loisir de se reprendre, d' exister pour soi. Elles courent, elles se pressent, elles me frappent au passage d' un coup sec et s' anéantissent. J' aimerais bien les retenir, mais je sais que, si j' arrivais à en arrêter une, il ne resterait plus entre mes doigts qu'un son canaille et languissant. II faut que j' accepte leur mort ; cette mort, je dois même la vouloir : je connais peu
d' impressions plus âpres ni plus fortes.


                               ***


Le héros décrit les vertiges de la pensée


Ma pensée, c'est moi : voilà pourquoi je ne peux pas m'arrêter. J' existe par ce que je pense... et je ne peux pas m' empêcher de penser. En ce moment même - c' est affreux - si j' existe, c'est parce que j' ai horreur

d' exister. C' est moi, c'est moi qui me tire du néant auquel j' aspire : la haine, le dégoût d' exister, ce sont autant de manières de me faire exister, de  m' enfoncer dans l' existence.

 

                               ***

 

La pensée le conduit à des digressions sur lui-même


Et moi - veule, alangui, obscène, digérant, ballottant de mornes pensées - moi aussi j 'étais de trop. Heureusement je ne le sentais pas, je le comprenais surtout, mais j' étais mal à l'aise parce que j' avais peur de le sentir (.. .). Je rêvais vaguement de me supprimer, pour anéantir au moins une de ces existences superflues. Mais ma mort même eût été de trop. De trop, mon cadavre, mon sang sur ces cailloux, entre ces plantes, au fond de ce jardin souriant. Et la chair rongée eût été de trop dans la terre qui   l' eût reçue et mes os, enfin, nettoyés, écorcés, propres et nets comme des dents eussent encore été de trop : j' étais de trop pour l' éternité.

 

http://expositions.bnf.fr/sartre/index.htm

 

 


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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 11:16

1905  1980


Jean - Paul  Charles  Aymard  Léon - Eugène Sartre né à Paris le 21 Juin 1905, orphelin de père à deux ans ;  sa mère est la cousine du célèbre Albert SchweitzerIl trouve auprès d'elle et dans sa famille maternelle le confort d'une moyenne bourgeoisie soucieuse de réussites intellectuelle ; loin des crises, des guerres et des révolutions, il hérite de son milieu son intérêt, lire, et découvre dans sa propre situation au sein de ce milieu sa vocation, écrire : écrire sur tout, tout fixer dans I'écriture et comprendre la fonction de I'écriture dans la réalisation de soi. La passion des lettres I'oriente vers l'École normale supérieure ; I'interrogation sur la littérature, les raisons et les rouages de l'oeuvre et des http://www.sartre.com/site/images/sartre-portrait.jpgpersonnages, lui fait choisir la philosophie, enseignée de 1931à 1944 : il quitte alors cette profession pour se consacrer à son métier d'écrivain. En 1964, lui est attribué le prix Nobel de littérature qu'il refuse, pour manifester son désaccord avec la politique générale du jury.

Tendu, sans cesse en éveil, attentif à tout, Sartre trouve son expression majeure dans sa production et sa réflexion littéraires, mais se laisse comprendre par le développement de sa recherche philosophique, et I'évolution de sa pensée est le reflet d'un effort paradoxal dont les raisons sont politiques et s'inscrivent dans la réalité vécue.


Les cheminements politiques


Soucieux d'écrire, Sartre est d'abord un simple spectateur des choses politiques : "Les Chemins de la liberté" ne sont qu'un roman. L'engagement mis en valeur est I'engagement dans et par la littérature, non dans le militantisme : la liberté reste de I'ordre de l'héroïsme mythique, qui fait écrire : <<Jamais nous n'avons été plus libres que sous I'occupation allemande>> (1944), propos renié, mais qui disait que I'extrême asservissement impose à la seule responsabilité, sans aide ni excuse, le choix entre I'acceptation totale et le refus absolu. Suite de "L' Existentialisme est un humanisme", les "Réflexion  sur la question juive" (1946) dénoncent dans I'antisémitisme une pensée close, faisant état d'une essence juive, décèlent dans l'antisémite une peur de soi se fuyant dans le recours à la haine et concluent que nul n'est libre, s'il reste de hommes  ne jouissant pas de la plénitude de leurs droits.

