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10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 14:33


1891  1980


Un auteur scandaleux

Si l'oeuvre de Miller est difficile à apprécier objectivement, c'est qu'elle est démesurée, désordonnée, provocante et immense. Elle est formée de millions de mots alignés de manière chaotique et animée par un souffle créateur qui réduit à néant toute notion d'équilibre artistique et de bon goût.


Henry Miller est né le 26 décembre 1891 à Brooklyn (New York) où se déroule son enfance et décédé le 7 juin 1980 à Pacific Palisades (Californie).

Miller  fut-il un écrivain maudit ? Peut-être : il dut attendre 1961 pour, que "Tropique du Cancer", publié à Paris dès 1934, parût aux États-Unis, créant de nouveau le scandale. En tout cas, il ne l'est plus : son oeuvre est connue, sinon reconnue ; depuis 1944, il mène à Big Sur, le long de la côte californienne, la vie d'un écrivain à succès, à l'abri de tout souci matériel. Les accusations d'obscénité et de turpitude morale http://www.rue-des-livres.com/images/auteurs/auteur_484.jpgappartiennent au passé et l'on se gardera d'émettre un jugement sans appe! à ce propos.

Sa carrière se divise facilement en deux parties : de 1928 à 1940, il passe la plupart de son temps à Paris, où sont édités ses premiers livres, retournant de temps à autre à New York. A partir de 1940 il s'installe aux États-Unis où, dès 1942, il se fìxe en Californie. Avant son départ pour la France en 1928, se situe une assez longue période au cours de laquelle Miller, fìls d'un petit tailleur de New York d'origine allemande, exerce tous les petits métiers communs à tant d'écrivains américains.
En 1930 il décide de partir pour la France où il vécut jusqu'à ce qu'éclate la Seconde Guerre mondiale. C'est à cette époque que Miller décide de se consacrer totalement à la littérature. Ses premières années de bohème à Paris furent misérables, Miller devant lutter contre le froid et la faim alors qu'il vivait à la cloche. Dormant chaque soir sous un porche différent, courant après les repas offerts ; la chance se présentera en la personne de Richard Osborn, un avocat américain, qui lui offrit une chambre de son propre appartement. Chaque matin, Osborn laissait un billet de 10 francs à son intention sur la table de la cuisine. Il ne publiera rien avant l'âge de quarante- trois ans, mais ces années, encore assez mal connues, lui fourniront la matière première de toute son oeuvre.

Échappant à tous les genres, celle-ci se présente sous la forme d'une série d'essais, de confessions, de lettres qui, tous, tentent de définir l'itinéraire qui l'a conduit à devenir un artiste. Le point de départ en est une longue suite d'échecs dans tous !es domaines : professionnel, sentimental, intellectuel. Il n'est rien lorsqu'il arrive à Paris, et la vie d'exilé qu'il y mène est misérable et chaotique. C'est l'existence d'un écrivain qui n'a rien publié et est sans cesse en quête des quelques francs qui lui permettront de survivre, mais, en même temps, il découvre autour de lui le moyen de satisfaire son insatiable curiosité, et fait de l'aliénation qu'il s'est imposée la mesure de sa propre identité. Tout l'art de Miller est dans cette démarche qui lui permet de transcender la misère, !e sordide, l'impression que  toute la civilisation qui l'entoure est en train de s'écrouler, pour parvenir à l'extase individuelle qui le met en communication avec la vie toujours mouvante.


La quête du moi

C'est le thème de toute l'oeuvre de Miller, et il apparaît dès son premier livre, "Tropique du Cancer" en 1934. Peut-être cet ouvrage est-il, malgré les scories qui y abondent, le plus achevé et le plus caractéristique de l'écrivain. Il  est difficile de découvrir, à travers les quinze chapitres qui le composent,  une autre unité que celle fournie par la personnalité de l'auteur implicite, telle qu'elle se dégage d'une écriture très personnelle. L'ensemble laisse l'impression d'un torrent verbal qui s'écoule au gré du narrateur, imitant le flot de la vie au milieu duquel celui-ci se trouve ballotté. Cette métaphore archétypale* du flot est la substance même du livre. Elle permet à l'écrivain de passer, sans discontinuité, de la description la plus naturaliste à la fantaisie érotique et aux vagabondages philosophiques. Dans un monde où tout est abstraction, règlements rigides, autorité hiérarchisée, MiIler retrouve l'essence même de la vie à travers une écriture qui vise à en exprimer le dynamisme profond.
Il s'agit pour lui de tout détruire afin de redonner à l'individu sa dimension cosmique. La morale, le sens de l'histoire, les systèmes philosophiques ou religieux sont des illusions : ils doivent disparaître pour que l'individu prenne conscience de la réalité, souvent grotesque et absurde, qui l'entoure et qui est la vie qui s'écoule.

 

*  Qui concerne un archétype: " Impression soleil levant " de Monet est le tableau archétypal du mouvement impressionniste.


Si cette métaphore est centrale, elle ne confère cependant pas à l'oeuvre une unité profonde : l'impression de fragmentation est bien plus évidente. La vie qu'il peint est une suite d'anecdotes et de fantasmes dont le seul sens est de n'en pas avoir. Elle existe et, aux yeux de Miller, rien d'autres n'importe. Mêlant cynisme et sentimentalité, passant d'un lyrisme échevelé à un comique souvent  irrésistible, il affirme la primauté de l'individu. Dans un monde déshumanisé où tout n'est que laideur, corruption, hypocrisie et soif de pouvoir, Miller affirme qu'il suffit d'être pleinement et que lorsque tout s'écroule, il reste l'essentiel : le moi triomphant.

Sur la fin de sa vie, Miller s'adonnait également à la peinture. Une activité créatrice et artistique qu'il considérait comme le direct prolongement de son œuvre littéraire. Il était notamment très proche du peintre français Grégoire Michonze. Sa passion tardive pour la peinture trouve de nombreux échos dans ses écrits, notamment dans son essai "Peindre, c'est vivre à nouveau". À propos de la peinture, Miller disait : « Ma définition de la peinture, c’est qu’elle est une recherche, comme n’importe quel travail créateur. En musique, on frappe une note qui en entraîne une autre. Une chose détermine la suivante. D’un point de vue philosophique, l’idée est que l’on vit d’instant en instant. Ce faisant chaque instant décide du suivant. On ne doit pas être cinq pas en avant, rien qu’un seul, le suivant. Et si l’on s’en tient à cela, on est toujours dans la bonne voie. »

 

 

«Le sexe est une des neuf raisons qui plaident en faveur de la réincarnation. Les huit autres sont sans importance», disait Henry Miller. Celui qui choqua l'Amérique puritaine nous laisse une œuvre riche, brute, sensuelle et largement autobiographique. Rencontre en vidéos avec cet écrivain avant-gardiste et légendaire, disparu il y a 30 ans.

 

 

 

Henry MILLER tente de répondre à la question "pourquoi écrivez vous" : "je voudrais bien tomber dans un silence profond".

 

 

 


Tropique du Cancer

Miller raconte son séjour dans le Paris de l'entre-deux gueres et donne une vision de la ville et de la vie tout à fait nouvelle pour l'époque.

Certains lecteurs mettent en doute la crédibilité de Miller : vécut-il ou non ce qui est peint dans le Tropique http://homepage.mac.com/amateur.livres/Sites/iSale/Pictures/1243428517_0.jpgdu Cancer ? Mais il importe peu de savoir s'il a couché avec autant de femmes qu'il nous laisse l'entendre. Toute sa vie, l'auteur des célèbres Sexus, Plexus et Nexus* essaya d'écrire des romans, mais vainement.
Alors il fit de sa vie un roman, il créa Miller
; quoi de plus normal  pour un artiste  ? Comme beaucoup le feront après Iui, il tente de donner sa vision de la vie, celle d'un rebelle qui se sert des mots, d'images, et qui profite de tous les atouts d'une langue, pour se soulager.
*http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Crucifixion_en_rose

Le premier "vomissement" de Miller

"Tropique du Cancer", écrit en 1933, est le premier roman de Miller. Il y évoque sa vie à Paris de 1930 à 1933. Il cIochardise, habite chez des amis, use tant bien que mal d'expédients, mendie auprès de vagues connaissances de ses amis Fillmore et Boris. Cette vie au jour le jour ne l'empêche pas de cultiver ce qui l'obsède le plus, l'obscénité et le sexe. Que ce soit avec des inconnues de passage ou avec des prostituées que lui "offre" son ami Von Norden, Miller ne se lasse pas de faire l'amour. Il se lie d'amitié avec des souteneurs, des gens faibles et dépourvus de personnalité dont la vie est sordide ; bref, des gens qui représentent la lie de la société. Il donne l'impression de se laisser aller volontairement à la dérive, mais ne se laisse pas submerger par le désespoir et la crasse humaine. Qu'il ait faim, qu'il passe une heure avec une catin ou qu'il déambule toute une journée à Montparnasse, il est en parfaite harmonie avec le décor lugubre qu'il dépeint et qui, étrangement, ne semble pas le concerner.

Un livre vivant

"Tropique du Cancer"
n'est ni un roman, ni un poème, ni un essai, il est à la fois tout et rien de cela : c'est un vomissement. Miller dira qu'en écrivant ce livre, il s'est purgé. Avec ce que certains considèrent comme "n'appartenant pas à la littérature", c'est-à-dire la méchanceté, le mal, le sexe, il s'est fait bannir ou fleurir par la critique et les lecteurs de l'époque, mais personne n'est resté indifférent. Dans une Amérique dont Hemingway, Faulkner ou Dos Passos sont les têtes d'affiche de la littérature, Miller ouvre des  horizons nouveaux avec un style nouveau. Jamais Paris ne fut décrit de telle façon. jamais un style ne fut à la fois aussi ouvert, vivant, lyrique ; un lyrisme qui est le "persona" du drame. "Tropique du Cancer" est un livre sur l'amour, la mort, le sexe, la pauvreté, la haine, la bassesse, la richesse humaine, l'injustice, la méchanceté, l'espoir, c'est un livre vivant.

Extraits :

Aux premières pages, MiIler donne un avant-goût de son livre

Je n'ai pas d'argent, pas de ressources, pas d'espérances. Je suis le plus heureux des hommes au monde. Il y a un an, il y a six mois, je pensais que j'étais un artiste. Je n'y pense plus, je suis ! Tout ce qui était littérature s'est détaché de moi. Plus de livres à écrire, Dieu merci !
Et celui-ci alors ? Ce n'est pas un livre. C'est un libelle, c'est de la diffamation, de la calomnie. Ce n'est pas un livre au sens ordinaire du mot. Non ! C'est une insulte démesurée, un crachat à la face de l'Art, un coup de pied dans le cul à Dieu, à I'Homme, au Destin, au Temps, à la Beauté, à I'Amour !... à ce que vous voudrez. Je m'en vais chanter pour vous, chanter en détonnant un peu peut-être, mais chanter. Je chanterai pendant que vous crèverez, je danserai sur votre ignoble cadavre.

                                ***

La violence des mots au service de la haine

Il prend une bouteille de calvados sur la cheminée et me fait signe d'empoigner l'autre. "lnutile de les emporter dans le nouvel hôtel. Faut les écouler ici ! Mais ne lui fais rien boire à elle ! La salope ! je ne veux pas lui laisser même un morceau de papier-cul ! J'aimerais les ruiner tous avanl de partir ! Écoute, pisse par terre si tu veux. Je voudrais bien chier dans le tiroir de la commode !"

