Roland frappe sur une roche bise ;
Il en abat plus que je ne saurais dire;
L'épée grince, mais ne s'ébrèche ni se brise, Rebondissant en l'air.
Quand le comte voit qu'il ne la brisera pas,
Il la plaint bien tendrement en se parlant à lui-même :
Ah, Durandal, comme tu es bonne et sainte !
Dans ton pommeau d'or sont de nombreuses reliques,
Une dent de saint Pierre, du sang de saint Basile,
Des cheveux de monseigneur saint Denis,
Du vêtement de sainte Marie;
II n'est pas juste que des païens te possèdent, C'est de chrétiens que tu dois être honorée.
Que de vastes terres avec toi j'aurais conquises,
Que tient Charles, qui a la barbe fleurie ! L'empereur est puissant et riche.
Ne soit jamais l'épée d'un couard !
Que Dieu ne permette pas à la France telle honte !
Roland sent que la mort l'entreprend,
Et dans la tête et le coeur lui descend.
Dessous un pin il va courant
Et sur l'herbe verte s'allonge,
Plaçant sous lui épée et olifan,
Et regardant vers la grande Espagne;
Ainsi fait-il parce qu'il veut que Charlemagne Et tous ses soldats de son armée
Disent que le noble comte est mort en conquérant.
Il bat sa coulpe de tous ses péchés,
Et pour leur rémission, offre à Dieu son gant.