Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 août 2009 7 16 /08 /août /2009 09:00

445 ? - 380 ? av J.C.


Le << siècle de Périclès >>, qui marqua l' apogée d' Athènes, fut l'époque, parmi d'autres, de Phidias, d' Hérodote, d'Anaxagore, de Protagoras, de Socrate, de Sophocle et d' Euripide.


Le <<grand>> siècle

Né probablement en 450 avant J-C, Aristophane vécut et écrivit son oeuvre pendant une période particulièrement importante de l'histoire grecque. Il  connut en effet la fin de la brillante période du siècle de Périclès (mort en 429) et les trente  années de la guerre du Péloponnèse, ainsi que la décadence qui  s'en suivit. Il commença donc à écrire dans un climat exceptionnel de paix, et même d'insouciance, où la liberté pouvait s'exprimer sans restrictions. Ou presque, car il semble qu'en 415, un décret interdit aux auteurs de comédie de ridiculiser ou d'insulter nommément un citoyen. Il faut croire que la comédie était un genre très vivant et fort prisé pour qu'il fût nécessaire d'en limiter les effets par trop ravageurs. Voilà pour le climat  général. Quant à la vie même d'Aristophane, comme celle des autres grands écrivains de son temps (Euripide, Sophocle
) et contrairement à celle des hommes politiques, ce qu'on en sait se limite à des anecdotes ; pour en savoir plus, il faut se référer à son oeuvre, c'est-à-dire aux onze pièces complètes qui nous  sont parvenues.


Une bonne éducation et une grande culture

On pense qu'Aristophane passa une bonne partie de son enfance et de sa jeunesse à la campagne, qu'il connaissait bien et qu'il décrivit avec amour. Son père avait pour nom  Philippe et sa mère Zénodara, et sa famille appartenait sans aucun doute, à la classe aisée de la société athénienne. Aristophane reçut une excellente éducation et se consacra avec sérieux à de solides études littéraires et philosophiques. À cette époque Sophocle dominait l'art dramatique, tandis qu'Euripide essayait de placer ses premières pièces. Les poètes qui constituaient la base culturelle de la jeunesse d'alors étaient Homère (pour les dieux et les héros), Hésiode (pour les hommes de tous les jours),  Eschyle (pour la tragédie) et Esope (pour les fables).

Les enfants consacraient aussi beaucoup de temps à la musique et au chant choral, parthénées pour les cortèges de jeunes filles,  panégyriques (discours public à la louange d'un personnage illustre, d'une nation, ou d'une chose et, dans l'occident chrétien, un sermon faisant l'éloge d'un saint. Le terme a pris aujourd'hui le sens plus général de louange ou d’apologie, et s’utilise parfois dans le sens péjoratif d’éloge emphatique ou exagéré) chants funèbres, chants bachiques en l'honneur du dieu du vin (Bacchus), chansons de table (scolies ou court poème lyrique consistant normalement en une strophe destinée à être chanté après le dîner, pendant le symposium (moment où l'on boit le vin). ), etc. On  chantait beaucoup à Athènes, y compris dans la comédie antique, qui n'avait en fait pas grand-chose à voir avec ce que nous appelons comédie.

Aristophane fut  un jeune homme d'une très vaste culture, comme en témoignent ses oeuvres, qui s'adressaient à un public averti, apte à comprendre son humour, ses allusions et ses références culturelles. Il  ne semble pas avoir fréquenté une des académies supérieures qui étaient alors en vogue à Athènes. En revanche, on sait qu'il s'inspira très tôt d'un thème de discussion favori des Athéniens : le traitement des fonc  tionnaires. Périclès, en vertu des idées démocratiques qu'il défendait, avait octroyé une véritable souveraineté à tous les  citoyens, qui pouvaient dès lors, par tirage au sort, devenir employés de l'État. Il fut nécessaire d'établir des rétributions pour les différents services de l'État, selon des barèmes qui provoquèrent des discussions et des querelles sans fin entre les Athéniens. Il n'est pas étonnant, par conséquent, qu'Aristophane se soit plu, comme dans "Les Guêpes", à se moquer des fonctionnaires et des candidats fonctionnaires.

