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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 11:54

 

La mort et l'oubli, aboutissement d'une passion qui semblait indéfectible.

 

Le titre "Albertine disparue" n'est probablement pas de Proust. Celui-ci voulait intituler son roman "La Fugitive" ; il y a renoncé pour éviter une confusion avec un livre de l'écrivain indien  Radindrana Thagore*, dont la traduction française venait de paraître (1922). Il s'agit d'une publication posthume (1925).

* http://fr.wikipedia.org/wiki/Rab%C3%AEndran%C3%A2th_Tagore

 

L'oeuvre du temps

 

Le départ d'Albertine plonge Marcel dans le désarroi et rallume soudain un amour qu'il croyait sur le point de s'éteindre. Il met en oeuvre divers stratagèmes pour la convaincre de revenir, faisant notamment intervenir son ami Saint-Loup, et envisage même de l'épouser. C'est alors qu'il apprend la mort accidentelle d'Albertine. La douleur qu'il en éprouve fait revivre les soupçons qui pesait sur son passé et il se décide à faire enquêter à son sujet. Il obtient ainsi la confirmation des moeurs lesbiennes, ce qui est, pour lui, une nouvelle source de souffrance.

 

Jalousie posthume

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41f%2B1uixMpL._SL500_AA300_.jpgChez Proust, l'amour est toujours inséparable de la jalousie et de la souffrance qui en découle.  La mort n'y met pas un terme, au contraire, elle lui redonne une nouvelle impulsion, car <<pour la jalousie il n'est ni passé ni avenir et (...) ce qu'elle imagine est toujours le Présent>>. Les trahisons d'Albertine, réelles ou supposées, lui confèrent une sorte de vie posthume, et, par là même, perpétuent les tourments du narrateur. Privé de son souffre-douleur, celui-ci se retrouve face à ses angoisses. Tout le passé réapparaît dans ses moindre détails, les souvenirs affluent dans son esprit, mêlés de remords, de regrets de n'avoir su gagner sa confiance, de n'avoir pu obtenir des aveux qui l'auraient soulagé.

Il est vraisemblable que ce masochisme psychologique reflète un sentiment de culpabilité inavoué. On a souvent fait remarquer que la passion du narrateur pour Albertine était une transposition de l'attachement de l'auteur pour Agostinelli* - également victime d'un accident mortel -, relation condamnable aux yeux de la société et injure à la mémoire de la mère disparue.

 

* http://fr.wikipedia.org/wiki/Alfred_Agostinelli

 

 

 

 


 
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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 11:10

 

Swann, un esthète mondain, s'éprend d'une demi-mondaine, Odette de Crécy. Cet amour le fait souffrir avant de brusquement s'éteindre.

 

Proust à longtemps fréquenté les milieux mondains qu'il a su étudier avec minutie ; ils lui ont permis d'acquérir, une connaissance aiguë du snobisme et de la futilité d'une société qui, en même temps, le fascinait. Puis, voyant la maladie s'emparer de lui, par crainte de ne pouvoir mener à bien l'oeuvre qu'il sentait mûrir, il se retira du monde pour écrire l'immense "cathédrale", selon son expression d'A la recherche du temps perdu.

 

Un roman d'amour à l'intérieur d' A la recherche du temps perdu

 

"Un amour de Swann" est une parenthèse dans un ensemble bien plus vaste : "A la recherche du temps perdu", dont la publication s'étend de 1913 à 1927. "Un amour de Swann" constitue l'une des trois parties du http://pmcdn.priceminister.com/photo/Proust-Marcel-Un-Amour-De-Swann-Livre-869179694_ML.jpgpremier volume de cette vaste fresque : "Du côté de chez Swann". Intégré dans cet ensemble, en ce qu'il annonce, sur le mode mineur, les grands thèmes de "La Recherche" (le snobisme, le rôle majeur joué par la mémoire tant dans l'amour que dans la création et l'émotion artistique), il en est cependant aisément dissociable. Joyau serti dans "La recherche", il est le roman de la jalousie. Représenté par la sonate de Vinteuil, l'art y joue une place essentielle.

 

Le roman de la jalousie

 

Swann n'a tout d'abord que peu d'attrait pour Odette de Crécy, cette demi-mondaine rencontrée un jour au théâtre et régulièrement retrouvée dans le salon de Mme Verdurin où la sottise se joint au snobisme. Tandis que l'on y joue la sonate, Swann sent cependant poindre en lui l'ébauche d'un sentiment amoureux. Mais il faut attendre un soir où Swann recherche en vain Odette dans tous les restaurants et les bars de la capitale   pour que se cristallise ce qui n'était encore qu'ébauche. L'angoisse de la perte a secrété l'amour et continura de le nourrir, distillant la jalousie comme un poison.

 

Swann sera l'amant d'Odette mais, à partir de ce moment, elle se détachera de lui, prendra un autre amant et deviendra inaccessible. Swann souffrira longtemps puis, tout comme il est né, son amour s'éteindra brusquement comme cesse une maladie. Cyniquement, Swann conclut :  << Dire que j'ai gâché des années de ma vie, que j'ai voulu mourir, que j'ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n'était pas mon genre ! >>. Swann est un ami des parents du narrateur, qu'il a connu, enfant. Il en a entendu parler comme d'un amateur de femmes qui aurait eu une seule grande passion. Ce récit préfigure, par la ressemblance entre la personnalité de Swann et celle du narrateur, les amours tourmentées que ce dernier décrira dans la suite de l'oeuvre.

 

Extraits :

 

Swann se fit conduire dans les derniers restaurants ; c'est la seule hypothèse du bonheur qu'il avait envisagée avec calme ; il ne cachait plus maintenant son agitation, le prix qu'il attachait à cette rencontre et il promit en cas de succès une récompense à son cocher, comme si, en lui inspirant le désir de réussir qui viendrait s'ajouter à celui qu'il en avait lui-même, il pouvait faire qu'Odette, au cas où elle fût déjà rentrée se coucher, se trouvât pourtant dans un restaurant du boulevard. Il poussa jusqu'à la Maison Dorée, entra deux fois chez Tortoni et, sans l'avoir vue davantage, venait de ressortir du Café Anglais, marchant à grands pas, l'air hagard, pour rejoindre sa voiture qui l'attendait au coin du boulevard des Italiens, quand il  heurta une personne qui venait en sens contraire : c'était Odette ; elle lui expliqua plus tard que, n'ayant pas trouvé de place chez Prévost, elle était allé souper à la Maison Dorée dans un enfoncement où il ne l'avait pas découverte, et elle regagnait sa voiture. Elle s'attendait si peu à le voir qu'elle en eut un mouvement d'effroi. Quant à lui, il avait couru Paris non parce qu'il croyait possible de la rejoindre, mais parce qu'il était trop cruel d'y renoncer.(...) Il monta avec elle dans la voiture qu'elle avait et dit à la sienne de suivre.

 

                                    ****

 

Mais, quand il fut rentré chez lui, l'idée lui vint brusquement que peut-être Odette attendait quelqu'un ce soir, qu'elle avait seulement simulé la fatigue et qu'elle ne lui avait demandé d'éteindre que pour qu'il crût qu'elle allait s'endormir, qu'aussitôt qu'il avait été parti, elle avait rallumé, et fait entrer celui qui devait passer la nuit auprès d'elle. Il regarda l'heure. Il y avait à peu près une heure et demie qu'il l'avait quittée, il ressortit, prit un fiacre et se fit arrêter tout près de chez elle (...). Parmi l'obscurité de toutes les fenêtres éteintes depuis longtemps dans la rue, il en vit une seule d'où débordait (...) la lumière qui remplissait la chambre et qui, tant d'autres soirs, (...) le réjouissait et lui annonçait : "elle est là qui attend" et qui, maintenant, le torturait en lui disant : "elle est là avec celui qu'elle attendait". Il voulait savoir qui : il se glissa le long du mur jusqu'à la fenêtre, mais entre les lames obliques des volets il ne pouvait rien voir ; il entendait seulement dans le silence de la nuit le murmure d'une conversation.

 

 

 


 


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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 11:00


A la Recherche du Temps Perdu...



On peut considérer les première oeuvres de  Proust comme autant d'étapes vers un chef-d'oeuvre unique, donc comme une véritable genèse de la "Recherche". Cette recherche hésitante d'une forme passe d'abord par l'euphorie du récit poétique et discontinu des "Plaisirs et les Jours", qui contraste avec les difficultés et l'échec de la tentative autobiographique de "Jean Santeuil", puis par la tentation de l'idéalisme esthétique représenté par Ruskin*, à laquelle succède un mouvement de libération à l'égard des modèles, sous la forme des pastiches et des essais critiques.

* http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Ruskin

La complexe architecture de la " Recherche du temps perdu"  ne s'est élaborée que peu à peu, par  accroissement et éclatements successifs des divisions prévues. <<Je donne au premier volume le titre de "Temps perdu". Si je  peux faire tenir tout le reste en un seul volume, je l'appellerai le  "Temps retrouvé" >>.
 Ce projet d'un diptyque, dont le titre aurait été "Les intermittences du coeur", évoqué dans une lettre de 1912 à l'éditeur Fasquelle, se transforme dès l'année suivante en triptyque : "Du côté de chez Swann" doit être suivi de deux autres volumes, "Le Côté de Guermantes" et  "Le Temps retrouvé", dont on a retrouvé les placards, ce qui nous donne un premier état  détaillé de la "Recherche".

De 1914 à 1922, le second livre ne cesse de se ramifier, et engendre "Sodome et Gomorrhe", dont la troisième  partie se subdivise à son tour en deux tomes, "La Prisonnière" et  "La Fugitive". Les trois derniers livres ne peuvent être considérés comme complètement achevés, et l'on peut même se demander si  "Le Temps retrouvé"  n'avait pas éclaté lui aussi en plusieurs volumes, pour que le thème affirmatif  vienne équilibrer le thème négatif.
http://ecx.images-amazon.com/images/I/51NAA1KQJFL._SL500_AA240_.jpg
Dans les sept livres de la  "Recherche du temps perdu ", il faut chercher non pas une trop visible symétrie, comme chez ces <<écrivains médiocres qui, à grand renfort de titres et de sous-titres, se donnent l'apparence d'avoir suivi un seul et transcendant dessein >>, mais cette <<unité ultérieure, non factice>> que Proust a reconnue dans la  "Comédie humaine".

Elle est due avant tout à l'omniprésence d'une conscience centrale, d'un  <<double je>>, à la fois héros et narrateur, sujet et témoin, dont les deux figures semblent se rapprocher peu à peu, pour coïncider dans les dernières pages d'un roman dont le véritable sujet est la métamorphose du protagoniste en écrivain. C'est l'histoire de cette << vocation invisible>>,  genèse d'un créateur et d'une création, qui donne au récit sa structure originale.

Plutôt que le récit d'une séquence déterminée d'événements, cette œuvre s'intéresse à la mémoire du narrateur : ses souvenirs et les liens entre eux, d'où le titre qui n'est pas "Le temps perdu mais bien "A la recherche du temps perdu".


Le roman est publié en sept volumes :

www.page2007.com/news/proust  


1 - Du côté de chez Swann (à compte d'auteur en 1913, puis dans une version modifiée en 1919)

2- À l'ombre des jeunes filles en fleurs (1919 et reçoit le prix Goncourt la même année)

3 - Le côté de Guermantes (1921-1922)

4 - Sodome et Gomorrhe I et II (1922-1923)

5 - La prisonnière (posth. 1925)

6 - Albertine disparue (posth. 1927 ; titre original : La Fugitive)

7 - Le Temps retrouvé (posth. 1927)

 

 

Le premier volume commence par une évocation de l'afflux de souvenirs qui assaillent le narrateur dans l'état de demi-sommeil, où la conscience de soi est suffisamment endormie pour ne pas mettre au pas de la raison les rêveries les plus improbables. Le narrateur reconstruit ainsi une image très parcellaire de son enfance dans le village de Combray, sur la base de ces souvenirs involontaires que des sensations similaires lui font revenir. Ce n'est que par un effort de volonté qu'il parvient finalement, en s'appuyant sur la singulière évocation que lui apporte le goût d'une petite madeleine trempée dans le thé, à extraire de parts endormies de sa mémoire une image complète des sensations et sentiments de son enfance. Cette première partie, intitulée Combray, présente tous les motifs du travail sur la mémoire qui fera la trame du roman tout entier, pour trouver son aboutissement dans Le Temps retrouvé.