                                ***

Certains dénotent chez lui la vulgarité, d'autres une réalité

On aurait dit qu'elle n'avait pas couché avec un homme depuis un mois ! Je voulais faire durer le plaisir. J'en voulais pour mes cent francs. Mais elle marmonnait  toutes sortes de choses dans cette folle langue du lit qui vous touche au sang encore plus vite quand la lumière est éteinte. Je me défendais comme je pouvais, mais c'était impossible avec ses gémissements et ses halètements ininterrompus, et ses murmures de : "Vite, chéri ! Vite chéri ! Oh ! c'est bon ! Oh !Oh ! Vite, vite, chéri !" J'essayai de compter, mais c'était comme la cloche des pompiers en marche. "Vite, chéri !"

Miller va jusqu'au bout du mal, il se maudit

Je sais que je jaillis des fondateurs mythologiques de la race. L'homme qui porte la dive bouteille à ses lèvres, le criminel qui s'agenouille sur la place du Marché, l'innocent qui découvre que tous les cadavres sans exception puent, le fou qui danse le tonnerre entre les mains, le moine qui soulève les pans de son froc pour pissoter sur le monde, le fanatique qui met les bibliothèques à sac afin de trouver le Verbe - tous sont fondus en moi, tous produisent ma confusion, mon extase.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/6/6c/Anais_Nin.jpg/220px-Anais_Nin.jpg
L'érotisme et le sexe chez Miller ne sont pas des provocations. Il a lu avec passion le Kâma sûtra et autres livres érotiques ou sur l'érotisme, eu une longue correspondance avec Anaïs Nin (la reine de l'érotisme américain) et les femmes détiennent dans sa vie une place importante sinon primordiale. Miller ne considérait pas le sexe comme une vulgaire coucherie qui se complait dans le salace et le voyeurisme ; il y voyait plus un lien direct entre la chair. cette "þetite mort" et le divin au sens où l'entend la philosophie bouddhiste.

fr.wikipedia.org/wiki/Anaïs_Nin

Notes ;

"La raison pour laquelle j'ai tellement insisté, dans mon oeuvre, sur I'immoraI, le méchant, le laid, le cruel est que je voulais que les autres sachent à quel point ils comptent, plus peut-être que ce qui est considéré comme bon (...)."
- H. Miller, Rolling Stones, 21 février 1975.

Sur Paris

"Un écrivain américain est né : Henry Miller qui vient d'écrire son premier livre à Paris. Livre royaI ; livre atroce, exactement le genre de livre que j'aime le plus. Le livre d'un étranger qui débarque à Paris, qui s'y perd, qui y perd pied."
- Blaise Cendrars, Orbe, numéro du 1e,janvier 1935.

Sur sa prose

"Dans le Tropique du Cancer, Miller a réussi un tour de force littéraire : iI a créé une prose dont le ton correspondait au ton du lieu et d'une époque. Si le personnage principal du Tropique, dont le nom est Henry Miller, n'a jamais existé, peu importe... Il est la voix d'un esprit qui existait à cette époque. Les esprits de la littérature sont peut-être I'unique moyen d'approcher la vérité historique."

-
Norman Mailer, Vie et débauche, voyage dans l'oeuvre d'Henry Miller, éditions Buchet/ Chastel, 1983.

 

 


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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 13:59



1886  1914


http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/20/Fournier.jpgPseudonyme de Henri Fournier, romancier français né  le 3 octobre 1886 à La Chapelle d'Angillon dans le cher, aux confins du Berry et de la Sologne. Ses parents sont instituteurs à Epineuil le Fleuriel. Au lycée Lakanal près de Paris, il  se lie d'amitié, avec son condisciple Jacques Rivière, avec lequel il entretint, de 1905 à 1914 une "Correspondance" qui apporte un intéressant témoignage sur la sensibilité littéraire au début du siècle.

En 1913, il publia son unique roman, "le Grand Meaulnes", récit très autobiographique qu'il avait conçu dès 1902, mais dont il ne put connaître le succès car il fut tué au front le 22 septembre 1914.

Romancier de l'attente, de l'amour impossible, de l'association entre réel et poésie, Alain-Fournier a passé sa brève existence à se chercher lui-même dans une quête à laquelle, sans doute, nul ne pouvait l'aider à trouver de réponse. Aussi est-il parti <<content>> à la guerre.


Le Grand Meaulnes

Augustin Meaulnes s'égare pendant trois jours et vit une aventure aussi étrange qu'un rêve, au cours de laquelle il rencontre une jeune femme. Son ami, François l'aidera à la retrouver.

http://www.linternaute.com/cinema/image_diaporama/540/le-grand-meaulnes-16022.jpgEn écrivant "Le Grand Meaulnes", Alain-Fournier retrouve son enfance. Pour lui, cet âge est le seul qui mérite d' être décrit : n'est ce pas à ce moment de la vie que l' on s' émerveille de tout, que les choses, les gens et les situations prennent une dimension plus grande que dans la réalité ? Alain-Fournier ne s' attendrit pas devant un enfant, il se souvient, plus impressionné par la gravité de l' enfance que par le sérieux des adultes.

La vie et le rêve

Augustin Meaulnes, que ses camarades surnomment "Le Grand Meaulnes", est pensionnaire dans un village solognot, chez un directeur d'école, M. Seurel, père de François, le narrateur. Peu de temps avant les vacances de Noël, Meaulnes, qui est parti chercher les grands-parents de François à Vierzon, s'égare dans
"l'endroit le plus désolé de la Sologne". Le lendemain d'une nuit passée dans une bergerie, attiré par un manoir abandonné, il s'engage dans une allée où il voit des petites filles habillées de costumes anciens. "Y aurait-il une fête en cette solitude ? " se demande Meaulnes. Pour ne pas effrayer les enfants, il entre dans une chambre qui lui semble inoccupée et s'endort. A son réveil, un costume d'autrefois est posé sur le lit. Le soir, "un peu angoissé à la longue de tout ce plaisir qui s'offrait à lui", il se réfugie dans un petit salon où une jeune fille, Yvonne de Galais, joue du piano devant des enfants. Le jour suivant, il la revoit une dernière fois avant une longue séparation. Grâce à son ami François, il retrouvera Yvonne et l'épousera. Mais au lendemain de son mariage, Meaulnes partira pour un long voyage, appelé par Frantz, le frère d'Yvonne. Il ne reviendra qu'après la mort de sa femme et repartira aussitôt avec sa petite fille.

Un livre unique

Alain-Fournier, a tout juste vingt-sept ans quand, en 1913, est publié "Le Grand Meaulnes". Mobilisé dès le début de la guerre, il est porté disparu le 22 septembre 1914. Sa correspondance et quelques poèmes et contes seront publiés après sa mort, mais l'oeuvre d'Alain-Fournier, c'est Le Grand Meaulnes. Tous les grands écrivains de ce siècle s'accorderont à reconnaître l'importance de ce roman unique, dans lequelle rêve et le mystère sont l'essence même de l'histoire. L'auteur a choisi la Sologne comme décor car il a été élevé dans cette région et aucune n'offre autant d'étrangeté. Ayant grandi dans un milieu rural, Alain-Fournier est sensible à la terre et à la beauté de ces paysages campagnards que la brume matinale rend oniriques et lointains.

Extraits :

Découragé, presque à bout de forces, il résolut, dans son désespoir, de suivre ce sentier jusqu' au bout. A cent pas de là, il débouchait dans une grande prairie grise, où l' on distinguait de loin en loin des ombres qui devaient être des genévriers, et une bâtisse obscure dans un repli de terrain. Meaulnes s' en approcha.
Ce n' était là qu' une sorte de grand parc à bétail ou de bergerie abandonnée. La porte céda avec un  gémissement. La lueur de la lune, quand le grand vent chassait les nuages, passait à travers les  fentes des cloisons.

                     ***

C' étaient des costumes de jeunes gens d' il y a longtemps, des redingotes à hauts cols de velours, de fins gilets très ouverts, d' interminables cravates blanches et des souliers vernis du début de ce siècle. Il n'osait rien toucher du bout du doigt, mais après s' être nettoyé en frissonnant, il endossa sur sa blouse d' écolier un des grands manteaux dont il releva le collet plissé, remplaça ses souliers ferrés par de fins escarpins vernis et se prépara à descendre nu-tête. Il arriva, sans rencontrer personne, au bas d'un escalier de bois, dans un recoin de cour obscur. L' haleine glacée de la nuit vint lui souffler au visage et soulever un pan de son manteau. Il fit quelques pas et, grâce à la vague clarté du ciel, il put se rendre compte aussitôt de la configuration des lieux. Il était dans une petite cour formée par des bâtiments des dépendances. Tout y paraissait vieux et ruiné. Les ouvertures au bas des escaliers étaient béantes, car les portes depuis longtemps avaient été enlevées ;  on n'avait pas non plus remplacé les carreaux des fenêtres qui faisaient des trous noirs dans les murs. Et pourtant toutes ces bâtisses avaient un mystérieux air de fête. Une sorte de reflet coloré flottait dans les chambres basses où l'on avait dû allumer aussi, du côté de la campagne, des lanternes.

                     ***

A terre tout s' arrangea comme dans un rêve. Tandis que les enfants couraient avec des cris de joie, que des groupes se formaient et s' éparpillaient à travers bois, Meaulnes s' avança dans une allée, où, dix pas devant lui, marchait la jeune fille. Il se trouva près d' elle sans avoir eu le temps de réfléchir : "Vous êtes belle", dit-il simplement. Mais elle hâta le pas et, sans répondre, prit une allée transversale. D' autres promeneurs couraient, jouaient à travers les avenues, chacun errant à sa guise, conduit seulement par sa libre fantaisie. Le jeune homme se reprocha vivement ce qu' il appelait sa balourdise, sa grossièreté, sa sottise. Il errait au hasard, persuadé qu'il ne reverrait plus cette gracieuse créature, lorsqu' il l' aperçut soudain venant à sa rencontre et forcée de passer près de lui dans l' étroit sentier. Elle écartait de ses mains nues les plis de son grand manteau. Elle avait des souliers noirs très découverts. Ses chevilles étaient si fines qu' elles pliaient par instants et qu' on craignait de les voir se briser.


"Le message du "Grand Meaulnes" 

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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 14:24


I) Le Procès

Joseph K., arrêté, ne peut accepter simplement son procès. S'il ne sait de quoi il est accusé, il est certain d'être innocent. Cerner la loi sous le coup de laquelle il est tombé est sa périlleuse aventure.

"Le Procès", malgré les apparences, est un roman inachevé, publié en 1926, à Berlin. A sa mort. en 1924, Kafka avait demandé à son légataire et intime ami. Max Brod. de brûler tous ses papiers. Brod n'a pas pensé devoir le faire et a recomposé "Le Procès" avec les chapitres retrouvés.

Les apparences d'une erreur judiciaire

Sans raison apparente, Joseph K. est arrêté chez sa logeuse. A la fois incompréhensible - les étranges fonctionnaires qui représentent la loi ne justifient d'aucune manière leur tâche - et inopérante - K. continuera un temps de mener sa vie habituelle -, cette arrestation est son premier contact avec la loi. Convoqué pour un interrogatoire, qui se déroule parmi une foule exubérante et qui est interrompu par les ébats d'un couple scandaleux, K. découvre, stupéfait et intérieurement blessé, que la justice réside dans des buanderies

d' immeubles sordides ou des mansardes surchauffées jusqu'au malaise. Sur les conseils de son oncle, K. prend un avocat mais, comble de maladresse, il noue avec la nurse de celui-ci une relation érotique. Connue par l'avocat, un acteur prééminent dans le procès de K., cette incartade, courante apprend-on chez les accusés,ne semble pas décisive. K. abandonne cet avocat dont la tactique consiste à attendre et tente de faire avancer son affaire auprès du peintre des juges, qui les côtoie pour les représenter. K. apprend de lui que, quoique innocent, il ne sera jamais totalement libéré de l'accusation qui pèse sur lui. Un an après son arrestation, K. s'abandonne à l'issue dramatique de ce procès dont il ne reste que la honte.

