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20 août 2009 4 20 /08 /août /2009 13:10

1522 ?  -  1560



Joachim du Bellay, est un poète  Français, né vers 1522 dans le Maine et Loire, au chateau  de la Turmelière, et mort en 1560 à Paris.  Sa  rencontre avec Pierre de Ronsard,  fut à l'origine de la formation de la Pléiade ; groupe de poètes auquel Du Bellay donna son "manifeste" 
(
déclaration écrite et publique par laquelle un gouvernement, un homme ou un parti expose une décision, un programme ou une position, le plus souvent politique ou esthétique),  la " Défense et illustration de la langue française". Son œuvre la plus célèbre, "Les Regrets" est un recueil de sonnets d'inspiration élégiaque et satirique, écrit à l'occasion de son voyage à
Rome de 1553 à 1557.

Issu d'une famille de noblesse ancienne (famille de cardinaux, de diplomates et de gouverneurs), le jeune Joachim est orphelin de père et de mère avant qu'il n'ait 10 ans. Il est confié à la tutelle de René, son frère aîné. Ce dernier le néglige. Si l'on en croit les propres affirmations de Joachim du Bellay, il a une enfance triste, solitaire à la Turmelière dans le manoir paternel. Il devient un adolescent fragile qui apprend à se recueillir dans la solitude des forêts et à rêver sur les bords de la Loire. Néanmoins, il se rend régulièrement dans un autre domaine familial, le château de Gizeux, propriété de la famille du Bellay située dans le grand Anjou historique.



Les Regrets :


Pendant son séjour à Rome, un poète français, déçu et souffrant, critique la Renaissance italienne et aspire au retour dans sa patrie.



                                                                           

Mélancolique séjour


C' est vers la fin de son séjour que du Bellay entreprend d'écrire ces sonnets ; comme une antithèse des  Antiquités. Il a trente-cinq ans. Depuis six ans, il accompagne en Italie son cousin, le cardinal du Bellay, ambassadeur de France auprès du pape. Joachim est intendant de la maison du cardinal. Passé les éblouissements que lui procurent la vue des monuments romains, la splendeur de la Ville éternelle, chargé de
besognes qui ne conviennent pas à ses goûts, spectateur des bassesses des courtisans du pape, il se met à détester cette vie qui lui est faite. Il sait qu'en France d'autres ont profité de son absence pour le  remplacer auprès des Grands et qu'il est oublié. Surtout, il est plein de nostalgie en songeant à la vie paisible et rustique de son pays, l'Anjou, à son bon sens qui s'oppose au monde romain, rocailleux, sournois et intrigant.  Il en perd le goût d'écrire : "De la postérité je n'ai plus de souci, / Cette divine ardeur, je ne l'ai plus aussi, / Et les muses de moi, comme étranges, s' enfuient." Il ne peut s'empêcher, se dispenser d'écrire, mais il ne veut pas se donner trop de peine en composant ses sonnets.  Il livre ses impressions comme elles viennent :

"Je me plains à mes vers si j'ai quelque regret,
Je me ris avec eux, je leur dis mon secret."


Une satire amère


Volontiers satiriques, quatre-vingt-deux sonnets décrivent la vie à Rome, la vie de tous les jours et le  déroulement historique des événements.  Du Bellay raconte son voyage, son retour en France et sa désillusion : la cour de François Ier est semblable à celle des prélats de l'Église. Sa seule consolation est l'immense amour qu'il porte à Madame, soeur du roi, Marguerite de Navarre, l'épouse du duc de Savoie, à qui il dédie la demière partie du recueil, consacrée aux portraits de ses contemporains.


*****************

Extraits



Las ! où est maintenant ce mépris de Fortune ?
Où est ce coeur vainqueur de toute adversité,
Cet honnête désir d' immortalité,
Et cette honnête flamme au peuple non commune ?

Où sont ces doux plaisirs qu' au soir, sous la nuit brune,
Les Muses me donnaient, alors qu' en liberté,
Dessus le vert tapis d' un rivage écarté,
Je les menais danser aux rayons de la lune

Maintenant la Fortune est maÎtresse de moi,
Et mon coeur, qui voulait être maÎtre de soi,
Est serf de mille maux et regrets qui m' ennuient.

De la postérité je n'ai plus de souci,
Cette divine ardeur, je n' en l' ai plus aussi,
Et les Muses de moi, comme étranges, s' enfuient.
                                                                         
                                                                    (Regrets, VI)


Heureux qui comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestui-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d' usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas ! de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m' est une province, et beaucoup d' avantage ?

Plus me plaît le séjour qu'on bâti mes aïeux
Que des palais romains le front audacieux ;
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise ,fine,

Plus mon Loire gaulois que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin le douceur angevine.

                                                                 (Regrets XXXI)

Marcher d' un grave pas et d' un grave souci
Et d' un grave souris à chacun faire fête,
Balancer tous ses mots, répondre de la tête,
Avec un Messer non ou bien un Messer si ..
Entremêler souvent un petit E cosi,
Et d' un son Servitor contrefaire l' honnête ;
Et, comme si l' on eût sa part en la conquête,
Discourir sur Florence, et sur Naples aussi ;

Seigneuriser chacun d' un baisement de main,
Et, suivant la façon du courtisan romain,
Cacher sa pauvreté d' une brave apparence :

Voilà de cette cour la plus grande vertu
Dont souvent, mal monté, mal sain et mal vêtu,
Sans barbe et sans argent, on s' en retourne en France.

