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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 12:03

1898   1961



Ernest Hemingway appartient à ce que Gertrude Stein a appelé <<la génération perdue>> *,  c'est à dire la génération des Américains nés à peu de chose près avec le siècle et jetés dans la tourmente de la  Première Guerre mondiale avant d'avoir pu connaître une existence normale.


* fr.wikipedia.org/wiki/Génération_perdue


Les survivants en étaient  revenus désaxés et désabusés. Partis pour une croisade, pensaient-ils, ils ne virent en Europe que massacres absurdes au lieu de batailles épiques, et que victimes pitoyables au lieu de héros. Ils leur fut dorénavant http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/28/ErnestHemingway.jpg/250px-ErnestHemingway.jpgimpossible de croire aux notions de gloire, d'honneur et de patrie. Les romanciers de cette génération rejetèrent donc toutes les valeurs traditionnelles et perdirent la foi en tout idéal. Ils exprimèrent leur désarroi et leur désenchantement un peu à la manière de ces autres << enfants du siècle>> qu'avaient été les romantiques français, mais sur un tout autre mode et sans lyrisme. Peu à peu, cependant, leurs plaies morales se refermèrent et Hemingway, en particulier, s'est attaché à redonner sens et valeur à la condition humaine. Son oeuvre suit une courbe qui va d'un scepticisme désespéré aux affirmations d'un stoicisme à la Montherlant et même d'une foi retrouvée en l'amour et en la fraternité de tous les êtres.


Cette épreuve fut d'autant plus traumatisante pour Hemingway qu'il sortait d'une famille très bourgeoise et très pieuse du Middle-West. Il est né le 21 Juillet 1899 à Oah Park (Illinois). Son père était gynécologue et sa mère avait renoncé à sa carrière de cantatrice pour l'épouser. Elle se rattrapa en les dominant, lui, et leurs enfants. Le couple habitait à Oak Park, petite ville cossue de la banlieue de Chicago. Le jeune Hemingway  y passa toute son enfance, dans une atmosphère très puritaine d'où il pouvait cependant s'échapper chaque été lorsque toute la famille allait passer des vacances au milieu des bois qui entourent le lac des Wallons au nord du Michigan. C'est là qu'il fit son apprentissage de chasseur et de pêcheur, ainsi qu'il l'a raconté dans les contes qui ont pour héros le jeune Nick Adams, qui n'est autre que lui-même.


A l'inverse de Fitzgerald, de Dos Passos et même de Faulkner, Hemingway n'alla jamais à l' Université et se donnait volontiers des airs d'autodidacte, mais il fit néanmoins de très solides études à l'excellente High School d'Oak Park avant de se lancer dans le journalisme. Il  fut pendant plusieurs mois reporter au  <<Kansas City Star >> qui était à cette époque un des meilleurs quotidien des États-Unis. C'est alors, prétendait-il, qu'il apprit à écrire, en appliquant soigneusement les règles qu'imposait le rédacteur en chef : << Faites des phrases courtes. Faites des introductions brèves. Servez-vous d'un anglais vigoureux. Soyez affirmatif et non négatif.. >>


Lorsque les États-Unis entrèrent en guerre, Hemingway voulut s'engager pour se battre en Europe et voir de près ce qui s' y passait, mais, sa vue étant mauvaise, il n'obtint de partir que comme conducteur d'ambulance, et il fut affecté à la Croix Rouge italienne. Il  subit  pourtant l'épreuve du feu, car, le 8 juillet 1918, au petit jour, à Fossalta di Piave, un obus autrichien tomba sur un groupe d'hommes dont il faisait partie alors qu'il distribuait du chocolat et des cigarettes en première ligne. Un des hommes fut tué et un autre très grièvement blessé. Hemingway, lui même touché, le chargea sur son dos et essaya  de gagner l'arrière.

 

Il fut par deux fois atteint par un tir de mitrailleuse avant d'arriver au poste de secours. On dut extraire de ses jambes une vingtaine d'éclats d'obus. Il  passa plus de trois mois dans un hôpital de Milan. Il s'éprit à ce moment-Ià d'une jeune infirmière américaine qui lui servit de modèle pour Catherine Barkley dans "L' Adieu aux armes". Il  aurait voulu l'épouser, mais elle lui préféra un officier italien. Cet échec I'affecta d'autant plus qu'il  souffrait de désordres nerveux - d'insomnies torturantes en particulier - depuis sa blessure. Il essayait de s'en guérir en lisant beaucoup - et aussi en buvant - pour oublier I'effrayante rencontre avec la mort qu'il avait faite à Fossalta et qu'il décrivait en ces termes dans une lettre à un ami : << J'ai senti mon âme, ou quelque chose comme ça, qui quittait mon corps, comme lorsqu'on tire un mouchoir de soie de sa poche par un coin. Elle tournoya autour de moi, puis revint, rentra de nouveau dans mon corps, et je cessez  d'être mort. >>

 


http://www.rochester.edu/College/ENG/theatre/dramaturgical/gertrudestein.jpgComme beaucoup de jeunes gens de sa génération, Hemingway eut du mal à se réadapter. Il rompit avec ses parents qui ne le comprenaient pas, reprit du travail comme journaliste, se maria et alla s'installer à Paris dès 1921. Il voulait écrire et s'imposa une discipline rigoureuse, qu'il a décrite dans son livre de souvenirs de cette époque, "Paris est une fête". Guidé par Gertrude Stein et le poète Ezra Pound, i! s'efforça d'atteindre à un style aussi laconique que http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:VhcPNRp2K89pmM:http://epc.buffalo.edu/authors/pound/ep.jpgpossible dans des récits très concis  dont il publia sans grand succès un recueil en 1925 sous le titre  "De nos jours". Il ne réussit à percer que lorsque parut en 1926 son premier roman, "Le Soleil se lève aussi" **.

 

** fr.wikipedia.org/wiki/Le_soleil_se_lève_aussi


Le second roman de Hemingway, "L' Adieu aux armes" ***, est tout aussi désespéré. Il y aborde, avec dix ans de recul, le sujet de cette guerre qui I'avait si profondément marqué. Le titre, emprunté à un poème patriotique anglais, est ironique, car on y voit tout au long que la guerre n'a aucun sens et que I'amour ne vaut pas mieux. Le héros, en effet, le lieutenant Frederick Henry, ambulancier américain dans I'armée italienne, comme Hemingway, après avoir conclu une paix séparée, c'est-à-dire déserté et être passé en Suisse avec une jeune infirmière anglaise, Catherine Barkley, qui I'a soigné à Milan et qu'i! aime d'un grand amour sans phrases, s'aperçoit bientôt que le Destin auquel il croyait avoir échappé I'a pris à son piège. Après quelques mois de grand bonheur dans la pureté de la neige sur les montagnes, la jeune femme meurt ainsi que son bébé dans une maternité de Lausanne des suites d'un accouchement difficile, et le livre s'achève sur une vision du héros partant sans but, le dos courbé sous la pluie.

 

***rosannadelpiano.perso.sfr.fr/ONPA_Hemingway_html.htm

 

Hemingway lui-même n'a pas connu pareille épreuve. Il a réussi à oublier I'horreur de la guerre et l'absurdité de la vie en s'adonnant à deux divertissements, les courses de taureaux et à la chasse, auxquels il a consacré "Mort dans l'après-midi" (1932) et  "Vertes collines d'Afrique" (1935).

 

L'engagement politique


Après le succès de ses premiers romans et son second mariage, Hemingway s'installa en 1928 à Key West, à I'extrême pointe de la Floride, et plus tard à Cuba, près de La Havane, pour bien marquer son désir de rester en marge des États-Unis. C'était I'époque de la <<crise>>, mais les problèmes sociaux ne I'intéressaient pas.

 

La guerre civile  espagnole  fait rage et   le fascisme menace. Hemingway, sans hésiter, se range du côté des démocraties et, pour défendre la cause Républicaines espagnoles, écrit le texte d'un film documentaire : << La Terre espagnole >>, et une pièce de théâtre : << La   Cinquième colonne >> (1938).

Il écrit à chaud un roman ou  il utilise ses souvenirs récents, sans leur donner le temps de  se décanter, comme Malraux l'a fait dans" l'Espoir ". Ce fut "Pour qui sonne le glas" **** (1940) <<Nul homme n'est une île complète en soi-même ; chaque homme est un morceau du continent, une partie du Tout...>>


****http://fr.wikipedia.org/wiki/Pour_qui_sonne_le_glas_%28roman%29

 

Quand éclate la Seconde Guerre  mondiale, Hemingway se contenta de patrouiller pendant plusieurs mois sur son yacht dans la mer des Antilles, avec l'espoir  de détruire ou de capturer un sous marin allemand, mais en 1944, il se fit envoyer en Europe comme correspondant de guerre et prit part à ce titre à plusieurs missions aériennes au-dessus de l' Allemagne et au débarquement en Normandie.  Il suivit les troupes  et parfois même devança les alliées et entra, l'un des premiers dans Paris. Bien qu'il eût matière pour écrire, il traversa une période de stérilité dont la fin fut marquée par la publication en 1949  "d' Au delà du fleuve et sous les arbres". Le livre connut un succès médiocre.


Pour reconquérir son titre de champion (c'est ainsi qu'il voyait sa carrière), il écrivit un  court récit : "Le Vieil homme et la mer (1952).  Ce fut son chant du cygne. Après ce récit, Hemingway tourna en rond, à bout de souffle et à court d'imagination.  Il revisita les lieux où il avait été heureux. Il n'avait plus la force d'écrire, ni de vivre. Désespéré, il y mit un point final en se tuant d'une balle dans la tête le 2 Juillet 1961.