Quelle loi ?

La loi à laquelle est confronté Joseph K. est mystérieuse. Quoi que fasse ou dise K., son attitude paraît toujours suspecte et souvent maladroite. Même sa curiosité pour la loi à l'air d'une faute. Personne ne peut fournir de ren seignements décisifs sur elle ; pourtant, aux yeux de K., tous agissent en tenant compte d'une règle tacite qui lui échappe. Même ceux dont l'attitude n'est pas moralement irréprochable, comme ces femmes qui séduisent n'importe quand, n'importe où, n'agitant que des fantômes d'amour, semblent se savoir non  répréhensibles du point de vue de la loi. Plus K. cherche ce qui a pu motiver son accusation, moins il comprend ce qu'est cette loi invisible mais omniprésente. Ce mystère lié au fonctionnement collectif fait du monde de Kafka un univers fantastique et angoissant.


Extraits :

Le premier réflexe de K. est de nier cette loi qui le surprend
- Voilà la loi, où y aurait-il là une erreur ?
- Je ne connais pas cette loi, dit K.
- Vous vous en mordrez les doigts, dit le gardien.
- Elle n'existe certainement que dans votre tête, répondit K.
(...) Mais le gardien éluda toute explication en déclarant :
- Vous verrez bien quand vous la sentirez passer !
Franz s'en mêla :
- Tu vois ça, Willem, dit-il, il reconnaît qu'il ignore la loi, et
il affirme en même temps qu'il n'est pas coupable !
- Tu as parfaitement raison, dit l'autre, il n'y a rien à lui faire comprendre.

                           ***

Devant I'absurde, K. ne sait quelle contenance prendre
- M. Hasterer, le procureur, est un bon ami à moi, dit-il, puis-je lui téléphoner ?
- Certainement, dit le brigadier, mais je ne vois pas bien à quoi cela peut rimer, à moins que vous n'ayez à lui parler de quelque affaire privée.
- A quoi cela rimerait ? s'écria K. plus désorienté qu'irrité.
(...) A quoi rimerait-il de téléphoner à un procureur quand on prétend que je suis arrêté ? C'est bon,je ne téléphonerai pas.
- Mais si, lui dit le brigadier en montrant de la main le vestibule où se trouvait le téléphone, téléphonez,je vous prie.
- Non,je ne veux plus, déclara K.

                          ***

L'action de la loi s'avère infinie
- Et alors je suis libre ? dit K. avec hésitation.
- Oui, dit le peintre, mais seulement en apparence ou, pour mieux dire, provisoirement. En effet, les juges subalternes, comme ceux que j'ai pour amis, n'ont pas le droit de prononcer d'acquittement définitif ; ce droit n'appartient qu'au tribunal suprême que nous ne pouvons toucher, ni vous, ni moi, ni personne. (.. ) C'est-à-dire que ce mode d'acquittement vous soustrait provisoirement de l'accusation. mais sans l'empêcher de rester suspendue sur vous avec toutes les conséquences que cela peut entraîner s' il intervient un ordre supérieur.

K.cesse de croire à sa propre action
- Je n'irai pas plus loin, dit K. pour essayer.
Cette fois-ci, les messieurs n'avaient pas besoin de répondre.. il leur suffisait de ne pas desserrer leur prise et d'essayer de déplacer K. en le soulevant ..mais K. résista.
"Je n'aurai plus besoin de beaucoup de forces, je vais toutes les employer là" , pensa t-il. II songeait à ces mouches qui s'arrachent les pattes en cherchant à échapper à la glue. "Ces messieurs vont avoir du travail", se dit-il.


Comment ne pas trouver derrière l'initiale K le patronyme de l'écrivain ? Comment ne pas songer que <<Kafka>>
et <<Samsa>> (dans La Métamorphose) portent, à la même place, les mêmes voyelles ? Ces coïncidences (sans doute volontaires)  seraient sans portée si elle ne correspondaient à une tendance fondamentale de l'art de Kafka : celle qui consiste  à raconter l'histoire du strict point de vue du personnage central même quand le récit est à la troisième personne. Conséquence de cette situation : en même temps qu'il prend connaissance des événements, le lecteur est informé du sentiment le plus intime de celui qui les vit, il voit la situation concrète telle qu'elle est, il sait aussi comment l'interprète le protagoniste ; d'où la possibilité d'une lecture active qui observe le choc de la conscience et du réel ; d'où, aussi, une nouvelle conception du décor et du portrait : des tableaux détaillés à la manière de Balzac n'ont pas leur place ici : nous ne voyons que par l'intermédiaire du personnage et il n'a aucune raison de décrire minutieusement le cadre de son existence quotidienne, de même qu'il ne saurait faire spontanément son portrait (nous ne savons presque rien de l'apparence physique des protagonistes).
 

 

 

 

 

 

 

 


II)  La Métamorphose


http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:MiJBeuSKZ1zxjM:http://aviquesnel.free.fr/Direlire/Images/kafka.jpg
"La Métamorphose" raconte I'histoire d'une marginalisation progressive aboutissant à l'excIusion et à la mort.
 
Cette nouvelle parue en 1915 fait partie des rares textes dont Kafka approuva la publication et qui l' ont fait connaître en France dès 1928.

Une vie sacrifiée

Le personnage principal de "La Métamorphose", Gregor Samsa, représentant de commerce faisant vivre son père, sa mère et sa soeur, employé, fils et frère modèle, se transforme un beau matin en gros insecte. Enfermé dans sa chambre par sa famille pour qui il est un objet de dégoût et de honte, il se fait nourrir par sa soeur. Gregor se trouve peu à peu abandonné : sa chambre vidée de ses meubles devient un débarras, on le nourrit irrégulièrement. Parallèlement à cette déchéance, le père recouvre la force physique et morale qu'il avait perdue et la soeur, auparavant timide et douce, s'affirme avec force. Après avoir provoqué le départ des locataires que sa famille hébergeait pour gagner un peu d'argent, Gregor, blessé par son père - celui-ci lui tire une pomme qui, restant encastrée dans sa carapace, pourrit lentement - sent qu' il nuit aux siens et se laisse mourir. La nouvelle se termine sur la journée de congé et de promenade au soleil que s'accorde la famille, délivrée par cette mort.

Lectures de   La Métamorphose

Cette nouvelle, divisée en trois chapitres, se présente comme une tragédie au quotidien, mettant en scène des personnages de classe, d'intelligence et de niveau culturel moyens, uniquement préoccupés par leur condition matérielle. Le récit s'organise suivant les perceptions de Gregor, pur réceptacle recueillant les informations grâce aux conversations surprises à travers la porte de sa chambre, dans une absence totale de réflexion et de volonté de changer son destin. Le discours essentiellement narratif, entrecoupé de quelques monologues et dialogues, est fait de simples notations, d'où est absente toute charge émotionnelle, ce qui permet d'introduire logiquement,
dans le quotidien, le monstrueux et le fantastique. Une seule métaphore rompt ce rapport rationnel au monde : celle de la transformation monstrueuse, qui peut se lire de diverses manières : exclusion de l'individu faible ne réussissant pas à s'adapter au monde matérialiste et inhumain; ou bien la fuite dans la folie et le suicide d'un être étouffé par son <<surmoi >>.

Extraits :

Trois personnages de bonne apparaissent dans le récit, et l' intéret que chacune montre à Gregor va croissant et s' oppose au désintérêt que lui manifeste sa propre famille : la première fuit .. la deuxième supporte l' idée du
monstre, mais s' enferme dans sa cuisine .. la troisième lui montre une certaine sympathie et s' occupe de faire disparaître ses restes à la fin de l' histoire.

Irruption du cauchemar dans la vie diurne

En se réveillant un matin après des rêves agités, Gregor Samsa se retrouva, dans son lit, métamorphosé en un monstrueux insecte. Il était sur le dos, un dos aussi dur qu' une carapace, et, en relevant un peu la tête, il vit, bombé, brun, cloisonné par des arceaux plus rigides, son abdomen sur le haut duquel la couverture, prête à glisser tout à fait, ne tenait plus qu' à peine. Ses nombreuses pattes, lamentablement grêles par comparaison
avec la corpulence qu'il avait par ailleurs, grouillaient désespérément sous ses yeux.
<< Qu'est-ce qui m' est arrivé ? >>, pensa-t-il. Ce n'était pas un rêve. Sa chambre, une vraie chambre humaine ,juste un peu trop petite, était là tranquille entre les quatre murs qu'il connaissait bien.

                        ***


Transformation du père et deuxième blessure qu'il inflige à son fils

Mais tout de même, tout de même, était-ce encore là son père ? Était-ce le même homme qui, naguère encore, était fatigué et enfoui dans son lit, quand Gregor partait pour une tournée (...) .. à présent il se tenait tout ce qu' il y a de plus droit ; revêtu d' un uniforme strict, bleu à boutons dorés, comme en portent les employés des banques, il déployait son puissant double menton sur le col haut et raide de sa vareuse (...). Puisant dans la coupe de fruits sur la desserte, il s'était rempli les poches de pommes et maintenant, sans viser précisément pour l' instant, les lançait l' une après l' autre. Les petites pommes rouges roulaient par terre en tous sens, comme électrisées, et s' entrechoquaient. L' une d' elles, lancée mollement, effleura le dos de Gregor et glissa sans provoquer de dommage. Mais elle fut aussitôt suivie d' une autre qui, au contraire, s' enfonça littéralement dans le dos de Gregor...

                      ***

Renaissance de la famille après la mort de Gregor

Puis tous trois quittèrent de concert l' appartement, ce qui ne leur était plus arrivé depuis déjà des mois, et prirent le tramway pour aller prendre l' air à l' extérieur de la ville. Le wagon, où ils étaient seuls, était tout inondé par le chaud soleil. Confortablement carrés sur leurs banquettes, ils évoquèrent les perspectives d'avenir et, à y regarder de plus près, il apparut qu' elles n' étaient pas tellement mauvaises, car les places qu' ils occupaient

respectivement, et sur lesquelles ils ne s' étaient jamais en fait mutuellement demandé beaucoup de détails, étaient d' excellentes places et, en particulier fort prometteuses. (...) Et ce fut pour eux comme la confirmation de ces rêves nouveaux et de ces bonnes intentions, lorsqu' en arrivant à destination ils virent leur fille se lever la première et étirer son jeune corps.

 

Notes :

 

<<La sagesse, nous dit Kafka, ne peut s'exprimer que de façon métaphorique. (...) n est donc possible d'embrasser si étroitement l'image en esprit que la conscience en vient à confondre sa propre réalité avec celle de l'image et le fruit de cette fusion est la libération du moi qui s'élève au-dessus de sa propre réalité empirique, laquelle n'est plus pour lui qu'une métaphore. >>
-Maurice Marache, <<La Métaphore dans l'oeuvre de Kafka >>,

<<La métamorphose représente le refus de Gregor de continuer à s'échiner pour la famille. Il abandonne avec sa métamorphose le moi-façade du voyageur de commerce surmené et fait remonter à la surface une tendance plus profonde et cachée. Il se retire, inconsciemment d' ailleurs, sur un lit de paresse, et laisse les autres I'entretenir. La métamorphose fonctionne pratiquement comme une fuite devant la responsabilité, le travail et le devoir>>
-Walter H. Sokel, cité dans Les Critiques de notre temps et Kafka, Garnier Frères, 1973

<<L'anomalie dans I'univers de Kafka n'est pas une anomalie de structure, c'est une anomalie de situation, l'eau,
I'air, le feu, la pesanteur gardant toutes les propriétés que nous connaissons. S'il se produit soudain des exceptions, elles ont lieu dans un univers où tout le reste est demeuré identique à soi même>> 
-Jean Starobinski


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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 13:27


1883  1924


Angoissé par la dérision de son oeuvre elle-même, à laquelle iI avait pourtant sacrifié sa vie, Kafka enjoignit à son ami Max Brod de détruire tous ses papiers posthumes. C' est à la désobéissance de celui-ci que l' on doit d' avoir eu accès à l' oeuvre de Kafka.


