Bonjour à tous.... Une approche de certains écrivains ; vie, œuvres, extraits. A l'attention de la personne "ANONYME" qui se reconnaîtra.... : je n'ai jamais voulu m'approprier ce travail, j'ai noté dans ma page d'accueil les sources :Ce blog sans prétention aucune a été crée à partir de fiches -collection Atlas - et d'ouvrages - collection Lagarde et Michard et collection Nathan "Grands écrivains du Monde", -
La faillite idéologique et morale d'un jeune communiste ne saura concilier ses idéaux avec son engagement.
"Les Mains sales", jouées pour la première fois en 1948, expriment bien le désarroi d'une époque. Celle d'une Europe partagée entre les deux grandes puissances, assujetties par ses libérateurs, par les "alliés" qu'elle n'avait cessé d'appeler. L'espoir communiste s'y effondre sous le joug soviétique, et les illusions démocratiques des Hugo meurent devant le spectacle du stalinisme triomphant.
L'ACTE MANQUE
Hugo Barine, un soir, vint frapper à la porte d'Olga, une "camarade" du Parti. La seconde guerre mondiale s'achève dans ce pays de l'Est bientôt libéré par l'armée soviétique. Hugo sort tout juste de prison, incarcéré pour le meurtre de Hoederer, un ancien dirigeant de son propre parti. Avec Olga, il va se souvenir des circonstances de ce meurtre commis deux ans plus tôt. Jeune intellectuel sevré d'idéaux libertaires, il est chargé par un courant du Parti de l'assassinat de Hoederer, qui s'apprête à pactiser avec les Partis conservateurs afin de partager avec eux le pouvoir à la Libération.
Déterminé, Hugo se rend chez le "social-traître", devient son secrétaire et se prépare à l'éliminer. Mais il va rencontrer un homme, un homme lui aussi nourri d'idéaux, et, non le fourbe attendu. Un homme qui saura lui faire comprendre que l'alliance qu'il recherche n'a pour fin que d'installer, le temps venu, un véritable gouvernement populaire dans son pays. Hugo finit par renoncer à abattre Hoedrer, en vint même à l'aimer. Mais, sa femme, Jessica, soudaint éprise du viel idéologue, le forcera à remplir son "contrat" : Hugo la surprend dans les bras de Hoederer et le tue. Deux ans plus tard, Olga lui apprend que le Parti s'est finalement rallié aux idées de Hoederer, devenu héros et martyr, et qu'il doit oublier son crime, au risque d'être lui-même supprimé par le Parti. Hugo refuse et court vers l'homme de main qui vont l'abattre.
UN NOUVEL HEROISME
Le personnage de Sartre, ce Hugo lyrique et idéaliste, est peut-être l'un des derniers grands héros romantiques du théâtre français. Comme Lorenzaccio de Musset, il exprime sa révolte dans le dédale tortueux d'une politique qui ne vit que de la compromission et de la tromperie, et qui ne lui laisse d'autre avenir que le meurtre et sa propre mort. Mais il est aussi, dans ce climat de guerre finissante, le représentant exalté d'une jeunesse qui trouve dans le communisme, ses aspirations démocratiques puis ses désenchantements, le sens de son existence.
EXTRAITS
"Une conversation de gens qui se jettent à la figure des choses qu'ils ont à se dire", telle est la définition de la pièce par Sarte. Définition à la mesure des critiques et des polémiques menées à leur parution contre "Les Mains sales" par les communistes français. Taxé de "propagande hostile à l'URSS" Sartre finit par interrompre les représentations de son oeuvre.
HOEDERER (..-..) Comme tu tiens à ta pureté. mon petit gars ! Comme tu as peur de te salir les mains. Eh bien, reste pur ! A quoi cela servira-t-il et pourquoi viens-tu parmi nous ? La pureté, c' est une idée de fakir et de moine. Vous autres, les intellectuels, les anarchistes bourgeois, vous en tirez prétexte pour ne rien faire. Ne rien faire, rester immobile. serrer les coudes contre le corps, porter des gants. Moi j' ai les mains sales. Jusqu' aux coudes. Je les ai plongées dans la merde et dans le sang. Et puis après ? Est-ce que tu t'imagines qu'on peut gouverner innocemment ?
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Deux projets pour une même humanité
HUGO.-Les hommes ? Pourquoi les aimerais-je ? Est-ce qu'ils m' aiment ?
HOEDERER.- Alors pourquoi es-tu venu chez nous ? Si on n'aime pas les hommes on ne peut pas lutter pour eux.
HUGO.- Je suis entré au Parti parce que sa cause est juste et j' en sortirai quand elle cessera de l' être. Quant aux hommes, ce n' est pas ce qu' ils sont qui m' intéresse mais ce qu' ils pourront devenir.
HOEDERERE.- Et moi, je les aime pour ce qu' ils sont. Avec toutes leurs saloperies et tous leurs vices. J' aime leurs voix et leurs mains chaudes qui prennent et leur peau, la plus nue de toutes les peaux, et leur regard inquiet et la lutte désespérée qu' ils mènent chacun à son tour contre la mort et contre l'angoisse. Pour moi, ça compte un homme deplus ou de moins dans le monde.
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Le véritable meurtrier : le hasard
OLGA.- Regarde-moi et réponds-moi sincèrement car ce que je vais te demander a beaucoup d'importance. As-tu l'orgueil de ton acte ? Est-ce que tu le revendiques ? Le referais-tu, s' il était à refaire ?
HUGO.-Est-ce que je l'ai seulement fait ? Ce n'est pas moi qui ai tué, c' est le hasard. Si j' avais ouvert la porte deux minutes plus tôt ou deux minutes plus tard, je ne les aurais pas surpris dans les bras l' un de l' autre, je n' aurais pas tiré.
(Un temps.) Je venais pour lui dire que j' acceptais son aide.
OLGA.- Oui.
HUGO.- Le hasard a tiré trois coups de feu, comme dans les mauvais romans policiers. Avec le hasard tu peux commencer les "si" : "si j'étais resté un peu plus longtemps devant les châtaigniers, si j' avais poussé jusqu' au bout du jardin, si j' étais rentré dans le pavillon..." Mais moi. Moi, là-dedans, qu' est-ce que je deviens ? C' est un assassinat sans assassin. (Un temps.) Souvent, dans la prison, je me demandais : qu' est-ce qu' Olga me dirait, si elle était ici ? Qu' est-ce qu' elle voudrait que je pense ?