 

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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 16:33

 

 

 

 

http://www.avoir-alire.com/IMG/arton5369.jpg

 

Dans les bas-fons de Londres, Mackie, sorte de Casanova de la pègre, enlève Polly, fille de Peachum, roi des faux mendiants pour l'épouser. Peachum se venge et tente de faire exécuter son gendre par leur <<ami>> commun, le chef de la police Brown.

 

 

Chantée pour la première fois le 31 août 1928 à Berlin au Theater am Schiffbauerdam,  sur une musique de Kurt Weill, la Complainte de Mackie le Surineur, par laquelle s'ouvre la pièce de Brech, a, depuis, fait le tour du monde.

 

Une épopée des bas-fonds

 
<<Foire à Soho. Les mendiants mendient, les voleurs volent,  les putains font les putains. >> Dès les premiers mots de sa pièce, Brecht plante le décor : celui d'un monde où le crime relève du quotidien et où les criminels sont de simples professionnels. Dans ce décor, l'affrontement de deux anciens complices qui se transforment en ennemis : Mackie, bandit en gants blancs, tel que l'imagination populaire le rêve - plus cruel et impitoyable qu'un requin, mais capable de faire tourner la tête à toutes les femmes, aux jeunes filles les plus innocentes comme aux prostituées, et Peachum, l'hommes d'affaires qui, sans jamais se séparer de sa Bible, a fait de la mendicité un business.
A la veille des fêtes du couronnement, Peachum organise avec sa horde de miséreux un défilé de faux mendiants. Mackie, Peachum et Brown, le chef de la police, s'entendent comme larrons en foire jusqu'au moment où Mackie enlève la fille de Peachum pour l'épouser. Alors tout se gâte. Peachum demande à Brown la tête de Mackie - et l'obtient. En même temps, une tragi-comédie de la jalousie se déroule. Jalousie des femmes qui aiment Mackie, c'est-à-dire de Polly, dont le mariage a lieu dans une écurie entièrement meublée d'objets volés, et de Jenny, la fière putain, qui n'hésitera pas à livrer son amant à la police. Tout devrait logiquement s'achever sur l'exécution de Mackie, si une sorte de miracle ne produisait un happy end plutôt burlesque.


Cynisme et romantisme


Conçue par Brecht comme un << essai de théâtre épique >>, où des dialogues alternent avec des complaintes, des ballades et des choeurs, la pièce nous offre effectivement une sorte d'épopée des bas-fonds, avec quelques figures héroïques (Mackie, Jenny-des-Corsaires). Démythifiant la charité, elle démonte les mécanismes par lesquels pauvres et riches se roulent mutuellement. Mais le cynisme des propos tenus n'empêche pas un certain romantisme à la Charlie Chaplin : tendresse et amour fou sont ici combattus par le destin, mais l'authenticité de ces sentiments n'est pas mise en cause.

 

Extraits :

 

S'adressant à son << employé>> Filch, Peachum énumère différents types de déguisements capables de susciter la pitié :
Équipement A : victime du progrès des moyens de transport. L'alerte paralytique toujours gai (il mime le personnage), toujours insouciant, à peine assombri par un moignon. Équipement B : victime de l'art de la guerre. L'insupportable trembloteur importune les passants, travaille par le dégoût qu'il inspire (il mime le personnage), dégoût que la vue de ses nombreuses décorations atténue à peine. Équipement C : victime de l'essor industriel. Le pitoyable aveugle ou la haute école de l'art mendicitaire (il mime le personnage, en s'avançant à tâtons vers Filch. Au moment où il se heurte à Filch, celui-ci, effrayé, pousse un cri. Peachum s'arrête aussitôt et le toise d'un air stupéfait, et il se met à hurler) : Il a pitié ! Jamais, au grand jamais, vous ne ferez un bon mendiant !


                           ***


Chanson de Polly, séduite par Mackie


Un jour pourtant, par un grand soleil fou,
Il en vint un qui ne m'a rien demandé.
Il est entré sans un mot, il a accroché son chapeau à un clou,
Et je ne savais plus ce queje faisais.
Et comme il n'avait pas d'argent
Et comme il n'était pas charmant,
Comme son col même le dimanche n'était pas blanc,
Qu'il ne savait pas plaire aux dames
et n' était pas galant,
Je ne lui ai pas dit : non.
Je n 'ai pas gardé la tête haute,
Je n'ai pas parlé de choses et d'autres.
Ah, la nuit était pleine d'étoiles
Mais le bateau n 'a pas mis les voiles.
On ne pouvait pas en rester là,
Il n 'y avait plus qu'à se mettre au lit sans façons.
Savoir perdre la tête : tout est là.

 
                     ***

 

Pour convaincre Brown, chef de la police, d'arrêter Mackie, Peachum le menace de troubler les fêtes du couronnement.


Si les vrais malheureux arrivent... S'ils se tenaient en rangs serrés sur le parvis de l'église, ce ne serait pas un spectacle très réjouissant...Vous savez ce que c'est qu'un lupus, Brown ? Eh bien, imaginez côte à côte cent vingt pauvres bougres affligés d'un lupus !  La reine ne doit voir que des visages rayonnants, Brown, pas des visages rongés par le lupus. Et tous ces infirmes groupés près du grand portail ! II faut éviter ça à tout prix, Brown. Vous me direz que la police peut venir à  bout de tous ces pauvres gens.
Au fond, vous n' en êtes pas si sûr, avouez-le. Mais, même dans ce cas-là, imaginez l'impression que cela fera si la police est obligée de matraquer six cents pauvres infirmes !

 

Brecht s'est inspiré ici de "L'Opéra des gueux", ouvrage de John Gay, écrivain anglais du XVIII ème siècle. La pièce est l'une des plus connues du dramaturge - grâce en partie à la musique de Kurt Weill dont il a été fait de très nombreux enregistrements. Une nouvelle version des complaintes et bal1ade a été établie après la Seconde Guerre mondia1e, en 1946, avec des allusions directes à Hitler et au nazisme.


L'ouvrage a été porté plusieurs fois à l' écran. La première version cinématographique date de 1931, c'est
celle du célèbre cinéaste allemand Georg W. Pabst, qui a réalisé un film remarquable et utilisé la musique de Kurt Weill. C'est une oeuvre assez fidèle à l'esprit de Brecht, bien que ce dernier en ait été mécontent et ait fait un procès aux producteurs. Dans la version française, réalisée simultanément, les rôles principaux sont tenus par Albert Préjean, Florelle et Gaston Modot.


Trente ans plus tard, en 1962, Curd Jürgens a incarné à son tour le personnage de Mackie dans un long-métrage assez médiocre du metteur en scène allemand Wolfgang Staudte.

 

Ella fitzgerald extrait de l'Opéra de quat'sous

 

 

 

 

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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 14:38

 

 

Chronique de la guerre de Trente Ans, vue à travers les vicissitudes d'une vaillante cantinière, mère de trois enfants qu'elle perdra I'un après I'autre, avant que la paix la prive aussi de son métier.


Les coulisses de la guerre


 Pendant la guerre de Trente Ans, du printemps 1624 jusqu'à l'hiver 1636, la cantinière Anna Fierling suit avec sa roulotte, de pays en pays, à travers I'Europe, des troupes de soldats <
<vêtus de trous, nourris d'ordures >>. http://ecx.images-amazon.com/images/I/61iCVsjpAwL._AA300_.gifElIe leur procure de la farine, des chaussures et, <<pour le cafard >>, de l'eau-de-vie. On l'appelle Courage parce que, disent ses fils, <<elle a eu peur de perdre son bien et qu'elle a traversé le feu des canons de Riga avec cinquante miches de pain dans sa roulotte>>. Robuste et sensuelle, Anna s'est, pour survivre, armée de cynisme et de rapacité. La guerre est son gagne-pain : <<Si elle ne rapportait pas, les petites gens comme nous ne la feraient pas >>, explique t-elle. Elle a trois enfants, tous de père différent. En âge d'être soldats, ses deux fils, dont l'un est intrépide, l'autre un peu bête mais honnête, s'engagent, contre sa volonté. Sa fille, Catherine, est muette. L'innocence et la bonté d'âme de l'infirme font peur à Anna. SeIon une sagesse très brechtienne, chacun des trois enfants mourra victime de sa vertu - l'un de son courage, l'autre de son honnêteté naïve, la troisième de son grand coeur. <<Enviez ceux qui en sont quittes ! >>- chante l'un des personnages.


Une vision satirique du courage


A travers dialogues et chansons d'un humour sombre, toujours percutants, Brecht fait le procès du courage : ainsi la vaillance de la cantinière n'est dictée que par son instinct de survie et son âpreté au gain ; quant aux prétendus <<exploits >>de son fils, ils lui valent d'abord la gloire, mais ensuite, lorsque la paix est en vue, la condamnation à mort et l' exécution. Le jeune soldat est en effet coupable d'avoir accompli  <<un exploit de trop >.

 

 

Extraits :

 

Chanson du premier tableau de Mère Courage


Mon capitaine assez de batailles
Tes fantassins, laisse-les souffler
La Mère Courage, pour la piétaille
A des chaussures qui tiennent aux pieds.
Couverts de gale, rongés de vermine,
Ils traînent tes canons sans renâcler
Si à la mort faut qu'ils cheminent,
Ils veulent au moins de bons souliers.
Le printemps vient, debout chrétiens !
La  neige a fondu sur les morts.
Et tout ce qui se traîne encore
repart en guerre sur les grands chemins.