Une jeunesse inquiète

Franz Kafka naît à Prague le 3 juillet 1883. Son père, Hermann Kafka, issu d'une famille juive modeste, duthttp://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/4b/Kafka1906_resized.jpg/200px-Kafka1906_resized.jpgtravailler beaucoup pour réussir. C'est chose faite lorsqu'en 1881 il ouvre une boutique de mode. En réaction inconsciente contre l'autoritarisme et l'âpreté de son père, le jeune Franz s'identifie aux employés tchèques, insultés et rudoyés. Franz, comme ses trois soeurs cadettes, reçoit une éducation allemande, et rédigera son oeuvre en allemand. A cet enseignement se joignent les traditions familliales juives, et enfin l'héritage tchèque, si pressant à Prague. Ses premiers http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/7a/Kafka5jahre.jpgécrits datent de 1897 : il exprime alors sa solitude angoissée au sein de sa famille, insensible à ses préoccupations artistiques ; ce dont il s' ouvre un temps à Oscar Pollak, son camarade de lycée. Il commence à voyager un peu, après avoir été promu bachelier en 1901. Il fait la connaissance en 1902 de l'écrivain Max Brod, qui deviendra son ami et étudie successivement la chimie, le droit, l'histoire de l' art. En 1905 et 1906, sa santé fragile l' oblige à ses premiers séjours en sanatorium. Il devient cependant docteur en droit le 18 juin 1906 pour plaire à son père et travaille comme agent d'assurances jusqu'en 1922. Cet univers comptable oppressant et la presque absurdité de son travail, réclamant tout son temps au détriment de son désir d'écrire, hantent sa production littéraire. Il voyage entre 1910 et 1911 avec Max Brod, à Paris, à Zurich, à Milan.    

                                                                                                                                                  Franz Kafka à l'âge de cinq ans, vers 1888

Félicie Bauer

Kafka rencontre en 1912 une jeune fille, Félicie Bauer, chez les parents de son ami Max Brod. D'une franche
insignifiance, elle est cependant joyeuse et stable ; c'est sans doute ce qui fascine Franz par opposition à ses propres troubles, tant physiques que psychiques. Mais il rompt deux fois ses fiançailles, en 1914 et en 1917. Kafka choisit douloureusement de refuser le réconfort d'un mariage trop sûr; il récuse ce quiétisme bourgeois pour s'enfermer au contraire dans le sacerdoce où l'appelle sa vocation d'écrivain. Son enthousiasme à la lecture de Kierkegaard confirme sa résolution ; en effet, le philosophe danois avait, lui aussi, fini par se défaire de sa
fiancée Régine Olsen, bien qu'il l'aimât. Franz rompt en 1919 une troisième tentative de fiançailles, cette fois avec une jeune Tchèque, Julie Wohruzek.
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/30/Kafka-Denkmal.jpg/200px-Kafka-Denkmal.jpg
Les comptes du père

Kafka rédige alors sa "Lettre au père", sorte d'autopsie poignante dans laquelle il analyse les difficultés de ses rapport avec son père. Celui-ci ne recevra jamais ce texte d'une centaine de pages. Kafka n'y peut éviter son penchant pour la justification, il <<s'explique >> ; c'est à nouveau le thème de la culpabilité, d'autant plus oppressante qu'incompréhensible, car apparemment immotivée. Cette quête vaine d'une approbation ultime du père qui viendrait apaiser l'angoisse du fils-écrivain traverse l' oeuvre de Kafka.

Statue en bronze à l'effigie de Kafka située devant la  Synagogue Espagnole de Prague

L'irruption de Milena


En séjour à Merano, Franz entame une correspondance avec Milena Jesenká-Pollak, une jeune Tchèque désireuse de traduire de l'allemand certains de ses écrits. Elle s'éprend bientôt passionnément de lui, et pense même quitter son époux, l'écrivain Ernest Pollak. Kafka vient à Vienne la voir, puis à Prague, mais s'inquiète bientôt de son impétuosité. De leur   liaison sans lendemain naîtront ces "Lettres à Milena", enflammées souvent, dans lesquelles Kafka exprime son désarroi devant la tentation de l'amour.

Triomphe de la tuberculose

Il croit avoir enfin trouvé le bonheur avec Dora Dymant. Il s'installe à Berlin en 1923 avec cette jeune fille juive, contre  la volonté de ses parents. Mais sa santé faiblit ; et son oncle Lowy fait de son état un diagnostic très pessimiste. Installé près de Vienne à la clinique de Kierling, il demande au père de Dora la main de sa fille. Celui-ci refuse, et la jeune fille assiste son amant dans ses derniers instants, le 3 juin 1924.

Une oeuvre énigmatique

L' oeuvre de Kafka doit sa popularité à la multiplicité des interprétations qu' elle suscite. En fait, les symboles récurrents n'ont jamais un sens précis et fixe. Le terme même de <<symbole>> est-il légitime, dans la mesure où Kafka ne fait jamais d'eux les clefs, les codes d'un message univoque, mais plutôt les signes, les marques de l'absurde au quotidien, de l'incompréhension ? Finalement, cette bureaucratie oppressive du "Procès", ces directives immotivées du "Château" ce sentiment d'exclusion dans "La Métamorphose" signifient, non  http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/18/FKV.jpgl'administration totalitaire, ni l'impossible accès à la transcendance, ni la solitude irréductible de la personne humaine, ou alors tout cela à la fois. Ces signes, ultimement, ne disent rien sinon leur propre opacité. D' où le sentiment de l'absurde et du  <<mystère>> de la réalité.

Couverture de la première édition (1916) de La Métamorphose

 Notes :

L'envoûtement du roman repose sur une donnée arbitraire : tout homme dit "normal" et qui se trouverait dans la situation de Joseph K, ferait à pied les quatre kilomètres qui le séparent du château, essaierait de forcer ou d'escalader la grille, et irait demander des explications... Or, cela, Joseph K. ne le fait jamais ; il n'y pense même pas... L'univers absurde de Kafka est fondé sur une multiplication de la réalité : une réaction "normale" est ôtée à ses personnages. K. et Joseph K. ressemblent à tous les autres hommes, sauf sur un point, où ils ne réagissent pas comme eux : comme ces animaux de laboratoire à qui un biologiste a fait quelque encéphalotomie qui leur retire un réflexe... Un homme impuissant dans un univers absurde, telle est la situation phénomé-nologique, et, en un autre sens, le mythe qui définissent  l'atmosphère du roman kafkaïen.
- R. M. Albérès, Métamorphoses du roman, Albin Michel, 1978

<<Tous les écrivains pragois de.cette époque, y compris Rilke et Werfel, ont eu à surmonter à la fois la  corruption et l'indigence de leur langue. Il est significatif que, pour y parvenir, Rilke et Werfel, précisément, ont dû chercher ailleurs, l'un à Paris, l'autre à Vienne, la force de rompre le maléfice de Prague. Ce maléfice, Franz Kafka l'a vécu presque jusqu' au bout, si violemment qu'il ait été tenté de le fuir à certaines époques de sa vie ; la nature de son inspiration, les exigences de son but, l'empêchaient de compenser par une richesse empruntée les insuffisances de son patrimoine linguistique. >>

- Marthe Robert, introduction du Journal de Kafka, Grasset, 1955

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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 12:32


 
http://ecx.images-amazon.com/images/I/41SN7BWGBPL._SL500_AA240_.jpgI) LES BUDDENBROOK

Grandeur et décadence d'une famille bourgeoise allemande au XIX ème siècle.

La fin d'une époque

Thomas Mann raconte, en onze parties, le destin des   Buddenbrook, une famille de la haute bourgeoisie de Lubeck. De 1835 à 1877, nous assistons au déclin de cette famille, à travers I'histoire de quatre générations : le patriarche Johann Buddenbrook, heureux commerçant et fournisseur de la famille royale, qui s'éteint en 1842, âgé de soixante-dix ans ; son fils, Jean Buddenbrook, qui poursuit une brillante carrière et qui devient consul des Pays-Bas. Il meurt en 1855,à l' âge de soixante ans, laissant pour unique héritier son fils Thomas, la figure centrale du roman. Thomas, grâce à son sérieux et à I'honnêteté de son caractère, obtient de hautes fonctions, dont la charge de sénateur. II meurt prématurément à cinquante ans et laisse un seul fils : Hanno, un enfant fragile, doué de dons artistiques exceptionnels. Hanno devient ainsi le dernier descendant de la famille,  mais une épidémie de typhus emporte le jeune garçon en 1877 et met ainsi un terme à la lignée des Buddenbrook.

Valeurs bourgeoises et aspirations artistiques

 Le roman "Les Buddenbrook" porte un sous-titre éloquent : <<Décadence d'une famille >>. Thomas Mann décrit en effet le processus qui mène une famille bourgeoise, symbole d'une certaine réussite sociale, à sa déchéance et à sa disparition pure et simple. Alors que le patriarche Johann Buddenbrook incarne les valeurs bourgeoises, froides et réalistes, le dernier descendant de la famille, le frêle Hanno, représente l' artiste, aux dons de musicien extraordinaires, mais qui, inadapté au monde qui I'entoure, ne peut survivre. Thomas Mann brosse avec finesse, et parfois ironie, le tableau d'une époque en décomposition et d'une bourgeoisie agonisante. La race des  Buddenbrook s' éteint faute d'avoir pu s'adapter aux règles d'un monde nouveau, mais surtout parce que la culture - au sens le plus large - que leur cIasse a créée, corrode peu à peu leur force d' âme et leur volonté d'agir.

Extraits :

On trouve déjà dans ce premier roman les grands thèmes de l'oeuvre de l'écrivain allemand ; les relations étroites entre la culture et la décadence et entre le génie et la maladie .. on voit également apparaître l' esquisse, en la personne de Hanno, de la figure centrale de l'oeuvre future de Mann :    l' artiste.

La famille s'est réunie autour du patriarche, Johann Buddenbrook

On s'était réuni dans << le salon des paysages >>, au premier étage de l'antique et spacieux hôtel que la maison Johann Buddenbrook venait d'acquérir dans la Mengstrasse et que la famille occupait depuis peu. Les tapisseries solides et souples, séparées des murs par un espace vide, représentaient de vastes paysages aux couleurs tendres, comme le mince tapis qui revêtait le sol, des idylles dans le goût du XVIII ème  siècle : joyeux vignerons, laboureurs diligents, bergères joliment enrubannées qui, penchées sur le miroir de l'oncle, tenaient sur leurs genoux des agneaux bien peignés ou échangeaient des baisers avec de galants bergers... Des soleils couchants où dominaient les ors baignaient la plupart de ces paysages, s'harmonisant ainsi avec l' étoffe des meubles laqués de blanc et les rideaux de soie des fenêtres.

