Bonjour à tous.... Une approche de certains écrivains ; vie, œuvres, extraits. A l'attention de la personne "ANONYME" qui se reconnaîtra.... : je n'ai jamais voulu m'approprier ce travail, j'ai noté dans ma page d'accueil les sources :Ce blog sans prétention aucune a été crée à partir de fiches -collection Atlas - et d'ouvrages - collection Lagarde et Michard et collection Nathan "Grands écrivains du Monde", -
Le prince Muichkine, un idiot guéri, est un homme fondamentalement bon. Désespéré par la société, il retombe dans la démence.
Dostoïevski s' adonna à plusieurs genres littéraires : journal, feuilleton, articles, récits, nouvelles et romans. Certains le qualifient de romancier philosophe. Il s' interroge sur les grandes questions de l' humanité : le destin du monde, la mort, l'amour, la haine, l' existence de Dieu, la psychologie humaine.
Une révélation
En août 1867, Dostoïevski visite le musée de Bâle, en se rendant à Genève. Il y découvre Le Christ mort d' Holbein, qui le stupéfie.. C'est là qu'il commence à écrire ce qui deviendra "L' Idiot". "Je tiens un roman, et si Dieu m'assiste, il en sortira une oeuvre importante." L'idée principale est de représenter un homme positivement beau. Il n'y a rien de plus difficile au monde... Il n'y a au monde qu'une figure positivement belle : le Christ.
Un homme positivement beau
Le prince Muichkine revient de Suisse, où il a été guéri d'un état d'hébétude proche de l'idiotie. Dans le train, il rencontre Rogojine, fils d'un riche marchand, épris de Nastasia Filipovna, jeune femme à la réputation douteuse. A Pétersbourg, il se rend chez de lointains parents, les Epantchine, et il entend à nouveau parler de Nastasia Filipovna. Muichkine commence à s'intéresser à cette femme et la rencontre chez Gania, le secrétaire du général Epantchine. Gania doit épouser Nastasia Filipovna, fortement dotée par Rogojine. La guérison du prince s'accompagne d'un désir profond de faire le bien. Cet altruisme pousse Muichkine à se déclarer prêt à épouser Nastasia Filipovna pour la défendre de Rogojine ivre, qui lui apporte une importante somme d'argent pour qu'elle consente à le suivre.
Mais Aglaé, une fille du général Epantchine, déclare sa flamme au prince, qui n'y est pas insensible. Il aime le genre humain avant d' aimer une femme. Le personnage de Nastasia Filipovna fait naître une grande amitié entre Rogojine et le prince. Chez Rogojine, cette amitié s'accompagne de jalousie, puisqu'il envisage même de tuer son ami. La tension croissante du roman aboutit à la démence du prince et à l'assassinat de Nastasia Filipovna par Rogojine.
Extraits :
Durant quelques instants, ils restèrent ainsi l'un en face de l' autre, face contre face. Gania continuait à tenir le bras.
Varia chercha à s' arracher une fois. deux fois, de toute sa force, mais n'y tint plus et soudain, hors d'elle, cracha au visage de son frère.
- Eh, voilà une fille cria Nastasia Filipovna. Bravo. Ptitsyne, je vous félicite !
Gania vit trouble. Perdant tout contrôle de ses actes, il leva le bras, de toute sa force, contre sa soeur. Le coup l'aurait frappée sûrement au visage. Mais soudain un autre bras arrêta au vol le bras de Gania.
Entre lui et sa soeur était le prince.
- Suffit en voilà assez ! prononça-t-il avec autorité, mais tout tremblant aussi, comme après une secousse trop forte.
- Il faudra donc perpétuellement que tu me barres la route ! hurla Gania, abandonnant le bras de Varia, et de son bras libéré, au dernier degré de la rage, de tout son élan, il donna au prince un soufflet.
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Ce tableau représentait le Christ à peine descendu de la croix. Les peintres, il me semble, ont coutume généralement de représenter le Christ, sur la croix ou descendu de la croix, toujours avec une nuance de beauté extraordinaire sur le visage (...). Au contraire, dans le tableau de Rogojine, il n'est pas question de beauté ; c' est au plein sens du mot le cadavre d'un homme qui a subi des souffrances infinies déjà avant la croix, plaies, tortures, coups de la part des soldats, coups de la part du peuple, alors qu'il portait sa croix sur ses épaules et quand il était tombé sous son poids, et finalement le supplice de la croix durant six heures (du moins selon mon calcul). Vraiment, c' est le visage d' un homme tout juste descendu de la croix, c' est-à-dire gardant en soi beaucoup de vie, de chaleur ; rien n'est encore raidi, de sorte qu'à travers la face de la mort transparaît même la souffrance, comme s' il l' éprouvait encore maintenant.
***
Elle tomba sans connaissance dans ses bras. Il la releva, la porta dans la chambre, la déposa dans un fauteuil et resta debout devant elle dans une attente hébétée. Il y avait sur le guéridon un verre d' eau ; Rogojine (...) aspergea d' eau son visage ; (...) tout à coup elle regarda autour d' elle, tressaillit, poussa un cri et s' élança vers le prince. - Il est à moi, à moi ! s' écria-t-elle. Elle est partie, la fière demoiselle, ha-ha-ha (Elle riait d'un rire hystérique.) Ha-ha-ha ! Et moi qui le lui cédais, à cette demoiselle ! Mais pourquoi, pourquoi ? Folle, folle que j' étais ! ...Va-t-en, Rogojine, ha-ha-ha !
Rogojine les regarda fixement, sans mot dire, prit son chapeau et sortit. Dix minutes plus tard, le prince était assis à côté de Nastasia Filipovna, la regardait sans s' en détacher une seconde et lui caressait la tête et le visage, des deux mains, comme un petit enfant. Il riait fort en réponse à son rire, il était prêt à pleurer en réponse à ses larmes.
Notes :
Quelques dates :
Octobre 1821 : naissance de Dostoïevski.
Février 1868 : publication de la première partie de L'ldiot dans le Messager russe. La suite paraît au fur et à mesure de la rédaction, qui avance péniblement. "Des quatre parties du roman que j'écris, trois seulement sont terminées, et la quatrième, la plus importante, n'est pas commencée... et sa conclusion est ce qu'il y a de principal dans mon roman : c'est presque pour le dénouement qu'a été écrit et conçu tout le roman." .
Dostoïevski
Fin de la parution en 1869 : "J'ai écrit les derniers chapitres jour et nuit dans l'angoisse, dans la plus affreuse inquiétude. Je suis mécontent de ce roman ; il n'exprime pas le dixième de ce que j'ai voulu dire."
Dostoïevski
"La riche matière du roman englobe une multitude de thèmes, de personnages et de conflits : peinture d 'une société avide et corrompue par l'argent, force démoniaque qui brise les consciences ; heurt des passions : amour charnel du riche marchand Rogojine pour Nastasia, ambition d'Ivolgine, douloureuse fierté de Nastasia."
Jean Bonamour, Le Roman russe, PUF, 1975