"Un amour de Swann", la deuxième partie de "Du côté de chez Swann", est souvent publié séparément. Cet ouvrage raconte les péripéties sentimentales de Charles Swann avec Odette de Crécy. Comme il est assez court et indépendant du reste de l'œuvre, on le considère souvent comme une bonne introduction à la Recherche et on l'étudie à ce titre dans les établissements scolaires. Le lecteur d'âge moyen ou jeune adulte retrouve nécessairement un peu de lui-même dans ce portrait de Swann amoureux qui voit son amour attisé par les contrariétés qu'il rencontre.


Extrait :   (Du côté de chez Swann)
 

Description de la chambre de "Tante Léonie"

[…] Avant que j’entrasse souhaiter le bonjour à ma tante, on me faisait attendre un instant dans la première pièce où le soleil, d’hiver encore, était venu se mettre au chaud devant le feu, déjà allumé entre les deux briques et qui badigeonnait toute la chambre d’une odeur de suie, en faisait comme un de ces grands « devants de four » de campagne, ou de ces manteaux de cheminée de châteaux, sous lesquels on souhaite que se déclarent dehors la pluie, la neige, même quelque catastrophe diluvienne pour ajouter au confort de la réclusion la poésie de l’hivernage ; je faisais quelques pas du prie-Dieu aux fauteuils en velours frappé, toujours revêtus d’un appui-tête au crochet ; et le feu cuisant comme une pâte les appétissantes odeurs dont l’air de la chambre était tout grumeleux et qu’avait déjà fait travailler et « lever » la fraîcheur humide et ensoleillée du matin, il les feuilletait, les dorait, les godait, les boursouflait, en faisant un invisible et palpable gâteau provincial, un immense « chausson » où, à peine goûtés les arômes plus croustillants, plus fins, plus réputés, mais plus secs aussi du placard, de la commode, du papier à ramages, je revenais toujours avec une convoitise inavouée m’engluer dans l’odeur médiane1, poisseuse2, fade, indigeste et fruitée du couvre-lit à fleurs.

 


 

 

Extrait :  (A l'ombre des jeunes filles en fleurs) 2ème partie



Au début de la seconde partie d’ À l’ombre des jeunes filles en fleurs, le héros s’apprête à partir pour Balbec avec sa grand-mère et le domestique de la famille. Il s’est réjoui à la perspective de ce voyage, mais le départ est douloureux : il lui faut se séparer de sa mère…


« Puis maman cherchait à me distraire, elle me demandait ce que je commanderais pour dîner, elle admirait Françoise, lui faisait compliment d’un chapeau et d’un manteau qu’elle ne reconnaissait pas, bien qu’ils eussent jadis excité son horreur quand elle les avait vus neufs sur ma grand' tante, l’un avec l’immense oiseau qui le surmontait, l’autre chargé de dessins affreux et de jais. Mais le manteau étant hors d’usage, Françoise l’avait fait retourner et exhibait un envers de drap uni d’un beau ton. Quant à l’oiseau, il y avait longtemps que, cassé, il avait été mis au rancart. Et, de même qu’il est quelquefois troublant de rencontrer les raffinements vers lesquels les artistes les plus conscients s’efforcent, dans une chanson populaire, à la façade de quelque maison de paysan qui fait épanouir au-dessus de la porte une rose blanche ou soufrée juste à la place qu’il fallait — de même le nœud de velours, la coque de ruban qui eussent ravi dans un portrait de Chardin ou de Whistler, Françoise les avait placés avec un goût infaillible et naïf sur le chapeau devenu charmant.


Pour remonter à un temps plus ancien, la modestie et l’honnêteté qui donnaient souvent de la noblesse souvent au visage de notre vieille servante ayant gagné les vêtements que, en femme réservée mais sans bassesse, qui sait « tenir son rang et garder sa place », elle avait revêtus pour le voyage afin d’être digne d’être vue avec nous sans avoir l’air de chercher à se faire voir, — Françoise dans le drap cerise mais passé de son manteau et les poils sans rudesse de son collet de fourrure, faisait penser à quelqu’une de ces images d’Anne de Bretagne peintes dans des livres d’Heures par un vieux maître, et dans lesquelles tout est si bien en place, le sentiment de l’ensemble s’est si également répandu dans toutes les parties que la riche et désuète singularité du costume exprime la même gravité pieuse que les yeux, les lèvres et les mains.


On n’aurait pu parler de pensée à propos de Françoise. Elle ne savait rien, dans ce sens total où ne rien savoir équivaut à ne rien comprendre, sauf les rares vérités que le cœur est capable d’atteindre directement. Le monde immense des idées n’existait pas pour elle. Mais devant la clarté de son regard, devant les lignes délicates de ce nez, de ces lèvres, devant tous ces témoignages absents de tant d’êtres cultivés chez qui ils eussent signifié la distinction suprême, le noble détachement d’un esprit d’élite, on était troublé comme devant le regard intelligent et bon d’un chien à qui on sait pourtant que sont étrangères toutes les conceptions des hommes, et on pouvait se demander s’il n’y a pas parmi ces autres humbles frères, les paysans, des êtres qui sont comme les hommes supérieurs du monde des simples d’esprit, ou plutôt qui, condamnés par une injuste destinée à vivre parmi les simples d’esprit, privés de lumière, mais qui pourtant plus naturellement, plus essentiellement apparentés aux natures d’élite que ne le sont la plupart des gens instruits, sont comme des membres dispersés, égarés, privés de raison, de la famille sainte, des parents, restés en enfance, des plus hautes intelligences, et auxquels — comme il apparaît dans la lueur impossible à méconnaître de leurs yeux où pourtant elle ne s’applique à rien — il n’a manqué, pour avoir du talent, que du savoir. »


Extrait :  (Du côté de Guermentes)


Quand quelques jours après le départ de Saint Loup....

Dans les fêtes qu’elle donnait, comme je n’imaginais pour les invités aucun corps, aucune moustache, aucune bottine, aucune phrase prononcée qui fût banale, ou même originale d’une manière humaine et rationnelle, ce tourbillon de noms introduisant moins de matière que n’eût fait un repas de fantômes ou un bal de spectres autour de cette statuette en porcelaine de Saxe qu’était Mme de Guermantes, gardait une transparence de vitrine à son hôtel de verre. Puis quand Saint–Loup m’eut raconté des anecdotes relatives au chapelain, aux jardiniers de sa cousine, l’hôtel de Guermantes était devenu—comme avait pu être autrefois quelque Louvre—une sorte de château entouré, au milieu de Paris même, de ses terres, possédé héréditairement, en vertu d’un droit antique bizarrement survivant, et sur lesquelles elle exerçait encore des privilèges féodaux. Mais cette dernière demeure s’était elle-même évanouie quand nous étions venus habiter tout près de Mme de Villeparisis un des appartements voisins de celui de Mme de Guermantes dans une aile de son hôtel. C’était une de ces vieilles demeures comme il en existe peut-être encore et dans lesquelles la cour d’honneur—soit alluvions apportées par le flot montant de la démocratie, soit legs de temps plus anciens où les divers métiers étaient groupés autour du seigneur—avait souvent sur ses côtés des arrière-boutiques, des ateliers, voire quelque échoppe de cordonnier ou de tailleur, comme celles qu’on voit accotées aux flancs des cathédrales que l’esthétique des ingénieurs n’a pas dégagées, un concierge savetier, qui élevait des poules et cultivait des fleurs—et au fond, dans le logis «faisant hôtel», une «comtesse» qui, quand elle sortait dans sa vieille calèche à deux chevaux, montrant sur son chapeau quelques capucines semblant échappées du jardinet de la loge (ayant à côté du cocher un valet de pied qui descendait corner des cartes à chaque hôtel aristocratique du quartier), envoyait indistinctement des sourires et de petits bonjours de la main aux enfants du portier et aux locataires bourgeois de l’immeuble qui passaient à ce moment-là et qu’elle confondait dans sa dédaigneuse affabilité et sa morgue égalitaire.


Extraits :  (Sodome et Gomorrhe)

" Un grand éditeur de Paris venu en visite, et qui avait pensé qu’on le retiendrait, s’en alla brutalement, avec rapidité, comprenant qu’il n’était pas assez élégant pour le petit clan. C’était un homme grand et fort, très brun, studieux, avec quelque chose de tranchant. Il avait l’air d’un couteau à papier en ébène.

Mme Verdurin qui, pour nous recevoir dans son immense salon, où des trophées de graminées, de coquelicots, de fleurs des champs, cueillis le jour même, alternaient avec le même motif peint en camaïeu, deux siècles auparavant, par un artiste d’un goût exquis, s’était levée un instant d’une partie qu’elle faisait avec un vieil ami, nous demanda la permission de la finir en deux minutes et tout en causant avec nous. D’ailleurs, ce que je lui dis de mes impressions ne lui fut qu’à demi agréable. D’abord j’étais scandalisé de voir qu’elle et son mari rentraient tous les jours longtemps avant l’heure de ces couchers de soleil qui passaient pour si beaux, vus de cette falaise, plus encore de la terrasse de la Raspelière, et pour lesquels j’aurais fait des lieues.
«Oui, c’est incomparable, dit légèrement  Mme Verdurin en jetant un coup d’oeil sur les immenses croisées qui faisaient porte vitrée. Nous avons beau voir cela tout le temps, nous ne nous en lassons pas», et elle ramena ses regards vers ses cartes.

Or, mon enthousiasme même me rendait exigeant. Je me plaignais de ne pas voir du salon les rochers de Darnetal qu’Elstir m’avait dit adorables à ce moment où ils réfractaient tant de couleurs.

«Ah ! vous ne pouvez pas les voir d’ici, il faudrait aller au bout du parc, à la «Vue de la baie». Du banc qui est là-bas vous embrassez tout le panorama. Mais vous ne pouvez pas y aller tout seul, vous vous perdriez. Je vais vous y conduire, si vous voulez, ajouta-t-elle mollement.
— Mais non, voyons, tu n’as pas assez des douleurs que tu as prises l’autre jour, tu veux en prendre de nouvelles. Il reviendra, il verra la vue de la baie une autre fois.»

Je n’insistai pas, et je compris qu’il suffisait aux Verdurin de savoir que ce soleil couchant était, jusque dans leur salon ou dans leur salle à manger, comme une magnifique peinture, comme un précieux émail japonais, justifiant le prix élevé auquel ils louaient la Raspelière toute meublée, mais vers lequel ils levaient rarement les yeux; leur grande affaire ici était de vivre agréablement, de se promener, de bien manger, de causer, de recevoir d’agréables amis à qui ils faisaient  faire d’amusantes parties de billard, de bons repas, de joyeux goûters.

Je vis cependant plus tard avec quelle intelligence ils avaient appris à connaître ce pays, faisant faire à leurs hôtes des promenades aussi «inédites» que la musique qu’ils leur faisaient écouter. Le rôle que les fleurs de la Raspelière, les chemins le long de la mer, les vieilles maisons, les églises inconnues, jouaient dans la vie de M. Verdurin était si grand, que ceux qui ne le voyaient qu’à Paris et qui, eux, remplaçaient la vie au bord de la mer et à la campagne par des luxes citadins, pouvaient à peine comprendre l’idée que lui-même se faisait de sa propre vie, et l’importance que ses joies lui donnaient à ses propres yeux. Cette importance était encore accrue du fait que les Verdurin étaient persuadés que la Raspelière, qu’ils comptaient acheter, était une propriété unique au monde. Cette supériorité que leur amour-propre leur faisait attribuer à la Raspelière justifia à leurs yeux mon enthousiasme qui, sans cela, les eût agacés un peu, à cause des déceptions qu’il comportait (comme celles que l’audition de la Berma m’avait jadis causées) et dont je leur faisais l’aveu sincère."



Extrait : (La prisonnière)

Albertine est la compagne du narrateur qui, par jalousie, la surveille constamment.