                       ***

 
Mère Courage expose sa sagesse à son ami Le Cuisinier


COURAGE. Ça doit être un bien mauvais capitaine.
LE CUISINIER. Il est glouton,mais pourquoi mauvais capitaine ?
COURAGE.Parce qu'il lui faut de braves soldats. S'il savait faire un bon plan de bataille, il n' aurait pas besoin de braves, des soldats suffiraient. D'ailleurs partout où on trouve de grandes vertus, on peut être sûr qu'il y a quelque chose qui va de travers.
LE CUISINIER- .Je croyais que c' était bon signe les grandes vertus.
COURAGE.Non, c'est signe que quelque chose va de travers. Pourquoi ? lmagine que le capitaine est un sot, il conduira ses hommes dans un cul-de-sac. lls devront déployer du courage pour ne pas y laisser leur peau. Si le chef est un avare qui lésine sur le nombre de soldats à recruter, il faudra que tous ses gens   soient d'une force herculéenne du premier au dernier. Si c' est un Jean-Foutre qui ne se soucie pas de ses hommes, ils seront forcés de se conduire avec la prudence du serpent. S'il les accable de ses exigences, ils ne tiendront qu'à force de fidélité. Tout cela, ce sont des vertus dont on n' a pas besoin dans un pays ordonné, avec un roi et des capitaines à la hauteur.

 

Berceuse de Mère Courage pour sa fille morte sous la mitraille


Dors mon amour
Fais dodo mon trésor
On crie chez la voisine,
Chez nous on câline
Tu vas dans la soie,
Dans la robe d'un ange
Retaillée pour toi.


                  ***

 

Cette pièce sur la guerre a curieusement été écrite un an à peine avant la Seconde Guerre mondiale, en 1938 -39, alors que son auteur vivait en exil. Parue en allemand en 1950, Mère Courage a été mise en scène pour la première fois à Zurich, puis à Berlin, avec le Berliner Ensemble. L'année suivante, c'est Germaine Montero qui incarne avec succès la cantinière de Brecht au TNP de Jean Vilar. Si pour certains, comme pour le théoricien du théâtre Bernard Dort, la pièce annonce la Seconde Guerre mondiale - <<un enlisement, un effritement, la perte quotidienne de nos grands espoirs historiques, I'échec de la révolution >>(Bertolt Brecht, Les Cahiers de I'Herne, vol. II,1979) - pour d'autres, comme le metteur en scène Antoine Vitez, c'est un point de vue pacifiste un peu désuet, lié à la guerre de 14, qui triomphe ici : <<La pièce de Brecht, dit-iI, est pessimiste et pleine de tendresse pour cette figure de Mère Courage qui incarne en fin de compte le courage du pauvre, le courage d' Arlequin, le courage du lièvre comme dit Aragon (courageux comme un lièvre). Vous n'avez pas vu comme iI court le lièvre ? Quel effort iI fait pour fuir ? >>

 


 
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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 13:58

 

1898  1956



L'image que I'homme a laissée chez ses contemporains est contradictoire : militant courageux pour les uns, Bertolt Brecht a été perçu par d'autres comme un paysan rusé capable de se jouer de tous. Son oeuvre a suscité la ferveur enthousiaste, mais s'est attiré aussi les anathèmes les plus furieux. Pourquoi ce désaccord ? Brecht, par sa vie et son oeuvre, est au coeur même des luttes politiques et esthétiques de notre siècle.



Les combats de l'homme


Né en 1898 à Augsbourg, ce fils de directeur d'une fabrique de papier a vingt ans à la fin de la Première Guerre mondiale. Jeune étudiant en médecine, il découvre, en 1918, la réalité de la guerre. Le pacifisme de sa "Légende du soldat mort", écrite à cette époque, lui vaudra d'être sur la liste noire de Hitler lors du putsch manqué par celui-ci à Munich en 1923. Désormais, sa vie sera celle d'un homme engagé, mêlé à toutes les phases importantes de I'histoire de son pays.


http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/f8/Bundesarchiv_Bild_183-W0409-300%2C_Bertolt_Brecht.jpg/240px-Bundesarchiv_Bild_183-W0409-300%2C_Bertolt_Brecht.jpgA Augsbourg, il soutient d'abord la révolution spartakiste* qui, en 1919, éclate en Bavière. Installé à Munich en 1920 et ayant abandonné ses études de médecine pour se consacrer au théâtre,  à la musique et au journalisme, il se joint à ces nouveaux révoltés que sont les expressionnistes : ses poèmes sentent le soufre anarchiste et nihiliste. A Berlin, à partir de 1924, où il s'est établi avec sa première femme Marianne Zoff, il s'associe aux efforts de ceux qui, par l' <<agit-prop**>> , essaient d'amener au théâtre et à la musique les classes sociales les plus défavorisées. Quand la crise économique touche durement l'Allemagne - on compte près de 5 millions de chômeurs en 1931 -, il est au premier rang des adversaires du national-socialisme. Dès 1932, il figure dans la liste des  << écrivains décadents >> publiée par le journal nazi  <<Der Völkischer Beobachter >>. Le lendemain de l'incendie du Reichstag, le 28 février 1933, il doit s'enfuir avec sa seconde femme Hélène Weigel. Il gagne Prague, Vienne, Zurich, puis Paris, avant de s'installer finalement au Danemark, d'où il ne cesse de dénoncer les progrès du fascisme en Europe. En 1935, il est déchu par Hitler de sa nationalité.


* mouvement d’extrême-gauche marxiste révolutionnaire, actif en Allemagne  pendant la  Première guerre mondiale et le début de la révolution allemande.

 

** Le théâtre d'agit-prop est un théâtre populaire, en ce sens qu'il s'adresse aux "prolétaires", mais également politique : un instrument d'agitation et de propagande.

 

Devant l'avance des troupes hitlériennes, il repart en 1939 : Suède, Finlande, Californie. Là en octobre 1947, il doit se rendre à la convocation que lui a adressée la Commission des activités anti-américaines ; il parvient à déjouer les pièges des enquêteurs. Mais ne pouvant supporter la vague maccarthyste, il quitte peu après l'Amérique pour la Suisse, d'où, en 1949, il va monter "Mère Courage" à Berlin-Est. Il décide alors de s'établir dans cette ville divisée et d'apporter son soutien au nouveau régime d'inspiration communiste. Collaboration qui exclut toute soumission : en 1953, il critique publiquement la répression du soulèvement ouvrier de Berlin-Est, puis certaines options de la politique culturelle de la R.D.A. Cela ne l'empêche pas, en 1954, d'être appelé à siéger au conseil artistique du ministère de la Culture. En 1956, peu avant sa mort, il publie une "Lettre au Bundestag" de Bonn contre le réarmement de l'Allemagne Fédérale. Il meurt subitement le 14 août 1956.


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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 15:54

 

 

La fiancée se prépare au mariage. Mais celui qu'elle va épouser n'est pas l'homme qu'elle aime. Son amour va à Léonard, à qui, autrefois, elle a dû renoncer. Le soir de ses noces, elle se laisse enlever,
entraînant, sans le vouloir, son fiancé et son amant dans la mor
t.

 

Une danse d'amour et de mort


<< Mais ma fille, qu'est-ce qu'une noce ? Les fleurs ? Les  gâteaux ? Non. C'est un grand lit brillant avec un homme et une femme. >> L'affirmation d'une sagesse bien populaire dans la bouche d'une servante, au début de la pièce, est démentie par la suite : dans ces noces-là, il n'y aura pas de lit mais deux cercueils, http://ecx.images-amazon.com/images/I/41H9VS7CW1L._SL500_AA300_.jpgceux du fiancé et de son rival. La fiancée est enlevée, le jour de son mariage, par Léonard, son ex-promis.
Le fiancé les poursuit, mais trouve la mort au cours d'un duel fatal aux deux hommes. Le triangle classique - la femme, I'amant, le mari - n'a ici rien à voir avec celui d'un adultère. La femme est chaste. Si elle a décidé de se marier, c'est pour oublier Léonard et refaire, comme lui, sa vie. Le seul responsable de la tragédie est un sentiment invincible.
<< Quand les choses arrivent à nos centres, personne ne peut les arracher >> dit Léonard en enlevant la fiancée. Une conception fataliste liant l'amour à la mort domine ici : Léonard n'est-il pas un parent de ceux qui, autrefois, ont assassiné le père et les frères du fiancé ?

 

Un triptyque d'une fausse naïveté


Très courts, les trois actes et sept tableaux de "Noces de sang" (1933) constituent un triptyque à la Giotto, avec la styIisation des personnages et les contrastes du décor. Des dialogues laconiques alternent avec des chants - berceuses et ritournelles d'un lyrisme à la fois précieux et sombre. Tout dans le cadre - couleurs, écheveau de laine rouge, torrents ou forêt obscure - est symboIique. Mais s'il n'y a aucune connotation réaliste dans
le trio composé par la fiancée et les deux rivaux, certains personnages, en revanche, évoquent un contexte social précis : la mère du fiancé est une paysanne que sa morale traditionnelle fait vivre repliée sur le passé, le cimetière où dorment son mari et ses fils assassinés. Le père du fiancé ne pense qu' aux
richesses de la terre : << Ce qu'il faut, ma fille, c'est acheter, tout acheter. Si j'avais eu des fils, j'aurais acheté tout ce plateau, jusqu'au ruisseau... >>.

