Bonjour à tous.... Une approche de certains écrivains ; vie, œuvres, extraits. A l'attention de la personne "ANONYME" qui se reconnaîtra.... : je n'ai jamais voulu m'approprier ce travail, j'ai noté dans ma page d'accueil les sources :Ce blog sans prétention aucune a été crée à partir de fiches -collection Atlas - et d'ouvrages - collection Lagarde et Michard et collection Nathan "Grands écrivains du Monde", -
1897 1962
Naissance de l'écrivain
La première oeuvre publiée par Faulkner, à vingt deux ans (poème intitulé en Français "l'après-midi d'un faune") date de 1919 ; comme Dos Passos, Hemingway, E.E. Cummings la génération d'écrivains Américains venait de découvrir en France, que la guerre est une boucherie, l'héroïsme, un mythe, et les valeurs des baudruches.
Mais pour celui qui n'avait pas encore ajouté au nom de famille (Falkner) la lettre qui fera la différence, les lendemains de la Première Guerre mondiale étaient d'autant plus amers qu'il n'avait pas accédé au front. Sa naissance à la littérature se fait sous le signe d'une triple frustration : frustration d'action et de gloire, puisqu'il n'a pas tout à fait achevé sa formation de pilote de la R.A.F. à Toronto lorsque l'armistice le surprend ; frustration d'amour, aussi, puisqu'à son retour chez lui, celle qui deviendra finalement sa femme, dix ans plus tard, après un divorce, vient d'en épouser un autre ; frustration de statut social enfin, puisqu'il n'est bon à rien (le <<Vicomte Vaurien>>, tel est son surnom à cette époque), pas même à expédier correctement le courrier de l'Université du Mississippi, où son père est administrateur. Il se trouve donc seul devant les feuilles blanches qu'il va noircir pendant dix ans d'assez mauvais poèmes, de proses nettement plus prometteuses et, en 1926 et 1927, des deux premiers romans, "Monnaie de singe" et "Moustiques".
L'exil intérieur
En, 1929, lorqu'il publie coup sur coup "Sartoris" et "Le Bruit et la fureur" Faulkner a fait brièvement l'expérience de 3 grandes villes (New-York, La Nouvelle Orléans et Paris), mais déjà à trente deux ans, il a effectué un choix majeur, qui le situe à l'opposé des exilés parisiens de la <<génération perdue>> : il s'est installé définitivement à Oxford (Mississippi), une bourgade
d'environ deux mille habitants, à peine sortie du XIX ème siècle. Là, il épouse Estelle Oldham Franklin (dont il aura une fille, Jill, en 1933 et qui restera son unique enfant) ; puis il acquiert une maison délabrée d'avant la guerre de Sécession, dont il fait sa demeure.
Commence alors un véritable exil intérieur qui va durer vingt ans, pendant lesquels s'élabore l'une des oeuvres littéraires les plus importantes du siècle, et duquel Faulkner émergera seulement, hormis les nombreux séjours à Hollywood - "les mines de sel" qui lui permettaient de gagner l'argent que ne lui procuraient pas ses livres - avec le prix Nobel, en 1950. Alors sa vie se détend : il se remet à voyager, allant même à jouer un rôle semi-officiel d'ambassadeur itinérant pour le Département d'Etat ; il cède volontiers aux sollicitations de plus d'une jeune admiratrice en mal d'écriture ; il écrit moins et plus difficilement. A la hantise des 25 premières années, l'agent, se substitue celle du doute. L'alcool, par à-coups, lui servira de recours jusqu'à l'ultime limite, celle qu'il franchira pour ne plus en revenir, le 6 juillet 1962, à Byhalia (Mississippi), non loin de chez lui, dans une "maison de retraite"où il avait déjà tenté de se désintoxiquer.
Une oeuvre en spirale
C'est donc en 1929 que le troisième roman de Faulkner, "Sartoris" inaugure la délimitation du domaine auquel, sept ans plus tard, sous la forme d'une carte qu'il donne en appendice "Absalom ; Absolom !"*, il ajoutera l'appellation, avec cette légende : <<Comté de Yoknapatawpha, Mississippi (chef -lieu, Jefferson) ; superficie 2400 miles carrés ; population : 6298 Blancs, 9313 Noirs. William Faulkner, Unique Possesseur et Propriétaire>>.