D'Albertine, en revanche, je n'avais plus rien à apprendre. Chaque jour, elle me semblait moins jolie. Seul le désir qu'elle excitait chez les autres, quand l'apprenant, je recommençais à souffrir et voulais la leur disputer, la hissait à mes yeux sur un haut pavois. Elle était capable de me causer de la souffrance, nullement de la joie. Par la souffrance seule, subsistait mon ennuyeux attachement. Dès qu'elle disparaissait, et avec elle le besoin de l'apaiser, requérant toute mon attention comme une distraction atroce, je sentais le néant qu'elle était pour moi, que je devais être pour elle. J'étais malheureux que cet état durât et, par moments, je souhaitais d'apprendre quelque chose d'épouvantable qu'elle aurait fait, et qui eût été capable, jusqu'à ce que je fusse guéri, de nous brouiller, ce qui nous permettrait de nous réconcilier, de refaire différente et plus souple la chaîne qui nous liait. En attendant, je chargeais mille circonstances, mille plaisirs, de lui procurer auprès de mol l'illusion de ce bonheur que je ne me sentais pas capable de lui donner. J'aurais voulu, dès ma guérison, partir pour Venise ; mais comment le faire, si j'épousais Albertine, moi, si jaloux d'elle que, même à Paris, dès que je me décidais à bouger c'était pour sortir avec elle ? Même quand je restais à la maison tout l'après-midi, ma pensée la suivait dans sa promenade, décrivait un horizon lointain, bleuâtre, engendrait autour du centre que j'étais une zone mobile d'incertitude et de vague.  - sur un haut pavois : au premier rang, sur un piédestal.


Extrait : (Albertine disparue)

Quand autrefois à Balbec Albertine m'attendait sous les arcades d’Incarville et sautait dans ma voiture, non seulement elle n’avait pas encore « épaissi », mais à la suite d’excès d’exercice elle avait trop fondu ; maigre, enlaidie par un vilain chapeau qui ne laissait dépasser qu’un petit bout de vilain nez et voir de côté que des joues blanches comme des vers blancs, je retrouvais bien peu d’elle, assez cependant pour qu’au saut qu’elle faisait dans ma voiture je susse que c’était elle, qu’elle avait été exacte au rendez-vous et n’était pas allée ailleurs ; et cela suffit ; ce qu’on aime est trop dans le passé, consiste trop dans le temps perdu ensemble pour qu’on ait besoin de toute la femme ; on veut seulement être sûr que c'est elle, ne pas se tromper sur l’identité, autrement importante que la beauté pour ceux qui aiment ; les joues peuvent se creuser, le corps s’amaigrir, même pour ceux qui ont été d’abord le plus orgueilleux, aux yeux des autres, de leur domination sur une beauté, ce petit bout de museau, ce signe où se résume la personnalité permanente d’une femme, cet extrait algébrique, cette constante, cela suffit pour qu’un homme attendu dans le plus grand monde, et qui l’aimerait, ne puisse disposer d'une seule de ses soirées parce qu'il passe son temps à peigner et à dépeigner, jusqu’à l’heure de s’endormir, la femme qu’il aime, ou simplement à rester auprès d’elle, pour être avec elle, ou pour qu’elle soit avec lui, ou seulement pour qu’elle ne soit pas avec d’autres.

Extrait : (Le Temps retrouvé)

Dans "Le temps retrouvé", dernier volet de  "La recherche du temps perdu", Proust, dans un subtil va-et-vient, évoque les lieux et les personnages que le narrateur a connus, et sur lesquels le temps a fait son oeuvre.

Au premier moment je ne compris pas pourquoi j’hésitais à reconnaître le maître de maison, les invités et pourquoi chacun semblait s’être « fait une tête », généralement poudré et qui les changeait complètement. Le Prince avait encore en recevant cet air bonhomme d’un roi de féerie que je lui avait trouvé la première fois mais cette fois, semblant s’être soumis lui-même à l’étiquette qu’il avait imposée à ses invités, il s’était affublé d’une barbe blanche, et traînant à ses pieds qu’elles alourdissaient comme des semelles de plomb semblait avoir assumé de figurer un des « Ages de la vie ». Ses moustaches étaient blanches aussi, comme s’il restait après elles le gel de la forêt du Petit Poucet. Elles semblaient incommoder la bouche raidie et l’effet une fois produit, il aurait dû les enlever. A vrai dire je ne le reconnus qu’à l’aide d’un raisonnement et en concluant de la simple ressemblance de certains traits à une identité de la personne. (…). Alors moi qui depuis mon enfance, vivais au jour le jour et avais d’ailleurs de moi-même et des autres une impression définitive, je m’aperçus pour la première fois d’après les métamorphoses qui s’étaient produites dans ces gens du temps qui avait passé pour eux, ce qui me bouleversa par la révélation qu’il avait passé aussi pour moi. Et indifférente en elle-même leur vieillesse me désolait en m’avertissant des approches de la mienne ».


Les enregistrements audio en ligne - COLLEGE DE FRANCE

http://www.page2007.com/news/morales-de-proust-antoine-compagnon-seminaire-les-enregistrements-audio-en-ligne-college-de-france

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 10:58


1871    1922

La fascination que l'oeuvre de Proust exerce aujourd'hui sur les lecteurs, sur les universitaires, sur les critiques (comme en témoigne l'énorme bibliographie) et sur les écrivains eux-mêmes, peut apparaître comme un paradoxe.

"La Recherche du temps perdu" se présente par bien des côtés comme l'aboutissement d'une lignée traditionnelle du roman psychologique et analytique français, celle de la "Princesse de Clèves", d' "Adolphe", du "Rouge et le Noir", plutôt que comme l'annonce d'un roman nouveau. Jean-Paul Sartre a dénoncé, dans cette littérature de l'intériorité, le triomphe du subjectivisme et de l'idéalisme bourgeois. Flaubert, par exemple, tente de faire surgir l'irréductible réalité du monde, et en particulier de l'objet ; Proust la réduit à une simple représentation du "moi". Kafka confronte sans commentaires son lecteur avec l'irrationnel ; Proust  explique, développe, analyse, donc rassure.
La vie de Proust, anodine, casanière, est, d'un bout à l'autre, vouée à l'écriture; Proust, comme Flaubert ou Kafka, a vécu la littérature comme un absolu. Les quelques péripéties de son existence, ses rares voyages, et même les événements historiques qu'il a vécus, l'affaire Dreyfus ou la guerre de 1914, n'ont été que les matériaux de ce travail solitaire et acharné qui échappe à toute description biographique.

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http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/7e/Marcel_Proust_1900.jpg/200px-Marcel_Proust_1900.jpghttp://www.geneall.net/img/pessoas/pes_346367.jpgMarcel Proust est né à Paris, le 10 juillet 1871. Son père, le professeur Adrien Proust (ci contre)  est médecin  : la "tribu" des médecins, ses pratiques et son langage, font l'objet dans "la Recherche" d'une satire quasi moliéresque.  L'univers paternel a dû apparaître au jeune Marcel comme un monde radicalement étranger, contrairement à celui de sa mère, Jeanne Proust (en bas à droite), et de sa grand-mère maternelle, cultivées et sensibles, qui, transposées dans la "Recherche", symbolisent toutes deux la puissance de I'amour vrai, de I'amour sans jalousie. Elles inspirent aussi en partie les considérations de Proust sur une autre tribu importante du roman, celle des Juifs.

http://www.geneall.net/img/pessoas/pes_346368.jpgEn 1873, naît Robert Proust : ce frère cadet est absent du roman, peut-être par I'effet d'une inconsciente http://www.geneall.net/img/pessoas/pes_343753.jpgjalousie, peut-être pour des raisons esthétiques. Il rejoindra plus tard le (côté du père), non seulement en devenant médecin à son tour, mais surtout en incarnant aux yeux de Marcel la <<normalité>> du monde adulte. L'enfance de Proust a sans doute été moins marquée par l'appartement familial du boulevard Malesherbes (quartier dont I'écrivain ne s'éloignera jamais beaucoup), que par le jardin des Champs-Elysée, cadre presque quotidien de ses jeux enfantins. Ce sont aussi deux jardins, celui de son oncle Louis Weil à Auteuil, et surtout celui de sa tante paternelle  Elisabeth Amiot à Illiers, petit village proche de Chartres où il passait ses vacances, qui composent le Combray de la "Recherche", tandis que les villages voisins de Méréglise et Saint-Eman, transformés en Méséglise et Guermantes, les deux <<côtés>>, donnent au roman à la fois une géographie d une structure.

En 1881, Proust passe ses premières vacances à Cabourg, où il reviendra souvent.

En 1882, il entre au Iycée Condorcet, où jusqu'en 1889, il poursuit des études assez brillantes. Il y subit notamment l'influence de deux professeurs, Maxime Gaucher, qui lui donne confiance en lui, en faisant I'éloge hyperbolique de ses dissertations françaises les plus Iyriques, et Darlu, professeur de philosophie (que I'on retrouve dans le Beulier de "Jean Santeuil" et, en partie, dans le Bergotte de la "Recherche"), qui, exigeant et ironique, lui donne au contraire le sentiment de la difficulté d'écrire. Avec ses camarades Jacques Bizet, Robert de Flers, Daniel Halévy, il crée une éphémère revue d'inspiration symboliste, la Revue lilas.

En 1889, Proust, qui a devancé I'appel, part en garnison à Orléans. Au moment de sa libération, il demande une prolongation de quelques mois, de même que plus tard, incapable de quitter les hôtels auxquels il s'est habitué, il tentera souvent d'y rester après leur fermeture.
La caserne a sans doute été le dernier des refuges qui le protégeaient de la réalité et de la nécessité d'affronter I'âge adulte.

En 1890 meurt Nathé Weil, son grand-père du côté de sa mère.

La <<vocation invisible>>  (1890-1906)

Sur les instances de son père, Proust s'inscrit en 1890 à la Faculté de droit et à l'École des sciences politiques, dont il décrit ironiquement les professeurs et les cours dans "Jean Santeuil" en 1893, il prépare une licence de lettres et le concours des Affaires étrangères, puis, à partir de 1895, ayant été reçu au concours d'attaché de la Bibliothèque Mazarine, il demande, chaque hiver, jusqu' en 1900, sa mise en congé.

Ces tentatives, qui n'auront pas de suite, lui laissent tout le temps de se consacrer à la quête des salons aristocratiques. Chez Madame de Caillavet, il rencontre Anatole France, un autre modèle de Bergotte, et chez Madame Straus, Charles Haas, l'une des  <clefs>> du personnage de Swann. Il est introduit chez la princesse Mathilde, et chez I'aquarelliste Madeleine Lemaire, dont le château de Réveillon est souvent évoqué dans Jean http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/10/Montesquiou%2C_Robert_de_-_Boldini.jpg/200px-Montesquiou%2C_Robert_de_-_Boldini.jpgSanteuil.
Il se lie avec le compositeur néo-classique Reynaldo Hahn, qui ne partage pas ses goûts wagnériens et debussystes, mais lui fait découvrir Saint-Saëns, dont le personnage de Vinteuil est en partie inspiré, et avec le comte de Montesquiou, esthète fantasque, homosexuel orgueilleux et susceptible : il est l'un des modèles de Charlus, tandis que sa tante, la comtesse Greffulhe, a prêté certains de ses traits à la duchesse de Guermantes.

L'influence de son homosexualité sur son oeuvre est pour sa part importante puisque Marcel Proust fut l'un des premiers romanciers européens à traiter ouvertement de ce sujet dans ses écrits.

Dès 1892, il a commencé à publier des chroniques et des études dans le Banquet et la Revue Blanche, des articles dans le Gaulois. Mais Les "Plaisirs et les Jours", parus en 1896 avec une préface d'Anatole France et des illustrations de Madeleine Lemaire n'ont dû montrer aux amis de l'écrivain qu'un reflet assez fidèle du jeune snob brillant et cultivé qu'ils connaissaient. Quant au premier roman de Proust , "Jean Santeuil",  composé de 1895 à 1899, qui révèle une tout autre ambition, il reste, inachevé, dans les tiroirs de son auteur.