 

Extraits :

 

Arrivée à la noce de Léonard, le cousin chéri et redouté de la fiancée


LA SERVANTE.Léonard et sa femme sont déjà là. Ils ont été comme le tonnerre aussi vite qu'à cheval. La femme est arrivée morte de peur.
LE PÈRE. - Ce gars-là cherche un malheur : il a le sang mauvais.
LA MÈRE. - Le sang de sa famille. Cela a commencé avec son bisaïeul, le premier de la lignée qui ait tué un homme, et ça se perpétue dans sa maudite engeance. Manieurs de couteaux, gens au rire sournois...
LE PÈRE.- Nous n' allons pas parler de ça...
LA MÈRE. -J'ai mal jusqu'au bout des veines. Je ne vois en eux tous que leurs mains, pareilles à celles qui ont tué mes deux hommes. Tu me crois folle ? Eh bien, si je le suis, c' est de n' avoir pas crié autant que j' en avais besoin. J' ai dans la poitrine, toujours prêt à sortir, un cri que je maîtrise et cache sous ma mante. Car une fois qu' on a emmené les morts, les vivants doivent se taire. Il n 'y a que ceux qui n' ont rien à voir dans l' histoire qui aient le droit de clabauder.


                             ***

Dans une sorte d'intermède poétique, la lune apparaît sous la forme d'un bûcheron au visage blanc et s'adresse aux branches


LA LUNE. - Je ne permets plus les ombres,
Mes rayons auront jeté
Jusqu'au dedans des troncs sombres
Une rumeur de clartés.
Le doux sang sur ma face
Et les joncs réunis
Que balance la nuit...
Qui se cache ? Allez-vous-en...
Non. Pas d'abri. Leur mort est prête.
Je fais briller sur leurs têtes
Une fièvre de diamants.

 


                             ***

 

La fiancée explique son geste à la mère du fiancé


Je suis partie ! (avec angoisse.) Toi aussi tu serais partie ! J'étais brûlée, couverte de plaies dedans et dehors. Ton fils était un peu d'eau dont j'attendais des enfants, une terre, la santé. Mais l'autre était un fleuve obscur sous la ramée, il m'apportait la  rumeur de ses joncs, sa chanson murmurait. Je courais avec ton fils qui, lui, était tout froid comme un petit enfant de l'eau, et l'autre, par centaines, m'envoyait des oiseaux qui m'empêchaient de marcher et qui laissaient du givre sur mes blessures...

 

Traduction de Marcelle Auclair, Gallimard, 1947

 

 

Notes :

 

Dans sa biographie de Lorca, Marcelle Auclair, traductrice et amie du poète, explique que la trame de la pièce s'inspire d'un fait divers qui a eu lieu pendant I'été de I'année 1928, près d' Almería : fiancé et invités d'une noce avaient attendu en vain la fiancée, partie en fait avec son cousin dont on découvrit plus tard le cadavre. L'histoire avait même donné naissance à une complainte locale. Lorca, qui a trouvé cette histoire dans un journal, y revient souvent et finit par écrire en 1932 "Noces de sang" en une semaine - trois cahiers format écolier. La pièce fut créée à Paris en juin 1938 au Théâtre de l' Atelier, avec Germaine Montero.


<<Federico, écrit Marcelle Auclair, préférait dans son drame cette scène où la lune et la mort sont les éléments et les symboles de la fatalité. (...) Il] se trouvait dans son élément, dans la hantise de la mort violente. >> Pour elle, <<les héros de García Lorca sont en état de crise, chacun est tout entier en proie à un sentiment primaire, mais irrésistible, comme la faim, la soif, la naissance et la mort. Ce n'est pas de la littérature, mais la vie prise au piège de la sensibilité. >>

 

-Marcelle Auclair, Enfances et mort de García Lorca, Le Seuil, 1968

 


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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 13:24

 

1899  1936

 

 

Sous les éclats divers et scintillants d'un génie étrangement séduisant, une cohérence profonde se dessine dans le destin de ce poète dont toute l'oeuvre, lyrique, dramatique, musicale ou graphique affirme un invincible attrait pour tous les visages de la liberté et de la vérité : la beauté, la création artistique, l'amour, l'ardeur de vivre et le refus de tous les masques de la mort.

 

Fédérico Garcia Lorca naquit le 5 juin 1898 à Fuente Vaqueros, une bourgade près de Grenade. Ses parents  sont de souche andalouse.   << Toute mon enfance - dit-il lui-même - est  villageoise : bergers, campagne, ciel, solitude.>> Ayant renoncé à la musique où il excelle, il entreprend, adolescent, des études de  lettres et de droit. En 1919 il s'installe à Madrid, à la fameuse Residencia de Estudiantes, que fréquente l'élite intellectuelle. Il y fait http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/0b/Lorca_%281914%29.jpg/220px-Lorca_%281914%29.jpgdes rencontres décisives : Buñuel, Dali,  Rafael Alberti, Pedro Salinas, Gerardo Diego, Moreno Villa. Très vite, par ses dons éblouissants de poète et de musicien, il devient l'un des jeunes artistes les plus en vue. Dès 1920 il écrit pour le théâtre. De son enfance il gardait aussi un goût passionné pour le théâtre de marionnettes. Sa première oeuvre date de 1918 : "impressions et paysages", inspiré par des voyages en Andalousie et en Castille ; ces proses lyriques, dans le sillage des grands écrivains de l'époque - Azorín et Juan Ramón Jimebez surtout - laissent déjà affleurer d'étonnantes images. Représentations théâtrales et poèmes se succèdent, dans une effervescence joyeuse de la création, jusqu'à la grande crise sentimentale des années 1926-1929 dont le poète ne s'arrachera que par un travail acharné. Pour discipline il s'impose << la joie à tout prix >>.  Tous ceux qui ont connu Lorca ont été fascinés par le charme étrange qui émanait de lui, un mélange à la fois de joie sans fin et de désespoir insondable. << Une décharge de sympathie quasi électrique, un sortilège, une irrésistible atmosphère de magie... >> voilà les termes, par exemple, qu'emploie Rafael Alberti pour l'évoquer. En octobre 1928 il prononce, à Grenade, une admirable conférence, <<imagination, inspiration et évasion >>, qui donne à son propre univers poétique un éclairage intense :

 

"En poète authentique que je suis et que je serai jusqu'à la mort, je ne cesserai de me fouetter avec les disciplines, dans l'espérance du jet de sang vert ou jaune que je ferai jaillir un jour de mon corps forcément, par l'effet de la foi... La poésie ne veut pas d'adeptes, mais des amants. Elle s'entoure de ronces et de piquants de verre pour déchirer les mains de ses amoureux tendues vers elle."

 

Le mois suivant, à Madrid, il prononce une autre conférence sur les "berceuses enfantines", où l'on trouve l'écho vivace des chants et des légendes qui avaient charmé son enfance.
En juin 1929, il part pour les États-Unis; il s'installe d'abord à New York, puis dans le Vermont, au bord du lac Eden Mills : << Paysage prodigieux, mais d'une tristesse infinie.>>. Harlem, le jazz, la civilisation  américaine ébranlée par la Grande Crise, le déracinement, l'exil, les remous de passions sans espoir, tout cela se traduit dans de brûlants poèmes. Dans une interview, il dira plus tard de Wall Street :


<<Nulle part au monde on ne sent aussi fort l'absence totale de l'esprit.. Horrible. Rien ne peut d'onner idée de la solitude qu'y éprouve un Espagnol, et encore plus un homme du sud. Si tu tombes, par exemple, on te marchera dessus, si tu glisses à l'eau on te jettera des papiers gras à la figure. Voilà les gens de New York, les multitudes qui s'accoudent aux parapets des embarcadères>>.

 

L'année suivante, de passage à Cuba, il y prononce plusieurs conférences. De retour en Espagne en 1930, dans l'agitation politique qui précède la venue de la République (1931), Lorca reprend sans répit récitals de danses et de chants, publications de poèmes, conférences, lectures de pièces de théâtre. Il crée alors un théâtre ambulant, "La Barraca",  destiné à faire connaître, à travers les provinces d'Espagne, les grands Chefs-d'oeuvre classiques.


"Noces de sang", créé le 8 mars 1933 à Madrid, inaugure une période triomphale. Le poète est au comble de la gloire. Un séjour de quelques mois en Argentine, où la grande actrice LoIa Membrives interprète ses pièces, s'achève en apothéose.

 

L'Espagne qu'il retrouve en avril 1934 connaît une agitation sociale et politique croissante. L'activité poétique et dramatique de Lorca s'oriente de façon de plus en plus décisive : << Je suis et  je serai toujours du côté des pauvres>>. Représentations théâtrales et lectures de poèmes se poursuivent sans trêve. Le 4 novembre 1934, chez des amis, il lit pour la première fois l'admirable  "Chant funèbre pour Ignacio Sánchez Mejías", consacré à son camarade, l'illustre torero, mort le II août précédent dans une corrida aux arènes de Manzanarès.


Lorca, désormais au sommet de la gloire, semble voir rejaillir en lui d'inépuisables sources d'inspiration lyrique et dramatique. En poésie, décidé à revenir à des formes plus contraignantes, il projette une suite de "Sonnets de l'amour obscur". Au théâtre, il déclare vouloir mettre en lumière les problèmes sociaux auxquels la victoire du Front populaire aux élections de février 1936 a donné une actualité fiévreuse. J'espère pour le théâtre - dit-il alors - la venue de la lumière d'en haut, celle du << paradis>>. Lorsque le public d'en haut descendra au parterre, tout sera résolu.

 

A la veille de l'éclatement de la guerre civile, il dirige les répétitions de  "Lorsque cinq ans auront passé"  et termine "La Maison de Bernarda Alba".