                                 ***

Portrait d'un honnête homme

Grâce à ses voyages, à ses connaissances, à l'intérêt qu'il prenait à tout, Thomas Buddenbrook était dans son milieu la tête la moins bourgeoisement bornée, et il était sûrement le premier à sentir l'étroitesse et la  mesquinerie des conditions dans lesquelles il se mouvait. Dehors, dans sa grande patrie, après l' essor de la vie publique, amené par les années de la révolution, une période de détente, de stagnation et de revire ment avait suivi, trop vide pour occuper une intelligence vive. Le consul avait assez d'esprit pour n'attacher qu'une importance purement symbolique à toute activité humaine et pour mettre toute sa volonté, ses facul  tés, son enthousiasme et son besoin d'agir au service de la petite république dans le rayon de laquelle son nom était un des premiers .. il voulait servir aussi ce nom, cette maison de commerce dont il avait hérité... il avait assez d' esprit pour sourire de cette ambition de parvenir dans un domaine aussi restreint à la grandeur et à la puissance, et pour poursuivre néanmoins cette ambition.

                                ***

Problèmes de succession, après la mort de Thomas Buddenbrook

Dans l'état présent des choses, il fallait liquider ;  la firme n'avait qu'à disparaître, et cela dans un délai d'un an. Telles étaient les dernières volontés du sénateur. Mme Permaneder s' en montrait violemment émue.
" Et Johann, le petit Johann, et Hanno ? " demandait-elle.Le fait que son frère eût ignoré son fils et unique héritier, qu'il n' eût pas voulu lui conserver la maison de commerce, la décevait et la peinait beaucoup. Elle versa des pleurs à l'idée qu' il faudrait renoncer à cette firme vénérable, à ce joyau transmis de génération en génération, dont on allait clore l'histoire alors qu'il existait un héritier naturel.

Traduction de Geneviève Bianquis, Fayard, 1965


Notes :

<<Ce n'est donc pas seulement aux dimensions de son oeuvre que Thomas Mann doit d'être devenu un des premiers écrivains de notre temps. Dès le début, ses écrits s'imposent par leur exceptionnelle valeur artistique. Celle ci restera constante dans la suite, malgré un renouvellement incessant des formes. Mais la chose  exprimée prévaudra de plus en plus sur le souci de l'expression. A partir du moment où le jeune auteur des "Buddenbrook" découvre et assume sa vocation, sans jamais quitter le plan de l'art, il le transcendera toujours. >>

-Louis Leibrich, Thomas Mann, Classiques du XXe siècle, Editions Universitaires, 1957

<<L' oeuvre de Thomas Mann se situe pour moi dans la catégorie très rare du classique moderne, c' est-à-dire de l' oeuvre, non point du tout indiscutée, mais au contraire sans cesse reprise, rejugée, examinée sur toutes ses faces et à tous ses niveaux, et servant à la fois de pierre de touche et d'aliment. De telles oeuvres nous  touchent, à la cinquième lecture, pour des raisons différentes de celles qui nous les firent aimer à la première, ou même opposées à celles-ci. L' atmosphère de dépaysement et presque d'exotisme que respire un lecteur français qui aborde pour la première fois "Les Buddenbrook", dissipée du fait de I'habitude, (...) laisse à nu le document humain, le drame de l'homme aux prises avec les forces familiales ou sociales qui l' ont construit et qui peu à peu vont le détruire.>>

-Marguerite Yourcenar, <<Humanisme de Thomas Mann >), Cahiers de I'Herne, I'Herne, 1973


http://g-ecx.images-amazon.com/images/G/08/ciu/37/1f/c29cc27a02a06ee6af14c110.L.jpg
II) LA MORT A VENISE

Un écrivain taciturne ne peut se soustraire
à l'emprise magique de Venise et à l'amour qui le subjugue.

D' abord impérialiste, en opposition avec son frère, le romancier républicain Heinrich Mann (1871-1950),Thomas  Mann évolua par la suite. Réfugié en Suisse puis aux États-Unis après l' avènement du national- socialisme, il prit position contre l' hitlérisme.

La décadence et la volupté

En attendant le tramway, Gustav Aschenbach a le regard porté vers un homme en costume de voyage. Il a dépassé la cinquantaine, s'est voué à la littérature qu'il considère comme une activité grave au service de la perfection formelle et des valeurs morales. Il est soudain pris d'un désir d'évasion. Il aboutit, attiré par un secret instinct, à Venise -le symbole de la conjuration de la beauté, de la volupté et de la mort. L'écrivain pense y prendre quelques semaines de repos, mais il n'en partira plus parce qu'il s'éprend d'un bel adolescent polonais, Tadzio. Il est vite envoûté par l'empire absolu qu'exerce sur lui la beauté juvénile accomplie. Cette inclination accidentelle, portée par le mystère vénitien et une épidémie de choléra, s'amplifie jusqu'à prendre les dimensions d'une vision terrifiante de luxure et de barbarie. Enfermé dans son idée fixe, Aschenbach ne voit pas la ville se dépeupler. Jamais il n'osera adresser la parole à l'éphèbe qui n'a qu'un regard étonné pour l'homme fatigué et taciturne. La mort emporte l'écrivain qui salue l'enfant adoré d'un dernier  sourire.

Une "fascination de la mort"

"Aimer la mort, disait Mann, c'est aimer la vie et réciproquement." Dans cette "fascination de la mort", l'homme prend la mesure du tragique de son existence. Dans le cas où l'esprit est ruse de la maladie pour hâter la venue de la mort, le rôle d'accélérateur est souvent tenu par la perversité sexuelle. Pour se sauver de cette faille, la réflexion morale se manifeste dans l'art, car le projet artistique est toujours menacé par ce qui menace la conscience morale. La vie artistique est un danger ; elle réclame pour sa réussite une ascèse qui soutienne l'attente créatrice ; Aschenbach l' oublie pour succomber à la fascination de la beauté qui surpasse toutes les réussites artistiques, pour suivre cet appel que la maladie fait entendre comme sa voix la plus simple : celui de la mort.
 

 

Extraits :

Une soudaine envie de voyager

Soit qu'à l'apparition de l' étranger des visions de voyage eussent frappé son imagination, ou bien que quelque influence physique ou morale fût en jeu, à sa surprise il éprouva au dedans de lui comme un étrange  élargissement, une sorte d'inquiétude vagabonde, le juvénile désir d'un coeur altéré de lointain, un sentiment si vif, si nouveau, dès si longtemps oublié ou désappris que, les mains dans le dos et les yeux baissés, il s'arrêta, rivé au sol pour examiner la nature et l' objet de son émotion. C' était envie de voyager, rien de plus ; mais à vrai dire une envie passionnée, le prenant en coup de foudre, et s' exaltant jusqu' à l'hallucination. Son désir se faisait visionnaire, son imagination, qui n' avait point encore reposé depuis le travail du matin, inventait une illustration à chacune des mille merveilles, des mille horreurs de la terre, que d' un coup elle tâchait de se représenter.

                           ***
La rencontre discrète de Tadzio

Cet homme grave et pensif se mit à rechercher, à essayer de deviner quel nom pouvait bien sonner à peu près comme "Adgio" et ce problème lui semblait digne d' occuper sa pensée. En effet, à l'aide de quelques réminiscences polonaises, il arriva à conclure qu' il devait s' agir de "Tadzio", abréviation de "Tadeus", prolongé en exclamation "Tadziou". Tadzio se baignait. Aschenbach, qui l' avait perdu de vue, découvrit bien loin dans la mer sa tête et son bras qu'il levait pour ramer ; la mer, en effet, devait être plate à une grande distance. Cependant on semblait déjà s' inquiéter à son sujet ; déjà des voix de femmes l'appelaient des cabines, criant de nouveau ce nom qui avait l'air de dominer la plage comme un mot d'ordre et, avec ses consonnes douces, son ou final  prolongé avec insistance, avait quelque chose de tendre et de sauvage à lafoi : "Tadziou !Tadziou !"

                           ***

Aschenbach salue une dernière fois l'enfant adoré

Il semblait à Aschenbach que le psychagogue (
Magicien, magicienne qui faisait profession d'évoquer les ombres. pâle et digne d' amour lui souriait là-bas, lui montrait le large ; que, détachant la main de sa hanche, il tendait le doigt vers le lointain, et prenant les devants s'élançait comme une ombre dans le vide énorme et plein de promesses. Comme tant de fois déjà il voulut se lever pour le suivre.

Quelques minutes s' écoulèrent avant que l'on accourût au secours du poète dont le corps s'était affaissé sur le bord de la chaise. On le monta dans sa chambre. Et le même jour la nouvelle de sa mort se répandit par le monde où elle fut accueillie avec une religieuse émotion.

Traduit de l'allemand par Félix Bertaux et Charles Sigewalt, éditions Livre de Poche

La Mort à Venise 
(1912) a été portée à l'écran par Luchino Visconti avec Dirk Bogarde, Bjorn Andresen, Mark Burus et SiIvana Mangano en 1971. Gustav Malher est le lien entre les deux oeuvres puisque Mann a appris la mort du compositeur pendant son séjour à Venise, qu'il a appelé son héros Gustav, et que Visconti a soutenu son adaptation avec la musique de Malher.

Notes

<< A ses débuts, il aime à se donner pour "le chroniqueur et l'interprète de la décadence, l'amateur de la vérité
pathologique et de la mort, l'esthète attiré par l'abîme." (...) S'il peint avec prédilection des phénomènes de  décadence individuelle ou sociale, il s'y attache d'une curiosité passionnée, en psychologue et en médecin, avec un double espoir de découvrir les maladies qui rongent la vie, mais ensuite les moyens de la préserver et de la régénérer.>>

 -Geneviève Bianquis,

<< La lecture de Schopenhauer, faite à vingt ans dans sa chambre d' étudiant à Munich, a été pour Thomas Mann la même révélation éblouissante qu'elle fut pour Nietzsche au même âge. Il  a de ce jour admis le pessimisme foncier qui voit la vie cruelle et le monde mauvais, qui renonce d'emblée à introduire dans le réel de la justice ou de la clarté, et qui s'enivre des mélodies de la mort et de la fascination du néant. Dans cette doctrine de  renoncement à la vie et à l'action, il a discerné ce que Nietzsche jeune y aimait aussi : "l'atmosphère de rigueur morale, un relent faustien, un goût de mort, de croix,de tombeau".>>


http://ecx.images-amazon.com/images/I/41Cn5Rp8FQL._SL500_AA240_.jpgIII) LA MONTAGNE MAGIQUE


Le jeune Hans Castorp, venu  pour trois semaines visiter son cousin au sanatorium Berghof, y restera finalement sept ans.

Le docteur Behrens est le grand-prêtre du sanctuaire Berghof : il initie les malades aux dogmes ; iI est l' intercesseur entre les fidèles et les puissances véritables, invisibles - en l' occurrence, les actionnaires de la société Berghof.
Hans est à Hambourg ingénieur en construction navale, artisan anonyme de l' aveuglement quotidien, mais iI gagne peu à peu en lucidité, sur ses maîtres et sur  lui-même.

Le temps de la maladie

Quittant la haute société de Hambourg, Hans arrive à Davos-Platz, une petite ville de repos dans les Alpes.
Son cousin Joachim Ziemssen y reçoit les soins du grand docteur Behrens, chef du sanatorium Berghof. Celui-ci, à l'affût de la moindre déficience physique, convainc Hans, affaibli par le changement de climat, de prolonger son séjour. Un autodidacte italien, Settembrini, devient son éducateur spirituel. Hans apprécie en outre le rythme calme de la vie à Davos, où les heures de repos sur la terrasse alternent avec les copieux repas au réfectoire. Il s'éprend d'une femme russe, Clawdia Chauchat, qu'i! ose aborder juste avant qu'elle ne parte. Joachim est devenu soldat, refusant de retarder sa vocation davantage ; mais son mal empire, et il retourne au Berghof où il meurt. Hans se partage alors entre Settembrini et son adversaire intellectuel Naphta. Clawdia revient avec un amant fortuné, l'imposant Peeperkorn, qui se suicidera. Naphta fait de même au cours d'un duel contre Settembrini. En 1914, Hans quitte le Berghof pour s'enrôler.

