Bonjour à tous.... Une approche de certains écrivains ; vie, œuvres, extraits. A l'attention de la personne "ANONYME" qui se reconnaîtra.... : je n'ai jamais voulu m'approprier ce travail, j'ai noté dans ma page d'accueil les sources :Ce blog sans prétention aucune a été crée à partir de fiches -collection Atlas - et d'ouvrages - collection Lagarde et Michard et collection Nathan "Grands écrivains du Monde", -
Deux imposteurs luttent sans merci pour conquérir le pouvoir en Russie au début du XVII ème siècle.
"Boris Godounov", pièce de théâtre parue en 1831, est une quête des origines de la société russe puisque le sujet de la pièce est emprunté aux XVI ème - XVll ème siècles, époque où la Russie de Pouchkine s'organise politiquement et sociologiquement, mais peut être lue aussi comme une fable sur la parole et sa force de séduction. Par ailleurs, l'opéra (écrit entre 1868 et 1874) que le compositeur Moussorgski à tiré de la pièce constitue l'un des chefs-d'oeuvre du répertoire lyrique du XIX ème siècle.
Luttes de pouvoir
Boris Godounov, fils d'esclave et régent sous le règne du tsar Féodor, est proclamé tsar à la mort de ce dernier. Pour cela, il a fait exécuter le fils légitime du tsar Ivan, Dmitri, qui aurait dû régner à la mort de Féodor. Un moine ambitieux, Grigori Otrepiev, se fait passer pour Dmitri. Il trouve des appuis en Lituanie et en Pologne, où il s'est réfugié, et lève une armée composée de Russes mécontents du pouvoir en place ainsi que de Polonais. Il marche à la tête de cette armée sur Moscou. D'abord vainqueur, il est finalement battu par Godounov, mais celui-ci meurt, et le peuple ne soutient qu'un instant son fils Féodor pour se tourner vers le faux Dmitri. Les enfants et la femme de Godounov sont tués dans leur cellule.
Le pouvoir de la parole ou celui des armes ?
Boris Godounov présente deux destins parallèles, celui de deux imposteurs, puisque ni Godounov, fils de serf, ni Otrepiev, se faisant passer pour le fils du tsar, n'ont de légitimité du sang pour gouverner. Le destin d'Otrepiev jaillit en quelque sorte de la littérature, puisque l'idée de l'imposture lui vient lors des lectures faites par son maître, le moine Pimène, des chroniques que celui-ci écrit sur son temps et dont il charge Otrepiev de poursuivre l'écriture. Celui-ci décide alors d'écrire lui-même son histoire, et pousse les gens qui l'entourent à la croire. Ceux-ci ne sont pas toujours dupes, mais le charme de la parole et du mythe qu' elle véhicule les envoûte, outre
l' occasion que certains voient de tirer un avantage personnel d'un nouveau pouvoir. Godounov, par contre, illettré et superstitieux, assied son pouvoir par la force et le meurtre, et ce meurtre finit par causer sa mort. Le sang de sa victime, dont l'image l'a obsédé tout au long du drame et qu'il a cherché à ensevelir dans sa mémoire finit par rejaillir au sens propre et provoquer sa mort (<<il est tombé, le sang lui a jailli des oreilles, de la bouche>>).
Ces deux personnages sont en représentation devant un public se trouvant à l'intérieur même de la pièce, le peuple de Moscou, dont les interventions prosaïques font relâcher la tension du drame.
Extraits :
Le peuple face au pouvoir : pathos et dérision
LE PEUPLE,, à genoux. Pleurs et clameurs.
Ah ! pitié, notre père ! Règne sur nous ! Sois notre père, notre tsar !
UN HOMME, à voix basse.
A propos de quoi pleure-t-on, là-bas ?
UN AUTRE.
Et comment le saurions-nous ? Ce sont les boyards qui le savent. Eux et nous, ça fait deux.
LA BABA, avec son enfant.
Eh bien ! alors ? C' est quand il faut pleurer que tu te calmes !
Je m'en vais te... Voilà le loup-garou ! Pleure donc, enfant gâté ! (elle le laisse tomber par terre. L' enfant piaule). Eh bien !
A la bonne heure!
UN HOMME.
Ils pleurent tous. Frères, pleurons nous aussi.
UN AUTRE.
Je fais tout mon possible, frère, mais je ne peux pas.
LE PREMIER.
Moi non plus. N'as tu pas un oignon ? Frottons-nous-en les yeux.
***
Le destin d'Otrepiev se prépare
GRlGORI.
Quel âge aurait le tsarévitch assassiné ?
PIMENE
Il avait bien sept ans ; il aurait aujourd'hui... - Dix ans déjà ont
passé depuis lors... non, plus, douze ans, il serait de ton âge et
régnerait. Mais Dieu en a disposé autrement.
C' est par ce récit déplorable que je vais finir ma chronique. Je
n' ai guère cherché depuis lors à démêler les choses de ce monde.
Frère Grigori, tu as éclairé ton esprit en apprenant à lire et à écrire, c'est à toi que je
transmets mon æuvre. Aux heures que tes devoirs spirituels laissent libres, décris, sans
commentaire orgueilleux ou subtil, tous les événements dont tu seras témoin, gouvernement
des tsars, guerre et paix, prophéties, présages dans le ciel et miracles des saints.
Pour moi, il est grand temps d'aller me reposer et d'éteindre ma lampe.
Traduction de Nata Minor
Les deux caractères féminins de Boris Goudounov présentent des traits totalement opposés : Xénia, la
fille de Godounov, est tout entière tournée vers le passé et l'image de l'amour perdu, alors que
Marina, la fiancée d'Otrepiev, être de raison et d'ambition en qui les sentiments n' ont pas de place,
vit dans le futur et la représelltation claire du but à atteindre.
Notes :
<<J'ai imité Shakespeare dans son dessin libre et large des caractères, dans son choix étonnant de types scéniques et dans sa simplicité... Les classiques et les romantiques ont tous basé leurs lois sur la vraisemblance, et c' est justement elle qu' exclut le drame. >>
- Alexandre Pouchkine, lettre à Nicolas Raïevski.
<<A l' exemple de Shakespeare, Pouchkine renonce aux trois unités classiques et remplace l' alexandrin traditionnel par le vers blanc de cinq pieds ; il introduit dans la tragédie quelques scènes en prose, et enrichit la langue de nombreuses tournures empruntées au parler courant et à la langue populaire. >>
- Grigori Vinokur, <<Pouchkine auteur dramatique >>, paru dans "Recueil d'articles consacrés au grand poète russe Alexandre Pouchkine", Société d'URSS pour les relations culturelles avec les pays étrangers, Paris, 1939.
Boris Christoff une des plus grande basse du XX° siècle joue et chante la mort de Boris Godounov (rôle de Boris) opéra de Modest Petrovitch Moussorgski (d'après la pièce de Pouchkine)