Un mois après le soulèvement de Franco, Lorca, revenu dans sa famille a Grenade, est arrêté par les phalangistes. Il fut exécuté à l'aube du 19 août 1936. Deux mois plus tard dans un journal républicain, une complainte écrite par Antonio Machado dénonçait le crime :


Ils ont tué Federico
quand la lumière apparaissait [...]
Le crime a eu lieu à Grenade, sa Grenade !

 

Extraits de poèmes ...

 


La femme adultère


Je la pris près de la rivière
Car je la croyais sans mari
Tandis qu'elle était adultère
Ce fut la Saint-Jacques la nuit
Par rendez-vous et compromis
Quand s'éteignirent les lumières
Et s'allumèrent les cri-cri
Au coin des dernières enceintes
Je touchai ses seins endormis
Sa poitrine pour moi s'ouvrit
Comme des branches de jacinthes
Et dans mes oreilles l'empois
De ses jupes amidonnées
Crissait comme soie arrachée
Par douze couteaux à la fois
Les cimes d'arbres sans lumière
Grandissaient au bord du chemin
Et tout un horizon de chiens
Aboyait loin de la rivière


****


Âme absente

 

Ni le taureau ni le figuier ne te connaissent,

ni les chevaux ni les fourmis de ta maison.

Ni l'enfant ni le soir ne te connaît

parce que tu es mort pour toujours.


Ni l'arrête de la pierre ne te connaît,

ni le satin noir où tu te défais,

ni ton souvenir muet ne te connaît

parce que tu es mort pour toujours.


L'automne viendra avec ses conques,

raisins de nuages et cimes regroupées,

Mais nul ne voudra regarder dans tes yeux

parce que tu es mort pour toujours.


Parce que tu es mort pour toujours,

comme tous les morts de la Terre,

comme tous les morts qu'on oublie

dans un amas de chiens éteints.


Nul ne te connaît plus. Non. Pourtant, moi, je te chante.

Je chante pour des lendemains ton allure et ta grâce.

La maturité insigne de ton savoir.

Ton appétit de mort et le goût de sa bouche.

La tristesse que cachaient ta joie et ta bravoure.


Il tardera longtemps à naître, s'il naît un jour,

un Andalou si noble, si riche d'aventures.

Je chante son élégance sur un ton de plainte

et je me souviens d'une brise triste dans les oliviers.


****


La veillé du corps

 

 

La pierre est un front où gémissent les songes
sans eau courbe ni cyprès glacés.
La pierre est une échine pour porter le temps
avec arbres de larmes, rubans et planètes.


Moi, j'ai vu des pluies grises se jeter vers les vagues,
en levant leurs tendres bras criblés,
pour ne pas être capturées par la pierre offerte
qui disloque leurs membres sans absorber le sang.


Parce que la pierre prend semences et nuages,
squelettes d'alouettes et loups de pénombre,
mais ne donne aucun son, ni cristal, ni flamme,
seulement des arènes, encore des arènes,
des arènes sans murs.


Déjà, Ignacio le bien-né git sur la pierre.
Et tout est fini. Qu'y a-t-il? Contemplez son apparence.
La mort l'a couvert de souffles blafards
et lui a façonné une tête de sombre minotaure.


Et tout est fini. La pluie emplit sa bouche.
L'air pris de folie s'échappe de sa poitrine creuse,
et l'Amour, imprégné de larmes de neige,
se chauffe, là-haut, au-dessus des troupeaux.

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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 16:40

 

Les fêtes somptueuses qu'offrait Gatsby étaient toutes destinées à la femme qu'il aimait. Son rêve s'achèvera dans la tragédie.

 

"Gatsby le Magnifique" est le roman de la maturité. Il a été écrit à vingt-neuf ans. Jusque là, Francis Scott Fitzgerald n' avait utilisé son expérience qu' à l' état brut (L'Envers du Paradis, 1920, The Beautiful and Darnned, 1922).Avec "Gatsby le Magnifique" (1925), il reconstruit son expérience, devenant ainsi un grand romancier.
"Dans Gatsby le Magnifique, triomphe l' art de la litote. Tout est perçu senti, sans que rien, semble-t-il, n' ait été dit." - A. Le Vot.

 

Les fêtes de West Egg


http://imados.fr/history/2/gatsby-le-magnifique_couv.jpgNick Carraway, un jeune célibataire, vient de s'installer à West Egg, dans la très riche banlieue de New York.
A West Egg vivent les nouveaux riches aux fortunes rapidement bâties dans la fièvre spéculatrice de l'après-guerre. Parmi ceux-ci, un certain Jay Gatsby, voisin immédiat de Carraway, qu'un mystère entoure. Qui est-il ? D'où vient sa fortune ? A-t-il vraiment tué un homme, comme on le dit ? Vient-il d'oxford, comme il l'affirme lui-même ? Et surtout, pourquoi toutes ces fêtes offertes aux noctambules de New York ? Fêtes auxquelles seul Gatsby, restant toujours sobre, semble ne pas participer. Souvent - Carraway l'a observé -, il a le regard
perdu de l'autre côté de la baie, vers East Egg où vivent les héritiers aux fortunes établies de longue date. Lointaine cousine de Carraway, Daisy, femme adorable et frivole, réside avec son mari dans l'une des plus belles demeures d'East Egg.


La fin du rêve de Gatsby


Un jour, Gatsby adresse une étrange requête à Carraway : pourrait-il l'inviter à goûter avec sa cousine Daisy ? Et se fait jour alors le rêve de Gatsby : retrouver la jeune fille adulée qu'i! avait aimée, jeune officier à Louisville. Devenu riche, il est revenu la chercher. Une liaison s'établit de nouveau entre Gatsby et Daisy, tandis que le mari de celle-ci la trompe avec la femme d'un garagiste. Un après-midi, à New York, une querelle éclate entre Tom, Daisy et Gatsby. A l'issue de celle-ci, Gatsby prend sa voiture et repart avec Daisy vers West Egg. Partie à vive allure, la voiture heurte une femme sur le chemin, la femme du garagiste, et la tue sur le champ. La voiture ne s'est pas même arrêtée. Daisy conduisait, mais seul Gatsby le sait. Fou de douleur, le garagiste se venge et tue Gatsby dans sa piscine. Ni fleurs, ni couronnes, la fête est finie et l'enterrement se déroule dans la plus grande solitude ; Daisy n'a pas même envoyé un mot. Le rêve du héros achoppe sur la réaIité la plus crue au terme de ce roman, tout de retenue et de demi-teintes. Un chef d'oeuvre.

 

La destinée de Gatsby ne peut se comprendre que dans le contexte particulier de fraude et de corruption qui suivit la première guerre mondiale aux États- Unis. La prohibition sévit, et avec elle le trafic d' alcool mené par les bootleggers. Le personnage de Meyer Wolfsheim incarne le milieu new yorkais, et iI est curieux de remarquer que Jay Gatsby porte les mêmes initiales qu' un célèbre "requin" de la finance américaine de

l/' époque : Jay Gould.

 

Extraits :


Les lumières s' avivent à mesure que la terre accomplit l' embardée qui la détourne du soleil : à présent l' orchestre joue une musique jaune-cocktail et le choeur des voix monte d' un ton. De minute en minute, le rire devient plus facile, s' épanche avec plus de prodigalité, s' écoule comme une coupe qu' un mot joyeux suffirait à renverser. Les groupes changent plus rapidement, s' enflent de nouveaux arrivés, se dissolvent  et se reforment, le temps de prendre haleine .. déjà on voit des vagabondes, filles confiantes qui font la navette ici et là, au milieu des gens plus corpulents et plus pondérés, deviennent pendant un instant vibrant et gai le centre d' un groupe, puis, animées par leur triomphe, s' éloignent en glissant sur l'océan changeant des visages, des voix et des couleurs, sous la lumière qui change sans cesse. Soudain une de ces gypsies, vêtue d'une robe qui la transforme en une tremblante opale, cueille un cocktail dans l'atmosphère, l'avale d'un trait pour se donner courage et, agitant les mains comme le danseur Frisco, danse seule sur la plate-forme de toile. Un silence se fait .. l'obligeant chef d' orchestre altère pour elle le rythme et les chuchotements se propagent comme une onde quand circule la nouvelle, fausse d' ailleurs, que c' est la doublure de Gilda Gray, l' étoile des Folies. La fête a commencé.


                                ***


Sous les lilas dépouillés et dégoutants d' eau, une grande torpédo s' avançait dans l' allée. Elle s' arrêta. Daisy leva vers moi son visage qu' illuminait un sourire radieux, sous une sorte de tricorne lavande.
"Est-ce ici, absolument, que tu vis, mon très cher ?" Dans la pluie, les amusantes modulations de sa voix me fouettèrent comme un tonique. II me fallut en suivre un moment le son, montant et descendant, avec l' ouïe seule, avant que les mots me parvinssent. Une mèche humide balafrait sa joue comme un trait de peinture bleue la main que je saisi pour l' aider à mettre pied à terre était mouillée de gouttes luisantes. "Es-tu amoureux de moi ? fit-elle tout bas à mon oreille .. si ce n' est pas ça, explique-moi pourquoi il fallait que je vienne toute seule.

 

- Ça, c'est le secret du manoir à l'envers. Dis à ton chauffeur d'aller passer une heure bien loin d' ici.
- Revenez dans une heure, Ferdie."
(...) Nous entrâmes.A mon incommensurable surprise, le salon était désert.
"Ma parole, ça c' est trop fort !
- Qu'est-ce qui est trop fort ?"
Elle tourna la tête. On frappait à coups légers et solennels sur la porte d' entrée. J' allai ouvrir. Aussi pâle qu' un mort, les mains au fond des poches de son veston comme des poids, Gatsby se dressait les pieds dans une flaque d' eau, me regardant au fond des yeux d' un air tragique.