Un monde à part

La "montagne magique"
du Berghof exerce véritablement sur ses hôtes une attraction surnaturelle, à  laquelle échapper est difficile. Ainsi Joachim est puni de mort pour s'être enfui vers le "monde d'en bas"; et l'oncle de Hans, venu le libérer de la montagne, part précipitamment lorsqu'il sent qu'eIle pourrait le garder prisonnier à son tour. Le sortilège consiste en ce que Davos décharge ses proies de leur rôle dans la société active. Leur retrait géographique se traduit par un désengagement de leur conscience, affranchie de toute responsabilité envers ce monde industrieux dont la vie les a séparés. Le Berghof affirme son autarcie par sa temporalité propre : ici, la plus petite unité de temps est le mois, les saisons n'existent pas, on vit dans un éternel présent. Cette disponibilité  d'esprit permet aux hommes responsables, tel Hans, de concentrer leur réflexion sur l'essentiel : le mystère de leur présence au monde.

Extraits :

Joachim évoque un concert

- (...) c'est tout simplement de la musique d'orphéon, mais c' est quand même un changement qui vous réjouit. Il remplit quelques heures d' une manière fort convenable ; il les répartit et les remplit, une à une, de telle sorte qu'on en garde du moins quelque chose, tandis que d' ordinaire ici on gaspille si affreusement les jours et les semaines. Voyez-vous, un numéro de concert sans prétention dure peut-être sept  minutes, n'est-ce pas ? et ces minutes, elles forment quelque chose pour elles, elles ont un commencement et une fin, elles se détachent et sont en quelque sorte garanties par le laisser-aller général. De plus, elles-mêmes sont encore divisées, d' abord par les coupes du morceau, et ensuite en mesures, de sorte qu'il arrive toujours quelque chose et que chaque instant prend un certain sens auquel on peut se tenir, tandis qu' autrement... Je ne sais pas si je me suis bien....
 - Bravo, s' écria Settembrini, bravo ! lieutenant, vous définissez à merveille un aspect incontestablement moral de la musique, à savoir qu' elle prête à l' écoulement du temps, en le mesurant d'une manière particulièrement vivante, une réalité, un sens et une valeur.

                             ***


Hans décIare son amour à Clawdia

- (...) le corps, lui aussi, et l' amour du corps, sont une affaire indécente et fâcheuse, et le corps rougit et pâlit à sa surface par frayeur et honte de lui-même. Mais aussi il est une grande gloire adorable, image miraculeuse de la vie organique, sainte merveille de la forme et de la beauté, et l' amour pour lui, pour le  corps humain, c' est de même un intérêt extrêmement humanitaire et une puissance plus éducative que toute la pédagogie du monde !... Oh, enchantante beauté organique qui ne se compose ni de peinture à l' huile ni de pierre, mais de matière vivante et corruptible, pleine du secret fébrile de la vie et de la pourriture ! Regarde la symétrie merveilleuse de l' édifice humain, les épaules et les hanches et les côtes arrangées par paires, et le nombril au milieu dans la mollesse du ventre, et le sexe obscur entre les cuisses ! Regarde les omoplates se remuer sous la peau soyeuse du dos, et l' échine qui descend  vers la luxuriance double et fraîche des fesses, et les grandes branches des vases et des nerfs qui passent du tronc aux rameaux par les aisselles, et comme la structure des bras correspond à celle des jambes. Oh, les douces régions de la jointure intérieure du coude et du jarret, avec leur abondance de délicatesses organiques sous leurs coussins de chair ! Quelle fête immense de les caresser, ces endroits délicieux du corps humain ! Fête à mourir sans plainte après ! Oui, mon Dieu, laisse-moi sentir l'odeur de la peau de ta rotule, sous laquelle l'ingénieuse capsule articulaire sécrète son huile glissante !

Traduit de l' allemand par Maurice Betz. Collection Horizon libre, 1961


Notes :

<<Cette "société" européenne (Ia station de Davos hébergeant des ressortissants de tous les pays) représente en somme, à deux mille mètres au-dessus des frontières, une sorte de communauté hors du temps, à la fois primitive et future. (...) Il s'agit là surtout d'un individu.. Castorp, type d' Allemand moyen ; celui-ci, à peine retenu par la montagne et disposant désormais de loisirs ilIimités, passe bientôt de la vie fébrile et superficielle de notre époque aux préoccupations du  XVIII ème siècIe, commençant ainsi, à l'instar de Wilhelm Meister*, à se préoccuper de sa culture et de sa formation. (...) II semble, en  définitive, que la vie, mesurée et lucide jusqu'au malaise, de ce dernier, nous est proposée en exemple par l'auteur lui-même>>

*
Les Années d’apprentissage de Wilhelm Meister est un roman d'apprentissage écrit par  Goethe  en  1795/1796  : un héros chemine et doit faire son apprentissage de la vie tout en déjouant les différents obstacles qui se dressent devant lui.

- Laffont et Bompiani, Dictionnaire des oeuuvres, 1955

<<A notre époque où I'homme, scindé de son milieu ambiant par des acquisitions trop rapides et devenues dangereuses (...), paraît moins que jamais capable de redescendre en soi ou de s'élever à une vue désintéressée du monde.. le roman de Mann compte parmi les rares productions contemporaines qui persistent à nous voir "sous l'aspect de la vie et sous I'aspect de la mort, sous l'aspect du siècIe et sous l'aspect de l'éternité". >>

- Marguerite Yourcenar, Hommage de la France à Thomas Mann, 1955




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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 13:25

1875  1955

Penseur autant que romancier, humaniste et cIassique, Thomas Mann préserva la dimension universelle de son oeuvre en s'exilant de son pays pour protester contre le nazisme.

Le frère ainé de Thomas Mann, Heinrich Mann, est également un grand écrivain : sa trilogie "L'Empire" (1918-1925) est mondialement célèbre. Thomas Mann était un ami intime d'Albert Einstein.

Les années d'apprentissage


portrait-mann0001.jpg
Thomas Mann est né le 6 juin 1875 à Lübeck d'un père sénateur et d'une mère appartenant à la plus haute bourgeoisie allemande. Dès 1893, à l'âge de dix-huit ans, il fait ses débuts littéraires en participant à des revues étudiantes très en vogue à cette époque : Der Frühlingsturm (La Tempête de printemps) et Das Zwanzigste Jahrhundert (Le  Vingtième Siècle). En 1894,il se rend à Munich pour poursuivre ses études.
Il se familiarise avec les pensées de Schopenhauer et Nietzsche, découvre les théories freudiennes naissantes, puis étudie les œuvres littéraires de Goethe, Schiller, Lessing, Dostoïevski, Tcheckhov, Fontane ainsi que la musique de Richard Wagner. Tous seront pour lui des modèles et il leur consacrera plus tard de nombreux articles.Puis il fait un long voyage en Italie jusqu'en 1898. C'est dans ce pays qu'il imagine et conçoit le plan de ce qui deviendra son premier roman : "Les Buddenbrook". Mais cet ouvrage http://ecx.images-amazon.com/images/I/41AYEFCYDSL._SL500_AA240_.jpgcolossal ne sera terminé que quatre années plus tard, en 1901, date à laquelle il le publie en deux tomes chez le célèbre éditeur allemand Fischer. En 1903, le génie créatif de Mann atteint des sommets puiqu'il rédige trois textes importants : Tristan, Tonio Kröger, et Chez le Prophète.


De la gloire...

Le romancier se marie en 1905 avec Katharina Pingsheim qui lui donnera trois filles et trois garçons ( dont deux, Klaus et Golo, deviendront, après leur père, de grands écrivains allemands ). Commence alors pour lui une longue période de créativité et de célébrité. La publication de "Noces royales" en 1909,mais surtout celle de "La Mort à Venise" en  1912, livre pour lequel Mann s'est inspiré de l'existence tragique de son ami, le compositeur Gustav Mahler, font de lui un écrivain d' envergure internationale : il est bientôt fêté à Paris, http://images.google.fr/url?source=imgres&ct=img&q=http://www.decitre.fr/gi/02/9782234055902FS.gif&usg=AFQjCNF-AhopMz1fciiTAmZw5jTWs03MFwà Londres et à New-York, et considéré comme l' auteur le plus doué de sa génération. Cette popularité se trouve renforcée en 1924, lorsqu'il publie "La Montagne magique", un important roman, et reçoit le Prix Nobel de littérature, le 12 novembre 1928. Dès cette date, Mann sillone le monde, réclamé en Europe mais aussi en Amérique : il se rend régulièrement dans les grandes capitales pour donner de multiples conférences sur son oeuvre mais aussi sur son temps. Cette activité ne l'empêche pas, toutefois, de publier un nouveau récit en 1930, "Mario le Magicien".



... l'éxil

C' est pendant un séjour à Paris que Mann apprend l'incendie du Reichstag. S'étant montré hostile à la politique nationale-socialiste, il ne peut retourner dans son pays. C'est alors que commence pour lui une longue période d'exil. En 1934, il s'installe en France où il écrit "Le Jeune Joseph", puis il voyage aux États-Unis. En 1936, il publie "Joseph en Égypte", sorte d'allégorie de son propre exil, et prend la nationalité tchèque. En 1938, il quitte l'Europe pour quinze ans et devient professeur de littérature aux États-Unis, à l'université de Princeton. En 1940, il donne cinquante-cinq allocutions radiophoniques en Californie, s'adressant à ses compatriotes allemands alors en guerre. Malgré cette situation dramatique, l'élan créateur de Mann n'est en rien modifié puisqu'il publie en 1943 une suite à ses trois récits précédents consacrés au personnage biblique de Joseph, formant ainsi une véritable tétralogie romanesque, "Joseph et ses frères".

De I'exil à la mort

En 1944, Mann obtient la nationalité américaine. Après I'effondrement de l' Allemagne,l'écrivain désire poursuivre son exil, décision qu'il explique dans un opuscule, "Pourquoi je ne retourne pas en Allemagne". Dès lors, il se consacre presque entièrement à son oeuvre et rédige un ouvrage sur Dostoïevski, puis un livre intitulé "Le Docteur Faustus" qui reprend le mythe de Faust développé par Goethe. Les années 1949-50 sont un tournant dans la vie de Mann qui perd coup sur coup l'un de ses fils, son frère Victor et son frère Heinrich. En 1952, il quitte les États-Unis pour la Suisse et est fait Officier de la Légion d'honneur en France, membre de l' Académie des Arts de Berlin et docteur Honoris Causa dans de nombreuses universités européennes ; après avoir écrit un "Essai sur Tchékov" et un "Essai sur Schiller" ainsi qu'un dernier roman, "Les Confessions du chevalier d'industrie Félix Krullen" 1954,Thomas Mann fait un dernier voyage en Allemagne où il s'éteint le 12 août 1955.

Des romans-fleuves

Thomas Mann a laissé derrière lui une oeuvre immense : en un style très personnel, parfois jugé difficile, iI a voulu retracer I'histoire exceptionnelle de son pays sous la forme d'une épopée économique et sociale. "Les Buddenbrook", par exemple, raconte I'ascension et de la décadence d'une famille de riches commerçants allemands. Dans ce récit fictif, Thomas Mann annonce, avec trente ans d'avance, la crise profonde qu'aIlait traverser l' Allemagne et à la suite de laquelle le nazisme allait pouvoir devenir populaire et ferait basculer le pays dans un gouffre plus sombre encore. En ce sens, les romans de Thomas Mann sont l' oeuvre d'un visionnaire, dont la lucidité reste sans précédent dans la littérature aIlemande.

