Bonjour à tous.... Une approche de certains écrivains ; vie, œuvres, extraits. A l'attention de la personne "ANONYME" qui se reconnaîtra.... : je n'ai jamais voulu m'approprier ce travail, j'ai noté dans ma page d'accueil les sources :Ce blog sans prétention aucune a été crée à partir de fiches -collection Atlas - et d'ouvrages - collection Lagarde et Michard et collection Nathan "Grands écrivains du Monde", -
Paul VERLAINE / 1844 1896
Poète de génie, Verlaine sut traduire en vers musicaux et nuancés les errements d'une vie troublée et marquée du sceau de la mélancolie.
Paul VERLAINE né à Metz le 30 Mars 1844, il perd bientôt la candeur d'une enfance sensible et rêveuse ; mais il en garde la nostalgie, et le genre canaille qu'il affecte dissimule un grand besoin de tendresse. Dès l'adolescence on le sent partagé entre les deux postulations simultanées dont parle Baudelaire, l'une vers Dieu, l'autre vers Satan. Il fait ses études à Paris au lycée Bonaparte (aujourd'hui Condorcet), passe le baccalauréat en 1862 et entre dans l'administration municipale en qualité d'expéditionnaire à l'Hõtel de Ville.
<<Sous le signe de Saturne >>
Ceux qui sont nés sous le signe de Saturne ont entre tous << bonne part de malheurs et bonne part de bile >>. Paul Verlaine, certes, était de ceux-là : sa vie allait assez vite se charger de le prouver. Enfant d'une sensibilité précoce, il est très tôt attiré par la poésie. Ce modeste emploi d'expéditionnaire lui laisse le loisir de fréquenter les milieux parnassiens* : mais son premier recueil, dès 1866 (Poèmes saturniens), laisse assez paraître son originalité et l'ampleur de son talent.Tous les thèmes qui lui seront chers sont déjà présents ainsi que certains de ses plus beaux vers. D'une tonalité légèrement différente, "Les Fêtes galantes" (1869) ont la grâce frivole et mélancolique des toiles de Watteau.
* fr.wikipedia.org/wiki/Parnasse_(littérature)
Mon rêve famillier (Poèmes saturniens)
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre , et m'aime et me comprend.
Car elle me comprend .. et mon coeur, transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.
Est-elle brune, blonde ou rousse ? - Je l'ignore.
Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.
Son regard est pareil au regard des statues ,
Et pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues .
Site regroupant l'ensemble des poèmes de Verlaine :
http://poesie.webnet.fr/leemblegrandsclassiques/recherche.php?nbRechercheDunAuteur=1&Auteur=VERLAINE%20Paul&Pays=&Age=18&Vers=&Titre=&mots_entiers=
/http%3A%2F%2Fparissecretetinsolite.unblog.fr%2Ffiles%2F2008%2F08%2Fmathilde.jpg)
Cette même année 1869, la rencontre d'une jeune fille de seize ans, MATHILDE MAUTÉ, illumine d 'un immense espoir la vie de Verlaine. Mathilde lui apporte la pureté candide à laquelle il aspire parmi ses hontes secrètes ; voici "l'Etre de lumière" qui l'aidera à vaincre ses démons. Le poète célèbre la petite fiancée qu'il va épouser en août 1870, il chante son amour et ses bonnes résolutions dans les vers tout simples et intimes de "La Bonne Chanson" (1870).
Scandale et déchéance
Violence, éthylisme, seule manquait l'arrivée d'un tiers pour parfaire le calvaire de la jeune mariée. C' est chose faite en septembre 1871 avec l'irruption du jeune Rimbaud, <<Satan adolescent >> dont le génie visionnaire et la vigueur juvénile fascinent Verlaine. Les amants s'affichent à Paris, s'enfuient à
Bruxelles et à Londres. Riche sur le plan artistique (Romances sans paroles, 1874), l'idylle s'avère mouvementée. Une rixe ponctuée par quelques coup de feu mène Verlaine en prison (1873). Dans la solitude de la cellule vient le temps du repentir et de la conversion religieuse. Étrange et cependant sincère, celle- ci sera à l'origine d'une série de poèmes réunis dans "Sagesse" (1880). Mais, à sa sortie de prison, la traduction dans les faits de ses élans mystiques se révèle difficile. Amitié masculine sublimée, petits emplois de précepteur, son génie s'étiole et, après la mort de sa mère en 1886, c'est la déchéance : traînant de bistrots en hôpitaux, vivant avec quelque ancienne prostituée, il est devenu une caricature de lui-même, petit-fils de Villon pathétique et stérile. Cependant, celui qui meurt, à Paris, le 8 Janvier 1896, misérable, a été sacré depuis deux ans déjà, <<prince des poètes >> par le public parisien, et la foule est dense qui suit sa dépouille à la sortie de Saint-Étienne-du-Mont.
<<Où l' indécis au Précis se joint >>
Si la mélancolie, pas toujours exempte d'une certaine fadeur (Verlaine s'en amuse lui-même dans un autopastiche), est la tonalité dominante de l'oeuvre, elle n'en est pas la teinte unique. Derrière les soupirs et les épanchements du coeur, derrière la grâce spectrale de la " Nuit du Walpurgis classique" (Poèmes saturniens) et des "Fêtes galantes", point l'inquiétude, note discordante qui culmine dans le chef-d'oeuvre qu'est "Charleroi" (Romance sans paroles), poème ramassé, tout bruissant d'interrogations et traversé d'éclairs à la fulgurance déjà presque expressionniste. La corde du violon sur laquelle joue Verlaine parfois se brise, la chute du poème se fait brutale, cruelle, la grâce devient sarcasme. Mais demeure, note persistante et fragile, la pathétique nostalgie de la pureté :
Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !
(...)
Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,
Simple et tranquille.
(Sagesse)
Poème d'une réussite rare, tant il est vrai que Verlaine n'est jamais aussi juste que lorsque la simplicité du style rejoint l' intensité du sentiment.
On a parfois reproché à Verlaine de faire fi de l'intelligence ; en effet sa poésie authentique n'est jamais intellectuelle : inspirée par la sensibilité de l'auteur, c'est sur notre sensibilité à l'état pur qu'elle agit, nous pénétrant, par les sens et le coeur, jusqu'à l'âme. Ce lyrisme confidentiel s'exprime le plus souvent en demi-teintes, par un chant à mi-voix : il établit entre Verlaine et son lecteur une communion intime, ineffable, d'âme à âme.
Verlaine est un nerveux, à la fois sensuel et sensible partagé entre la volupté et l'anxiété, entre l'appel des plaisirs et le besoin d'un bonheur paisible et serein. Son coeur bientôt corrompu et blasé garde une émouvante nostalgie de la candeur perdue. Il voudrait retrouver le "le coeur enfantin et subtil", l'irresponsabilité du jeune âge ; il rêve d'être encore un enfant qu'on berce, qu'on dorlote et qu'on câline. Cette soif d'innocence se traduit dans son amour pour Mathilde Mauté et plus profondément, de façon pathétique et sublime, dans les élans mystiques de "Sagesse". Le vieux coeur flétri et souillé fait place à un jeune coeur lavé par la souffrance et par la grâce, tout vibrant d'amour. D'abord craintive et confuse, l'âme s'abandonne, extasiée, à l'appel divin.
<<De la musique avant toute chose >>
Tel est Verlaine, poète des rythmes subtils, jouant des sons et des mètres avec une virtuosité qui sait se faire oublier tant elle épouse les contours de l'âme.
Mètres impairs et combinés ou alexandrins subtilement rythmés, assonances suggestives (<<Les sanglots longs / Des violons / De l'automne... >>), exploitation poétique de la répétition - reprise obsédante dans "Soleils couchants" (Poèmes saturniens) ou bégaiements de l' âme - le registre est large des moyens que Verlaine exploita pour donner à la langue française une musicalité et une fluidité que celle-ci avait rarement atteintes.
Les influences que Verlaine subit, pour être nombreuses, n'ôtent rien à son originalité. Certaines sont plus apparentes que réelles (romantisme et Parnasse). La découverte de Baudelaire fut surtout un aiguillon qui lui permit, temporairement, de poursuivre sur des voies qu'il avait déjà explorées dans "Poèmes saturniens". L'usage est de rattacher Verlaine au mouvement symboliste.
Cette poésie pose un problème : elle nous séduit par sa pureté, par sa fraîcheur, par une sorte d'innocence miraculeusement préservée ; or qui oserait prétendre que l'homme était candide ? Quant à son art, Valéry a fait justice du mythe de la naïveté : "Ce naïf est un primitif organisé, un primitif comme il n'y a jamais eu de primitif, et qui procède d'un artiste fort habile et fort conscient... Jamais art plus subtil que cet art, qui suppose qu'on en fuit un autre, et non point qu'on le précède". La "candeur" de Verlaine et de sa poésie est donc complexe, et ambiguë (les Fêtes Galantes suffiraient à le prouver), mais elle n'est pas menteuse, ni artificielle. En marge des écoles et des théories, Verlaine a su élaborer le seul art capable d'exprimer les aspirations les plus profondes de son être "L'art, mes enfants, c'est d'être absolument soi-même ".
Parmi les oeuvres en prose du poête (pour une grande part autobiographiques et mineures), doit toutefois être signalé le recueil d' articles "Les Poètes maudits" (1884). qui révéla au public Rimbaud et Mallarmé, encore inconnus.
Longtemps très populaires, les vers de Verlaine ont été utilisés au cinéma : cela va de la scène d' anthologie d' "Un Carnet de bal" de Julien Duvivier (1937) où Louis Jouvet, en truand stylé, susurre le premier distique du Colloque sentimental (<<Dans le parc solitaire et glacé... >>) à Toto le héros de Jaco Van Dormael (1990) (<<Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant...>>) en passant par les films de guerre la "Chanson d'automne", message codé de la Résistance).
Notes :
1874, in Jadis et Naguère.
"L'auteur a procédé comme il fait toujours, naïvement non sans prudence. Toute liberté avouable, de la familiarité, parfois du patois, quelques assonances, des rimes répétées ou négatives, en très petit nombre, le tout serti dans une langue voulue claire mais resserrée le plus possible..."
Préface de Verlaine à ses Liturgies intimes (1892)
Richesse de son oeuvre poétique :
<<Plus d'un Verlaine, dans la mémoire, revendique à son tour la suprématie. Serait-ce le romantique énigmatique et maudit qui persévère par-delà les "Poèmes saturniens" ? Le magicien esthète des "Fêtes galantes" ? L'idyllique amoureux de "La Bonne Chanson" ? Ou plutôt l'initié des "Romances sans paroles", le maître et l'élève de Rimbaud ? Mais encore, si Rimbaud a été un intercesseur de la grâce, le Verlaine essentiel ne réside-t-il pas dans "Sagesse" ? A moins qu'il ne soit enfin ce poète délibérément installé dans la double et libre amitié de la chair et de l'âme, "Parallèlement" ? >>
-Jacques- Henri Bornecque, Verlaine, coll. Écrivain de toujours, Éd. du Seuil, 1966