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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 15:05

1867 - 1936

 

 

Pirandello et la rançon de la gloire

 

Pirandello est incontestablement l'un des phares du théâtre moderne et l'un des étrangers les plus joués en France depuis un demi-siècle. Il a en effet opéré une révolution des formes dramaturgiques, mais son trop grand succès dans les années vingt lui a joué un mauvais tour : le grand public  n'a retenu que le côté  le plus provoquant si ce n'est  le plus superficiel du novateur.

 

http://www.google.fr/url?source=imgres&ct=img&q=http://platform.ak.fbcdn.net/www/app_full_proxy.php%3Fapp%3D4949752878%26v%3D1%26size%3Do%26cksum%3D3e80740a3fd5d860e0bfc0b98d15fe16%26src%3Dhttp%253A%252F%252Fi33.tinypic.com%252F2jeu5jc.jpg&sa=X&ei=1U0HTvbUCIyr-Qb5mKGyDQ&ved=0CAQQ8wc4BQ&usg=AFQjCNGBEp4IG7HzXPnquybXLptWWBf8TgBon nombre de ses pièces  sont des adaptations de nouvelles écrites souvent une décennie plus tôt  ; or, il est impossible de comprendre la révolution théâtrale si l'on ignore l'oeuvre narrative qui a d'abord  exprimé le drame existentiel vécu par l'auteur. 

 

Travailleur infatigable et auteur fécond de plus de deux cents nouvelles, de sept romans et d'une trentaine de comédies sans compter les poésies du débutant et les essais de la maturité, Pirandello est un géant à cheval sur deux siècles, paradoxalement mal connu en dépit de son indéniable notoriété.

 

La formation d'un Sicilien à vocation européenne

 

L'Italie achevait à peine  son unité lorsque le petit Luigi naquit le 28 juin 1867 à Agrigente en Sicile,  d'un père qui venait de combattre au côté de Garibaldi* et qui allait le marquer de son anticléricalisme.

 

* http://fr.wikipedia.org/wiki/Giuseppe_Garibaldi

 

L'enfant a grandi dans la période de désenchantement qui a suivi les enthousiasmes du << Risorgimento >> - mouvement d'unification et de démocratisation de l'Italie : http://fr.wikipedia.org/wiki/Risorgimento - Déçue par ce qui équivalait à une annexion piémontaise, la bourgeoisie sicilienne libérale à laquelle appartenaient ses parents se détourna de l'idéal social et unitaire ; le jeune étudiant Pirandello sympathisera quelque temps à Palerme avec le mouvement autonomiste des <<fasci siciliani >> - mouvement de masse démocratique et inspiré par les socialistes, développé en Sicile de 1891 à 1893 pami les travailleurs urbains, ouvriers agricoles, mineurs et travailleurs -   

Comme beaucoup de méridionaux, le jeune Pirandello est venu poursuivre ses études à Rome, où il est déçu par les compromissions et les scandales du monde politico-financier : la capitale du nouveau Royaume est indigne du mythe national de la Grande Rome. L'étudiant préfère délaisser un monde latin décadent pour partir à la découverte de l'Allemagne, où il séjourne plus de deux ans (1889-1892). Ce méditerranéen sera marqué par un certain romantisme (l'aventure sentimentale et le rêve d'évasion liés au motif du voyage dans les nouvelles) et par la culture positiviste qui règne à l'époque dans les universités germaniques. L'influence de Schopenhauer se retrouvera dans le subjectivisme radical de la connaissance ("à chacun sa vérité", "comme tu me veux"), dans le pessimisme de sa vision (le thème obsédant de la maladie et de la mort dans les nouvelles), et dans la noble pitié de l'auteur pour ses créatures. Il ne renie pas pour autant ses racines siciliennes, puisqu'à Bonn il prépare un mémoire de philologie sur le dialecte de sa ville natale.

 

Le narrateur vériste*

 

Le "vérisme"  est dans la littérature narrative italienne de la fin du siècle, l'équivalent du naturalisme français.


En vérité, Pirandello sera à la fois Sicilien et Européen, régionaliste dans son réalisme et occidental (pour ne pas dire universel) dans sa problématique ; il sera peu Italien, en marge de la littérature nationale. A Rome où, professeur de littérature italienne, il revient s'installer, il est introduit dans les milieux littéraires <<véristes>> : Verga, Capuana et De Roberto, chefs de file de ce mouvement, sont comme lui des Siciliens qui, déçus par la nouvelle Italie, font découvrir aux lettrés romains les tristes réalités régionales. Dans cette capitale fin de siècle, c'est le provincialisme qui est à la mode : les véristes décrivent la Sicile de leurs jeunes années dans la vérité de ses passions archaïques avec un humour où se mêlent la tendresse pour le pays natal et la férocité d'un esprit lucide.