Pour les "anciens"

En 431, la famille d'Aristophane s'installa à Égine, les habitants de l'île ayant été expulsés au profit des familles athéniennes, sous prétexte de leur responsabilité dans le déclenchement de la guerre du  Péloponnèse (432). On pense que l'écrivain y passa l' essentiel de sa vie, commençant à y écrire ses premières pièces et faisant preuve aussitôt d'un talent indéniable d'amuseur public, d'esprit critique et même caustique. Sa première comédie, "Les Détaliens" (ou Les Convives, dont il ne nous reste que des fragments), voit s'affronter des "anciens" et des "modernes", un thème qui allait devenir un classique du théâtre grec. Mais Aristophane, contrairement à ses confrères, ne prend pas parti pour la jeunesse, le changement et la révolution, mais pour la vieillesse, la stabilité et l' esprit conservateur. Ses héros sont des vieillards, même si cela ne l' empêche nullement de les ridiculiser. En brocardant la jeunesse, il dénonçait aussi la décadence spirituelle des années de guerre. Cette première oeuvre, qui devait être jouée devant quinze ou vingt mille spectateurs, Aristophane l'attribua à un certain Callistrate, chef de choeur, car, comme il le dit plus tard, " étant une jeune fille encore et n'ayant pas le droit d'enfanter
, j'exposai mon premier-né qu'une autre jeune femme  adopta". La pièce obtint un prix lors de sa création en 427 et fut ainsi la première d'une longue série de quarante-quatre comédies (au dire des anciens), dont le ton, du comique au grinçant,  allait refléter l'évolution de la situation politique. La guerre finit en effet par casser quelque peu le ressort de sa verve et marqua le passage de "l'ancienne comédie antique" - engagée, allégorique, mettant en cause des personnes - à la "moyenne comédie antique", - moins virulente et plus impersonnelle.

 La comédie ancienne reste très proche, dans son style et dans sa structure, du cômos* originel : après le prologue et la parodos, ou entrée du Chæur -les Choreutes sont souvent affublés de masques d'animaux : guêpes, oiseaux, grenouilles-, viennent deux parties essentielles: l' agôn perpétuation du combat rituel, qui prend souvent la forme plus posée d'un débat oratoire, par où s'achève parfois l'action proprement dite, et la parabase, où le Choeur, rejetant à la fois manteaux et fiction dramatique, vient au nom du poète haranguer le public. Puis se succèdent des tableaux alternant avec les chants du Choeur jusqu'à l'exodos ou sortie, qui a souvent l'allure d'un cômos (1). Ce schéma est susceptible de mainte variation.

* À l'origine, fête de la nature dédiée au dieu Dionysos et à son cortège lors des vendanges. Au VIe siècle av. J.C. sur les vases attiques, les comos désignent le bruyant cortège de joyeux buveurs accompagnés de musiciennes. Il semble qu'il ait perdu sa valeur rituelle pour devenir un simple divertissement privé.



"Les Guêpes"

Les guêpes marquent le retour d'Aristophane à la comédie politique puisqu'il s'attaque dans cette pièce à l'organisation judiciaire, une des plus grandes institutions athéniennes. Cette pièce présente une opposition entre le père (Philocléon) et le fils (Bdélycléon) et la sorite* de départ est claire : les Athéniens ont la manie de juger ; les procès sont publics ; donc ils ne se tiennent pas à domicile ; la manie des procès à domicile n'est pas dangereuse. Cette idée domine plutôt dans la première partie car la seconde développe plus les conflits des deux générations et ceux de la Nature face à la Loi. L'agôn** de cette pièce oppose Philocléon et Bdélycléon dans un débat de forme rhétorique : Bdélycléon veut guérir son père de sa maladie de juger en le persuadant et en lui apportant un procès à domicile. On peut alors se demander dans quelle mesure cet extrait est un bon passage de l'ancienne comédie.