 

En 1945,  Sartre fonde "Les Temps Modernes", revue créée pour défendre la littérature, mais l'obligeant  à suivre de plus en plus près l'actualité, spécialement la vie politique. Sartre y partage sa plume, avec entre autres, Simone de Beauvoir, Merleau-Ponty et Raymond Aron. Dans le long éditorial du premier numéro, il pose le principe d'une responsabilité de l'intellectuel dans son temps et d'une littérature engagée. Pour lui, l'écrivain est dans le coup « quoi qu'il fasse, marqué, compromis jusque dans sa plus lointaine retraite (…) L'écrivain est en situation dans son époque. » Cette position sartrienne dominera tous les débats intellectuels de la deuxième moitié du  XX ème siècle.  La revue est toujours considérée comme l'une des plus prestigieuses revues françaises au niveau international. Ses positions sont celles  de la gauche, et quand le gouvernement s'engage dans les guerres coloniales et rejette les communistes dans l'opposition, il est avec eux, tout en soutenant contre eux des polémiques idéologiques sur leur déterminisme matérialiste.

 

Avec la crise de mai 1968, il revient à la politique intérieur, pour apporter son appui à divers courants étudiants et ouvriers qui se réclament de ce  mouvement de révolte : c'est alors sur le terrain de la pratique militante que se poursuivent les polémiques avec les communistes. Évoquant son point de départ, Sartre parle de son <<ignorance aveugle de la lutte des classes >>. La dénonciation du racisme, puis la lutte contre le colonialisme I'amènent à voir la réalité sociale et à reconnaître la lutte des classes, mais, après 1968 encore, son attention aux conflits sociaux est plus une vision lucide des luttes de consciences et de groupes victimes de leur marginalité qu'un savoir des rapport de classes qui les produisent. Ainsi s'explique par le cheminement politique une philosophie qui part du vécu existentiel  et qui s'efforce de retrouver et de fonder à partir de là le marxisme.

 

Pour Jean-Paul Sartre, Dieu n'existant pas, les hommes n'ont pas d'autres choix que de prendre en main leur destinée à travers les conditions politiques et sociales dans lesquelles ils se trouvent.


Il intégre l'École normale supérieure en 1924, passe l'agrégation de philosophie en 1929.  C'est à cette époque qu'il fait la rencontre avec Simone de Beauvoir.  Il est nommé professeur au lycée du Havre en 1929, puis séjourne à Berlin de 1933 à 1934, où il découvre la pensée d'Edmund Husserl, qui aura une grande importance pour l'élaboration de sa propre pensée.


 Mobilisé en 1939, fait prisonnier en 1940 et libéré en 1941. Il participe à la Résistance en fondant le réseau Socialisme et Liberté qui n' a qu'une existence brève.  Avec la publication de "l'Etre et le Néant" en 1943 et la représentation de deux de ses pièces, "les Mouches" en 1943 et "Huis clos" en 1944, il devient  un des grands représentants de la philosophie de la liberté et des idées de la Résistance. Le philosophe français Vladimir Jankélévitch a cependant affirmé que, selon lui, l'insistance de Sartre sur l'idée de liberté venait en partie compenser son absence d'engagement politique véritable auprès de la Résistance durant l'occupation allemande en France.

Il devient la figure principale de  l'existentialisme  athée à partir des années cinquante. Il entretint des relations difficiles avec le Parti communiste. D'abord compagnon de route de 1952 à 1956, date de la répression de l'insurrection hongroise, il critique le marxisme dogmatique et tente de proposer une version existentialiste du marxisme fondée sur la pratique individuelle dans "Critique de la raison dialectique" (1958-1960). Il continue à entretenir un dialogue avec les communistes pendant les années soixante, mais rompt avec eux après l'écrasement du Printemps de Prague. Sartre s'engage dans le combat contre le colonialisme lors des conflits d'Indochine, d'Algérie, du Viêt Nam et de la révolution cubaine. En mai 1968, il soutient les maoïstes et milite à leurs côtés.