La plupart des nouvelles composées avant la Grande Guerre se déroulent dans l'île et constituent une série de tableaux de la vie populaire, où alternent les bergers ("Requiem aeternam"), les propriétaires terriens et les paysans ("La Jarre"), les ouvriers de mines de soufre  ("Ciaula découvre la lune"), que l'auteur connaissait bien car son père était propriétaire d'une soufrière, les employés de bureau (" Le Train a sifflé"), les femmes enfermées au foyer ("Le Voyage"), sans oublier les juges et les avocats ("La Vérité") ("La Brouette") de cette société procédurière.


Dans le roman vériste  <<Les Vieux et les jeunes>> (1909), le pessimisme historique de l'auteur est particulièrement sensible. Alors que Verga, son modèle, ne cachait pas son admiration pour certaines coutumes paysannes jugées chevaleresques, Pirandello dénonce les méfaits de la misère et de l'ignorance superstitieuse et tourne en ridicule le sens de l'honneur, entremêlant le registre tragique et le registre comique distincts dans les nouvelles. Condamnant à la fois, dans ce tableau historique, l'hypocrisie du parti clérical, l'impuissance nostalgique des anciens combattants du Risorgimento et  les excès des jeunes autonomistes des "fasci", le narrateur dresse un constat désabusé mais perspicace. Ce roman inégal manque d'unité : on n'y sent pas passer le grand vent de l'Histoire.

 

La thématique pirandellienne

Les brillantes tirades philosophiques des comédies les plus célèbres ne doivent pas nous faire oublier que la crise d'identité et le drame de la personnalité éclatée ont été, avant d'être formulés de manière subversive, pathétiquement vécus par l'auteur. Le mélange explosif d'amour et de haine que le moi porte à l'imago paternelle et qui témoigne d'un oedipe mal résolu transparaît dans la fiction des tragi-comédies. Ce complexe paternel a des origines profondes : encore enfant, Luigi a surpris son père en flagrant délit d'adultère, et la hantise de cette http://www.decitre.fr/gi/60/9782253138860FS.giffaute se retrouve dans l'oeuvre dramatique sous la forme cyclothymique d'un sentiment dépressif de culpabilité et d'un besoin de vengeance (le couple père-belle-fille dans "Six personnages en quête d'auteur"  étant l'exemple le plus connu) qui alternent parfois dans le même personnage (telle protagoniste de "La Volupté de l'honneur").
Lorsqu'en 1903, toute la fortune familiale (y compris la dot d' Antonietta, son épouse) est engloutie dans l'éboulement de la soufrière paternelle, la jeune femme, qui s'était trop identifiée sous le regard des autres à cet avoir désormais perdu, sombre dans la folie. Pirandello, tenté par le suicide, surmonte la crise en composant son roman "Feu Mathias Pascal", suicide symbolique d'un homme qui profite d'un accident et d'un quiproquo pour changer d'identité en passant pour mort aux yeux des siens.


 

La débâcle mentale d'Antonietta s'accentue durant la Grande Guerre, parallèlement à la faillite de sa double famille et contraint Pirandello en 1919 à faire interner sa femme : douloureux cas de conscience qui l'oblige à se demander qui a le droit de déclarer "l'autre" fou. Qui dans l'histoire est vraiment fou ? C'est l'interrogation qui parcourt tout le théâtre.

 

Déjà dans des nouvelles comme " Le Train a sifflé "  la folie apparaît comme la résultante de la solitude à laquelle nous sommes condamnés socialement et métaphysiquement. Dans "Son mari "et dans "Les Cahiers de Serafino Gubbio opérateur", deux romans sur l'échec du couple, une romancière et une actrice de cinéma ne s'appartiennent plus et sont victimes de l'image que les autres se font de Ia vedette. C'est toutefois "Un, personne et cent mille", roman de l'après-guerre, qui traduit le mieux, sous la forme du monologue intérieur d'une conscience malade, la crise de notre identité. Face au miroir, Vitangelo Moscarda interroge son double et constate qu'il n'est pas pour les autres (et d'abord pour sa femme) ce qu'il avait cru être jusqu'ici ; que, faute de pouvoir se regarder vivre, il demeure étranger à lui-même, quelqu'un que les autres voient en action, chacun à sa façon, mais qui, dans le miroir, n'est plus qu'un corps vide, une apparition de rêve, une apparence plantée là dans l'attente que quelqu'un la prenne ; que n'importe qui pouvait donner à cette image une interprétation différente, que cette apparence pouvait jouer cent mille rôles ; qu'enfin, ce corps en lui-même n'était rien ni personne, qu'un courant d'air pouvait le faire éternuer aujourd'hui et l'emporter demain. Nous avons l'illusion d'être un dans le temps et l'espace alors que nous prenons cent mille apparences aux yeux des autres : mieux vaut ne plus être personne en se réfugiant dans une folie libératrice.