Notes :



Gatsby le Magnifique n'eut pas un grand succès aux  Etats-Unis à sa sortie, mais iI vaiut à Francis Scott Fitzgeraid I'éloge d'illustres aînés :

"Je I'ai lu trois fois. Et ce n'est pas le moins du monde sous le coup de I'éloge que vous me décemez que j'affirme que Gatsby m'a intéressé et passionné plus qu'aucun des romans nouveaux, anglais ou américains, ne I'ont fait  depuis nombre d'années."

- T. S. Eliot, lettre à Francis Scott Fitzgeraid


"Vous avez toutes sortes de raisons d'être fier de ce livre. C'est un livre extraordinaire, qui suggère toutes sortes de pensées et d'états d'esprit. Vous avez adopté exactement la bonne méthode pour le raconter, celle d'utiliser un narrateur qui est plus un spectateur qu'un acteur : ceci place le lecteur à un point d'observation situé à un niveau plus élevé que celui auquel se tiennent les personnages et à une distance qui donne de la perspective."

- Maxwell Perkins


"Gatsby le Magnifique est au premier chef une critique du monde des apparences, une méditation sur l'iIlusion."
- B.Poli

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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 16:09

 

1896  1940

 

 

 

 

 

Françoise SAGAN trace le portrait de l'écrivain américain Francis Scott FITZGERALD.

 

 

 

Pour Fitzgerald, le luxe et la vie dorée des << folles années vingt >> finirent par devenir un enfer.


Un auteur <<culte >>


Alors que Hemingway ou Faulkner sont admirés pour leur technique romanesque, Fitzgerald fait l'objet d'un culte qui doit peu à la littérature. Ses admirateurs voient avant tout en lui un acteur et un témoin privilégié des << golden twenties >>, épris d'un mode de vie clinquant, excessif et, somme toute, décadent, une sorte d'artiste maudit aristocratique dont la vie, de Ritz en fêtes somptueuses, des villas de la Côte d'Azur aux maisons de repos en Suisse, ne fut qu'un long suicide...

 

L'enfant chéri de la <<génération perdue >>


Francis Scott Fitzgerald est né le 24 septembre 1896 à Saint-Paul, Minnesota, dans une famille catholique d'ascendance Irlandaise aisée sans être particulièrement riche. Très tôt, le jeune homme - tout comme Proust, d'une certaine http://images.google.fr/url?source=imgres&ct=img&q=http://graphics8.nytimes.com/images/2007/10/04/timestopics/fitzgerald.jpg&usg=AFQjCNH6miN9x1MgQSoc1RER4Q7VScmV7Amanière - sera obsédé par le désir de s'introduire dans << la meilleure société>>. Il fréquente à cet effet l'université de Princeton. Piètre étudiant, il n'obtiendra jamais son diplôme et quittera l' Ivy League en 1917 pour rejoindre un camp d'entraînement militaire. De cette époque datent deux événements décisifs : il commence à écrire et il rencontre Zelda Sayre, jeune femme de bonne famille qu'il épousera en 1920. Démobilisé sans avoir été envoyé au front, il publie son premier roman, "De ce côté du Paradis" (1920), <<roman de formation >> dont le héros, un jeune étudiant de Princeton en quête de gloire littéraire, subit ses premières désillusions sentimentales. Le caractère largement autobiographique de l'ouvrage, ainsi que son thème central -la femme aimée refuse d'épouser le héros parce qu' il n' est pas assez riche - annoncent les oeuvres à venir.
Le livre obtient un très grand succès : non seulement il apporte à son auteur l'aisance matérielle à laquelle passionnément il aspire, mais iI fait de lui le porte-parole de cette <<génération perdue >>, avide de plaisirs et d'insouciance, qui accède à l'âge adulte pendant l'entre-deux-guerres. Le titre du roman fait référence au sentiment d'exclusion, d'inutilité, que ressent une partie de la jeunesse américaine au lendemain de la guerre 14 -18. Poursuivant sur sa lancée, Fitzgerald, qui écrit des nouvelles pour des journaux, publie deux recueils, "Flappers and Philosphers" (1920) et "Les Enfants du Jazz" (1922) et un roman  "Les Heureux et les damnés"(1922).

 

Les heureux et les damnés


Riches et célèbres, apparemment heureux - ils ont une fille en 1921 - les Fitzgerald mènent la belle vie : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/23/Zelda_Fitzgerald_portrait.jpg/220px-Zelda_Fitzgerald_portrait.jpgNew York, Hollywood, Paris, Côte d' Azur - où l'on fuit la prohibition. Entraîné par Zelda, (ci contre) qui éprouve un besoin maniaque de faire la fête - symptôme chez elle d'une profonde instabilité -le couple vit au-dessus de ses moyens : vie dispendieuse et escapades en Europe ont tout d'une fuite en avant. Fitzgerald boit de plus en plus. En 1925, il publie malgré tout "Gatsby le Magnifique", son chef-d'oeuvre, bien que le livre n'ait pas obtenu un grand succès public. Cette histoire d'un homme riche et romantique, transi d'amour pour une écervelée, que la vacuité de la <<bonne société >> finit par anéantir, semble refléter la propre existence de Fitzgerald, que menace, derrière le clinquant et les paillettes, un gouffre.


La déchéance


Le gouffre ne tarde pas à s'ouvrir. D'excentricités en infidélités, Zelda sombre tout à fait dans la folie. En 1930, quelques mois après le crash de Wall Street - faillite collective qui annonce celle, personnelle, des Fitzgerald - elle doit être internée. Ayant accompagné sa femme dans un sanatorium suisse, Fitzgeral décrit, à partir de cette expérience, l'un de ses plus beaux romans, "Tendre est la nuit" (1934). Sur fond de fêtes et de Riviera, le livre raconte l'histoire d'un jeune psychiatre américain que l' amour d'une jeune femme riche et déséquilibrée conduit à la déchéance. Nul besoin de souligner, une fois de plus, le caractère autobiographique de l'oeuvre. "Tendre est la nuit",  toutefois, est un échec. La faveur du public - et de la critique - a déserté Fitzgerald, comme si l'intérêt pour l'auteur fétiche des <<golden twenties >> s' était évanoui avec celles-ci. Rentré définitivement aux États-Unis, Fitzgerald  tente une dernière fois sa chance comme scénariste à Hollywood, alors que Zelda est
internée dans un asile. Un grand écrivain fait rarement un bon scénariste, et Fitzgerald n'échappe pas à cette règle, d'autant qu'il semble avoir perdu le goût de vivre. Il trouve néanmoins la force de commencer un ultime roman, au titre significatif, "Le Dernier Nabab", qui raconte la grandeur et la décadence d'un producteur de cinéma. Ou le rêve  n'accède jamais à la réalité << puisque rien ne demeure fixe>>. Ultime constat d'un homme qui, à sa manière, était le philosophe d'une époque et d'une mentalité ; dernier regard d'un écrivain qui a fait de l'histoire de son temps une fiction exemplaire au point de symboliser encore aujourd'hui les années folles de <<l'Américain way of live>>.   L'ouvrage sera publié, inachevé, en 1941.

 

Usé par l'alcool, Fitzgerald  meurt d'une crise cardiaque le 21 décembre  1940, âgé seulement de 44 ans, à la veille de Pearl Harbour : comme s' il avait tenu à mourir en même temps qu'une époque... L'histoire connaît un épilogue tragique lorsque, en 1948, Zelda périt dans l'incendie de son asile.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/c3/F._Scott_and_Zelda_Fitzgerald_grave.png/300px-F._Scott_and_Zelda_Fitzgerald_grave.png

 

La tombe de Zelda et Scott à Rockville, Maryland, avec la dernière phrase de Gatsby le Magnifique gravée dans la pierre : « Car c'est ainsi que nous allons, barques luttant contre un courant qui nous ramène sans cesse vers le passé. »

 

 

<<Son talent était aussi naturel que les dessins poudrés sur les ailes d'un papillon. Au début il [Fitzgerald] en était aussi inconscient que le papillon et, quand tout fut emporté ou saccagé, il ne s'en aperçut même pas. Plus tard, il prit conscience de ses ailes endommagées et de leurs dessins, et il apprit à réfléchir, mais il ne pouvait plus voler car il avait perdu le goût du vol et il ne pouvait que se rappeler le temps où il s'y livrait avec effort. >>

- Ernest Hemingway, Paris est une fête, Gallimard, 1964

 
<<Les collèges, la psychanalyse, l'alcool, le cinéma, l'Europe, composent, dans les romans de Scott Fitzgerald, un cocktail violent dont le goût nous séduit. Mais c'est là leur charme superficiel. Au coeur de l' oeuvre se trouve le problème du mal, conçu par une conscience de jeune provincial catholique, que la vie nocturne de New York affole. La damnation guette ces jeunes gens et ces jeunes filles comblés de tous les dons, de la beauté et de la fortune. L' argent ouvre les portes de l'enfer. Gatsby le Magnifique, Dick Diver de "Tendre est la nuit", Anthony Patch, sont des héros pascaliens. Leur drame est de poursuivre un bonheur dont ils ont reconnu la vanité, - drame qui fut celui de Scott lui-même, éternel désenchanté, dont la silhouette élégante d'un Musset de la prohibition se dresse à l'horizon du jazz age. >>

- Michel Mohrt, dans Histoire des littératures, vol. 2, Gallimard, 1968

 


 

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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 13:01



Le second grand roman célinien, "Mort à crédit", relate l'enfance et l'adolescence du jeune Ferdinand jusqu'en 1912.Le protagoniste n'est plus Bardamu ; il se confond pratiquement avec Céline. L'exagération reste la règle de l'auteur : les relations parents-enfant, par exemple, n'ont jamais atteint dans la famille Destouches une dégradation comparable à celle du roman ; et si le jeune Destouches a réellement ressenti son existence dans le passage Choiseul comme le narrateur la sienne dans l'impasse des Bérésinas, il ne faut pas chercher plus loin l'origine de la vision misérabiliste du monde chez Céline. Un certain nombre de traits s'accusent déjà par rapport au "Voyage" : les << délires>>, débouchent délibérément sur un grotesque grinçan ; le style devient de plus en plus haché; surtout, la vision se rétrécit, et la portée du roman n'est plus universelle - il lui manque la dimension métaphysique du Voyage.
                                                

Ferdinand vit une enfance hantée par la médiocrité de ses parents, qui lui fait haïr le monde. Sans affection, il ne trouvera jamais d'équilibre.


