Bonjour à tous.... Une approche de certains écrivains ; vie, œuvres, extraits. A l'attention de la personne "ANONYME" qui se reconnaîtra.... : je n'ai jamais voulu m'approprier ce travail, j'ai noté dans ma page d'accueil les sources :Ce blog sans prétention aucune a été crée à partir de fiches -collection Atlas - et d'ouvrages - collection Lagarde et Michard et collection Nathan "Grands écrivains du Monde", -
1606 - 1684
Poète et dramaturge de l'héroïsme et de la grandeur romaine, Pierre Corneille a donné à la morale des accents sublimes.
Une gloire rapide
Issu d'une famille de magistrats, Pierre Corneille naît à Rouen en 1606. Au collège des jésuites où il poursuit d'excellentes études secondaires, il se passionne pour la morale et l'éloquence de Sénèque et Lucain, stoïciens latins ; il découvre aussi l'art de la scène, car le collège utilise la représentation théâtrale à des fins pédagogiques. La présence à Rouen de nombreuses maisons d' édition spécialisées dans le théâtre l' oriente déjà vers sa vocation. Aussi renonce-t-il à une carrière juridique ; en 1628, il prétère acheter deux offices d'avocat qu'il conservera jusqu'en 1650, et il se consacre définitivement à l'écriture dramatique. A Mondory, directeur du théâtre du Marais, Corneille confie le Manuscrit de Mélite (ou Les Fausses Lettres). En 1629, la pièce est jouée à Paris et connaît un vif succès, dû à son comique discret qui prend pour cible le badinage de jeunes amoureux. Corneille, étonné d'une célébrité si soudaine, continue à donner des comédies d'intrigue : La Veuve (1631), La Galerie du palais (1632), La Suivante (1633) et La Place Royale (1634) ; ces pièces reprennent le schéma des amours contrariés de la pastorale. Parallèlement il écrit des tragi-comédies Clitandre (1631) et Médée (1635), mais leur ton trop pathétique s' éloigne souvent de toute vérité humaine. Avec L' illusion comique (1636), il revient à la comédie en mêlant la féerie et le burlesque et en proposant une réflexion sur la magie du théâtre. Le Cid (1637) achève de le rendre maître de la scène française, malgré la querelle des doctes*, pédants et jaloux qui y voient une atteinte à la vraisemblance. L' Académie déclare que la pièce n'est conforme ni aux règles théâtrales ni aux bienséances. Cela ne l'empêche pas de connaître un succès incomparable qui fait dire à Boileau : "Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue."
* savants, érudits
Retraite et recueillement
Après une période de réflexion, Corneille partage son temps entre Paris et Rouen où il se marie, en 1640, avec Mlle de Lampérière, avec qui il aura six enfants. Il tire désormais ses sujets d'æuvres de l'histoire romaine. Avec Horace et Cinna en 1640 et La Mort de Pompée en 1643, il analyse les rapports du pouvoir à Rome et met en scène un héroïsme empreint d'absolu. En 1644, il choisit de donner ses pièces à l'hôtel de Bourgogne, salle rivale du théâtre du Marais où les précédentes avaient été jouées. Avec Rodogune (1645) apparaît une soumission apparente aux règles du théâtre mais qui va de pair avec une prolifération de coups de théâtre. Après son élection à l'Académie française en 1647, cette tendance s'accentuera avec Héraclius (1647), Andromède (1650) et Nicomède (1651). Parallèlement, Corneille se
consacre à une méditation sur l'héroïsme religieux ; Polyeucte (1642) et Théodore, vierge et martyre (1646) révèlent la ferveur mystique de son inspiration chrétienne. Après l'échec de Pertharite (1651), il publie une traduction en vers de L'Imitation de Jésus-Christ (de 1651 à 1656). Au même moment, il réfléchit sur son art et sa dramaturgie dans trois Discours ainsi que dans des Examens de chacune de ses pièces, qui paraîtront en 1660.
(ci contre maison de Corneille à Rouen)
Les dernières tragédies
Oedipe (1659), tragédie dédiée à Fouquet, marque son retour à la scène. Désormais, il puisera son inspiration dans l' Antiquité grecque et chez les peuples barbares. Une vision romanesque fort proche de la manière tragi-comique se fait jour. Bientôt concurrencé par Racine, qui bénéficie du goût nouveau pour la simplicité des constructions dramatiques, Corneille passe en arrière-plan de la scène littéraire. Après Sertorius (1662), il reçoit une petite pension qui lui permet tout juste de vivre. Il a perdu la verve de ses premières tragédies, et Sophonisbe (1663), Othon (1664), Attila (1666) et Tite et Bérénice (1670) n'arrivent pas à supplanter la gloire du théâtre racinien. Aussi Suréna (1674), où se mêlent harmonieusement tendresse et héroïsme, vient-elle clore la carrière théâtrale de Corneille, non sans révéler pourtant encore un souffle créateur puissant qui ne sera vraiment reconnu que trois siècles plus tard.