 

Le malheur de l'homme vient de sa conscience, des moments où il se découvre prisonnier des habitudes et des conventions comme le juge de la nouvelle <<La Brouette>>, ou étranger à lui-même comme  Bersi qui dans <<Nos souvenirs>> ne se retrouve  pas du tout dans les récits de ses camarades d'enfance. L'individu refuse d'être jugé sur les apparences, il lutte pour se libérer de l'étiquette social, familial, professionnelle. Mais peut-on constamment se dérober à son identité ?

 

Mathias Pascal - http://rosannadelpiano.perso.sfr.fr/Pirandello_ONPA_html.htm 

renonçait finalement à vivre libre mais sans passé et venait  trop tard reprendre son  identité première ;   Moscarda  - <<Un , Pas cent mille>> - va jusqu'au bout et renonce à être quelqu'un : "Ne plus avoir conscience d'être, comme une pierre, comme un arbre ; même plus se souvenir de son nom, vivre pour vivre, comme les bêtes, comme les plantes...".

C'est le refus de l'aliénation qui pousse le narrateur  à cette extrémité.

 

La dramaturgie pirandellienne

 

Le théâtre opère un renversement de cette dialectique puissante et subtile de l'être et du paraître. Mathias Pascal et Moscarda <<faisaient du roman>> pour éviter  les pièges des apparences. Or nous sommes  condamnés à jouer des rôles et c'est  ce <<théâtre>> forcé que Pirandello nous donne à voir dans ses pièces, dont le sujet profond est toujours la comédie du personnage et la tragédie d'avoir  à jouer  cette comédie.

 

Dans <<Chacun sa vérité>>,  qui joue la comédie, de Monsieur Ponza ou de Madame Frola ? Leurs versions respectives semblent incompatibles mais tous deux sont sincères : la tragédie de Madame Ponza, c'est d'appartenir à une double fiction pour assurer à chacune des deux personnes qu'elle aime leur raison  d'être ; écartelée  dans son double rôle, elle n'est personne pour elle-même.

 

C'est aussi la tragédie d' <<Henri IV>>  - http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_IV_%28Pirandello%29,   - ce non -être  par excellence, puisqu'il est condamné à jouer le rôle de l'Empereur d'Allemagne ; en lui culminent la comédie et la tragédie du personnage. La chute de cheval a anéantie son être et transformé un costume de carnaval en vérité éternelle. Il parait toujours fou alors qu'il a  cessé de l'être depuis douze ans : il a choisi de survivre à son drame en se réfugiant derrière le masque de la folie. <<Henri IV>>, c'est le triomphe du théâtre qui prend sa revanche sur la vie : la personne est niée au profit du personnage.

 

Ces personnages , plus vrais que des êtres  de chair, sont en quête d'auteur parce que le dramaturge leur donne  pleinement leur raison d'être en leur laissant la parole sur scène.  Ce qui importe chez les << Six personnages en quête d'auteur>>, ce n'est pas  le mélodrame de leur histoire familiale, qui est déjà du passé au lever du rideau, c'est le masque qui colle à leur peau, la tragique obligation qu'ils s'imposent mutuellement de jouer la comédie.

 

Luigi Pirandelleo obtient le Prix Nobel de littérature le 10 décembre 1934 - "pour son renouvellement hardi et ingénieux de l'art du drame et de la scène". Il meurt en 1936 d'une pneumonie.

 

Dix années après sa mort, ses cendres sont transportées à Agrigente. Comme l'écrit la critique littéraire Rosanna Delpiano : " [...] son destin de personnage se clôt sur un dernier jeu entre apparence et réalité : par les rues de sa ville, les cendres de Pirandello passent, enfermées dans une caisse qui donne l'impression que la crémation n'a pas eu lieu, que le corps est dans le cercueil. Il paraît qu'en ont décidé ainsi les autorités ecclésiastiques : ainsi, sans le savoir, elles s'employaient à donner la dernière touche "pirandellienne" au séjour involontaire sur la terre de Luigi Pirandello." Après la seconde guerre mondiale, ses cendres ont été scellées dans un mur près de sa maison natale, classée monument national en 1949. Sa femme mourut en 1959, dans une clinique psychiatrique, à l'âge de 87 ans. (Wikipédia).

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Divers personnages....


DANTE


                                                                                                      Béatrice Portinari









Dante par Giotto








Première page de la Divine Comédie













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SOPHOCLE



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                                                                                                       Antigone




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Philotecte abandonné par les Grecs







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Sophocle  Bas relief en marbre









Sophocle




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Pythagore



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Le Banquet manuscrit sur papyrus.






Platon par Raphaël





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ARISTOTE





Aristote par Raphaël




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Aristote sur une fresque murale à Rome




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Alexandre à une bataille






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Alexandre combattant un lion







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Bronze - Alexandre









Buste d'Alexandre le Grand







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Alexandre et Aristote





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Enluminure "Chanson de Roland"










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Mort de Roland à Ronceveaux
















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Charlemagne et le Pape Adrien I






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Charlemagne et son fils Louis le Pieux






RUTEBOEUF

                            



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Ruteboeuf par Clément Marot

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