 

 

 

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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 09:53

 

1896  1972

 

 

Grandeur et détachement, mais aussi exubérance et vitalité sont les pôles d'une oeuvre diverse : celle d'un homme qui voulut vivre en épicurien et qui mourut en stoïcien.

 

Le collège, la guerre , le sport (1896-1924)

 

 

Le jeune collégien de Sainte-Croix de Neuilly qui, en 1912, est renvoyé pour "amitié particulière" avait déjà impressionné ses pairs par sa précocité intellectuelle. A travers la camaraderie masculine, il semblait chercher la réalisation d'un <<ordre>>, manière de chevalerie adolescente dont il voudra retrouver l'atmosphère pendant la Première Guerre, ainsi que les piments de l'action et du risque dont il avait découvert http://www.babelio.com/users/AVT_Henry-de-Montherlant_8891.pjpegles joies en Espagne, au cours de séances de tauromachie. C'est cette même combinaison de dépassement par l'action et de solidarité qui le mène vers les stades et qui vaudra aux lettres françaises certaines des plus belles pages sur le sujet (Les Olympiques 1924).

 

Le jeune << maître d'énergie >> a livré une partie de son expérience de jeunesse et de sa fougue dans les romans quelque peu  maladroits que sont "La Relève du matin (1920) et "Le Songe" (1922) mais où se découvrent déjà les << deux constantes >> de l'auteur à venir, selon Daniel Rops, et qui sont avec la sensualité,  << l'appétit de grandeur >> et << le sentiment  tragique de la vie >>. Témoignant d'une plus grande maîtrise, "Les Bestiaires" suivent en 1926.

 

Autre héritage de cette expérience décisive du collège : le respect que Montherlant, par ailleurs éloigné de la foi, conservera pour la religion, respect fait d'attirance esthétique et d'admiration pour les formes moralement les plus exigeantes du catholicisme : le jansénisme et l'engagement monastique.

 

Le romancier (1925 -1939)

 

1925 est une année de crise : le jeune écrivain éprouve le besoin de s'éloigner. Il voyage, cherche la << féerie >> et trouve surtout le vide.Cette crise - << la crise des voyageurs traqués >> -, Montherlant la résoudra par une morale de l' << alternance >>, combinaison de jouissance et de scepticisme, et par le détachement des vanités sociales au service de son oeuvre.  Il s'agit, écrit-il dans "Aux Fontaines du désir" (1927) << d'aimer et de vivre  toute la diversité du monde et tous ses prétendus contraires >> et d'en irriguer sa << poésie >>. De 1930 à 1932, installé en Afrique du Nord, il rédige "La Rose de Sable" (roman). Mais la France qu'il retrouve à son retour lui apparaît affaiblie ; il publie alors le premier et le plus important de ses ouvrages dits << civiques >> ; "Service inutile" (1935), plaidoyer en faveur d'une morale de la << qualité >>

Pourquoi cet engagement moral, cet éloge du << bien faire >>, dans la bouche de l'inguérissable sceptique que reste Montherlant ? Parce que, répond-il, citant Calderon* (La Vie est un songe), << le bien-faire ne se perd pas, même en rêve >>.

 

* http://www.kulturica.com/vie-songe.htm

 

Mais l'entre deux-guerres, aux yeux du grand public, est avant tout l'époque de ses succès de romancier. Roman  << objectif >>, "Les Célibataires" (1934) sont les récits savoureux, et quelque peu pathétiques, de la déchéance de deux vieux garçons, aristocrates frileux ; "Les Jeunes filles" (quatre tomes publiés entre 1936 et 1939) joignent à l'intrigue amoureuse et à la satire sociale une pointe de cynisme, voire de misogynie.

 

Le dramaturge (1939-1972)

 

En 1942, avec "La Reine Morte", créée la même année à la Comédie Française, Montherlant aborde un nouveau tournant. Le genre dramatique, apte à rendre les conflits d'âmes où grandeur et médiocrités s'affrontent, vaudra à l'auteur, surtout à partir de 1947  avec "Le Maître de Santiago", un regain de popularité, après la brève éclipse de la Libération (due à son attitude pendant l'Occupation : il avait prôné  l' <<acceptation >>, mais non la collaboration).  En 1960, Montherlant est élu à l'Académie Française ; pour le public, l'écrivain fait désormais figure de << classique >>, bien  que celui-ci considère son succès comme un << malentendu >> et se plaigne d'être incompris. Il renoue avec le roman et publie < Le Chaos et la Nuit >> (1963), histoire d'un vieil anarchiste espagnol qui retourne mourir dans l'Espagne franquiste - suivi en 1971  d' << Un Assassin est mon Maître >>. Ces deux ouvrages, marqués par la proximité de la mort, ont une tonalité plus sombre que ses productions d'avant-guerre. "Les Garçons", en 1969, en vérité l'oeuvre d'une vie, avait été un retour vers l'expérience première du collège.

 

Le 21 septembre 1972, Montherlant, diminué par plusieurs congestions cérébrales et par la cécité, met fin à ses jours en se tirant une balle de revolver dans la bouche. <<Je deviens aveugle, je me tue >> avait-il écrit laconiquement. Ce stoïcien se montra ainsi fidèle à l'exemple des maîtres antiques dont il n'avait cessé de se réclamer.

 

 

Portrait d'Henry de Montherlant -  INA

 

 

Définition de Montherlant par lui même :

Dans son testament, Montherlant aurait écrit : << Si je meurs dans ma patrie et à mon foyer, je désire que le visage de mon cadavre soit recouvert du masque de Conflans ( il s'agit de la visière en bronze d'un général romain) ; que l'on pose sur mon coeur l'Eros funèbre qu'on trouvera sur le rayon supérieur de l'armoire de ma chambre ; que l'on pose sur mon bas-ventre la tête de taureau de Guadalest ; et être enterré ainsi >>.
En réalité, conformément à ses dernières instructions, les cendres de Montherlant furent répandues autour du Temple de la Fortune Virile à Rome.
- Cité par - Pierre Spiriot, Montherlant par lui même, ed. du Seuil Paris 1969.
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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 17:08

3) LA TZIGANE


 Même époque de composition que la "Nuit Rhénane"  et même atmosphère pour cette évocation fugitive des amours, condamnées d'avance, avec Annie Playden. La strophe 2 suggère le heurt de l'amour avec la réalité. L'expression elliptique des sentiments est très remarquable dans son <<symbolisme>>.

La tzigane savait d'avance
Nos deux vies barrées par les nuits
Nous lui dîmes adieu et puis
De ce puits sortit l' Espérance

L'amour lourd comme un ours privé
Dansa debout quand nous voulûmes
Et l'oiseau bleu perdit ses plumes
Et les mendiants leurs Ave

On sait très bien que l'on se damne
Mais l'espoir d'aimer en chemin
Nous fait penser main dans la main
A ce qu'a prédit la tzigane


4/ ANNIE

Depuis 1904, Apollinaire n'avait plus rien su d' Annie expatriée en Amérique. Dès 1906, il avait publié un curieux poème, plein d'inventions hardies et de cocasserie triste : "L'Émigrant de Landor Road" où il se voyait partant rejoindre la jeune fille. Pour l'impossible rencontre d' Annie dans une Amérique imaginaire, son instinct l'a peu trompé. Quarante ans plus tard la fugitive d'autrefois vivait encore, non au Texas mais en Califomie.
Le poète qui a toujours refusé l'étiquette de simple <<fantaisiste>> l'est pourtant ici. L'émotion et le regret sont voilés de  <<blague>> :  les deux amants, ombres muettes, restent liés l'un à l'autre, mais ce n'est plus que par un baroque détail vestimentaire...

Sur la côte du Texas
Entre Mobile et Galveston il y a
Un grand jardin tout plein de roses
Il contient aussi une villa
Qui est une grande rose

Une femme se promène souvent
Dans le jardin toute seule
Et quand je passe sur la route bordée de tilleuls
Nous nous regardons

 Comme cette femme est mennonite 1
Ses rosiers et ses vêtements n'ont pas de boutons
Il en manque deux à mon veston
La dame et moi suivons presque le même ri
te

1 -  Secte puritaine dont la sévérité proscrit tout ornement



5) ZONE

C'est le poème d'ouverture du recueil, mais il parle du centre de Paris, ce qui en fait une ouverture paradoxale. (titre : zone, alors qu'il est question de la tour Eiffel,…). On peut donc penser qu'il reprend l'étymologie grecque "ceinture" : il fait à pied le tour de la ville, mais aussi le tour de ses problèmes (interrogations sur lui - même, son enfance, sa religion : réflexion sur les souffrances, sur l'amour).
  Poème faisant partie du  cycle de Marie (en référence à Marie Laurencin, peintre, rencontrée par Guillaume Apollinaire en 1907). C’est en changeant le titre du recueil   "Eau de Vie" en "Alcools" et en décidant de supprimer toute ponctuation que l’auteur rajoute en tête de l’ouvrage le poème "Zone", dernier écrit de l’ensemble : il donne ainsi à son recueil une orientation philosophique.

On est frappé par l'apparence du poème : certains vers sont détachés, d'autres regroupés en strophes ; il n'y a pas réellement de régularité. Ce sont des vers libres (pas de mètres réguliers), les lois de la versification ne sont pas respectées. Ces vers riment à peine : ils sont assonancés. Pas de ponctuation. Le poème n'est pas complètement déroutant, mais apparaît quelquefois bizarre.



A la fin tu es las de ce monde ancien

Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin

Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine

Ici même les automobiles ont l'air d'être anciennes
La religion seule est restée toute neuve la religion
Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation

Seul en Europe tu n'es pas antique ô Christianisme
L'Européen le plus moderne c'est vous Pape Pie X
Et toi que les fenêtres observent la honte te retient
D'entrer dans une église et de t'y confesser ce matin
Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut
Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux
Il y a les livraisons à 25 centimes pleines d'aventure policières
Portraits des grands hommes et mille titres divers

J'ai vu ce matin une jolie rue dont j'ai oublié le nom
Neuve et propre du soleil elle était le clairon
Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes
Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent
Le matin par trois fois la sirène y gémit
Une cloche rageuse y aboie vers midi
Les inscriptions des enseignes et des murailles
Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent
J'aime la grâce de cette rue industrielle
Située à Paris entre la rue Aumont-Thieville et l'avenue des Ternes

[...]
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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 15:40

"Alcools", dont le titre primitif était "Eau de Vie" a paru en avril 1913 au Mercure de France.

Le recueil est composé de textes pour la plupart éparpillés dans diverses Revues et qui offrent le reflet mêlé de la poésie d' Apollinaire entre 1898 et 1912. Au cours de la correction des épreuves le poète a systématiquement supprimé toute ponctuation : ce fait est considéré comme une innovation importante. Par sa généralisation, il marque, en effet, une date. Mais déjà Mallarmé  avait utilisé le procédé.

Apollinaire  lui-même avait toujours eu une ponctuation pauvre et errante. En 1913 il n'a fait que pousser à l'extrême un principe : << le rythme même et la coupe des vers voilà la véritable ponctuation>>.

Trois disques, enregistrés au Musée de la Parole en 1914, montrent qu'il modulait plutôt qu'il ne récitait ses textes. L'ordre adopté dans le recueil ne répond vraisemblablement qu'à des raisons de variété et de surprise. Un seul fait pose problème : le dernier en date des poèmes, "Zone" , a été introduit après coup et placé en tête, comme pour donner une brusque enseigne révolutionnaire à un ensemble qui ne répond pas absolument à cette annonce.