En 1898, l'Affaire Dreyfus entre dans sa phase aiguë : Proust suit de près les événements, et assiste même à quelques séances du procès Zola, assez fidèlement relatées dans Jean Santeuil. Dreyfusard, donc rangé dans le <<parti intellectuel>>, il prend certaines distances à l'égard de la société mondaine.

De 1899 à 1902, ce sédentaire est saisi par une fièvre de voyages, à Amiens, à Rouen, en Ile-de-France, a Venise, qui ont tous le même inspirateur : Ruskin, historien anglais de l'art médiéval, et en particulier du gothique français, dont Proust traduit, avec l'aide d'une amie-anglaise, Marie Nordlinger, La Bible d'Amiens et Sésame et les Lys. Il  découvre ainsi l'architecture gothique, mais aussi la peinture italienne (Botticelli, est surtout Giotto) et la peinture anglaise : la leçon d'impressionnisme donnée par Turner <<peindre non ce que je sais, mais ce que je vois>> inspirera le personnage d'Elstir, mais infIuencera aussi l'écriture proustienne. Il semble pourtant que le dernier et le plus désiré de ces <<voyages esthétiques>>, à Venise et à Padoue, ait été, malgré la présence maternelle, une déception.


Décevantes aussi, la plupart des amitiés aristocratiques et bourgeoises, sans doute compliquées est faussées par l'homosexualité : la <<société secrète>>  formée avec Lucien Daudet, Bertrand de Fénelon et les frères Bibesco est un échec, et l'homosexualité de Proust prendra désormais d'autres formes : jusqu'à la fin de sa vie, il se vouera presque exclusivement aux amours ancillaires (qui se rapporte aux liaisons amoureuses avec des servantes).

On retrouve dans la "Recherche"  la double critique du voyage et de l'amitié, condamnés au nom d'une même exigence de solitude et de création, qui sans doute s'impose alors à Proust de plus en plus nettement. http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/57/MS_A_la_recherche_du_temps_perdu.jpg/180px-MS_A_la_recherche_du_temps_perdu.jpgCependant, les rapports de Marcel avec ses parents deviennent critiques : à 31 ans, il vit encore dans sa chambre d'enfant, et ses habitudes dépensières multiplient les occasions de tension avec sa famille inquiète.
Le mariage de Robert, en 1903, contribue à lui faire prendre conscience de sa <<différence>>. Aussi la mort d'Adrien Proust en 1903 et celle de Jeanne Proust en 1905, le libèrent-elles de certaines contraintes et de certains scrupules, qui le retenaient notamment d'écrire sur l'homosexualité. Déçu par le monde, par le voyage, par l'amitié, il n'a plus de recours qu'en lui-même, et l'histoire de sa vie se confond dès lors étroitement avec celle de son oeuvre.


En 1906, Proust s'installe dans la chambre du boulevard Haussmann, qu'il fait tapisser de liège pour se protéger du bruit, et dans laquelle il multiplie les fumigations pour lutter contre des crises d'asthme de plus en plus fréquentes. Il a pris l'habitude de travailler la nuit, et de dormir de 8 heures du matin à 3 ou 4 heures de l'après- midi.
Cette vie de reclus est seulement rythmée par quelques dates de publication : en 1906, paraît la traduction de "Sésame et les lys", accompagnée d'une longue préface et d'un important appareil de notes, et en 1908-1909 http://cot.priceminister.com/photo/856841351_L.jpgsont publiés quelques pastiches d'écrivains du XIX ème siècle sur le thème d'une banale affaire d'escroquerie, l'affaire Lemoine.
Enfin, en 1908-1909, une étude sur la méthode critique de Sainte-Beuve, qui reste inédite, s'élargit progressivement, et débouche sur les premières ébauches de la "Recherche du temps perdu".

En 1912, Proust prend à son service comme secrétaire Alfred Agostinelli, qui lui a servi de chauffeur à Cabourg dès 1907, et auquel il s'est vivement attaché.

A la recherche d'un éditeur pour "Du côté de chez Swann", Proust se heurte aux refus de la N.R.F. (par la faute de Gide, qui n'a sans doute pas lu le manuscrit), du Mercure de France. Nul ne voit l'intérêt de ce qui apparaît alors comme un recueil désordonné de souvenirs. Grasset accepte finalement de publier le manuscrit à compte d'auteur, et "Du côté de chez Swann"  paraît le 8 novembre 1913.

En 1914, Agostinelli meurt d'un accident d'avion : on a voulu voir là le modèle de la mort d'Albertine telle qu'elle est racontée dans "La Fugitive". Quoi qu'il en soit, les événements extérieurs continuent à s'inscrire
dans l'oeuvre en cours, et à le modifier sans cesse : la guerre de 1914 tient une place importante dans "Le temps  retrouvé".

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51iwHxASshL._SS500_.jpgLa publication du roman est interrompue; en 1918, "A l'ombre des jeunes filles en fleurs"  paraît chez Gallimard, et obtient, l'année suivante, le prix Goncourt. Proust, installé rue Hamelin, publie en 1919 "Pastiches et mélanges", en 1920 "Le Côté de Guermantes I" , en 1921 "Le Côté de Guermantes II" et "Sodome et Gomorrhe I".

En
1922 paraît "Sodome et Gomorrhe II . Proust meurt le 18 novembre.

"La Prisonnière" paraît en 1923, "La Fugitive" en 1925, "Le Temps retrouvé" en 1927. En 1952, "Jean Santeui" est retrouvé, suivi, en 1954, du "Contre Sainte-Beuve".



  Au moment où Proust commence à écrire, le roman est un genre en pleine crise : les années 90 marquent
en effet dans la littérature française la fin de l'ère de la <<bonne conscience>> du roman romantique et naturaliste , et le  début, sous l'influence du symbolisme, d'un véritable procès du genre romanesque : critique de la naïveté de << l' illusion réaliste>>, mépris des trivialités de l'intrigue, de la grossièreté et du schématisme de la psychologie, de l'écriture relâchée et approximative.

Cette réaction, idéaliste ou esthétisante, intellectualiste ou spiritualiste, fait apparaître de nouvelle formes
de récit : roman critique, qui s'interroge sur sa propre légitimité, ou même raconte l'impossibilité de raconter, comme le  "Paludes" de Gide, roman à thèse ou spiritualiste, à la manière de Bourget ou Barrès, roman poétique ou d' <<impressions>>, sur le modèle des récits de Jammes et plus tard d'Alain-Fournier, influencent les différentes étapes de la recherche romanesque de Proust. On en retrouve la trace jusque dans la  "Recherche", puisque ce roman est l'histoire d'un roman, qu'il se présente comme une recherche quasi dogmatique de la vérité, et que l'écriture romanesque s'y mue en écriture poétique.

 

****

 

Réalisé en 1962, ce passionnant documentaire nous permet de voir et entendre quelques grands contemporains de Proust qui l'ont suffisamment connu pour avoir tous quelque chose d'intéressant à nous en dire. Pour certains d'entre-eux, et bien qu'ils l'ignorent, la mort est imminente : Cocteau meurt en 1963, quelques heures après avoir appris le décès de son amie Edith Piaf, Daniel Halévy meurt en 1962, quelques semaines après le tournage de ce documentaire, le marquis de Lauris et le duc de Gramont meurent en 1963 ; il était donc grand temps de recueillir leurs témoignages...

   

 

 

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 10:00


1873   1914

Poète, dramaturge, penseur, Péguy est le combattant catholique des plus grandes causes.

Tous les essais publiés par Péguy dans les "Cahiers de la Quinzaine" débuteront par ces mots : "De la situation faite.." à l' imitation des titres latins. Outre des attaques contre la Sorbonne, Péguy y développe des méthodes de pensée modernes et ses thèmes privilégiés : la mémoire. la haine du formalisme intellectuel,  la tradition nationale, l' union du spirituel et du temporel. A la fois démonstratifs et lyriques, ces thèmes illustrent bien les pensées et les méditations de l' écrivain.

Un jeune socialiste

Charles-Pierre Péguy est né le 7 Janvier 1873 à Orléans. Son père, menuisier, mourut la même année des suites de la guerre de 1870 et laissa à sa mère, rempailleuse de chaises, le soin d'élever ce fils unique. Élève brillant, http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/8a/Charles_peguy.jpg/220px-Charles_peguy.jpgPéguy, grâce à une bourse, put entrer au Iycée d'Orléans. En hypokhâgne par la suite au Iycée Louis-Ie-Grand. il se lie d'amitié avec Joseph Lotte, les frères Tharaud et Marcel Baudouin dont il épousera la soeur plus tard. C'est avec ce dernier qu'il rêve de la "cité harmonieuse" d'inspiration anarchiste et proudhonienne. Dès cette époque, où il entre à l'École normale supérieure, il est officiellement socialiste, fonde le Groupe d'études sociales d'Orléans et écrit sa première oeuvre, drame en trois pièces, Jeanne d'Arc (1897). A travers l'histoire de la sainte,  Péguy exprime ses propres angoisses et développe une critique acerbe des classes possédantes. En 1898, il ouvre, à I'aide de fonds collectés depuis plusieurs mois, la Librairie socialiste, bientôt gérée par la Société nouvelle d'éditions avec Jean Jaurès, Lucien Herr et Léon Blum. Mais très vite il dénonce leur dogmatisme marxiste, leur intolérance anticléricale et leur appétit de pouvoir.

Les "Cahiers de la Quinzaine"

Excommunié par les socialistes, suspect aux catholiques, Péguy fonde en 1900 les "Cahiers de la Quinzaine". Fruit d'un travail acharné, dans des conditions financières précaires, ils http://cot.priceminister.com/photo/849485751_L.jpgparaîtront jusqu'à la mort de l'écrivain. Après avoir publié,  outre les oeuvres majeures de leur fondateurs, des textes de R. Rolland,  A. Suarès, H. Bergson, J. Jaurès les "Cahiers de la Quinzaine", fondés pour être "un journal vrai", respectueux des libertés individuelles, imprégné de spiritualité, traitaient aussi de sujets divers : des problèmes sociaux (travail des  enfants, grève des mineurs, universités populaires) et d'actualité politique (répression coloniale, oppression des minorités).

La découverte de la foi

En 1905, Notre patrie marque une distance prise vis-à-vis de l'idéologie socialiste et une redécouverte des valeurs nationales. Mais c'est surtout l'époque d'une lente maturati
on vers la foi que Péguy a toujours refusé d'appeler "conversion". Ce moment est donc impossible à dater. C'est l'époque où cet ancien anarchiste parcourt les rues de Paris en récitant des "Je vous salue Marie", et rentre chez lui se nourrir des écrits de Blaise Pascal. Il écrit alors le "Mystère de la charité de Jeanne d'Arc" (1911), où le mystère est à prendre au sens du Moyen Age, c'est-à-dire d'une représentation sous forme de fresque biographique des hauts faits d'un saint. C'est sa période la plus féconde : après "Clio," iI publie "Victor-Marie, comte Hugo", qui est autant une oeuvre de critique littéraire que l'occasion pour Péguy de célébrer l'amitié et de faire l'apologie de son passé dreyfusard...Il pense trouver dans l'Évangile les fondements d'une cité future faite de justice et de vérité. Son art s'épanouit dans le mysticisme du verset à travers les mystères, Le Porche du mystère de la deuxième vertu (1911) et Le Mystère des saints Innocents (1912), et les Tapisseries, La Tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d'Arc, écrites à la suite de son premier pèlerinage à Chartres. Il rédige "L'Argent" et "Eve" *, mais le 2 août 1914, c' est la  mobilisation générale. Péguy, lieutenant, participe à la campagne de Lorraine et, le 5 septembre, il  est tué à ViIleroy en Brie.

* Extrait.... EVE
                            Jésus parle..

Ce qui depuis ce jour est devenu la mort
N’était qu’un naturel et tranquille départ.
Le bonheur écrasait l’homme de toute part.
Le jour de s’en aller était comme un beau port.

Les bonheurs qui tombaient faisaient un déversoir,
Le silence de l’âme était comme un étang,
Le soleil qui montait faisait un ostensoir
Et se répercutait dans un ciel éclatant.

Les vapeurs qui montaient faisaient un encensoir.
Et les cèdres faisaient de hautes barricades.
Et les jours de bonheur étaient des colonnades.
Et tout se reposait dans le calme du soir.