Chaque jour nous rapproche davantage de la mort. Chaque détail de la vie nous la fait vivre plus http://louisferdinandceline.free.fr/romans/mort/moreo.jpgintensément. Céline aurait pu écrire trois romans : son enfance dans le passage Choiseul, la vie solitaire dans l'exil anglais et l'histoire de cet inventeur mythomane qu' est Courtial des Pereires. II a préféré  livrer une fresque noire au rythme régulier, au verbe incisif, à la phrase percutante. Cela commence par un souvenir aigre qui se développe dans le délire par delà le roman populiste.

L'enfance dans I'univers médiocre des parents

Ferdinand habite dans le passage des Bérézinas à Paris. Son père, employé d'assurances, est terrorisé par son chef  de service. Sa mère tient une boutique de vieilleries qu'elle vend avec difficulté. Ses parents sont le sujet des railleries et des mesquineries des gens du passage. Après le certificat d'études, Ferdinand doit trouver un emploi. Il a une place dans un grand magasin, mais son supérieur hiérarchique le met dehors rapidement. Il entre chez un bijoutier, Mr Gorloge. Il rapporte fièrement une affaire (un bijou). Mr Gorloge est rappellé par l'armée, Ferdinand reste donc avec sa femme qui, se jóuant de lui, après l'avoir presque violé le fait accuser de vol.

Mutisme dans le pensionnat anglais

Suite à ce scandale et grâce à I'oncle Édouard, il est envoyé en Angleterre dans un pensionnat minable, le Meanwell College. Il s'enferme dans le silence, aime en secret Nora, la femme du directeur qui I'emmène en promenade avec un autre élève, handicapé mental qu'il faut tenir en laisse comme un chien. Le collège fait faillite et les élèves s'en retirent. Nora rejoint Ferdinand dans son lit à la suite de quoi, elle se suicide de désespoir. Il n'y a plus qu'à fuir, à rentrer en France. Le père hurle sur le fils. Cette fois, Ferdinand l'assomme. L'oncle Édouard emmène l'adolescent chez lui et lui trouve une pension et un emploi chez M. Courtial des Pereires, inventeur et joumaliste.

L'attachement pour un original

Ferdinand devient son
"homme du matériel" pour la parution du Génitron, le journal des inventeurs. Il gère l'argent que ce patron dilapide au café ou au bordel. Acculés par les dettes, ils fuient à Blème-le-Petit où ils s'installent dans une ferme abandonnée pour cultiver des pommes de terre par l'électricité. Courtial imagine d'accueillir des pensionnaires pour en faire une "race nouvelle" de cultivateurs. Ils hébergent douze voyous qui ne tardent pas à voler dans les fermes voisines, et à attirer les gendarmes. Les paysans sont furieux et menacent. La ferme vit la famine. Courtial se suicide. Ferdinand rentre à Paris. Il veut s'engager dans I'armée. Oncle Édouard le couche.

Céline présentait lui-même "Mort à crédit" comme << le drame de la mauvaise conscience>> : l'enfant, accusé de tous les maux par les adultes auxquels il avait à faire, fìnissait par éprouver un sentiment de culpabilité que Bardamu avait déjà manifesté.

Extrait :

Ferdinand, souffre-douleur d'un univers médiocre

Ma mère, à force de trembler, elle avait perdu toute pudeur... Elle allait partout dans le Passage et aux environs rabâcher mes avatars... Elle sollicitait les conseils des autres parents... de ceux qu'avaient aussi des chtourbes avec leurs moutards... qu'avaient ramassé des bûches en âpprentissage... Comment qu'ils s'étaient dépêtrés ?..
"
Je suis toute prête, qu'elle ajoutait, à faire encore des sacrifices !... Nous irons, tant pis ! jusqu'au bout !..."
Tout ça c'était bien éloquent,mais ça me sortait pas de la pétasse. J'avais toujours pas de boulot.

                                 ***

La vie dans le Passage

Les voisins, ils se passionnaient à propos de mon drame...Les clients de la boutique aussi. Dès qu'ils me connaissaient un peu, ma mère les prenait à témoin... Ça arrangeait pas les affaires... Même Monsieur Lempreinte à la "Coccinelle" il a fini par s'en mêler... C'est vrai que mon père ne dormait plus, qu'il prenait une mine d'agonique. Il arrivait si épuisé, qu'il chancelait dans tous les couloirs en transbordant son courrier d'un étage à l'autre... Il était aphone en plus, il avait la voix de rogomme à force de hurler ses conneries...

                                 ***

Ferdinand au Meanwell College

Moi j'avais fait la connaissance d'un petit môme bizarre, qui me poignait presque tous les soirs. Il me proposait bien d'autres trucs, l'avait des idées... Il était friand, il suçait encore deux petits mecs... il faisait marrer toute la chambre avec ses dôleries... Il faisait le chien... Wouf ! Wouf ! qu'il aboyait, il cavalait comme un clebs, on le sifflait, il arrivait, il aimait ça qu'on le commande... Les soirs de vraiment grande tempête, que ça s'engouffrait au plus fort, dans l'impasse, sous nos fenêtres, y avait des paris à propos du réverbère, si le vent l'éteindrait ?

                                ***

Les pensionnaires de la ferme à Blème-Ie-Petit

Nos pionniers eux ils prospéraient. ils profitaient de l'indépendance !... On leur imposait pas de contrainte, ils faisaient en somme tout ce qu'ils voulaient  !.. même leur discipline... eux-mêmes !... lls se foutaient des raclées terribles... Le plus petit, c'était le plus méchant, toujours le Dudule avec ses sept ans et demi !... L'aînée du troupeau ça nous faisait presque une jeune fille : la Mésange Rimbot. la blonde aux yeux verts, avec des miches bien ondoyeuses et des nénés tout piqueurs... Madame des Pereires, qu'était pas extrêmement naïve elle, s'en méfiait bien de la donzelle ! surtout au moment de ses règles.

Notes :

 

 

"Céline est difficile à lire : il invente un style qu'il est seul à pouvoir maÎtriser. Rentrer dans son langage, c'est déjà voir le monde avec une autre couleur, des tons gris, noirs, affreux qui sont le réceptacIe de la lumière alors vraie, belle, crue."
- V. Malleret, Sur Céline

"Mort à crédit est une leçon amère que Céline tire de sa propre vie (...). Mais I'affabulation transforme les personnages, les situations, les scènes, le langage. (...) Ce n'est plus la jeunesse que Céline poursuit, c'est un appendice grotesque qu'il place sur son parcours."
 - Maurice Bardèche, Louis-Ferdinand Céline, Table ronde, 1988

"En fait son ambition, c'était autre chose qu'écrire : s'insurger, défendre une cause au moyen d'un langage dur et violent, dont il n'avait pas encore trouvé le secret, bref, dépasser la littérature."
- Dominique de Roux, La Mort de Céline, Pierre Bourgeois, 1966

"Son pessimisme chargé de vitalité, son cynisme appuyé (mais les événements appuient plus fort encore), ses grandes gueulantes, ses bonnes ou mauvaises raisons, son double aspect de petit bourgeois râleur et d'aventurier correspondent à un aspect évident du monde moderne. Son génie littéraire en aurait fait un poète dans une autre époque. (...) Encore une fois, il est très naturel de ne pas aimer Céline. Lui non plus n'aime pas tout le monde. Le Diable et Le Bon Dieu se disputent très fort à son sujet."
 - Roger Nimier, Journées de lecture, Gallimard, 1965

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11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 14:30


1894  1961

 

 

 

 

<< Les contradictions seules sont vivantes>>, écrit Céline dans une lettre datée de 1932. L'auteur du "Voyage au bout de la nuit"  ne fournit-il pas là une des clés de sa personnalité si contrastée, lui dont l' oeuvre tout entière baigne dans l'horreur de la mort ? N'a-t-il pas poussé au paroxysme ses propres contradictions, précisément pour oublier sa condition de "pourriture en suspens", de "mort à crédit" ? Mais il a payé cher ses prises de position trop tranchées : l'exil, l'indignité nationale ont sanctionné ses erreurs. Seule la mort, par un absurde pied-de-nez du Destin, lui vaut de sortir enfin du ghetto dans lequel il s'était lui-même enfermé.

http://www.lagruyere.ch/culture/articles/images/celine.jpgRien incontestablement n'a rebuté Louis - Ferdinand Destouches (alias Céline, un des prénoms de sa mère) dans sa vocation médicale. Autodidacte, ses conditions matérielles d'études à Paris ont été difficiles, du moins au début. Confortablement installé à Rennes grâce à son mariage, père d'une fillette, il ne se satisfait pas de l'exercice bourgeois de la médecine, renonce même à un poste à la Société des Nations, divorce, assure différentes missions d'hygiéniste au Cameroun et à Detroit, pour se retrouver finalement, en 1928, médecin des pauvres dans une banlieue ouvrière parisienne. Devenu riche grâce à la littérature, il continue néanmoins d'exercer ses fonctions dans un dispensaire, et jusqu'à sa mort, ne cessera pas de donner des soins le plus souvent fort mal rétribués.