* http://fr.wikipedia.org/wiki/Absalon,_Absalon!
Pourtant, il ne faudrait pas limiter son oeuvre à ce comté mythique : on peut, en effet, estimer que cinq romans et une vingtaine de nouvelles n'y sont pas spécifiquement localisés. A l'opposé de celle de Balzac, l'oeuvre de Faulkner ne s'étend pas horizontalement, en annexant les diverses "scènes" de la vie sociale, mais verticalement et en profondeur, à la manière d'un foret. C'est ainsi qu'ont voit la série de ses plus grands romans dessiner une sorte de spirale en revenant l'un après l'autre sur des problèmes abordés dans le précédent : la figure est nettement celle de la répétition dans la différence. "Absolom, Absolom ! "(1936) reprend "Le Bruit et la fureur", "Descends, Moïse" (1942) revient sur "Absolom, Absolom !", et enfin "Parabole" (1954) tente de totaliser : tel est l'oeuvre, ou même l'âme de l'oeuvre de Faulkner, qui se déploie donc en volute autour d'une réflexion centrale et intense jusqu'à être douloureuse, sur la nature de la vérité.
Classique ou moderne
En un sens, Faulkner est encore un classique (ou un romantique) : à partir de 1929 et de la découverte émerveillée de ce qu''il pouvait faire dire à l'écriture (Le Bruit et la fureur semble en effet lui ouvrir les portes du possible en littérature), les oeuvres successives vont lui permettre de concevoir un projet démesuré, celui de l'Oeuvre, de l'Opus monumental qu'on paraphe avant de mourir ou, mieux, qu'on laisse à l'humanité comme un fragment anonyme de sa propre mémoire. C'est aussi un classique, en ce qu'aucun de ses récits n'abandonne la référence au réel ; <<le réalisme de Faulkner est d'un genre nouveau, "subjectif", et plus soucieux de communiquer le discours du moi sur le monde que l'ordre des faits eux-mêmes>>.
En revanche, Faulkner est un moderne dans le sens où, avec lui, bien des conventions du genre romanesque sont tombées comme des masques, à commencer par celle de la <<psychologie>> des personnages, catégorie si chère aux Français, qui aiment coller sur tel ou tel héros l'étiquette des grands sentiments (il y a l'amoueux, l'ambitieux, l'avare, le jaloux, etc...) ; moderne aussi, car chez lui, le lecteur voit l'oeuvre se faire sous ses yeux, à tel point qu'il lui faut assumer une certaine collaboration pour réunir, par exemple, les morceaux épars de l'univers des Compson* dans "Le Bruit et la fureur", ou dans "Tandis que j'agonise", les cinquante-neuf discours des personnages pour "totaliser" l'évènement qu'est la mort de la mère et ses conséquences ; moderne enfin par les audaces, les excès mêmes, et les étranges beautés qui sont dans son écriture.
*http://fr.wikipedia.org/wiki/Quentin_Compson
Un poète tragique
En réalite, proche de celles d'Eschyle, de Dostoïevski, de Melville et de Beckett, l'oeuvre de Faulkner s'érige au-dessus d'insondables profondeurs qu'elle a pour double mission - comme toute écriture vraie - de suggérer mais aussi de conjurer. Surtout, ces profondeurs, qui sont évidemment celles de l'inconscient de l'auteur, sont aussi les notres, celle de tout homme face au temps et à la mort, au sentiment de néant et à l'angoisse du vide.
La France a donc eu raison de reconnaître en lui très tôt ce qu'il est : un poète tragique. En particulier, André Malraux eut le mérite d'attirer d'emblée l'attention sur cette dimension de l'art faulknérien, alors que les premiers critiques américains, hormis quelqu'uns se fourvoyaient dans une lecture "régionaliste". Car, dans la préface que donna Malraux à ce roman, c'est moins la conclusion trop célèbre sur "Sanctuaire" comme <<l'intrusion de la tragédie grecque dans le roman policier>> qu'il faut retenir, que cette phrase : <<[...] il s'agit d'un état psychologique sur quoi repose presque tout l'art tragique, et qui n'a jamais été étudié parcequ'il ne ressortit pas à l'esthétique : la fascination>>.