Bonjour à tous.... Une approche de certains écrivains ; vie, œuvres, extraits. A l'attention de la personne "ANONYME" qui se reconnaîtra.... : je n'ai jamais voulu m'approprier ce travail, j'ai noté dans ma page d'accueil les sources :Ce blog sans prétention aucune a été crée à partir de fiches -collection Atlas - et d'ouvrages - collection Lagarde et Michard et collection Nathan "Grands écrivains du Monde", -
1821 1881
Tout comme si le sort avait tenu à le marquer dès le départ du cachet de la douleur et de la maladie le futur "génie malade" des lettres russes, qui fouillera de son scalpel d'analyste tant de véritables cas pathologiques, est né dans l'enceinte froide et morne d' un hôpital pour pauvres : l' hôpital-hospice Marie à Moscou, dont son père était le médecin. Un lourd atavisme va peser sur lui du fait de ce père. Hypocondriaque, avare, soupçonneux et coléreux en même temps, alcoolique, sensuel, cruel et sentimental jusqu' aux larmes Miikhaïl Andriéïévitch Dostoïevski finira par être assassiné par ses domestiques et servira, très probablement de prototype au personnage du père libidineux dans
"Les Frères Karamazov"..
Fiodor né le 30 Octobre 1821 à Moscou. Lorsqu'il va sur ses onze ans, en 1831 et 1832, l'ancien médecin militaire acquiert deux domaines dans la province de Toula et mène désormais l'existence d'un propriétaire foncier. Le futur écrivain, cependant, n'est guère marqué par la campagne, contrairement à la plupart des auteurs russes du XIX ème et garde toute sa vie l'empreinte de la vie urbaine - plus précisément, de l'atmosphère, si particulière, de Ste Pétersbourg. C'est à l'âge de dix-sept ans qu'il prend un réel contact avec cette ville, en qualité de cadet à l'Ecole des Ingénieurs militaires, où il est admis après avoir suivi les cours d'un pensionnat tenu par le Français Souchard (le prototype de Touchard dans L'adolescent). Il a eu la douleur de perdre sa mère l'année d'avant, en 1837, et c'est un an plus tard qu'il apprend l'horrible mort de son père, survenue le 8 juin 1839. Cette affreuse nouvelle a pour effet de déclencher une première crise d'épilepsie - mal dont il subit désormais les atteintes tout au long de sa vie et qui a une énorme influence sur son oeuvre.
Bien que l'accent, à l'École d'lngénieurs, soit mis plutôt sur l'enseignement des mathématiques et des sciences exactes, le jeune cadet s'intéresse surtout à la littérature (fantastique et même gothique., de préférence) et écrit ses premiers essais de plume (drames historiques : Marie Stuart, Boris Godounov,. traductions : Eugénie Grandet, Don Carlos). En 1841, il est promu officier, mais continue à suivre des cours de perfectionnement à l'École et ne sera versé dans le corps des Ingénieurs militaires qu'en août 1843. Dès l'année suivante (octobre 1844), il abandonne le service (pour raison de famille) et se consacre entièrement à la littérature.
Le roman par lettres "Les Pauvres gens" est décisif pour sa gloire. Il l'achève en mai 1845 et, par l'entremise de Grigorovitch qu'il connaît, il transmet le manuscrit à Niékrassov. Celui-ci, ébloui, crie au génie et se précipite chez Bielinski, pour lui annoncer la découverte d'un "nouveau Gogol". Le chef de file de la critique à la mode se trouve séduit à son tour - et c'est la scène célèbre, tant de fois décrite, au cours de laquelle notre jeune débutant, victime de mille complexes, se voit du jour au lendemain sacré grand écrivain. Les oeuvres suivantes, qu'il écrit de 1846 à 1849 : Le Double, Le Sieur Prokhartchine, La Logeuse, Polzounkov, Niétotchka Niézvanova, Un Coeur faible, L'Honnête voleur, Les Nuits blanches,
eurent beaucoup moins de succès, aussi bien auprès des critiques que chez les simples lecteurs. La catastrophe inattendue qui s'abattit sur lui à ce moment-là eut -aussi paradoxal que cela puisse paraître - un effet finalement bénéfique : l'épreuve qu'il est amené à subir lui permettra de plonger aux racines mêmes de la vie et le transformera véritablement en grand écrivain.