Pourquoi, dans ces conditions, le Dr Destouches s'est-il mis à écrire? Sans doute parce qu'il avait beaucoup à dire ; tout ce qu'il a pu alléguer d'autre n'est que mystification. Lui-même le reconnaît, peu de temps avant de mourir : << C'est l'histoire de tous les gens qui écrivent... C'est qu'y sont pas bien dans la vie [...] Faut déjà être détraqué, hein ! [...] On écrit par compensation [...] pour retrouver un équilibre [...]c'est un signe de maladie..>>.

Ce déséquilibre est dû en grande partie aux insuffisances de la médecine. Le Dr Destouches sait bien que son combat quotidien contre la mort des autres est voué à l'échec, que son ultime recours sera inéluctablement la morphine. Mais en tant qu'homme, il ne peut s'y résigner, et la littérature devient pour lui un besoin. La nuit, insomniaque, il écrit - non pour se divertir, mais pour dénoncer sans relâche l'absurdité fondamentale de la condition humaine. Loin de s'opposer chez Céline, médecine et littérature sont complémentaires : sa vision du monde est clinique, son oeuvre est cathartique (laxative, purgative, purificatoire).

<< La désertion de l'artiste, c'est de quitter le concret >> :
toute l' oeuvre de Céline ne sera donc que la transposition de ses << souvenirs horriblement cher payés>>.

http://louisferdinandceline.free.fr/romans/voyage/voyeo.jpg
Le chef-d'oeuvre de Céline, "Voyage au bout de la nuit"  (1932), est placé sous le signe de "la guerre et [de] la maladie, ces deux infinis du cauchemar". La guerre représente, avec la médecine, l'expérience fondamentale de Céline. Engagé en 1912, grièvement blessé en novembre 1914 au cours d'une mission pour laquelle il s'était porté volontaire, médaillé mais aussi réformé avec pension d'invalidité à 75 %, le cuirassier Destouches restera traumatisé : <<On est puceau de l'Horreur comme  on l'est de la volupté [...] je venais de découvrir d'un coup la guerre tout entière. J'étais dépucelé [...] Je ne connaissais pas encore les hommes. Je ne croirai plus jamais à ce qu'ils disent, à ce qu'ils pensent.  C'est des hommes et d' eux seulement qu'il faut avoir peur, toujours.>> Toute l'oeuvre de Céline, ses pires excès, sont en germe dans cette découverte : l'homme est lui-même le principal collaborateur de la mort.

Le héros du Voyage, Bardamu, était déjà présent dans "L' Église", pièce manquée et publiée seulement après le succès du roman. Dans ce dernier, il est chargé de revivre, stylisées, les expériences les plus malheureuses connues par l'auteur entre 1914 et 1932. La guerre dans les Flandres bien sûr, mais aussi l'Afrique, l'Amérique, puis le retour en France et l'exercice de la médecine dans la banlieue parisienne. Partout il  retrouve la guerre, sous des formes dégradées mais non moins féroces : l'exploitation coloniale, puis industrielle, les luttes mesquines entre pauvres. Chacun << hait  jusqu'au sang >> son voisin et la concierge, qui attise toutes les guerres intestines, devient le personnage central de cet  << abominable univers bien horrible>>.
Bardamu se prête remarquablement à cette dénonciation. Dans la première partie du roman surtout, il est le picaro traditionnel ; sans attache familiale, progressivement affranchi de toute morale, il se laisse pousser par les événements et se contente de fuir lorsque la situation devient intenable pour lui ; il se déplace beaucoup et sert de trait d'union entre de nombreux épisodes démystifìant clairement les comportements humains. Avec la seconde partie et l'installation en France, le personnage devient plus complexe ; Bardamu - acteur, en prenant de l'âge - se rapproche du Bardamu narrateur qui raconte son passé à la première personne ; il se rapproche surtout de Céline lui-même. Ses déplacements deviennent rares : aux errances géographiques succède une descente aux enfers de la misère humaine.

La nuit s'épaissit, et le personnage est désormais résolu à aller jusqu'au bout au lieu de fuir,  <<aidé >> en cela par celui qui expérimente pour lui les pires déchéances, son  <<double>>, Robinson. L'atmosphère s'alourdit, les aphorismes du narrateur prennent de plus en plus d'importance, la nuit pénètre même le coeur du personnage : n'est-il pas, lui aussi, coupable de complicité avec la mort, sous une forme ou sous une autre ? L'envoûtement du style célinien, relativement classique encore dans ce roman, fait partager progressivement au lecteur cette malédiction qu'est l'existence.

Servi par ce  <<lyrisme de l'ignoble>>, par les images surtout, l'univers du roman devient de plus en plus hallucinant - sans doute parce qu'il s'agit d'un univers d'halluciné : << Ce n'est pas la réalité que peint Céline >>, estime avec pertinence André Gide, <<c'est l'hallucination que la réalité provoque>>.
Obsédé par la laideur du monde, Céline l'exagère, et si le voyage de Bardamu devient de plus en plus une odyssée mythique aux confìns de la mort, l'univers du roman devient, lui, de plus en plus symbolique.
Rejetant l'art objectif, Céline revendique la subjectivité et déforme consciemment la réalité pour la rendre plus signifìante : << en ce qui concerne la hideur du fond humain, il faut se placer délibérément en état de cauchemar póur approcher le ton véritable>>. Le jour où le délire du narrateur ne sera plus simulé par l'auteur, Céline connaîtra les pires tourments.


Extrait :

Oh ! Vous êtes donc tout à fait lâche, Ferdinand ! Vous êtes répugnant comme un rat…

- Oui, tout à fait lâche, Lola, je refuse la guerre et tout ce qu’il y a dedans… Je ne la déplore pas moi… Je ne me résigne pas moi… Je ne pleurniche pas dessus moi… Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu’elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient-ils neuf cent quatre-vingt-quinze millions et moi tout seul, c’est eux qui ont tort, Lola, et c’est moi qui ai raison, parce que je suis le seul à savoir ce que je veux : je ne veux plus mourir.

- Mais c’est impossible de refuser la guerre, Ferdinand ! Il n’y a que les fous et les lâches qui refusent la guerre quand leur Patrie est en danger...

- Alors vivent les fous et les lâches ! Ou plutôt survivent les fous et les lâches ! Vous souvenez-vous d’un seul nom par exemple, Lola, d’un de ces soldats tués pendant la guerre de Cent ans ? ... Avez-vous jamais cherché à en connaître un seul de ces noms ? ... Non, n’est-ce pas ? ... Vous n’avez jamais cherché ? Ils vous sont aussi anonymes, indifférents et plus inconnus que le dernier atome de ce presse-papiers devant nous, que votre crotte du matin ... Voyez donc bien qu’ils sont morts pour rien, Lola ! Pour absolument rien du tout, ces crétins ! Je vous l’affirme ! La preuve est faite ! Il n’y a que la vie qui compte. Dans dix mille ans d’ici, je vous fais le pari que cette guerre, si remarquable qu’elle nous paraisse à présent, sera complètement oubliée... A peine si une douzaine d’érudits se chamailleront encore par-ci, par-là, à son occasion et à propos des dates des principales hécatombes dont elle fut illustrée... C’est tout ce que les hommes ont réussi jusqu’ici à trouver de mémorable au sujet les uns des autres à quelques siècles, à quelques années et même à quelques heures de distance... Je ne crois pas à l’avenir, Lola..

 

Entretien avec Louis PAUWELS :

 

http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/video/CPF86632261/celine.fr.html

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Présentation

  • : Le blog de Cathou
  • Le blog de Cathou
  • : Bonjour à tous.... Une approche de certains écrivains ; vie, œuvres, extraits. A l'attention de la personne "ANONYME" qui se reconnaîtra.... : je n'ai jamais voulu m'approprier ce travail, j'ai noté dans ma page d'accueil les sources :Ce blog sans prétention aucune a été crée à partir de fiches -collection Atlas - et d'ouvrages - collection Lagarde et Michard et collection Nathan "Grands écrivains du Monde", -
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Divers personnages....


DANTE


                                                                                                      Béatrice Portinari









Dante par Giotto








Première page de la Divine Comédie













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SOPHOCLE



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                                                                                                       Antigone




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Philotecte abandonné par les Grecs







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Sophocle  Bas relief en marbre









Sophocle




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Pythagore



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Le Banquet manuscrit sur papyrus.






Platon par Raphaël





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ARISTOTE





Aristote par Raphaël




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Aristote sur une fresque murale à Rome




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Alexandre à une bataille






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Alexandre combattant un lion







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Bronze - Alexandre









Buste d'Alexandre le Grand







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Alexandre et Aristote





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Enluminure "Chanson de Roland"










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Mort de Roland à Ronceveaux
















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Charlemagne et le Pape Adrien I






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Charlemagne et son fils Louis le Pieux






RUTEBOEUF

                            



http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:CSPIsFWD7EZ5VM:http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/5f/Jean_de_Joinville.jpg






Ruteboeuf par Clément Marot

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