 

Il  s'éteint le 15 avril à l'Hôpital Broussais. Ses obsèques ont lieu le 20 avril et rassemblent une foule immense. Un cortège de plusieurs dizaines de milliers de personnes suit son enterrement au cimetière du Montparnasse. 

 

 

Entretien avec Jean-Paul Sartre

Environ 1 heure d’entretien avec Jean-Paul Sartre (en 6 parties) sur son engagement politique. Il parle notamment du marxisme, de l’impérialisme, de la Guerre au Vietnam, de la Guerre d’Algérie, de l’aliénation…
(PS : les sous-titres sont en Castillan, mais l’entretien est bien en français).

 

Il faut attendre 3 minutes pour que débute l'entretien en français. Vous pouvez y accéder rapidement en avancant le curseur.

 

http://futurrouge.wordpress.com/2010/02/06/video-entretien-avec-jean-paul-sartre/

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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 13:33

 


La reproduction des chefs-d'oeuvre par la photographie nous apporte,  << pour la première fois, I'hèritage de toute I'histoire >>. Mais cet héritage est le résultat d'une immense métamorphose : car c' est à la lumière de notre temps que  nous donnons un sens aux oeuvres du passé. L' Art moderne, qui est né avec l' << Olympia >> de http://cot.priceminister.com/photo/845075209_ML.jpgManet (pour la première fois, la peinture n'a d' autre sujet qu' elle même), dialogue avec les arts sacrés ou avec les << arts de la fiction>>. Les formes, les styles, naissent en s' opposant aux formes, aux styles antérieurs. IIs ne sont jamais véritablement au service du <<réel>>, de la vie, de la nature, mais ils expriment une vision nouvelle du monde. << J'appelle artiste celui qui crée les formes.>>. Le grand artiste conquiert sa liberté en refusant les formes antérieures. Il crée un monde qui rivalise avec le monde réel. A une époque privée de la foi en un Absolu, I'art prend figure d'absolu par lui même. L' art moderne, qui refuse les formes trop <<réalistes>>, soumises à I'apparence, rejoint les arts sacrés. L' art est liberté, il est    <<anti-destin>>.



L'ART EST UN ANTI-DESTIN


Par les chefs-d'oeuvre de l'art, les hommes, privés des certitudes que leur offraient les religions, communient dans une même victoire sur le destin.


L'art ne délivre pas l'homme de n'être qu'un accident de l'univers ; mais il est l'âme du passé au sens où chaque religion antique fut une âme du monde. Il assure pour ses sectateurs (partisan d'une secte), quand l'homme est né à la solitude, le lien profond qu'abandonnent les dieux qui s' éloignent. Si nous introduisons dans notre   civilisation tant d'éléments ennemis, comment ne pas voir que notre avidité les fond en un passé devenu celui de sa plus profonde défense, séparé du vrai par sa nature même ?. Sous l'or battu des masques de Mycènes, là où l'on chercha la poussière de la beauté, battait de sa pulsation millénaire un pouvoir enfin réentendu jusqu'au fond du temps. A la petite plume de Klee, au bleu des raisins de Braque, répond du fond des empires le chuchotement des statues qui chantaient au lever du soleil. Toujours enrobé d'histoire, mais semblable à lui-même depuis Sumer jusqu'à l'école de Paris, l'acte créateur maintient au long des siècles une reconquête aussi vieille que l'homme. Une mosaïque byzantine et un Rubens, un Rembrandt et un Cézanne expriment des maîtrises distinctes, différemment chargées de ce qui fut maîtrisé ; mais elles s'unissent aux peintures magdaléniennes dans le langage immémorial de la conquête, non dans un syncrétisme* de ce qui fut conquis. La leçon des Bouddhas de Nara ou celle des Danses de Mort çivaïtes n'est pas une leçon de bouddhisme ou d'hindouïsme ; et le Musée Imaginaire est la suggestion d'un vaste possible projeté par le passé, la révélation de fragments perdus de l'obsédante plénitude humaine, unis dans la communauté de leur présence invaincue. Chacun des chefs-d'oeuvre est une purification du monde, mais leur leçon commune est celle de leur existence, et la victoire de chaque artiste sur sa servitude rejoint, dans un immense déploiement, celle de l'art sur le destin de l'humanité. L'art est un anti-destin.