Et la terre n’était qu’un vaste reposoir.
Et les fruits toujours prêts sur les rameaux de l’arbre,
Et les jours toujours prêts sur les tombeaux de marbre
Ne faisaient qu’un immense et temporel dressoir.



 La communion des saints

Péguy resta toujours hors de l' église institutionnelle, iI refusa, malgré les instances de Jacques Maritain*, de recevoir les sacrements. Sa vie religieuse est nourrie de prières  personnelles et de pèlerinages (deux pèlerinages à Chartres en 1912 et 1913). Il s'est toujours montré hostile au cIergé catholique qui, du reste, le considère avec méfiance. C'est dans la communion des saints que s'enracine toute sa foi. C'est elle qui guide ses pas vers Chartres pour guérir son fils malade : iI faut savoir se remettre entre les mains de la Vierge. L'opposition entre le charnel et le spirituel est, d'après lui, à I'origine de toutes les erreurs : elle conduit soit au matérialisme, soit à un intellectualisme éthéré. Alors que leur union, "I'éternel constamment couché sur le lit de camp du temporel", mystère central de son oeuvre, signe de I'incarnation du Christ, porte à aimer les autres, et particulièrement Marie, en qui Dieu s'est révélé, ainsi que les figures d
e l'histoire chères à la dévo
tion populaire : Jeanne d' Arc, Geneviève, qui sauva Paris des Huns, saint Louis, mort de la lèpre en croisade. Mère, épouse ou veuve, la femme est au coeur du drame humain dont elIe porte tout le poids. Aussi est-ce à Eve, "Ia mère des vivants", que s'adresse le long poème de mille neuf cent onze quatrains de la fin de la vie de Péguy, dit par Jésus lui-même. Pour elIe, iI écrit de longs poèmes qu'iI veut construits "comme une cathédrale". Il a compris que la beauté et la justesse de la langue apparaissent lorsque le vers se conforme au mouvement de I'âme. C'est ainsi que "Le Porche du mystère  de la deuxième vertu"  met en place un combat entre la lumière et la nuit qui se cIôt par un "abandonnement", néologisme de Péguy qui se remet entre les mains de Dieu, entre les mains de la nuit, source d'apaisement au moment du vendredi saint.

 

*http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Maritain

 
Ce qui caractérise le style de Péguy, c' est l' entrelacement des thèmes qui donne un mouvement au texte.
C' est là l' art de la tapisserie, qui change de couleur de temps à autre pour revenir à la même couleur. Les thèmes s' enchaînent à la manière d' associations d'idées, avec un perpétuel recommencement. L' espérance
est la vertu qui va permettre de saisir le changement de nature du recommencement. Aussi Péguy aime-t-il prendre comme image de l' espérance un enfant qui fait vingt fois le même trajet sans jamais se lasser.


Notes

Chaque oeuvre de Péguy correspond à une constellation autour du thème central du temps. Chacune veut ainsi
montrer comment saisir les applications quotidiennes du mystère de I'incarnation. II s'agit pour Péguy de parler
aux sens comme à I'âme ; c'est ainsi que sa pensée s'incarne, elle aussi, dans les images poétiques ; c'est ce
qu'il appelle la "racination" du spirituel dans le temporel. Dans la plupart de ses oeuvres, c'est Dieu  qui parle humainement. Ses vers, versets, hymnes, quatrains, sont les chants de Dieu. C'est pourquoi I'on peut parler d'un dialogue mystique entre le créateur et sa création.

"Le langage de cette prose compacte qui devient vers à une certaine page du drame, parce que le souffle n'en
peut plus de s'enfermer dans ces rectangles de pavés bien joints où la pensée halète en gagnant sa lumière phrase à phrase, voilà qui me ravit."
- Stanislas Fumet

Les versets de Péguy progressent lentement par un déploiement d'accumulations, des digressions indéfinies.
Sa poésie est une litanie aux répétitions incantatoires dont le rythme semble obéir à celui de la marche et de la prière.

Péguy se nourrit souvent des mêmes auteurs, Corneille, Hugo, Descartes, Pascal. Il les relit, les critique, les
commente, apprend par coeur leurs plus grands textes. C'est par cette "innutrition" qu'iI approfondit sa pensée.

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 09:00


1869  1951


Homme d'influence - sur la jeunesse, par ses incitations à l' émancipation, et sur la vie littéraire de son époque -, Gide fut avant tout une conscience qui se cherche et s'expose en toute sincérité.

La composition "en abîme"  est un procédé littéraire que Gide affectionnait et dont il empruntait le terme à l'art du blason. Il gide0001.jpgs'agit d'insérer dans le coeur de l' oeuvre une image réduite de l' oeuvre elle même. Par extension, elle désigna la technique dite du "roman dans le roman", l'un des personnage du récit étant lui-même romancier à l' oeuvre, technique judicieusement adaptée à l'esprit critique et toujours distancié de Gide. Le meilleur exemple en est "Les Faux-Monnayeurs".

Le faux confort de la bourgeoisie protestante

  <<A cet âge innocent où I'on voudrait que toute I'âme ne  soit que transparence, tendresse et pureté, je ne revois en moi qu'ombre, laideur, sournoiserie.>> (Si le grain ne meurt). Telle fut la part d'ombre du jeune enfant unique et choyé, protégé des difficultés de l'existence par la fortune familiale, mais supportant d'autant plus difficilement le rigorisme maternel (Gide perdit son père à I'âge de dix ans) qu'une sensualité précoce et honteuse le tenaillait. Lumières de ce tableau sombre, cependant : les joies des vacances au pays d'Uzès et I'amour idéaliste qui l'attacha à sa cousine, Madeleine Rondeaux, jeune fille blessée et à l'âme profonde. Déjà les sens et I'esprit, déjà une conscience partagée...

Si le jeune dandy de vingt ans, ami de Pierre Louÿs, fréquentant Barrès et Mallarmé, a fermement conscience de sa vocation d'écrivain, I'impulsion décisive lui manque encore, qui décidera de sa voie propre. "Les Cahiers d'André Walter" (1891) sont une oeuvre de jeunesse, ampoulée et romantique," Le Traité du Narcisse" (1891) exhale des relents de symbolisme. En cette fin de siècle, le petit monde parisien des cénacles littéraires sent le renfermé : il est temps d'ouvrir les fenêtres.

L'Immoraliste

Et c'est la grande rencontre, celle de l' Afrique du Nord, où un premier voyage conduit Gide d'octobre 1893 au printemps 1894. lvresse des sens retrouvés, joies du corps et ingénuité d'une sexualité vécue sans entraves et sans honte, avec de jeunes garçons de rencontre. De cette jubilation, deux oeuvres majeures http://pagesperso-orange.fr/mondalire/Images/photos/nourritures.jpgconserveront la marque : ce sont "Les Nourritures terrestres"  (1897), vibrant appel à l' émanci pation, rédigé dans une prose Iyrique et sensuelle, et   "L' lmmoraliste" (1902), dont le style, d'un classicisme épuré, sera désormais la  "patte" de I'auteur. Suivant une pente qui lui est naturelle, Gide pose ici son nouveau principe de vie tout en marquant déjà les limites : Narcisse est trop conscient de lui même pour jamais s'abîmer dans son image.

La Porte étroite

Passé la première effervescence de I'aventure africaine, l' " immoraliste"  retrouve ses préoccupations d'ordre spirituel, voire religieux. Son mariage - blanc- avec Madeleine, les deux  récits (romans courts à I'intrigue épurée) que sont  "La Porte étroite" (1909) et " La Symphonie pastorale" (1919) portent la marque de ces aspirations. Aspirations et non adhésions, car Gide se sait désormais, et se veut, irrémédiablement divers. Sa seule ligne de conduite sera la sincérité, celle que chacun doit à soi-même (jusqu'à sa propre fuite en 1918 avec Marc Allégret) et celle que I'auteur doit à ses lecteurs sans toutefois se cacher la voie étroite que constitue une telle démarche. Sans passé et sans avenir, l' " acte gratuit" de Lafcadio dans  "Les Caves du Vatican" est finalement absurde : iI marque les limites d'une morale de la sincérité. Quant au refus du mensonge, il  ne doit pas leurrer l' écrivain . Comme la fausse monnaie des "Faux-Monnayeurs" (1925-1926) - roman sophistiqué mais quelque peu désincarné - le mensonge est chose pernicieuse : iI circule et corrompt chacun.

Engagements et désengagement

Homme d'influence, André Gide s'est senti quelque peu embarrassé par le magistère moral qu'on lui attribua, notamment sur la jeunesse. Un voyage au Congo, dans I'entre-deux-guerres, fut le point de départ d'un nouveau type d'engagement, contre I'injustice sociale. Pourfendeur du colonialisme, bientôt compagnon de route du Parti communiste, Gide n' était cependant pas de nature à se laisser embrigader. "Retour de l' URSS"  (1936) et" Retouches", qui suivra, seront I'occasion d'une mise au point. Plus profondément, dans la dernière partie de son existence, Gide se dit désengagé ; il n'a plus la même soif d'écrire. Entre ses nombreux voyages (car il restera jusqu'au bout avide de " nourritures terrestres", iI publie  le "Journal" qu'il n'a cessé de tenir au cours de son existence.   II s'éteint à Paris, en 1951, à l' age de 81 ans.

Postérité de Gide

Force est de constater que l' oeuvre d' André Gide ne jouit plus, beaucoup s'en faut, de la  <<vogue >> qui fut la sienne des années 20 à la mort de l'auteur, et même un peu au-delà. Le parfum de scandale s'est quelque peu éventé ; quant aux  oeuvres <<religieuses>>, elles sonnent aujourd'hui étrangement faux. <<Révolutionnaire >> dans sa morale, sans être allé jusqu' au bout de son engagement, conservateur par son style, Gide donne parfois l'impression irritante de n'avoir jamais été tout entier là où il était. Reste I'exaltation Iyrique des "Nourritures terrestres",  reste une prose d'un classicisme épuré, reste enfin et surtout I'honnêteté d'une démarche, celle d'une conscience exigeante, toujours en quête, éternellement en devenir.


Notes :

<<Gide, et c'est en quoi sa pensée demeure étonnamment et passionnément moderne, actuelle, quoique
intempestive toujours, Gide, c'est un devenir, un itinéraire, une conscience en mouvement, en genèse illimitée : une conscience qui existe. (...)
Si doivent jamais advenir quelques amoindrissements de la liberté, on ne pourra pas ne pas se souvenir - ingratement ou non, mais Gide s'en fût-il vraiment soucié ? - de cet exemple, maintenir, pour choisir et s'engager, c'est-à-dire, pour un temps, le renier...>>

-Claude Martin, Gide, coll. Écrivains de toujours, Éditions du Seuil,1963

<<Et telle est la seconde infortune, aujourd 'hui, de Gide : ces combats, il les a tous gagnés - non certes définitivement  mais l'époque les a faits siens et semble n'avoir plus besoin de lui. Il n'est plus ni scandaleux ni aussi nécessaire d'exalter la nudité sur la plage, de dénoncer le carcan des religions réduites à un moralisme puritain et à un dolorisme hypocrite, de revendiquer une place pour Corydon, de condamner le système colonial, de proclamer la lutte nécessaire contre l'exploitation capitaliste de l'homme par I'homme - mais aussi de protester contre tous les stalinismes -, de faire le procès des genres littéraires traditionnels, en particulier du roman, de mettre en question la psychologie ignorante de I'inconscient, etc. >>

-Claude Martin, dans Dictionnaire des littératures de langue française, Bordas, 1987



LES CAVES DU VATICAN

Amédée Fleurissoire, parti délivrer le pape qu'iI croit retenu prisonnier au Vatican, est tué sans aucune raison par le jeune Lafcadio, fils du comte de Baraglioul.

Gide ne voulait pas être considéré comme un romancier. lI qualifie "Les Caves du Vatican" de  <<sotie>>, c' est-à dire de satire, de divertissement, et ses autres livres seront des "traités". des "récits".
André Gide
tira lui-même de ce roman une pièce de théâtre fort curieuse qui fut jouée pour la première fois en 1951.

