Bonjour à tous.... Une approche de certains écrivains ; vie, œuvres, extraits. A l'attention de la personne "ANONYME" qui se reconnaîtra.... : je n'ai jamais voulu m'approprier ce travail, j'ai noté dans ma page d'accueil les sources :Ce blog sans prétention aucune a été crée à partir de fiches -collection Atlas - et d'ouvrages - collection Lagarde et Michard et collection Nathan "Grands écrivains du Monde", -
Dans "L'Homme révolté", alchimie subtile de philosophie et d'histoire, Camus, après avoir constaté l'absurdité du destin de l'homme, donne pour solution à ce problème la révolte, qui prouve notre existence même.
En écrivant cet essai, Camus a voulu <<dire la vérité sans cesser d' être généreux >>. Sa vérité et sa générosité ne furent cependant pas du goût de tout le monde, puisqu' à cause de la teneur de ce livre, il se brouilla avec un bon nombre de ses relations de Saint-Germain-des- Prés, notamment avec Sartre, et rompit avec les existentialistes.
Chasse aux bêtises et aux contradictions
La nécessité de se révolter est pour Camus << la première évidence >>. Elle est << un lieu commun, qui fonde sur tous les hommes la première valeur >>. Et il conclut l'introduction de son essai par << Je me révolte, donc nous sommes >>. Mais contre quoi se révolter ? Contre le malheur, contre l'espérance qui fuit, contre le mal vivre, contre le bonheur qui se fait chimère. Liberté, mort, suicide, folie - qu' est-ce que la folie ? -, solitude, que l'on cherche, que l'on évite, que l'on punit, qui culpabilisent ou rendent puissant d 'une manière ou d' une autre : tout - ou presque - ce qui fait l'homme, tout ce qui peut le faire à I'avenir est passé en revue. Les fils de Caïn, les anciens Grecs, le marquis de Sade, leurs démarches face à la vie et à ses impératifs ou à ses caprices, sont, si l'on peut dire, psychanalysés. Les problèmes religieux sont, bien sûr, abordés (mais Camus se refuse à entrer dans aucune sorte de guerre de religion). Nietzche et le nihilisme leur sont opposés. Et puis l' on passe de la révolte à la révolution. Après avoir mis en évidence bien des absurdités, Camus observe que la révolution, recherche collective de la liberté et de l'égalité, déclenche la Terreur.
Quelle contradiction ! Une après tant d'autres... Les titres des chapitres suivants donnent à eux seuls une idée de la suite : << L'abandon de la vertu >>, <<Les meurtriers délicats >>, << Le royaume des fins >>. L'ouvrage se termine sur un constat modérément optimiste, qui peut se résumer par cette phrase : <<Il y a donc, pour l'homme, une action possible au niveau moyen qui est le sien. >>
L'envie de bien vivre
<<Camus disait que le seul rôle véritable de l'homme, né dans un monde absurde, était de vivre, d'avoir conscience de sa vie, de sa révolte, de sa liberté>> : c'est ainsi que Faulkner a jugé l'auteur de "L'Homme révolté". Et cet essai est révélateur de la formidable envie de l'écrivain de vivre en accord avec lui-même et avec les autres. Une envie que nous avons tous à un degré ou à un autre.
On rattache souvent Camus au mouvement existentialiste, simplement parce qu' ils étaient contemporains.
Mais son oeuvre, "L'Homme révolté" en particulier, révèle de profondes différences.
Extraits :
De I'envie à I'institution
Heathcliff, dans "Les Hauts de Hurlevent", tuerait la terre entière pour posséder Cathie, mais il n' aurait pas l'idée de dire que ce meurtre est raisonnable ou justifié par un système. Il l' accomplirait, là s'arrête toute sa croyance. Cela suppose la force de l'amour et le caractère. La force d' amour étant rare, le meurtre reste exceptionnel et garde son air d' effraction. Mais à partir du moment où, faute de caractère, on court se donner une doctrine, dès l' instant où le crime se raisonne, il prolifère comme la raison elle-même, il prend toutes les figures du syllogisme. Il était solitaire comme le cri, le voilà universel comme la science. Hier jugé, il fait la loi aujourd'hui.
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De la difficulté de secouer son joug
La révolte de Spartacus illustre constamment ce principe de revendication. L' armée servile libère les esclaves et leur livre immédiatement en servitude leurs anciens maîtres. Selon une tradition, douteuse, il est vrai, elle aurait même organisé des combats de gladiateurs entre plusieurs centaines de citoyens romains et installé sur les gradins des esclaves délirant de joie et d' excitation. Mais tuer des hommes ne mène à rien qu' à en tuer plus encore. Pour faire triompher un principe, c' est un principe qu' il faut abattre. La cité du soleil dont rêvait Spartacus n' aurait pu s' élever que sur les ruines de la Rome éternelle, de ses dieux et ses institutions. L' armée de Spartacus marche en effet, pour l' investir, vers Rome épouvantée d'avoir à payer ses crimes. Pourtant, à ce moment décisif, en vue des murailles sacrées, l' armée s' immobilise et reflue, comme si elle reculait devant ses principes, l' institution, la cité des dieux.
Celle-ci détruite, que mettre à sa place, hors ce désir sauvage de justice, cet amour blessé et furieux qui a tenu jusque-là ces malheureux ? Dans tous les cas, l'armée fait retraite, sans avoir combattu, et décide alors par un curieux mouvement, de revenir au !ieu d' origine des révoltes serviles, de refaire en sens inverse le long chemin de ses victoires et de rentrer en Sicile. (...) Alors commencent la défaite et le martyre. Avant la dernière bataille, Spartacus fait mettre en croix un citoyen romain pour renseigner ses hommes sur le sort qui les attend. (...) Spartacus mourra, comme il l' a voulu, mais sous les coups des mercenaires, esclaves comme lui, et qui tuent leur liberté avec la sienne. Pour l' unique citoyen crucifié, Crassus suppliciera des milliers d' esclaves. Les six mille croix qui, après tant de justes révoltes, jalonneront la route de Capoue à Rome, démontreront à la foule servile qu' il n'y a pas d' équivalence dans le monde de la puissance, et que les maîtres calculent avec usure le prix de leur propre sang.
Gallimard 1942
Albert Camus a publié "L'Homme révolté" en 1951,entre "Les Justes" (1950) et "Le Mythe de Sisyphe" (1953).
<<De L' Étranger à La Chute, Albert Camus n'a cessé de poser le problème de la misère humaine, c'est-à-dire de la solitude. Et si l' appel à la solidarité retentit avec tant de force dans La Peste et dans L'Homme révolté, c' est parce que l' auteur a mesuré le fossé qui séparait les hommes. >>
-P. Lécollier, Encylopaedia Universalis, 1968
<<Camus a toujours eu le goût des bilans, des mises au point : il ne lui suffit pas de vivre, il lui faut encore savoir comment et pourquoi il vit. En ce sens, son oeuvre est constamment aux limites de la métaphysique et de la morale sans s'y installer jamais. L'absurde et la révolte sont chez lui contemporains. Du jour où il s'interroge sur le sens de son existence, le sentiment de l'absurde est né, mais aussi la révolte, qui s'insurge contre le non-sens. Malade, il se découvre mortel, mais de tout son pouvoir de vivre, il proteste contre la menace : il entend guérir. Guérit-on jamais ? Toute sa vie ne sera qu'un long combat entre les forces de vie et les forces de mort, entre la fatigue et la volonté de créer, entre la flamme et la cendre. >>
-Roger Quilliot, L' Homme révolté, Commentaires, Gallimard, 1967