* système philosophique ou religieux basé sur les mélanges de plusieures doctines différentes.

 
Les Voix du silence (Gallimard)

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20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 15:00

 

 

Un jeune archéologue et un aventurier, partis à la recherche de sculptures antiques au Siam, affrontent la double adversité de la nature et des tribus locales.


 

La première édition de "La Voie royale" annonçait une suite au roman : "La Voie royale" constitue le tome premier des "Puissances du désert" dont cette initiation tragique n' est que le prologue." Cette suite n' a en réalité jamais été écrite, si ce n' est sous forme d' un embryon de roman enclavé dans les "Antimémoires" et évoquant le personnage de Mayrena.


 

La voie royale...


Sur le bateau qui le mène au Cambodge, Claude Vannec rencontre un mystérieux aventurier, Perken. Ce Danois recherche le moyen d'obtenir I'argent nécessaire pour protéger une région du Siam qu'il  "tient", contre toute intrusion étrangère. Vannec lui expose son projet de rapporter sculptures et bas-reliefs trouvés le long de l'antique voie royale qui partait d'Angkor pour traverser le Siam, et lui offre ainsi I'occasion recherchée. Les oeuvres d'art seraient vendues en Europe. Mais I'aventure s'avère d'emblée périlleuse. Regardée avec suspicion par le ministère des Colonies, la mission de Claude est dotée de peu de moyens. L'expédition commence difficilement tant la nature luxuriante où pullulent les insectes et animaux de tout genre apparaît mortifère (qui entraîne la mort)  ; et les ruines rencontrées sont décevantes. Enfin, Vannec et Perken découvrent un temple aux sculptures intactes. Mais l' opération pour les détacher est délicate et longue, et les guides les ont tous abandonnés.


 

Une pathétique marche vers la mort


Alors qu'elle continue à s'enfoncer dans la forêt, l'expédition sent peser sur elle la menace des tribus hostiles. Vannec et Perken ne tardent pas à tomber entre les mains de I'une d'elles, les Moïs. Là, Perken retrouve, pitoyable, réduit en esclavage, un vaillant aventurier qu'il recherchait, Grabot. Menacé de mort, Perken passe un contrat avec le chef. Mais il s'est grièvement blessé, et le verdict des médecins annonce une mort imminente. Alors commence la marche vers la "région de Perken", au Laos. Tandis qu'il entre dans une douloureuse agonie, Perken voit s'écrouler sous ses yeux I'oeuvre de sa vie : une colonne de soldats, mandatée par le gouvernement du Siam, marche imperturbablement et apporte la civilisation avec la voie ferrée. Perken meurt.

 

Magistrale introduction à l' oeuvre de Malraux, "La Voie royale"  est une marche pathétique vers la mort, une tragique confrontation avec le destin. Le roman d'aventure, dense et haletant, auquel la méditation de l'auteur donne toute sa dimension, annonce les grands romans, "La Condition humaine"  et  "L'Espoir".


"Comme d' autres ont besoin de l'imagination, Malraux a besoin de l' éprouvé". De fait, "La Voie royale" a une base réelle : André Malraux, manquant d' argent était parti en 1923 avec sa femme Clara, piller le temple khmer de Banteai-Srei, ce qui lui valut de la prison.