Le crime de Lafcadio

Le comte Juste-Agénor de Baraglioul, au seui! de sa mort, charge son fils Julius d'enquêter sur un certain Lafcadio, jeune Roumain de dix-neuf ans. Celui-ci apprend de la bouche du comte qu'il est son fils et hérite d'une partie de sa fortune.
Pendant ce temps, Protos et sa bande de brigands font courir le bruit que le pape est retenu prisonnier dans les caves du Vatican et qu'un sosie le remplace. Amédée Fleurissoire, beau-frère de Julius, part délivrer le pape, mais Lafcadio le tue en le précipitant du train qui relie Rome à Naples. Protos, qui a tout vu, tente en vain de l'enrôler dans sa bande. La mort d' Amédée ramène Julius à une foi plus rigoureuse, et Anthime, un autre beau-frère de Julius, renie au contraire sa récente conversion. Protos, livré à la police par son amie Carola qui le croit coupable du meurtre, finit en prison. Pour Lafcadio commence une période de doutes : doit-i! se dénoncer et innocenter Protos ? Doit-i!, comme le lui suggère Julius, se réfugier dans la foi ?


Un conte philosophique


Cet ouvrage, curieux de prime abord, entremêle les genres : satire, conte phi!osophique, intrigue policière digne d' Arsène Lupin, roman... L'ensemble est empreint d'ironie, de cocasserie, voire d'invraisemblances, mais développe un des thèmes  majeurs de l'oeuvre de Gide : l'acte gratuit, proche d'un certain nihilisme, sans raison ni profit. Cette attirance pour le crime est analysée par l'auteur en des termes qui rappellent les études psychiatriques modernes. A chacun des cinq personnages principaux est consacrée une partie du livre : l'unité de l'ensemble nous est révélée, lors de la mort de Fleurissoire, par Lafcadio qui s'écrie : "Ce vieillard est ún carrefour." Il est en effet le point central où se croisent tous les destins : parmi ceux-ci, Gide oppose les âmes faibles, soumises aux traditions et aux dogmes religieux, à Lafcadio, être pur et libre, qui n'est pas "embaraglioulé". L'auteur attaque ainsi de nombreux idées sommaires et préjugés  caractéristiques de la "fin de siècle"

La rupture entre Claudel et Gide fut consommée après la publication des "Caves du Vatican" (1914). Claudel reprocha à l' auteur certains passages sur l' homosexualité mais surtout l' exaltation du crime gratuit, qui s' oppose aux principes catholiques de l' auteur du "Soulier de satin".

Extraits :

Lafcadio apprend qu'il est le fils du comte de Baraglioul

<<Lafcadio Wluiki, reprit Juste-Agénor quand il fut redressé, mes instants sont comptés .. je ne lutterai pas de finesse avec vous.. cela me fatiguerait. Je consens que vous ne soyez pas bête .. il me plaît que vous ne soyez pas laid. Ce que vous venez de risquer annonce un peu de braverie, qui ne vous messied pas ..j' ai d'abord cru à de l' impudence, mais votre voix, votre maintien me rassurent. Pour le reste, j' avais demandé à mon fils Julius de m'en instruire .. mais je m' aperçois que cela ne m'intéresse pas beaucoup, et m'importe moins que de vous avoir vu. Maintenant, Lafcadio, écoutez-moi : Aucun acte civil, aucun papier ne témoigne de votre identité. J' ai pris soin de ne vous laisser les possibilités d' aucun recours. Non, ne protestez pas de vos sentiments, c' est inutile ; ne m' interrompez pas. Votre silence jusqu' aujourd' hui m'est garant que votre mère avait su garder sa promesse de ne point vous parler de moi (..) >>

                               ***

Le hasard décide de la mort de Fleurissoire

<< Un crime immotivé, continuait Lafcadio : quel embarras pour la police ! Au demeurant, sur ce sacré talus, n' importe qui peut, d' un compartiment voisin, remarquer qu'une portière s' ouvre, et voir l' ombre du chinois cabrioler. Du moins les rideaux du couloir sont tirés... Ce n' est pas tant des événements que j' ai curiosité, que de soi-même. Tel se croit capable de tout, qui, devant que d'agir, recule... Qu'il  y a loin, entre l' imagination et le fait !...Et  pas plus le droit de reprendre son coup qu'aux échecs. Bah.! qui prévoirait  tous les risques, le jeu perdrait tout intérêt  !... Entre l'imagination d'un fait et...
Tiens !  le talus cesse. Nous sommes sur un pont, je crois ..une rivière... >>.(...)

<<Là, sous ma main, cette double fermeture - tandis qu'il est distrait et regarde au loin devant lui - joue, ma foi ! plus aisément encore qu' on eût cru. Si je puis compter jusqu' à douze, sans me presser, avant de voir dans la campagne quelque feu, le tapir est sauvé. Je commence : Une .. deux .. trois .. quatre .. (lentement ! lentement ! ) cinq.. six.. sept .. huit ..neuf.. Dix, un feu!...>>

Après le geste impulsif viennent les doutes

<< Et moi qui commençais de vous aimer !... >>
C' était dit sans méchante intention. Lafcadio ne s'y pouvait méprendre. Mais, pour inconsciente, cette phrase n'en était pas moins cruelle, et l' atteignit au coeur. II releva la tête, raidi contre l'angoisse qui brusquement l' étreignit. II regarda Julius : - Est-ce là vraiment celui dont hier je me sentais presque le frère ? se disait-il. II promena ses regards dans cette pièce où, l' avant-veille, malgré son crime, il avait pu causer si joyeusement ;  le flacon de parfum était encore sur la table, presque vide..

Notes :

Le personnage de Lafcadio deviendra une référence pour beaucoup de jeunes gens de I'entre-deux- guerres : <<Être soi, "s'exiger tel qu'on est", libre de la société, libre de son passé, infiniment disponible, ces thèmes, qui figuraient déjà dans "Les Nourritures", sont repris en 1914 dans "Les Caves du Vatican", roman (...) qui devra surtout son immense influence au personnage de Lafcadio, vivante et fascinante illustration de la théorie de I'  "acte gratuit", c'est-à-dire de I'acte qui n'a pas de cause, ne sert à rien, n'est fait que par plaisir pur, et où I'on peut voir comme l'apogée de la disponibilité gidienne. >>
- Jacques Patry, Dictionnaire des auteurs, Laffont, 1957

L'opposition entre le personnage de Lafcadio et le ton général de la pièce est frappante : <<Le sujet est de grosse farce, inspiré d'un fait divers réel et rocambolesque, mais I'anecdote importe peu, et ses vertus anticléricales (...) sont secondaires : i! ne s'agit que de faire rire, et que ce rire, comme celui que déclenchaient les soties médiévales, soit libérateur. La scène n'est habitée que par des fantoches, à l'exception de celui qui apparut le héros gidien par excellence : Lafcadio. >>
- Claude Martin, Gide, Seui 1974

Gide lui-même tentera de définir l'acte de Lafcadio : <<L'homme agit soit en vue de, et pour obtenir... quelque chose ; soit simplement par motivation intérieure... >>
- Gide, Lettre sur les faits divers

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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 15:00


1868  1951


Alain est surtout connu pour ses "Propos",  des articles incisifs et très actuels dans lesquels il dénonce toute forme de tyrannie et tout asservissement de l' esprit à un système de pensée.

Cités par André Maurois dans son ouvrage "Destins exemplaires" (éditions Plon, 1952), voici des sujets de dissertation donnés par Alain à ses élèves :

Une jeune femme est sur le point de franchir, pour se noyer, le parapet du pont des Arts. Un philosophe qui passait la retient par la jupe. Dialogue.

Ou encore : Dialogue entre un sacristain et un capitaine de pompiers, sur l' existence de Dieu.

Et une autre fois : Le Collège au pays d'Utopie.


Un père et un maître


alain0001.jpgNé à Mortagne-au-Perche, dans I'Orne, le 3 mars 1868, Émile Chartier (il ne prit le pseudonyme d' Alain que pour signer ses Propos) était le fils d'un vétérinaire. II accompagna assez souvent son père dans ses visites et il en garda, dit-on, un amour de la nature et des animaux qui se retrouve dans ses écrits. II entra au collège de Mortagne à six ans et au Iycée d' Alençon à treize ans où il se montra un élève brillant. Toutefois, après un échec en sciences, il décida de s'orienter vers les beIles-lettres et la philosophie, au lycée de Vanves ; c'est là qu'il eut pour professeur de philosophie Jules Lagneau, qui eut sur lui une grande influence. II dit plus tard de ce philosophe spiritualiste qu'il fut  "Ie seul grand homme qu'il ait rencontré, le seul dieu qu'il eût reconnu". Ce fut ensuite I'École normale supérieure (1889).

L'enseignement et la philosophie

Après avoir participé à I'expérience des Universités populaires, Alain s'engagea dans la vie politique aux côtés des dreyfusards ; iI se lança également dans le journalisme, parallèlement à ses études puis à son enseignement, signant les nombreux "Propos" qui le firent connaître du public. Il obtint I'agrégation de philosophie en 1892. Deux ans plus tard, à quelques mois d'intervalle, Alain eut la douleur de perdre les deux personnes qui avaient sans doute le plus compté durant son enfance et son adolescence : son père et Jules Lagneau. Il avait alors vingt-quatre ans et il entrait de plain-pied dans la vie d'enseignant et de philosophe. Il enseigna dans divers lycées, à Pontivy, Lorient et Rouen, puis à Paris, aux Iycées Condorcet, Michelet et Henri IV.

La guerre

En 1914, alors que des conflits éclataient un peu partout en Europe à la suite de I'attentat de Sarajevo - assassinat de l' archiduc d' Autriche François-Ferdinand et de sa femme -, Alain espérait encore. II luttait désespérément pour la paix ; plus précisément, il s'élevait contre cette idée selon laquelle la guerre est inévitable et qu'elle est une fatalité. Mais au mois d'août, la France entrait dans le conflit mondial. Révolté, scandalisé par le gâchis et les sacrifices humains qu'  occasionnent les guerres, Alain n'hésita pourtant pas à affirmer sa solidarité avec les simples soldats, livrés tout autant à l'ennemi qu'à leurs propres supérieurs. A quarante-six ans, volontaire, il s'engagea dans l'artillerie et resta mobilisé pendant trois ans. Malgré la richesse des expériences humaines vécues aux côtés de ses compagnons soldats (Souvenirs de guerre), il quitta l'armée encore plus hostile à la guerre et à toute forme de domination de l' homme par l' homme.

Le maître

En 1917, Alain retrouva son poste au lycée Henri-IV, à Paris ; autant par son enseignement que par ses ouvrages, il était désormais une personnalité connue, et sa classe était une sorte de "sanctuaire" où l'on venait écouter le maître de façon quasi religieuse. Fidèle à ses engagements, il fut le co-fondateur, en 1930, d'un comité de vigilance des intellectuels antifascistes. Alain prit sa retraite en 1933 ; il partagea alors son temps entre sa maison du Vésinet et la Bretagne, travaillant sans relâche à son oeuvre, aidé en cela par sa femme. En 1951, il reçut le seul honneur qu'il accepta jamais : le Grand Prix national de littérature, en présence d' André Maurois. Mais, quelques jours plus tard, le 2 Juin 1951, il mourut après une courte maladie ; il fut enterré au cimetière du Père-Lachaise. Des plaques ont été apposées sur ses maisons du Vésinet et du Pouldu, en Bretagne.

L'oeuvre

http://classiques.uqac.ca/classiques/Alain/propos_sur_le_bonheur/propos_sur_le_bonheur_L13.jpgPhilosophe, journaliste et écrivain, Alain fut aussi un remarquable pédagogue. II forma plusieurs générations de professeurs et eut parmi ses élèves des noms qui allaient devenir célèbres, comme Alain Maurois et Simone Weil. De son oeuvre, on distinguera les "Propos", recueils d'articles journalistiques, plus faciles d'accès que I'oeuvre philosophique proprement dite, dont les ouvrages essentiels sont : "Histoire de mes pensées" (1936), "Mars ou la Guerre jugée" (1921), "Système des Beaux-Arts" (1920) et "Les ldées et les Ages" (1927). Il a laissé également une introduction à la  philosophie, "ldées" (1939), capable, selon les propres paroles de I'auteur, "de donner à un étudiant le goût de la  philosophie".