Les faits sont bien connus : sans trop se rendre compte dans quoi il s'engage, se laissant entraîner par les enthousiasmes juvéniles et les idées à la mode, Dostoïevski se voit compromis dans un complot sans grande envergure, qui réunit quelques membres du cercle de Piétrachevski*. Le 23 avril 1849, il est arrêté et incarcéré à la forteresse Pierre et Paul. Après huit mois d'instruction, le 22 décembre, ce sera le simulacre de l'exécution capitale, interrompu par la lecture du décret de grâce : l'Empereur commue sa peine en quatre ans de travaux forcés, suivis de quatre ans de service dans l'armée, en qualité de simple soldat. Le 24 décembre, pendant la nuit de Noël, c'est le départ pour la Sibérie. A l'étape de Tobolsk, une rencontre providentielle : les épouses des décembristes **exilés, qui vivent là volontairement depuis un quart de siècle, lui remettent un Evangile, dont la lecture passionnée occupa tous ses loisirs à la prison d' Omsk, pendant quatre ans, et qui eut une énorme importance pour l'évolution de sa mentalité. Libéré le 2 mars 1854, il reste dans l'armée, à Siémipalatinsk, jusqu' en mars 1859 - mais sa position n'est nullement celle d'un simple soldat. Dès le début, il a le droit d'avoir un logement hors de la caserne et se trouve dispensé de toutes les corvées ; il se lie bientôt avec les familles des officiers, des fonctionnaires, du gouverneur ; le procureur, le baron Wrangel, devient son ami intime.
A partir d'octobre 1856, il retrouve son grade d'officier et s'adonne à la rédaction des deux premiers écrits de sa nouvelle manière : " Le Rêve de l'oncle" et " Le Domaine de Stiépantchikovo et ses habitants", qui paraissent en 1859. Un roman étrange et complexe, tout à fait dans le style des héros (dostoïevskiens), se noue entre lui et une jeune femme maladive et exaltée, Marie Dmitrievna Issaïéva. L'époux de celle-ci, un petit fonctionnaire dans la gêne, alcoolique invétéré, meurt pendant l'été 1855. La veuve, bien qu'éprise d'un autre (le jeune instituteur Virgounov), épouse Dostoïevski le 15 février 1857. En 1859, autorisé à quitter l'uniforme, à résider où bon lui semble et à publier librement ses écrits, l'ancien exilé revient en Europe et, après quelques mois passés à Tver, s'installe à St Pétersbourg. En 1860 paraît le début des "Souvenirs de la maison des morts". En 1861, il fonde, avec son frère Mikhaïl, la revue (Le Temps), dans laquelle seront publiés la suite de cette étonnante fresque du bagne et son nouveau roman,"Humiliés et offensés". En 1862, il accomplit son premier voyage en Occident, dont il tirera des conclusions fort désenchantées en 1863 :" Notes écrites en hiver des impressions d'été". Par suite d'un malentendu, un censeur ayant mal interprété un article qui condamnait l'insurrection polonaise, la revue est suspendue en mai 1863. Elle reparaîtra sous le nom de (L'Epoque) en mars 1864 et on pourra y lire le début des "Mémoires écrits dans un sous-sol".
