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Bonjour à tous.... Une approche de certains écrivains ; vie, œuvres, extraits. A l'attention de la personne "ANONYME" qui se reconnaîtra.... : je n'ai jamais voulu m'approprier ce travail, j'ai noté dans ma page d'accueil les sources :Ce blog sans prétention aucune a été crée à partir de fiches -collection Atlas - et d'ouvrages - collection Lagarde et Michard et collection Nathan "Grands écrivains du Monde", -

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XIX ème / Tchekov / La Mouette


Tréplev, persuadé de son talent d'écrivain, est amoureux de Nina qui finit par comprendre que la patience prévaut sur la gloire et l' éclat.

Un des éléments importants du théâtre de Tchekhov est l' espace. L' auteur attache beaucoup d' importance aux lieux de ses pièces qu' il décrit minutieusement. Dans " La Mouette", il y a manifestement une évolution vers l' intimité. Les deux  premiers actes se jouent dans un parc et sur un terrain de croquet, le troisième dans une salle à manger, le quatrième dans le bureau de Tréplev. Enfin, pour le suicide de ce dernier, le décor n' est plus sur scène mais dans l' imagination du spectateur puisque l' on n' assiste pas à la tentative.

http://www.dlptheatre.net/info/la_mouette/images/affiche_mouette_petite.jpgLa musique de l'âme

En octobre 1896, "La Mouette" est jouée pour la première fois à Saint-Pétersbourg. Incontestablement, c'est l'une des plus  tchekhoviennes du répertoire de l'auteur, car tout ce qui fait la grandeur de ce théâtre y est réuni. Le temps s'écoule, ou plutôt la durée, omniprésent autant dans le déroulement des événements que dans les dialogues des personnages qui très souvent remarquent que "le temps passe". Les silences, si propres au dramaturge, essayent de suggérer ce qui est inexprimable, et veulent faire résonner la voix intérieure des hommes, cette voix pour qui les mots sont vains. Par ces non-dits, Tchekhov fait entrer les spectateurs dans l'intimité des personnages qui, contrairement aux personnages du théâtre classique, sont des antihéros. Admirable peintre d'une bourgeoisie fin de siècle, l'auteur ne fait que retranscrire la vie et la complexité psychologique de l'âme humaine. Tchekhov sait que l'homme est un être dont l'existence est sans issue : la résignation et le recours à la rêverie font de ce théâtre un théâtre pessimiste mais néanmoins superbe.

Du talent à la réalité

Tréplev, cet Hamlet tchekhovien, que son talent de dramaturge ne suffit pas à hisser à la hauteur de ses aspirations, cherche à être reconnu par sa mère qu'il aime passionnément et qu'il déteste, et par Nina dont il est éperdument amoureux. Mais ces deux femmes, l'une comédienne et la seconde désirant le devenir, ne portent d' intérêt qu 'à Trigorine, écrivain de second ordre, forçat de l'écriture qui n'a peut-être pas le talent de Tréplev mais qui, lui, est reconnu. L'amour, l'art, le théâtre sont des thèmes autour desquels gravitent les personnages, et derrière l'inaction manifeste de chacun d'entre eux se cache une action intérieure très intense contre l'autre, contre soi, contre les événements. Toutes les relations sont affectives, ce sont les sentiments qui relient les personnages, mais aucun d'entre eux, à part Nina, ne parviendra à dénouer ce noeud gordien qu'il porte en lui. Elle seule arrive à la lucidité, acceptant son échec plutôt que de fuir dans le suicide comme le fait Tréplev.

Extraits :

ACT 2

TRIGORINE. Moi ? (Haussant les épaules.) Hum... Vous parlez de célébrité, de bonheur, de vie lumineuse et intéressante, mais pour moi toutes ces belles paroles ne sont - excusez moi - pas autre chose qu' une marmelade dont je ne mange jamais. Vous êtes très jeune et très bonne.

NINA  Votre vie est belle !

TRIGORINE. Qu'est-ce qu' elle a donc de particulièrement bien ? (il regarde sa montre.) II faut que j' aille écrire. Excusez-moi, je n' ai pas le temps... (il rit.) Vous m' avez piqué au vif, comme on dit, et voilà que je commence à m' énerver, un peu à me fâcher. Mais parlons. Parlons de ma lumineuse et belle vie... Alors, par quoi commençons nous ? (il réfléchit un instant.) II y a parfois des idées qui vous tiennent : on pense jour et nuit, par exemple à la lune, eh bien, j' ai comme cela ma lune à moi. Jour et nuit une même idée obstinée me possède : il faut que j' écrive, il faut que j' écrive, il faut que... A peine j' ai terminé une nouvelle, aussitôt il faut, je ne sais pourquoi, que j' en écrive une autre, puis une troisième, après la troisième, une quatrième... J' écris sans interruption,  je cours la poste, je ne peux pas faire autrement. Quoi de beau et de lumineux là-dedans,  je vous le demande ?

                  ***

ACTE 4

NINA  lui regarde fixement le visage. Laissez-moi vous regarder. (elle regarde autour d'elle.) II fait chaud, on est bien... Ici, c' était un salon. J' ai beaucoup changé ?

TRÉPLEV. Oui... Vous avez maigri, et vos yeux sont plus grands. Nina, c' est un peu étrange pour moi de vous voir. Pourquoi ne m' avez-vous pas laissé approcher de vous ? Pourquoi n' êtes-vous pas venue plus tôt ? Je sais que vous êtes ici depuis près d' une semaine... Plusieurs fois par jour je suis allé vous voir, je restais sous votre fenêtre, comme un mendiant.

NINA. Je craignais que vous me haïssiez. Toutes les nuits je rêve que vous me regardez et que vous ne me reconnaissez pas. Si vous saviez ! Depuis mon arrivée,  je viens ici sans cesse... autour du lac. Autour de votre maison je suis venue plusieurs fois et je n'ai pas osé entrer. Asseyons-nous. (lls s'assoient.) Nous allons nous asseoir et parler, parler. On est bien ici, c' est chaud, c' est confortable... Vous entendez : il y a du vent ? II y a un passage dans Tourguéniev : "Heureux celui qui par de telles nuits reste à l'abri d' une maison, heureux qui a son coin chaud." Je suis une mouette... Non, ce n' est pas ce que je veux dire. (Elle se passe la main sur le front.) De quoi je parlais ?... Touguéniev... "Et que le Seigneur vienne en aide à tous les vagabonds sans asile..." Ce n' est rien

Notes :


"J'écris "La Mouette" non sans plaisir, bien que je me sente terriblement en faute quant aux conditions de la scène... C'est une comédie avec trois rôles de femmes et six rôles d'hommes. Quatre actes, un paysage (une vue sur un lac), beaucoup de discours sur la littérature, peu d'action, cinq tonnes d'amour."

- Tchekhov

"En parlant d'une image tangible et reconnaissable de la vie, telle que nous la rencontrons autour de nous, le drame tchekhovien s'élève à la hauteur des questions fondamentales de l' existence et devient ainsi une vision totale de la destinée humaine et une grande forme dramatique." .

- Joven Hristic

"L'écriture de Tchekhov, extrêmement concentrée, emploie un minimum de mots, un peu à la manière de Pinter ou Beckett. Comme chez eux, c'est la construction qui compte, le rythme, cette poésie purement théâtrale du mot juste au moment  juste. (...) Chez Tchekhov, les points, les virgules, les points de suspension sont d'une importance primordiale, aussi primordiale que les temps de Beckett. Si on ne les observe pas, on perd le rythme de la pièce et ses tensions."

- Peter Brook

 

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