 

 


http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/83/Colonettesbanteaysrei.JPG/87px-Colonettesbanteaysrei.JPG

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/e/ec/Banteaysreimandapa.JPG/90px-Banteaysreimandapa.JPG              


http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/07/Banteay_Srei_in_Angkor.jpg/120px-Banteay_Srei_in_Angkor.jpg

   http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/fa/Pedlintelsrei.JPG/120px-Pedlintelsrei.JPG    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Extrait :


Perken passa des jumelles à Claude, une fois de plus. L' agitation, rapprochée ainsi, restait ordonnée : rien ne distrayait les Moïs de leur but. L'extrême tension de l'atmosphère, l'hostilité de ce qui baignait dans l'air, comme si tous ces gestes tendus vers eux se fussent ramassés en une seule âme, tout convergeait des êtres à l' affût vers ces hommes acculés (...). L' épouvante de l' être écrasé de solitude saisit Claude au creux de l' estomac, au défaut des hanches, l' épouvante de l' homme abandonné parmi des fous qui vont bouger. (...).


                                        ***


Toute pensée précise était anéantie par ces têtes aux aguets : l' irréductible humiliation de l' homme traqué par sa destinée éclatait. La lutte contre la déchéance se déchaînait en lui ainsi qu'une fureur sexuelle, exaspérée par ce Grabot qui continuait à tourner dans la case comme autour du cadavre de son courage. Une idée idiote le secouait : les peines de l' enfer choisies pour l' orgueil - les membres rompus et retournés, la tête retombée sur le dos comme un sac, le pieu du corps à jamais planté en terre - et le désir forcené que tout cela existât pour qu' un homme, enfin, pût cracher à la face de la torture, en toute conscience et en toute volonté, même en hurlant. Il éprouvait si furieusement l'exaltation de jouer plus que sa mort, elle devenait à tel point sa revanche contre l'univers, sa libération de l' état humain, qu' il se sentit lutter contre une folie fascinante, une sorte d' illumination. "Aucun homme ne tient contre la torture" traversa son esprit, mais sans force, comme une phrase, lié à un cliquètement inexplicable : ses dents qui claquaient. Il sauta sur la claie, hésita encore une seconde, tomba, se redressa, un bras en l' air, tenant son revolver par le canon, comme une rançon.
"Fou ?" Claude, la respiration coupée, le suivait du canon de son arme : Perken marchait vers les Moïs, pas à pas, tout le corps raidi. Le soleil abaissé lançait sur la clairière de longues ombres diagonales, avec un dernier reflet sur la crosse du revolver. Perken ne voyait plus rien. Son pied rencontra un buisson bas ; il fit un geste de la main, comme s' il eût pu l'écarter (il ne suivait pas le sentier), continua d'avancer, tomba sur un genou, se releva toujours aussi raide, sans avoir lâché le révolver. La piqûre des plantes fut si aigüe qu'il vit, une seconde, ce qui était devant lui : le chef inclinait la main vers la terre, opiniâtrement. Poser le révolver. Il était la -haut dans sa main. Enfin, il parvint à à plier le bras, pris l'arme de l'autre main, comme pour la détacher. Ce n'était plus de l'hésitation : il ne pouvait plus bouger. Enfin elle s'abaissa d'un coup et s'ouvrit, tous les doigts tendus : le révolver tomba.

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20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 14:05

1901  1976




La vie d' ANDRÉ MALRAUX a fait de cet étudiant à l' École des Langues Orientales, déjà  passioné d'archéologie en 1922, non seulement un témoin important, mais un acteur, tantôt caché, tantôt découvert, des grands drames de l'époque.