Hostile à tout système de pensée, Alain conseillait d'envisager le monde avec un regard neuf et un esprit critique, libéré des préjugés et des idées toutes faites ; il faut remettre en question les vérités établies et ne pas craindre de les confronter sans cesse au réel. Esprit libre et anarchisant, Alain se voulait un homme lucide, capable de diriger son esprit, comme I'avaient enseigné les stoïciens.


Notes :

<<Alain a montré qu'iI est possible, par une belIe gymnastique des muscles et des pensées, d'appuyer le supérieur sur I'inférieur. Toujours iI a refusé de tenir les hommes pour fous. Au lieu de leur reprocher leurs désirs, il leur a dit que, sur ces désirs, ils peuvent greffer des sentiments, des sociétés, des oeuvres d'art ; au lieu de rire de leurs antiques croyances, il a fait voir qu'elles contenaient déjà quelque sagesse mal dégrossie. >>
 -A. Maurois, Alain, éditions Domat, 1950

<<On peut aisément se convaincre que, depuis I'origine des temps, les enfants ont été martyrisés dans les écoles. (...) Chez M. Chartier, le cIimat était autre. Les enfants que nous étions encore, les petits hommes que nous étions déjà, croyaient renaître... Chacun, quels qu'eussent été son origine et ses antécédents, se sentait regardé sous son meilleur jour, celui de sa liberté et de I'avenir de cette liberté. )>

- A. Bridoux, préface aux Arts et les Dieux, éditions Gallimard,La Pléiade, 1958

<<"L'homme !" Ainsi, pendant bien des années, ses élèves le désignèrent-ils entre eux. Ce surnom, accepté par chaque promotion de la précédente, et qui comportait, sans  doute, sous entendue, la majuscule, se voulait une somme de ce qu' avec une simplicité plus imposante que toute majesté, Alain offrait tout de suite à contempler de sincérité, de lucidité, de résolution, d'admirable création, et aussi de puissance physique. >)
 - H.Mondor, Alain, éditions Gallimard,1953



<<On connaît le mot de Paul Valéry : la richesse d'Alain, ce sont ses pensées. Pensées bienfaisantes qu'  il a  généreusement répandues dans son enseignement, dans ses oeuvres, dans ses "Propos". N' est-ce point la richesse authentique ; la seule que l' homme puisse emporter de l' autre coté de la vie ? >>
-
A. Bridoux, Alain, sa vie, son oeuvre, PUF,1964

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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 14:45


1832 - 1885

 

Écrivain révolté et engagé, Vallès dépeignit de façon inoubliable les heures tragiques de la Commune.

 

http://www.google.fr/url?source=imglanding&ct=img&q=http://www.audiocite.net/illustrationlivres/valles1auteur.jpg&sa=X&ei=uJFUT4PNGIL08QOjz6HUCA&ved=0CAwQ8wc&usg=AFQjCNEyqL9Hu8pRbFRworQFMi3Qs2Uoug<< Il avait du talent, ce Vallès d'avant la Commune, un talent sans souplesse, sans imagination, d'un dictionnaire très restreint, où les mots "drapeaux, guenilles, baïonnettes" revenaient à tout propos pour donner un faux élan à la phrase, mais avec cela une façon très personnelle de voir et de dire, une certaine férocité joyeuse, de l'esprit bien à lui, et suffisamment de littérature >>. Alphonse Daudet, Lettres à un absent.

 

Des origines modestes

 

Jules Vallès, de son vrai nom VALLEZ, né au Puy-en-Velay  le 11 juin 1832, eut une enfance malheureuse qui le marqua pour toute sa vie. Ses parents étaient des enfants de paysans qui souhaitaient s'élever au-dessus de cette condition. Son père était devenu professeur car il avait cru voir là un moyen d'échapper à sa condition sociale. En fait, il devint à grand-peine un universitaire besogneux, toujours tremblant pour sa place et inquiet pour ses fins de mois. Madame Vallez se prenait pour une bourgeoise et se rendait surtout ridicule. Tous deux imposèrent à leurs enfants l'expérience de la misère soigneusement dissimulée et surtout de la contrainte. Etant eux-mêmes réduits à la soumission, ils ne pouvaient concevoir l'éducation que sous une forme autoritaire et répressive.

 

Une enfance maheureuse

 

L'enfance du petit Jules fut donc sevrée de tendresse et de gaieté ce qui, très tôt, en fit un révolté. Rapidement, il s'opposa à l'école et à sa famille, assimilées à des prisons, mais aussi à toutes les formes contraignantes de pensées et de vie. Alphonse Daudet dira plus tard de lui : <<Dans ces histoires lugubres auxquelles il s'acharnait, on devine le rire amer, les yeux pleins de bile de l'homme qui a eu une enfance malheureuse, et qui en veut à l'humanité parce que tout petit, il a porté des habits ridicules, taillés dans les redingotes de son père.>> (Lettres à un absent, Paris, Lemerre, 1871).  Son rêve de liberté trouva un modèle et un aliment dans ses séjours à la campagne, chez ses oncles et ses tantes : la terre devint le lieu de l'authenticité, de l'ouverture et de la cordialité.

 

Un bachelier insurgé

 

Vallès fit de bonnes études mais sans y prendre goût ; il fut un fort en thème malgré lui. Il était à Nantes, en classe de réthorique, lorsque se produisit la révolution de 1848. Il prit part avec enthousiasme aux manifestations. Son opposition à sa famille et à l'éducation prenait désormais une autre dimension ; le lien entre la révolte personnelle et la révolution n'allait plus se desserrer.

 

Devenu bachelier, il alla à Paris en 1849 pour préparer l' Ecole normale. On respirait encore, dans la capitale, l'atmosphère de la révolution de 1848 et son jeune esprit s'en exalta, au point d'entrer dans un complot destiné à enlever le prince président, ce qui lui valut un bref séjour en prison. Puis, il fut le témoin plein de rage et  d'impuissance du coup d'Etat. Il éprouva alors le sentiment d'appartenir à << la génération la plus maltraîtée de l'histoire >>.

 

Le journaliste et le polémiste

 

Il connut quelques années de misère véritable, vivant d'expédients et pratiquant les métiers les plus divers et les  http://www.pleinchant.fr/imageslivres/genssinguliers/refractaires.jpgplus bizarres : professeur libre, chroniqueur de Bourse, expéditionnaire....  En 1857, son premier livre, "l'Argent", attira sur lui l'attention, en raison de la virulence de sa préface. Ce succès, dû à la curiosité, lui ouvrit les colonnes des journaux parisiens. Sa voie était trouvée ; il fut l'un des plus remarquables journalistes de son époque, et tout d'abord un journaliste d'opposition à l'Empire. Dans de nombreux journaux, et notamment dans l'un de ceux qu'il dirigea, "La Rue", il se signala par son ardeur et son talent. Son audace et son franc-parler lui valurent de fréquents démêles avec la censure et plusieurs séjours en prison. Ses articles furent réunis dans deux volumes : "Les Réfractaires" en 1866 et "La Rue" en 1867, ce qui renforça encore sa réputation de polémiste.

 


Un écrivain engagé

 

 Il fut de toutes les manifestations qui précédèrent la Commune, et, lorsque celle-ci se déclencha, il fut élu dans le XV ème arrondissement. A l'Assemblée, pour sauvegarder la paix sociale, il conseille l'entente entre les classes, mais, se rendant compte que le conflit est inévitable, il le dénonce dans son journal, "Le Cri du peuple". Devenu un des chefs de file de l'insurrection, il resta jusqu'au bout, pendant la Semaine sanglante, à combattre sur les barricades du XI ème arrondissement. Ayant été condamné à mort, il dut s'enfuir et gagner Londres, où il gagna sa vie en écrivant pour des journaux parisiens, en particulier "Le Siècle". C'est là qui termina " l' Enfant" (1881) et rédigea "Le Bachelier" (1881). Il rentra à Paris en 1883, trois ans après l'amnistie générale. Il publia de nouveau "Le Cri du peuple", dont les colonnes accueillirent les revendications populaires les plus radicales. Lorsqu'il mourut à Paris le 14 février 1885, on fit à ce partisan passionné de la cause du peuple des funérailles à la fois imposantes et houleuses. Son oeuvre, qui a été lue par des générations d'adolescents, sa vie passionnée, en font, malgré ses violences, un des auteurs les plus attachants du XIX ème siècle.

 

 

Notes :

 

<<La révolte est tellement fondamentale chez Vallès qu'on à pu l'identifer à elle. Pourtant, ce révolté n'a rien de maladif. Il éclate au contraire de santé et de vitalité, il a la fougue, le goût de la prouesse physique et son style à du muscle.

Vallès n'est pas non plus un intellectuel. L'attitude d'opposition, l'action révolutionnaire ne prennent pas appui sur une analyse économique ou politique : elles sont élan du coeur et répondent à un besoin de solidarité, de liberté, de chaleur humaine et de spontanéité que son éducation n'a pas permis de satisfaire. Il se méfie des doctrines, encore plus des dogmatiques et des pédants : sa révolte est instinctive, généreuse et globale. Seul Proudhon* lhttp://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/4a/Pierre-Joseph_Proudhon.jpg/220px-Pierre-Joseph_Proudhon.jpg'a marqué, encore n'en a-t-il retenu que ce qui va dans le sens de ses propres exigences. Parce qu'il ne s'embarrasse pas de théories et refuse l'abstraction, il a le goût du concret et du naturel : la fréquence des images tirées de l'expérience quotidienne et des thèmes en rapport avec elle, l'importance des sensations dans son oeuvre révèlent une extrème  sensibilité à l'aspect extérieur des choses et des êtres, à la présence du monde et à sa saveur. La référence au concret permet d'heureux effets de décalage et sert à la démystification du verbalisme et de l'enflure. >>  - Pierre Pilu - Encyclopaedia Universalis

 

  * http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre-Joseph_Proudhon

 

 

 

Littérature audio :

 

L'enfant :

 

http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/valles-jules-lenfant.html

 

Le Bachelier :

 

http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/valles-jules-le-bachelier.html

 

L'insurgé :

 

http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/valles-jules-linsurge.html

 

 

 

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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 14:30

 

 

La demi mondaine Marguerite fait preuve de  dévouement en  abandonnant l'homme qu'elle aime, Armand, afin de sauver la réputation de celui-ci.

 

Alexandre Dumas fils s'est inspiré d'une liaison qu'il a eu avec une courtisane célèbre de son époque. Pourtant, http://www.google.fr/url?source=imgres&ct=img&q=http://s1.e-monsite.com/2009/07/16/05/37536468marie-duplessis-jpg.jpg&sa=X&ei=D9GSTaa9Bs3o4AaL2uWxAg&ved=0CAQQ8wc&usg=AFQjCNHVgWZmMt7pwBlBhcK3t3FzfkKiwQsa propre histoire ressemble peu à celle qu'il raconte ; seule la maladie incurable dont est morte sa maîtresse rapproche celle-ci de Marguerite.

 

L'amour par le sacrifice

 

Armand Duval déclare à Marguerite Gautier, demi-mondaine, son amour qui dure en secret depuis deux ans déjà. Marguerite vit de rentes confortables qui lui viennent de ses amants ; Armand, lui, n'a que peu de fortune propre. Elle s'éprend du jeune homme et ils vivent leur amour passionnément. Sur les instances d'Armand, l'héroïne se décide à abandonner ses amants. Lors d'un séjour à la campagne, M. Duval père apparaît pour sommer Marguerite de cesser sa relation avec Armand ; il craint, en effet, que la demi-mondaine entache la réputation de la famille. Elle accepte de se sacrifier, tout en convainquant son interlocuteur de son amour et de son désintéressement financier à l'égard d'Armand. Elle l'abandonne donc en lui faisant croire qu'elle aime un autre homme, et elle réussit presque à se faire haïr jusqu'au jour où il réapparaît pour se battre en duel avec l'amant de Marguerite. Peu de temps après, Armand se présente chez Marguerite, mourante, après avoir appris de son père toute la vérité. Il assiste ainsi aux derniers moments de sa maîtresse.