                                                  (Regrets, LXXXVI)


***********************



Humaniste, Du Bellay  s’est rendu à Rome avec son oncle le cardinal Jean Du Bellay. Il va être très déçu par les courtisans et par les ruines de la ville. Il décrit cela dans son recueil  Les Antiquités de Rome (1558). Sous les dehors trompeurs d’un guide de curiosités à l’usage du visiteur, se cache l’amer constat de la vieillesse, de la mort et de la déréliction.

Ce séjour au pays d'Horace et de Pétrarque le séduisit d'abord, puis le déprima profondément. D'une santé fragile, isolé par la surdité dont il était atteint, et surtout nostalgique de son Anjou natal, il ne put apprécier la beauté de Rome sans amertume : le spectacle des ruines le plongea dans une sombre méditation sur le déclin de toute chose, qui lui inspira le recueil les " Antiquités de Rome", publié à son retour en France, en 1558, sous le titre complet de : "Premier Livre des Antiquités de Rome", contenant une description générale de sa grandeur et comme une déploration de sa ruine.

Ce recueil de 32 sonnets, d'une tonalité grave et presque solennelle, reprend un motif traditionnel de la poésie consacrée à Rome, puisqu'il chante la gloire passée de la Rome antique, contrastant violemment, aux yeux du poète, avec la Rome dans laquelle il évolue, celle des papes, où il ne voit que luxure, bassesse et compromission. Du Bellay sut pourtant renouveler ce thème, en élargissant l'objet de sa déploration à la disparition fatale de toute chose créée, ce qui donne lieu à une méditation sincère et émouvante sur le temps destructeur et sur la vanité de l'existence.



Nouveau venu, qui cherches Rome en Rome
Et rien de Rome en Rome n’aperçois,
Ces vieux palais, ces vieux arcs que tu vois,
Et ces vieux murs, c’est ce que Rome on nomme.

Vois quel orgueil, quelle ruine et comme
Celle qui mit le monde sous ses lois,
Pour dompter tout, se dompta quelquefois,
Et devint proie au temps, qui tout consomme.

Rome de Rome est le seul monument,
Et Rome Rome a vaincu seulement.
Le Tibre seul, qui vers la mer s’enfuit,

Reste de Rome. Ô mondaine inconstance !
Ce qui est ferme est par le temps détruit,
Et ce qui fuit au temps fait résistance.


Du Bellay - Les Antiquités de Rome


Comparés aux "Antiquités de Rome", les "Regrets" sont, aux yeux de leur auteur, un projet poétique plus modeste, car plus intime : ce n'est plus Rome qui occupe ici le devant de la scène, mais sa mélancolie et ses «regrets», saisis au jour le jour. Composés dans une langue simple qui délaisse les artifices de la rhétorique et le style élevé, les sonnets du poète exilé représentent aujourd'hui encore la part la plus lue et la plus appréciée de l'oeuvre de du Bellay.

Resté de son vivant dans l'ombre de son ami Ronsard, du Bellay se distingue nettement de lui par son inspiration plus sincère, intime et pessimiste.

Notes



Les Regrets sont autant un document historique en ce qu'ils décrivent précisément les mæurs et les gestes d'une époque dans un lieu donné qu' un monument littéraire parce qu'ils sont à l'origine de tout un courant littéraire dont sont empreints les écrivains d'aujourd'hui.

Du Bellay a inventé un genre littéraire, le "regret" qui s'attache à exprimer poétiquement  ''l'estrangement'', l'indifférence, le divorce entre les choses et soi, le monde et soi, et entre soi et soi-même. Il se démarque ainsi de tous  les auteurs alors connus : "Et moins veux-je imiter d'un Pétrarque la grâce / Ou la voix d'un Ronsard pour chanter mes regrets (...) / Aussi veux-je (...) que ce que je compose / soit une prose en rime ou une rime en prose / Et ne  veux pour cela de laurier mériter." -

Joachim du Bellay


Au reste, Les Regrets sont très vivants : cent quarante-cinq personnages animent les sonnets. A leur suite, une foule de figurants, de courtisans, de passants, d'artisans est décrite pour marquer la vie dans  l'écoulement des jours.

"L'organisation des Regrets est fort simple. De la déploration, du regret proprement dit, on passe à l'observation, puis à la satire. Satirisant, on passe d'Italie en France. Et "la France regrettant", et la France regardant, on passe de la satire à l'éloge."

Yvonne Bélenger, Du Bellay, ses regrets qu' il fit dans Rome




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Published by Cathou
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Divers personnages....


DANTE


                                                                                                      Béatrice Portinari









Dante par Giotto








Première page de la Divine Comédie













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SOPHOCLE



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                                                                                                       Antigone




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Philotecte abandonné par les Grecs







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Sophocle  Bas relief en marbre









Sophocle




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Pythagore



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Le Banquet manuscrit sur papyrus.






Platon par Raphaël





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ARISTOTE





Aristote par Raphaël




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Aristote sur une fresque murale à Rome




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Alexandre à une bataille






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Alexandre combattant un lion







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Bronze - Alexandre









Buste d'Alexandre le Grand







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Alexandre et Aristote





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Enluminure "Chanson de Roland"










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Mort de Roland à Ronceveaux
















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Charlemagne et le Pape Adrien I






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Charlemagne et son fils Louis le Pieux






RUTEBOEUF

                            



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