Entre 1923 et 1927 il a vécu en Extrême-Orient et participé à des expéditions archéologiques, des mouvements révolutionnaires, de vrais combats aussi, sous le drapeau du Kuomintang*. Il a, dès 1933, milité contre le fascisme et l'hitlérisme, puis lutté dans l'aviation aux côtés des républicains espagnols à partir de 1936. Évadé http://www.alalettre.com/pics/malraux4.jpgd'un camp de prisonniers après l'armistice de 1940, blessé dans les rangs du <<maquis>>, il a commandé la célèbre brigade <<Alsace-Lorraine>> pendant la libération du sol français. Armé par tant d'expériences et considéré comme possédant au plus haut point  << le sens du monde actuel >>, il a, depuis 1945, abandonné le  <<mythe de la Révolution>> pour le <<primat de la nation>> - le terme appartient aux Antimémoires - et suivi la voie du général de Gaulle, avant de l'imiter dans la retraite qu'il évoquera dans "Les Chênes qu'on abat" (1971). Titulaire de Ministères à la mesure de son rayonnement (Information, 1945-1946 ; Affaires culturelles après 1958) il a orienté sa méditation vers << l'éternité>> de l'Art * *et publié divers tomes du "Miroir des limbes" -   "Antimémoires"  (1967) - "Les Chênes qu'on abat" (1971) -  "Lazar" (1974).

 

* http://fr.wikipedia.org/wiki/Kuomintang

 

** Outre son oeuvre de romancier, MALRAUX a composé un ensemble important de critique esthétique : Les Voix du Silence (1951) - Le Musée Imaginaire de la Sculpture Mondiale (1952-1954) - La Métamorphose des Dieux (1957-1974) - La Tête d'obsidienne (1974). Il sait que le geste qui crée exerce une action profonde et continue sur la vie spirituelle.

 

Site André MALRAUX / http://www.malraux.org/

 

 

On cite souvent la déclaration de Malraux qui se trouve au début des "Antimémoires" : <<Presque tous les écrivains que je connais aiment leur enfance, je déteste la mienne>>. Malraux est le contraire d'un introverti ; et il n'a cessé, tout au long de sa vie de dénoncer une certaine forme d'individualisme.


A la solitude, à la mort ou à la souffrance, Malraux  opposera    toujours la fraternité ; celle qui se manifeste dans le combat, pendant la guerre d'Espagne par exemple : <<les hommes unis à la foi par l'espoir et par l'action accèdent à des domaines auxquels ils n'accéderaient pas seuls>>   ( L'Espoir).

 

Privé du christianisme auquel il ne croit pas, et de façon générale <<amputé de l'éternel >> (Antimémoires) Malraux, trouve dans l'Art, dans la communion des chefs-d'oeuvre, une autre forme de fraternité.

 

L'Art est un anti-destin : le destin pour Malraux, c'est tantôt une sorte de fatalité, <<la certitude que vous serez cela et pas autre chose, que vous aurez été cela et pas autre chose>> ; tantôt, la condition humaine  : <<le Destin n'est pas la mort. Il est fait de tout ce qui impose à l'homme la conscience de sa condition >>. On ne nie pas sa condition ; on peut tenter de l'assumer : <<NON>>  jeté à ceux qui opprime, NON à la misère qui prive l'homme de sa dignité : un pauvre ne peut pas s'estimer, NON à ceux qui avilissent l'homme, NON à l'angoisse de la solitude, NON à l'absurde.

 

Les différentes voies explorées par Malraux sont autant d'expériences successives pour fonder la grandeur de l'homme. Il est facile de remarquer que l'oeuvre de Malraux sort de sa vie. Mais on peut dire tout aussi bien que sa vie, c'est la mise en pratique, l'épreuve de sa conscience, de sa vérité intérieure. Les deux s'interpénètrent. Tout oeuvre naît d'une rencontre : l'aventure, le combat, la fraternité, l'art.... Mais ces rencontrent répondent à un appel venu de lui-même.

 

Interview de Raymond ARON sur André MALRAUX :

Raymond ARON parle de ses relations amicales avec André MALRAUX, de leur antifascisme et des rapports d'André MALRAUX avec le Parti Communiste avant et après la guerre.

 

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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 10:29

 

Un vieux pêcheur, qui n'a rien attrapé depuis longtemps, fait soudain la prise de sa vie... et lutte tragiquement pour la ramener au port.


On a souvent dit - abusivement - que le Vieil Homme, c' était Hemingway lui-même. La barbe que l' auteur portait à la fin de sa vie, et qui lui donnait vraiment une tête de vieux pêcheur, aida certainement à cet amalgame...