 

Marguerite ou la noblesse d'âme

 

C'est pour de nombreuses raisons que la  sympathie du lecteur se porte sur le personnage de Marguerite Gautier.  En effet, cette femme, atteinte d'une maladie incurable, sacrifie son dernier bonheur, l'amour de son amant, sur l'autel de la respectabilité sociale. Elle qui, avant de rencontrer Armand Duval, jouissait d'une situation financière confortable, vend jusqu'à ses dernières possessions pour pouvoir vivre sans contraintes une histoire d'amour condamnée à l'échec.

Elle accepte même de paraître odieuse aux yeux de son amant pour qu'il ait moins de souffrance à la voir s'en aller. Ses derniers instants de félicité, alors qu'elle se meurt, ne peuvent pas faire oublier qu'elle n'a récolté, en récompense de son abnégation, que la solitude, le dénuement et la tristesse.

A la lecture de "La Dame aux camélias", on ne saurait s'empêcher de ressentir un certain trouble face à la mentalité de la bourgeoisie bien pensante dans la France du XIX ème siècle. Romantique et presque caricaturale, la courtisane incarne la femme <<chargée de tous les péchés>>, comme l'a souligné Gaëtan Picon.

 

Marie Duplessis Rose Alphonsine Plessis dite Marie Duplessis, comtesse de Perrégaux, ayant inspiré à Alexandre Dumas fils le personnage de Marguerite Gautier.


 http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/a1/MarieDuplessis.jpg/220px-MarieDuplessis.jpg

 

Extraits

 

Rencontre de Marguerite et d'Armand

 

ARMAND :  - Depuis deux ans, depuis un jour, où je vous ai vu passer devant moi, belle, fière, souriante. Depuis ce jour, j'ai suivi de loin et silencieusement votre existence.

MARGUERITE  : - Comment se fait-il que vous me disiez cela qu'aujourd'hui ?

ARMAND : - Je ne vous connaissais pas, Marguerite.

MARGUERITE : - Il fallait faire connaissance. Pourquoi, lorsque j'ai été malade et que êtes si assidûment venu savoir de mes nouvelles, pourquoi n'avez vous pas monté ici ?

ARMAND : - De quel droit aurais-je monté chez vous ?

MARGUERITE : - Est-ce qu'on se gêne avec une femme comme moi ?

ARMAND : - On se gêne avec une femme... Et puis...

MARGUERITE : - Et puis ... ?

ARMAND : - J'avais peur de l'influence que vous pouviez prendre sur ma vie.

MARGUERITE : - Ainsi vous êtes amoureux de moi !

ARMAND,  la regardant et la voyant rire : - Si je dois vous le dire ce n'est pas aujourd'hui.

 

                            ****

 

Le sacrifice de Marguerite

 

MARGUERITE : - Vous voulez que je quitte Armand tout à fait ?

M. DUVAL : - Il le faut !

MARGUERITE : - Jamais ! ... Vous ne savez donc pas que je n'ai ni amis, ni parents, ni famille ; qu'en me pardonnant il m'a juré d'être tout cela pour moi, et que j'ai enfermé ma vie dans la sienne ? Vous ne savez donc pas enfin, que je suis atteinte d'une maladie mortelle, que je n'ai que quelques années à vivre ? Quitter Armand, monsieur; autant me tuer tout de suite.

M. DUVAL : - Voyons, voyons, du calme et n' exagérons rien ... Vous êtes jeune, vous êtes belle, et vous prenez pour une maladie la fatigue d'une vie un peu agitée ; vous ne mourrez certainement pas avant l'âge où l'on est heureux de mourir. Je vous demande un sacrifice énorme, je le sais, mais que vous êtes fatalement forcée de me faire. Écoutez-moi ; vous connaissez Armand depuis trois mois, et vous l'aimez !  mais un amour si jeune a-t-il le droit de briser tout un avenir ? et c'est tout l'avenir de mon fils que vous brisez en restant avec lui ! Etes-vous sûre de l'éternité de cet amour ? Et si tout à coup, - trop tard, - vous alliez vous apercevoir que vous n'aimez pas mon fils, si vous alliez en aimer un autre  ? Pardon Marguerite, mais, le passé donne droit à ces suppositions.

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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 14:29


1859  1930

Sportif émérite, polygraphe infatigable, patriote mettant ses talents au service de la nation, mais aussi prophète, quelque peu fourvoyé, du spiritisme, Conan Doyle aura voulu être beaucoup plus que le père de "Sherlock Holmes". C'est pourtant à ce titre qu'il est passé à la postérité.

Une anecdote amusante révèle que la vie de Conan Doyle n'avait pas été exempte des coïncidences qui font le sel du cycle <<Sherlock Holmes. >> Venu à Lyon visiter le musée du crime, installé par le docteur Locard (connu sous le sobriquet de <<Sherlock Holmes >> français) dans le grenier du Palais de Justice, Conan Doyle
reconnaît son ancien chauffeur sur l'un des portraits. L 'individu n' est autre que Jules Bonnot, meneur de la bande du même nom, et qui avait effectivement été mécanicien en Angleterre, avant de devoir sa notoriété à des activités moins avouables.

Une force de la nature

Un mètre quatre-vingt-dix, quatre-vingt-dix kilos : ainsi se présentait Conan Doyle, bien différent de sa Conan-Doyle0001.jpgcréature, le longiligne et quelque peu décadent "Sherlock Holmes"  trompant un ennui existentiel dans les joies subtiles de la logique. Non, Conan Doyle n' avait rien d'un désoeuvré : véritable force de la nature, prompt à la bagarre, il est apprécié dans les club de cricket. Il sera à Davos l'un des pionniers du ski. Agé déjà, il connaîtra les plaisirs et les risques de la vitesse automobile. La vie associative, la vie politique, les voyages - souvent mouvementés - permettent, en outre, de canaliser une énergie hors du commun qui s'exerce tous azimuts, sauf dans ce qui devait assurer son pain quotidien : la médecine. Très tôt, en effet, le jeune docteur en médecine a découvert les joies de la littérature. Des nouvelles (aventures, épouvante et fantastique), un roman de moeurs raté et une première apparition de "Sherlock Holmes" (Une étude en rouge, 1887) passent inaperçus. Le succès viendra avec un roman historique : "Micah Clarke" (
1888).

L'ombre de Sherlock Holmes

Pourtant, malgré les ambitions plus élevées de I'auteur, c'est avec les douze nouvelles, alimentaires, qui forment  "Les Aventures de Sherlock Holmes" (1891-1892), que vient la célébrité proprement dite. Conan Doyle a trouvé son ton : celui du  <<pastiche affectueux et spirituel >>.
Le couple Watson - Holmes est bien rodé et le cadre de la nouvelle est préféré au roman pour ce genre
nouveau que l' auteur vient de crée presque malgré lui : I'enquête menée par un détective-gentleman, piquant la curiosité et aiguisant I'attention du lecteur, relevée d'une bonne dose d'humour et d'une touche de romanesque.
 Presque par hasard : ainsi est né Sherlock Holmes. Mais, dopé par son succès, celui-ci ne se laissera pas oublier. Naissent alors, entre le créateur et sa créature, des rapports conflictuels, chargés d'ambivalence. Flatté de I'aisance matérielle que lui assure son détective, Conan Doyle prend néanmoins ombrage de l'exclusivité dont celui-ci jouit auprès du public, au détriment du reste de son oeuvre, morale et historique. http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/73/Paget_holmes.pngDès la fin des "Aventures", Conan Doyle avait ressenti des velléités de meurtre. Finalement, sa créature jouit d'un sursis, mais en 1893, à l'issu du cycle des  "Mémoires", l'écrivain précipite sa trop encombrante invention dans un gouffre suisse. Consternation à Londres : Sherlock Holmes est mort. Malgré les supplications, Conan Doyle résiste. Il condescend à exhumer un récit  "posthume"  (Le Chien des Baskerville, 1902), mais son héros reste dans sa crevasse. Il  faudra toute la persuasion de Mme Doyle mère et des éditeurs pour que l'irascible auteur ressuscite son infatigable détective. Conan Doyle a cependant bien soin, à l'issue du nouveau cycle -  "Le Retour de Sherlock Holmes", 1903 -1904 -, d'envoyer sa turbulente créature en retraite dans le Sussex, loin des tentations de Baker Street. Mais le logicien de génie en a vu d'autres et la Première Guerre mondiale va le faire sortir de sa réserve pour  "Son dernier coup d'archet  (1917). Bref, lorsque Conan Doyle décède en 1930, Sherlock Holmes, lui, est toujours bien vivant.
Sherlock Holmes (gauche) et Dr Watson, par Sidney Paget

L'esprit et la matière, la science et la religion


Si le succès du cycle Sherlock Holmes peut trouver diverses explications, l'une des plus convaincantes est que Conan Doyle sut y répondre de manière particulièrement juste au double désir des lecteurs d'explication scientifique et de merveilleux. C' est là, au confluent de l' esprit positiviste de son époque et de la recherche d'autre chose qui dépassât la matière que se situe le meilleur de l'oeuvre de Conan Doyle et l'essentiel de la quête que constitua sa vie. Une existence vouée au meilleur... et au moins bon. Car, si cette préoccupation morale amena l' écrivain à combattre l' erreur judiciaire ou, lui l' Irlandais d'origine, Écossais par sa naissance et Anglais d'adoption, à embrasser la cause de l'impérialisme britannique au nom du progrès de http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:x3346d5b1B000M:http://www.jesuiscultive.com/IMG/jpg/Sherlock_Holmes.jpgI'humanité, elle le fourvoya également dans d' obscures recherches en matière de spiritisme et, au soir de sa vie, dans un prosélytisme qu'il avait toujours condamné chez les croyants. Cinquante - six nouvelles et quatre romans du cycle " Sherlock Holmes ", plusieurs éléments de son cycle napoléonien - La Grande Ombre, Le Cycle du Brigadier Gérard -, un récit de science-fiction - Le Monde perdu -, quelques nouvelles fantastiques, c'est en définitive ce qu' on retiendra de l' oeuvre de Conan Doyle
: une petite partie au regard de l'ensemble, néanmoins un titre suffisant à la postérité.

Notes :

La rencontre de la science et du merveilleux

Conan Doyle réalise dans le roman policier ce que Jules Verne avait déjà réussi dans le roman d'aventures : la rencontre de l' esprit scientifique et du merveilleux. <<Cet apport positiviste pris en charge, exprimé par la pensée rationaliste, vient chez Conan Doyle se perdre insidieusement dans la nappe souterraine du merveilleux porté par la pensée mythique.>>

- Frédéric Lacassin, Mythologie du roman policier, Union GénéraIe d'Édition, 1974

 <<Si, comme il le prétend, le premier devoir d'un homme est de tirer le meilleur parti de tout ce qu'il porte en lui, il n'y a pas. failli. >>

- James Mac Cearney, Arthur Conan Doyle, La Table Ronde,1988

<<Si je ne tue pas Holmes, c' est lui qui me tuera. >> Conan Doyle, cité par James MacCearney,

<<[Conan Doyle] excelle dans le genre léger, qu'il croit secondaire, mais il se sait médiocre dans les genres nobles, qu'il tient pour primordiaux. (...) S'il veut réaIiser tout son talent d'écrivain, il faut qu'il se consacre à Holmes. S'il veut rester fidèle à sa vocation, il faut que Holmes disparaisse. >>

- James Mac Cearney,

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DANTE


                                                                                                      Béatrice Portinari









Dante par Giotto








Première page de la Divine Comédie













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SOPHOCLE



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                                                                                                       Antigone




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Philotecte abandonné par les Grecs







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Sophocle  Bas relief en marbre









Sophocle




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Pythagore



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Le Banquet manuscrit sur papyrus.






Platon par Raphaël





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ARISTOTE





Aristote par Raphaël




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Aristote sur une fresque murale à Rome




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Alexandre à une bataille






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Alexandre combattant un lion







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Bronze - Alexandre









Buste d'Alexandre le Grand







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Alexandre et Aristote





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Enluminure "Chanson de Roland"










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Mort de Roland à Ronceveaux
















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Charlemagne et le Pape Adrien I






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Charlemagne et son fils Louis le Pieux






RUTEBOEUF

                            



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Ruteboeuf par Clément Marot

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