*    
jclat.typepad.com/think/2004/11/sorite.html
* *   Du grec abcien agon (« lutte, compétition »).


Quand je rentre au logis avec mes quelques sous,

J'aime que mes enfants se jettent à mon cou.

Ma fille me toilette et parfume mes pieds ;

Elle me flatte et m'offre un suave baiser.

Elle en profite pour de ma bouche enlever

Mes oboles. Ma femme a fait un bon soufflé ;

Assise à mes côtés, je me dois de manger.

C'est cela qui me plaît ! Je ne suis pas forcé

D'appuyer mon regard sur le maître d'hôtel

Afin que le repas me soit enfin donné.

Et sans injure aucune, on me fait un gâteau.

Tels sont donc « les remparts contre les infortunes »

Que je me suis bâti et l'« l'armure protectrice »

Contre la lance aigue dont je me suis muni.

 

Nature de la comédie ancienne

 

Pendant près d'un siècle, la comédie ancienne maintient un lien unique entre la poésie et la vie publique : le poète-citoyen s'adresse à un public de citoyens réuni en une cérémonie publique pour débattre devant lui des affaires de la cité, critiquant avec une liberté totale les institutions, les événements et les hommes.
Educateur de la cité, le poète comique ne procède pas par allusions, ne se retranche pas derrière la fiction dramatique : la parabase  (
partie de la comédie grecque où le poète s'adressait aux spectateurs) est le moment caractéristique où la  "scène" cesse de représenter l'univers fictif du drame et devient tribune publique d'où le poète s'adresse directement à son auditoire. La parabase est au coeur de la comédie ancienne ; dans la comédie moyenne, elle n'existe plus.

 

Franchise comique


Outre les grands sujets d'actualité, les comédies abondent en allusions sur tout ce qui fait la vie quotidienne d'Athènes entre 425 et 400. Elles ont par là valeur de document mais posent d'insolubles problèmes à qui, traducteur ou metteur en scène, veut, sans modifier le détail, les transposer dans un autre temps et une autre société. Aristophane parle, sur tout et tous, avec une audace stupéfiante ; il ne respecte, à la lettre, ni dieu ni homme : l'ennemi d'élection, Cléon, qui domine toute la politique athénienne de 429 à 422, est présenté sous les traits ridicules et odieux d'un esclave alors qu'il est au faîte de sa puissance (Les Cavaliers). Avec une tranquille impudeur, le poète trace encore de lui, un an après sa mort, un portrait obscène et monstrueux (La Paix). La raillerie passe toute décence, toute vraisemblance : Cléon le tanneur dégage d'effroyables puanteurs, le fier Euripide est fils d'une marchande de légumes, ses deux mariages lui ont donné une solide connaissance de la femme adultère. Les dieux ne sont pas mieux servis : Hermès trahit son devoir pour une coupe en or (La Paix) , Héraclès se vend pour une brochette de grives (Les Oiseaux), et Dionysos, le propre dieu du théâtre, est un pâle froussard  (Les Grenouilles).

Non qu' Aristophane soit le moins du monde athée ou irréligieux. L'impertinence vis-à-vis des dieux, comme on le sait depuis Homère, fait naître le rire à coup sûr et n'a rien qui puisse choquer la piété grecque. On trouve aussi bien dans la comédie un respect scrupuleux des rites, des cultes et des fêtes, des prières ferventes, et des hymnes aux dieux.

 

La satire personnelle

Dans la longue liste des personnages qu'Aristophane prend pour cibles de ses railleries, quelques noms méritent d'être relevés : d'abord, les chefs politiques, ces grands hommes que le poète voit par leurs petits côtés : Périclès, qui déclenche la guerre pour venger le rapt de deux "pensionnaires" de sa maîtresse Aspasie présentée comme une maquerelle (Les Acharniens), et Cléon, braillard, flagorneur, belliciste  acharné, le plus dangereux, le plus rapace des démagogues. Puis des personnages insolites : Euripide, l'intellectuel hautain, Socrate, philosophe et va-nu-pieds, dont le physique est déjà une caricature. D'autres enfin que leur allure ou leur comportement hausse au rang de types comiques : le stratège Lamachos, ancêtre de tous les matamores, Cléonyme le lâche et Clisthène l'inverti. Peu importe qui ils furent, ils font partie du matériel de la comédie. On voit la pertinence du choix : la valeur, les idées d'un homme pèsent moins que ce par quoi il peut prêter à rire, sa situation, ses mæurs, son physique.