Une fin tragique


Le matin du 2 juillet 1961, un coup de feu retentit dans la maison d'Hemingway. L'écrivain s'est suicidé avec son fusil de chasse. Rien pourtant ne semblait justifier ce geste : son art, largement reconnu, son livre  "Le Vieil Homme et la mer"  couronné par le prix Nobel en 1954, étaient là pour le démentir. Mais selon certains, ce livre justement, écrit huit ans avant la tragédie, et narrant le dernier combat d'un homme sur le décIin, contenait déjà le message d'adieu qu'on chercha vainement autour du cadavre.


La pêche de la dernière chance


Le vieux Santiago est un marin malchanceux : voilà quatre-vingt-quatre jours qu'il n'a pris aucun poisson. Même Manolin, le gamin qui travaillait avec lui, est contraint par ses parents d'embarquer sur un autre http://ecx.images-amazon.com/images/I/51cub8AD-pL._SL500_AA300_.jpgbateau. Mais il reste attaché au vieux, et tandis qu'il voit celui-ci repartir seul, à I'aube du quatre-vingt-cinquième jour, pour la pêche du dernier espoir, il reste confiant. Le vieux, de fait, est décidé à forcer sa chance : il a choisi d'aller très loin, au grand large, là où les autres ne vont pas, là où vivent les très gros poissons. Et là-bas, enfin, le sort le favorise : un énorme espadon de six mètres se laisse prendre à son hameçon. Le vieux et le poisson vont combattre dans la solitude de la mer pendant trois jours et trois nuits. Le fil qui les relie dans une même souffrance va créer une curieuse intimité, le vieux parlera à son poisson, l'appellera même son "frère". Mais il reste que l'un des deux doit mourir : ce sera le poisson. Le vieux a-t-il vaincu sa malchance ? Hélas, sur le chemin du retour, des requins le harcèlent sans relâche, et ne laissent de sa superbe prise qu'une misérable carcasse. C'est un homme brisé que Manolin accueille au port.



La solitude est un thème cher à Hemingway. Mais ici, elle prend une dimension nouvelle, réellement physique. La mer fait plus qu' éloigner les autres, elle les efface littéralement. Allégorie pour exprimer la souffrance de l' écrivain ?...



Extraits :


Il appelait l' océan la mar, qui est le nom que les gens lui donnent en espagnol quand ils l' aiment. On le couvre aussi d' injures parfois, mais cela est toujours mis au féminin, comme s' il s'agissait d'une femme. Quelques pêcheurs parmi les plus jeunes, ceux qui emploient des bouées en guise de flotteurs pour leurs lignes et qui ont des bateaux à moteur, achetés à l'époque où les foies de requin se vendaient très cher, parlent de l'océan en disant el mar, qui est masculin. lls en font un adversaire, un lieu, même un ennemi. Mais pour le vieux, l'océan c' était toujours la mar, quelque chose qui dispense ou refuse de grandes faveurs ; et si la mar se conduit comme une folle, c' est parce qu' elle ne peut faire autrement : la lune la tourneboule comme une femme.


                                            ***


"Si le gosse était là, il pourrait me frictionner la main, il me plierait le poignet, pensait-il. Bah ! ça finira bien par se remettre en place."

Tout à coup, avant même de voir l'inclination de la corde se modifier, il sentit quelque chose de nouveau dans la tension de la ligne. Pesant de toutes ses forces sur le fil,  le vieux se donnait de la main gauche de grands coups contre la cuisse. La ligne, lentement, arrivait.

- Le voilà qui monte. dit-il. Allez, main, allez, crénom !

Lentement, régulièrement la ligne montait ;  soudain l'océan se souleva en avant de la barque et le poisson apparut. ll n' en finissait pas de sortir ; l'eau ruisselait le long de ses flancs ; il étincelait dans la lumière ; sa tête et son dos étaient violet foncé ; le soleil éclairait en plein ses larges rayures lilas. ll avait un nez très long, aussi long qu'une batte de base-ball, et pointu comme une épée. Le poisson émerga tout entier, puis, avec l'aisance d' un bon nageur, replongea. Le vieux eut le lemps d' apercevoir la grande queue en forme de faux qui s' enfonçait,  tandis que la ligne recommençait à galoper.


