Bonjour à tous.... Une approche de certains écrivains ; vie, œuvres, extraits. A l'attention de la personne "ANONYME" qui se reconnaîtra.... : je n'ai jamais voulu m'approprier ce travail, j'ai noté dans ma page d'accueil les sources :Ce blog sans prétention aucune a été crée à partir de fiches -collection Atlas - et d'ouvrages - collection Lagarde et Michard et collection Nathan "Grands écrivains du Monde", -
Un jeune aristocrate dédaigne l'amour que lui offre une jeune femme pour s'éprendre d'elle quand il est trop tard.

Dans ce roman en vers publié en 1833, la narration, entrecoupée de digressions, de parodies et d'effusions lyriques bouscule les règles du roman traditionnel. Tchaïkovski a d'autre part repris l'argument du roman en 1879 dans son opéra "Eugène Onéguine".
Ironie du destin
Eugène Onéguine, jeune aristocrate russe désoeuvré, traîne son ennui de fêtes moscovites en lectures disparates et en rêves de voyage. L'héritage d'un oncle l'amène à vivre à la campagne où il se lie d'amitié avec un jeune poète <<shillérien >>, Lenski, passionnément épris d'Olga. La soeur de cette dernière, Tatiana, déclare dans une lettre son amour à Onéguine, qui la repousse. A la suite d'un malentendu né de la jalousie, Lenski et Onéguine se battent en duel. Lenski est tué. Cet épisode dramatique (qui constitue une tragique coïncidence avec la propre mort de Pouchkine) est pressenti en rêve par Tatiana. Onéguine se met à voyager, tandis qu'Olga oublie très vite Lenski et que Tatiana, toujours amoureuse d'Onéguine, se marie cependant avec un général moscovite. De retour à Moscou, le héros retrouve l'amante dédaignée jadis et s'éprend d'elle, mais elle se refuse à lui par fidélité à son mari.
Un <<Je >> omniprésent
Dès le début de son roman, Pouchkine déroute le lecteur par un fragment de texte apparemment étranger à la narration et dont le sens ne s'éclaircira qu'à la fin du premier chapitre. Le narrateur se fera ainsi entendre tout au long de son oeuvre par des commentaires sur le récit qu'il est en train de faire, sur son style, et sur l'attente du lecteur. Le rôle des trois personnages principaux acquiert ainsi un autre sens sous l' éclairage du projet déconstructionniste et autobiographique qui gouverne tour à tour le récit : Onéguine représenterait dans cette optique le dandy épris des plaisirs et des nouveaux ouvrages, double de Pouchkine ; la parodie du langage ampoulé et rhétorique de Lenski, ainsi que le fait qu'il soit tué dans l'histoire, règlent son compte à ce type de littérature ; Tatiana enfin, personnage que le narrateur semble affectionner particulièrement, parle certes le langage des romans par lettres du XVIII ème siècle, mais est aussi ouverte au langage du rêve, de l'inconscient et des contes populaires, désignés ainsi comme source authentique d'inspiration.
<<Pouchkine fut un narrateur n'hésitant pas à rompre avec la littérature d'évasion et le romantisme pour donner leur vrai nom aux choses, ce qui, à l' époque, choqua énormément ses contemporains. >>
- Serge Radine, <<Pouchkine, poète du peuple russe >>,La Suisse Contemporaine, N°7, juillet 1946
<<Ces enjambées ébranlaient la hiérarchie des genres, causaient des avalanches et des glissements de terrain du genre d' Eugène Onéguine, roman en vers qui finit par s'ébouler en anti-roman digne du Tristram Shandy de Steme.
Envisagé comme un personnage relativement cohérent (encore qu'il ne le soit pas réellement), vu à distance, en tant que type littéraire, Onéguine ne ressemble pas à Pouchkine - qu' est-ce que celui-ci pourrait avoir en commun avec un homme chez qui on ne trouve pas une once de poésie ? - alors que les traits particuliers et les menus détails coïncident à tel point qu' on croirait que l'auteur s'est regardé dans une glace et a transposé trait pour trait son esprit superficiel, son snobisme, sa paresse, son incroyance, l' attention portée à ses ongles, etc. >>
- Serge Radine, Abraham Tertz, André Siniavski, Promenades avec Pouchkine, Seuil, 1976
<<Le roman de Pouchkine est une autocritique du langage littéraire de son temps, rendue possible en éclairant les unes par les autres toutes les principales variantes des tendances, des genres et des coutumes. >>
- Mikhail Bakhtine, Esthétique et théorie du roman, Gallimard, 1978