 

Partager cet article

Repost 0
Published by Cathou
commenter cet article

commentaires

Serafina pereira 24/09/2013 13:08

Fantasto!!!estou emocionada.um abraço

Présentation

  • : Le blog de Cathou
  • Le blog de Cathou
  • : Bonjour à tous.... Une approche de certains écrivains ; vie, œuvres, extraits. A l'attention de la personne "ANONYME" qui se reconnaîtra.... : je n'ai jamais voulu m'approprier ce travail, j'ai noté dans ma page d'accueil les sources :Ce blog sans prétention aucune a été crée à partir de fiches -collection Atlas - et d'ouvrages - collection Lagarde et Michard et collection Nathan "Grands écrivains du Monde", -
  • Contact

Divers personnages....


DANTE


                                                                                                      Béatrice Portinari









Dante par Giotto








Première page de la Divine Comédie













************************************************






SOPHOCLE



http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/92/Sophocles.jpg/220px-Sophocles.jpg

                                                                                                            


     
       

                      

                                                                                                       Antigone




http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/fc/Philoctetes_Hermonax_Louvre_G413.jpg/180px-Philoctetes_Hermonax_Louvre_G413.jpg

Philotecte abandonné par les Grecs







http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/ff/Sophocles_CdM_Chab3308.jpg/180px-Sophocles_CdM_Chab3308.jpg
Sophocle  Bas relief en marbre









Sophocle




*********************************************************************************




http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/3f/Sanzio_01_Pythagoras.jpg/220px-Sanzio_01_Pythagoras.jpg

Pythagore



http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/ca/Plato_Symposium_papyrus.jpg/220px-Plato_Symposium_papyrus.jpg

Le Banquet manuscrit sur papyrus.






Platon par Raphaël





http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/a4/Aristoteles_Louvre.jpg/200px-Aristoteles_Louvre.jpg

ARISTOTE





Aristote par Raphaël




http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/98/Sanzio_01_Plato_Aristotle.jpg/200px-Sanzio_01_Plato_Aristotle.jpg


Aristote sur une fresque murale à Rome




http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/ac/BattleofIssus333BC-mosaic-detail1.jpg/300px-BattleofIssus333BC-mosaic-detail1.jpg


Alexandre à une bataille






http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/79/AlexanderAndLion.jpg/300px-AlexanderAndLion.jpg



Alexandre combattant un lion







http://upload.wikimedia.org/wikipedia/fr/thumb/3/38/Alexander_on_Bucephalus_bronze_statue.jpg/200px-Alexander_on_Bucephalus_bronze_statue.jpg



Bronze - Alexandre









Buste d'Alexandre le Grand







http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/3b/Alexander_and_Aristotle.jpg/250px-Alexander_and_Aristotle.jpg

Alexandre et Aristote





http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/c1/Grandes_chroniques_Roland.jpg/300px-Grandes_chroniques_Roland.jpg
Enluminure "Chanson de Roland"










http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/18/Mort_de_Roland.jpg/300px-Mort_de_Roland.jpg
Mort de Roland à Ronceveaux
















http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/d6/Charlemagne_and_Pope_Adrian_I.jpg/250px-Charlemagne_and_Pope_Adrian_I.jpg
Charlemagne et le Pape Adrien I






http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/75/Charlemagne_et_Louis_le_Pieux.jpg/250px-Charlemagne_et_Louis_le_Pieux.jpg


Charlemagne et son fils Louis le Pieux






RUTEBOEUF

                            



http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:CSPIsFWD7EZ5VM:http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/5f/Jean_de_Joinville.jpg






Ruteboeuf par Clément Marot

Archives