                                           ***

Alors,  il décrocha la barre du gouvernail, la prit à deux mains et se remit à cogner dans tous les sens. Mais les requins se pressaient contre la poupe. Tantôt l'un derrière l'autre, tantôt ensemble, ils s'élançaient sur le poisson, arrachant des morceaux de chair que l' on voyait briÌler à travers l' eau quand ils se retournaient pour revenir à la charge. Un dernier survint, qui s'attaqua à la tête. Le vieux comprit que tout était fini. II brandit la barre et l' abattit sur la mâchoire même du requin qui était comme coincée dans les cartilages de la tête du poisson. II cogna deux fois, trois fois, dix fois. La barre se rompit. II continua à cogner avec le morceau cassé. ll le sentit entrer dans la bête ; déduisant de cela qu' il était très pointu, il frappa encore. Le requin lâcha prise et se tordit. C' était le dernier de la meute. ll ne restait plus rien à manger pour personne.


Notes :


"On n'a jamais écrit un bon livre avec des symboles déterminés d'avance puis fourrés dedans. Les symboles de ce genre ressortent comme le raisin dans le pain aux raisins (...) J'ai essayé de créer un vrai vieil homme, un vrai  jeune garçon, une vraie mer, un vrai poisson et de vrais requins. Mais si je les ai faits assez réels et fidèles, ils signifieront bien des choses. Le plus dur est de rendre quelque chose absolument vrai et quelquefois plus vrai que la réalité."

- Hemingway dans une interview du Time "


"ll ne faut pas s'attendre à trouver dans Le Vieil Homme et la mer un renouvellement  thématique quelconque. L'effort humain, la solitude, le sens de  la vie, la présence de la mort : ces thèmes noués et dénoués tout au long de l'oeuvre de Hemingway sont encore présents ici. La seule différence, peut être, consiste en ceci qu'ils sont tous poussés à l'extrême, de la façon la plus radicale."

- Jorge Semprun


"En mettant les choses au mieux, le fait d'écrire implique une vie solitaire. Les organisations destinées aux écrivains portent remède à la solitude de l'écrivain, mais je me demande si elles améliorent son oeuvre. Sa stature publique s'en accroît tandis qu'il se dépouille de sa solitude, mais souvent son oeuvre se dégrade. Car il fait son oeuvre seul, et s'il est assez bon écrivain pour cela, il doit chaque jour affronter l' éternité, ou l'absence de cette éternité (...)."



 

 


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Published by Cathou
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Présentation

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  • : Bonjour à tous.... Une approche de certains écrivains ; vie, œuvres, extraits. A l'attention de la personne "ANONYME" qui se reconnaîtra.... : je n'ai jamais voulu m'approprier ce travail, j'ai noté dans ma page d'accueil les sources :Ce blog sans prétention aucune a été crée à partir de fiches -collection Atlas - et d'ouvrages - collection Lagarde et Michard et collection Nathan "Grands écrivains du Monde", -
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Divers personnages....


DANTE


                                                                                                      Béatrice Portinari









Dante par Giotto








Première page de la Divine Comédie













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SOPHOCLE



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                                                                                                       Antigone




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Philotecte abandonné par les Grecs







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Sophocle  Bas relief en marbre









Sophocle




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Pythagore



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Le Banquet manuscrit sur papyrus.






Platon par Raphaël





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ARISTOTE





Aristote par Raphaël




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Aristote sur une fresque murale à Rome




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Alexandre à une bataille






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Alexandre combattant un lion







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Bronze - Alexandre









Buste d'Alexandre le Grand







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Alexandre et Aristote





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Enluminure "Chanson de Roland"










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Mort de Roland à Ronceveaux
















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Charlemagne et le Pape Adrien I






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Charlemagne et son fils Louis le Pieux






RUTEBOEUF

                            



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Ruteboeuf par Clément Marot

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