Deux deuils vont frapper l'écrivain au court de la même année : sa femme meurt le 15 avril et son frère Mikhaïl le 10 juillet. Il éprouve d'énormes difficultés pour continuer à faire paraître sa revue et finit par y renoncer en 1865. Il a pris l'habitude de se rendre presque chaque année à l'étranger et une funeste passion le pousse à fréquenter les maisons de jeu. Il va en tirer " Le Joueur", mais auparavant se plonge dans son premier grand roman : "Crime et châtiment". Pris à la gorge par le contrat draconien qu'il a signé et qui l'oblige à fournir avant le Ier décembre 1866, non seulement ce roman, qui est presque terminé, mais <<encore un autre, jamais publié nulle part>>, il se résout, en octobre 1866, à recourir aux services d'une sténographe, à qui il va dicter "Roulettenbourg", c'est-à-dire "Le Joueur".
*Le cercle de Petrachevski est un groupe d'intellectuels libéraux qui se réunit à St Pétersbourg de 1844 à 1849. Le cercle porte le nom de son fondateur, Mikhaïl Petrachevski, disciple de Charles Fourier. Fondé en 1844, il se réunit chaque vendredi, de 1845 à 1849, dans l'appartement pétersbourgeois de Petrachevski. Les sujets abordés étaient littéraires, philosophiques et politiques. Les participants étaient d'origines sociales très diverses. D'opinions tout aussi variées, ils étaient néanmoins unis par des idéaux progressistes: opposition à l'autocratie, au servage etc.
** Les décembristes ou décabristes — doivent leur nom à une tentative de coup d'état durement réprimée qu'ils avaient organisée à Saint Pétersbourg le 14 décembre 1825 pour obtenir du futur tsar une constitution afin de moderniser le régime.
Cette jeune fille, Anna Grigorievna Snitkina, devint rapidement sa seconde épouse et fut pour lui désormais la plus précieuse des aides. Leur mariage a lieu le 15 février 1867 et à la mi-avril ils partent pour l'étranger. Ils
pensent le faire pour trois mois, mais il s'écoule plus de quatre ans avant qu'ils ne reviennent en Russie. On peut suivre leur trace de ville en ville, de pays en pays : Dresde, Bâle, Baden-Baden, Genève (où meurt, en mai 1868, leur fillette, âgée de trois mois), Vevey, Milan, Florence, et Dresde, de nouveau... Harcelé par les créanciers, accablé de dettes, obligé de subvenir aux besoins de nombreux parents et alliés sans ressources, bâtissant en imagination mille projets financiers espérant toujours se refaire au jeu et perdant sur le tapis vert les maigres avances qu'il reçoit, tirant souvent à la ligne toute une nuit dans l' espoir, combien de fois déçu, d'une rentrée d'argent, Dostoïevski compose, malgré ces conditions atroces, " L' Idiot" (1868), "L'Eternel mari" (1870), le plan de ce qui devait être "La Vie d'un grand pécheur". En juillet 1871, il est finalement de retour à St-Pétersbourg. Sa gloire, à présent, est bien assise. Il va donner, en 1872, Les "Possédés" (qu'il vaut mieux appeler "Les Démons"), en 1874-1875 "L'Adolescent", en 1879-1880 "Le Frères Karamazov". En 1873-1874 puis en 1876, 1877, 1880 et même 1881, il publie des articles percutants sous le titre de "Journal d'un écrivain", d'abord dans le cadre d'un hebdomadaire, (Le Citoyen), puis par éditions séparées. Aux approches de 1880, il semble aborder enfin une vie plus paisible, toutes ses dettes, grâce surtout aux efforts incessants de sa femme, sont éteintes. Sa gloire atteint son apogée au moment où il prononce son célèbre discours à Moscou, le 8 juin 1880, pendant que toute la Russie communie avec lui, dans le souvenir de Pouchkine... Six mois plus tard, le 28 janvier 1881, il meurt presque subitement, après deux jours de maladie, à la suite d'une hémorragie, consécutive semble-t-il à une nouvelle discussion au sujet de l'argent. Ses obsèques, le 1er février, furent un vrai deuil national.