Héroïsme et liberté
Malgré la diversité de l'æuvre cornélienne, l'héroïsme reste son thème central : l'homme est sans cesse confronté à son destin et se doit de mériter son honneur pour sa gloire. Tout l'environnement contingent de l'histoire et de la politique lui permettent de se dépasser et de justifier ses actes personnels. Aussi le héros est-il celui qui maîtrisera ses impulsions, qui refusera la fatalité aliénante, pour revendiquer sa liberté. Le stoïcisme de Corneille, loin d'être fait de contraintes, est une conduite nécessaire à acquérir pour être pleinement soi-même. Comme les jésuites qui l'ont formé, Corneille croit en l'homme et à son libre arbitre. Ainsi l' æuvre de Corneille se fonde sur une morale exaltante et généreuse, et l'originalité de ses choix dramaturgiques vient souligner une vision optimiste du monde.
Le contraste entre l' æuvre de Pierre Corneille et sa vie a toujours surpris les commentateurs : où donc ce paisible bourgeois de Rouen a-t-il bien pu poser son regard pour écrire des pièces impétueusement géniales,
? Pas sur son triste univers quotidien, en tout cas...
I) Le Cid :
Au commencement de la pièce dans un exemple de la "fausse piste" que Corneille aimait préparer à son spectateur, on apprend qu'il est certain que le Comte Gormas, père de Chimène, sera nommé gouverneur de l' Infant. Ainsi, tout semble favoriser l'union de Chimène et de Rodrigue, que le Comte approuve. Mais, par un renversement inattendu, c'est Don Diègue, père de Rodrigue, qui reçoit cet honneur. Le Comte, furieux, dénonce son rival comme indigne du choix, et dans un accès de rage finit par souffleter le vieillard. Ce dernier, trop faible pour se défendre, demande à son fils de le venger. La scène où le jeune Rodrigue défie le Comte, grand guerrier et soutien principal du royaume, illustre bien la tension dramatique que Corneille savait prêter au dialogue.
Le Cid~ II, 2
Notes :
Le système dramaturgique cornélien
Corneille met au premier plan de ses préoccupations l'admiration et la nécessité de plaire par une juste peinture de l'homme et des mæurs. Mais l'auteur n'es pas arrêté par la vraisemblance ; les personnages peuvent avoir des qualités morales démesurées puisqu'ils constituent une élite (souverains, princes, grands capitaines) et qu'i!s sont pris dans une action tragique digne, à leur hauteur. Au vraisemblable, Corneille préfère une "vérité extraordinaire" .
Le conflit cornélien
Le conflit tragique réside dans l'opposition entre "l'impétuosité des passions" et "les lois du devoir et les tendresses du sang". Mû par une situation exceptionnelle, le héros est en proie à une lutte entre la passion et le devoir (ou le sentiment naturel). Dans son choix, il a une valeur exemplaire : en lui, nous devons voir le meilleur de nous-mêmes.
L'art de Corneille
Les ressorts dramatiques essentiels sont les grands débats intérieurs du héros et les rebondissements ou coups de théâtre qui créent le mouvement dramatique. Parfois une poésie héroïque épique éclate, qui confère une esthétique baroque à une action tragique classique. Par son goût des formules, des maximes, Corneille atteint au sublime, révèle des valeurs absolues.
II) L'illusion comique
On a souvent comparé "L'illusion" à la palette de couleurs que l' artiste prépare avant de commencer
à peindre. Et il est vrai que tout le théatre classique y figure déjà en puissance, comme prêt à surgir de la main de l' artiste.
Un père, à la recherche de son fils disparu, s'adresse à un magicien qui évoque sous ses yeux la vie du jeune homme et montre les bienfaits de son nouveau métier, comédien.
Le théâtre français en pleine mutation
Dans les années 1630, notre théâtre est en train de devenir un art majeur. Longtemps demeuré populaire, il gagne désonnais les milieux les plus cultivés. Corneille, lui, a fait figure de pionnier. En 1636, il n'a que trente ans, mais la gloire l'a déjà désigné. Un an avant sa consécration définitive avec Le Cid, il publie L' Illusion comique, bouquet multicolore de personnages, de péripéties, de genres très différents. C'est, au seuil du classicisme, un chant euphorique, une apologie enthousiaste du métier de comédien.
Le parcours initiatique d'un jeune premier
Pridamant, un bourgeois de Bretagne, a mis son fils Clindor en fuite à force de sévérité. Pris de remords, il parcourt l'Europe à sa recherche. Au désespoir, il s'adresse au magicien Alcandre, qui accepte d'employer son art pour évoquer sous ses yeux l'histoire de Clindor, dans une sorte de mise en scène théâtrale. On apprend ainsi que Clindor, après sa fuite, est devenu le valet de Matamore, capitaine fanfaron et extravagant, qui est aussi l'amant d'lsabelle, jeune fille au cæur sincère, et au parler vrai. Mais Clindor est un jeune homme dissipé, qui se laisse aller à la facilité de ses dons naturels de comédien. Il séduit Lyse, la servante d'lsabelle, pour lui avouer ensuite, avec un cynisme ingénu, qu'il lui préfère sa maîtresse, plus fortunée. Lyse, mortifiée, complote avec Adraste, le rival de Clindor auprès d'lsabelle, et ils projettent de lui faire donner une bastonnade en guise de leçon. Mais l'affaire tourne mal, et Clindor tue Adraste. Condamné à mort, il passe une nuit d'angoisse dans sa prison. Il y gagne la maturité qui lui manquait, et, quand lsabelle le délivre, il est enfin devenu un grand acteur. C'est ce que montre l'acte V, où Pridamant voit Clindor et lsabelle jouer une tragédie sur une scène invisible avec un talent consommé.
Extraits :