Compte tenu de cet arbitraire et sans prétention à I'exacte chronologie, une présentation fragmentaire peut donc ordonner les textes d' Apollinaire de façon à faire sentir à la fois la variété et I'évolution de sa poétique.



1)  LE PONT MIRABEAU


Voici ici le célèbre "Pont Mirabeau"  qui est son Lac, son Souvenir, sa Tristesse d'Olympio.
Rien de <<romantique> dans ce rappel d'une souffrance personnelle (le poème date de 1912, époque de la rupture progressive avec Marie Laurencin) et dans l'image de I'eau qui passe, symbole d un évanouissement nécessaire. Mais ici, pas de <<méditation >>. Un seul vers suffit à I'évocation du décor qui est celui d'Auteuil, familier au poète ; une admirable confusion s'établit entre la présence humaine et I'image matérielle d'un pont (vers 9) ; I'ample rhétorique romantique fait place à une expression rapide et discrète qui conduit naturellement à un refrain.
On remarquera I'usage habile d'une forme et d'une versification quasi régulières comme aussi l'heureux effet de la ponctuation supprimée dans ce poème de la fluidité. Seul, le second vers de chaque strophe, laissant en suspens une terminaison masculine, détermine une pause très heureuse : preuve d'un travail conscient et d'une
grande recherche rythmique, cette disposition n'a été adoptée qu'après coup ; la strophe était initialement composée de trois décasyllabes à rimes féminines.

Sous  le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s' en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
9 Le pont de nos bras passe
 Des éternels regards l'onde si lasse
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

L'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
 Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure



2) L
A CHANSON DU MAL AIME  (extrait)

La dédicace à Paul Léautaud assure que le poème, achevé en 1903, a attendu six ans sa publication parmi les manuscrits du Mercure de France. Complainte de la mauvaise chance, il trouve son émouvant contraste dans les derniers vers publiés de l'aveu du poète : La Jolie Rousse, chant d'espoir qui termine les Calligrammes.
En réaIité Apollinaire revit ici et confond les deux voyages qu'il a faits à Londres pour reconquérir Annie Playden mais en vain. Cinquante-neuf quintils composent sa  <<Chanson>> qui comporte des disparates surprenantes et même choquantes entre les deux sommets de l'ouverture et du finale. Mais l'analyse révèle un enchaînement subtil des thèmes qui traduisent les étapes diverses et les mouvements incontrôlables d'un désespoir de plu sieurs plusieurs mois dans une âme capable d'éprouver toutes les nuances et de rendre tous les accents d'une seule douleur.


Lorsqu'il fut de retour enfin
Dans sa patrie le sage Ulysse

Son vieux chien de lui se souvint
Près d'un tapis de haute lisse
Sa femme attendait qu'il revînt

L' époux royal de Sacontale1
Las de vaincre se réjouit
Quand il la retrouva plus pâle
D'attente et d'amour yeux pâlis
Caressant sa gazelle mâle

J'ai pensé à ces rois heureux
Lorsque le faux amour et celle
Dont je suis encore amoureux
Heurtant leurs ombres infidèles
Me rendirent si malheureux

Regrets sur quoi l'enfer se fonde
Qu'un ciel d'oubli s'ouvre à mes yeux
Pour son baiser les rois du monde
Seraient morts les pauvres fameux
Pour elle eussent vendu leur ombre
1 Epouse du Roi Douchmanta dans la lit
                 térature indoue




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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 13:09


1880  1918


Poète et critique d'art, mais aussi chroniqueur, essayiste et conteur, Apollinaire se situe à la croisée des principales tendances esthétiques du début du XX ème siècle.


http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/6/68/Guillaume_Apollinaire_foto.jpg/180px-Guillaume_Apollinaire_foto.jpgPour faire pièce au réalisme d' un monde suranné qui n' a pas su éviter la guerre, Apollinaire inventa en 1917 le terme de "surréalisme" pour désigner l' art de son temps, dont iI fut le défenseur et le poète plus que le théoricien.

Un apprentissage cosmopolite

Guillaume Apollinaire de Kostrowitzky est né à Rome le 26 août 1880. Fils d'une Polonaise fantasque et d'un Italien qui fut sans doute un officier de I'armée italienne, Apollinaire est lui-même français par la langue, la cuIture et le coeur. Après de bonnes études dans des collèges religieux à Monaco, puis à Cannes et à Nice, il se rend en 1899 à Paris. En 1901, iI est engagé comme précepteur en Rhénanie. Il est séduit par les endroits pittoresques qu'il découvre en Allemagne mais aussi dans les pays d'Europe centrale qu'il visite alors. II lui en restera des images et des sensations qui peupleront ses poèmes. Par ailleurs, iI s' éprend d' Annie Playden, gouvernante anglaise de son élève, mais celle-ci le repousse. La rupture définitive de toute relation entre Apollinaire et la jeune fille, en 1904, affecte profondément le poète qui exprimera son désespoir dans "La Chanson du mal aimé" :


La vie artistique parisienne

De retour à Paris, employé de banque pour vivre, Apollinaire fréquente certains milieux littéraires. Il se lie avec Jarry, Max Jacob, André Salomon. Avec ce dernier, iI fonde une revue éphémère, le Festin d' Ésope. Il rencontre aussi des peintres : Derain et Vlaminck en 1904, Picasso en 1905 dont il loue la période bleue. Sa rencontre en 1907 avec Marie Laurencin (ci dessous) insufflera une nouvelle inspiration amoureuse au poète qui écrit alors "Onirocritique" et "Le Brasier". En 1910, paraît son premier livre,  "L' Enchanteur pourrissant". Ses activités http://soleildanslatete.s.o.pic.centerblog.net/v9vmzgyx.jpgde journaliste et d'écrivain se développent peu à peu. Ne vivant désormais plus que de sa plume, iI entre à l' Intransigeant comme critique d'art, collabore à Paris- Journal, fait paraître un roman,   "L' Hérésiarque et Cie", qui obtient des voix au prix Goncourt. En 1911, iI inaugure la rubrique de La Vie anecdotique au Mercure de France, publie "Le Bestiaire, ou Cortège d'Orphée", illustré par Dufy. La même année, à la suite de vols au musée du Louvre, Apollinaire est incarcéré à la prison de la Santé sous I'inculpation de recel. Ce séjour en prison, qui s'achève par un non-lieu, le bouleversera et lui inspirera ses vers les plus poignants d' "Alcools".

Apollinaire et Marie Laurencin rompent en 1912. Le poète s'entoure de nouveaux amis : Blaise Cendrars, les Delaunay. Il a des contacts avec le groupe de la revue berlinoise Der Sturm et avec les futuristes italiens. Il fait publier en 1913 son premier grand recueil de vers, "Alcools". A la veille de la guerre, Apollinaire apparaît comme l'avocat de I'avant-garde artistique, en peinture comme en poésie.

L'épreuve du feu et le chant du cygne

En 1914, Apollinaire se fait naturaliser et s'engage volontairement dans l'artillerie puis, à sa demande, dans I'in fanterie. Blessé gravement à la tête en mars 1916, iI est affecté à Paris où iI revient à la vie littéraire. A la fin de 1916 paraît "Le Poète assassiné". Apollinaire rencontre André Breton ; de jeunes poètes se récIament de lui. Tristan Tzara lui demande de parrainer le mouvement dada naissant. En 1917, il fait représenter "Les Mamelles de Tirésias",* "drame surréaliste".Il écrit "Calligrammes", qui paraît en 1918. Il  épouse le 2 mai 1918 Jacqueline Kolb, I'''adorable rousse" de "Calligrammes", mais meurt bientôt, le 9 novembre, emporté par la grippe espagnole.


Un poète visionnaire

C' est dans le domaine de la poésie qu' Apollinaire a trouvé avec le plus d'originalité de nouvelles formes d'expression. Dans "Alcools" voisinent des poèmes de jeunesse, qui se rattachent à son séjour en Allemagne en 1901-1902 et à ses suites sentimentales, et des poèmes écrits en 1912. Tous ces poèmes sont disposés sans ordre chronologique ou thématique. La suppression de la ponctuation dans ces écrits, suggérée par Blaise Cendrars, parut en 1913 une audacieuse innovation. Elle ne tendait pour le poète qu'à mettre en évidence la fluidité et l'unité des vers.

Dans "Calligrammes", Apollinaire veut retrouver une forme de poésie brute sous forme de poèmes-conversa tions, ainsi que de poèmes "simultanés" en relation avec le "simultanéisme des peintres. Il s'y affranchit parfois http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/99/Calligramme.jpg/200px-Calligramme.jpgde la disposition typographique traditionnelle pour faire avec les mots et les lettres des jeux graphiques qui répondent au sens du poème.
Venu à la poésie alors que s'éteignait le symbolisme et que le surréalisme s'éveillait, sensible à la modernité sans rejeter la tradition, Apollinaire illustre, entre Verlaine et Breton,la mutation qui s'est opérée dans la poésie française entre 1900 et 1920.

Échanson de la modernité, Apollinaire incorpore dans le registre poétique le quotidien du début du XX ème siècle " automobiles, tramways, constructions métalliques. électricité, publicité murale... sont des sources d' inspiration poétique au même titre qu' un paysage de campagne.

Site officiel : http://www.wiu.edu/Apollinaire/index.htm

Notes :

Apollinaire rompt avec une certaine tradition poétique: <<Apollinaire parle en prophète de la poésie nouvelle, exploratrice des "profondeurs de la conscience", détentrice de "vastes et étranges domaines", riche d'une beauté de surprise, plus parfaite que celle des proportions : poésie de I'avenir, de l'ilIimité, de I'aventure qu'iI oppose à l'ordre et à la tradition.>>
 -Gaëtan Picon, "Encyclopédie de la Pléiade : Histoire des Littératures"

<<Apollinaire prend à coeur de toujours combler ce voeu d'imprévu qui signale le goût moderne. (...) Apollinaire, pilote du coeur, laissons-nous seulement gouverner.>>

-André Breton, cité dans le "Dictionnaire des auteurs", Laffon

Ses nombreuses innovations littéraires feront de lui le porte-parole d'un certain modernisme: <<Apollinaire gardait
(...) une conscience très claire des dangers que lui faisaient courir son goût de l' aventure, sa recherche systématique des "étranges domaines" : iI réclamait l'indulgence. Sa tentative pour tuer la littérature, arracher la
poésie au lyrisme et mettre en forme de vers une suite de constatations remarquables par leur prosaïsme ou leur
platitude, ressemble au jeu d'un mystificateur intelligent et habile qui se torture un peu l'imagination pour renouveler les arts et transformer les visions du monde.>> 

-Kléber Haedens, "Une histoire de la littérature française", Les Cahiers rouges, Grasset, 1970



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Published by Cathou
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Divers personnages....


DANTE


                                                                                                      Béatrice Portinari









Dante par Giotto








Première page de la Divine Comédie













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SOPHOCLE



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                                                                                                       Antigone




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Philotecte abandonné par les Grecs







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Sophocle  Bas relief en marbre









Sophocle




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Pythagore



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Le Banquet manuscrit sur papyrus.






Platon par Raphaël





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ARISTOTE





Aristote par Raphaël




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Aristote sur une fresque murale à Rome




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Alexandre à une bataille






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Alexandre combattant un lion







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Bronze - Alexandre









Buste d'Alexandre le Grand







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Alexandre et Aristote





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Enluminure "Chanson de Roland"










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Mort de Roland à Ronceveaux
















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Charlemagne et le Pape Adrien I






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Charlemagne et son fils Louis le Pieux






RUTEBOEUF

                            



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Ruteboeuf par Clément Marot

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