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17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 11:00


Vers 70 - 19 av J.C.


Une enfance à la campagne

Publius Virgilius Maro, considéré comme le plus grand des poètes latins, est né près de Mantoue, en 70 av. J-C.  Loin des désordres politiques incessants qui secouent la République, le jeune Virgile grandit dans un cadre rural. S'il ne choisit pas la carrière politique, c'est sans doute que les troubles qui agitent Rome le révulsent ; la guerre civile engagée entre César et Pompée (49), bientôt suivie du meurtre de César (43) et  de la  bataille pour sa succession, ont tôt fait de le convaincre de la vanité d'un engagement au service de la Cité. Étudiant à Rome, il se lie au cercle des poètes : il devient le familier de Varus, de Gallus, d'Horace. Le retour à sa terre natale n'est qu'un bonheur fugitif : car, en pleine guerre civile, on lui arrache son domaine. C'est alors que Virgile compose et publie à Rome, en 37, "les Bucoliques".

http://www.memo.fr/article.asp?ID=PER_ANT_008#Som1



Dans les Bucoliques, Virgile dit que l'art poétique est comme l' art du vannier : il noue entre eux les mots et les vers, inventant des symétries, des correspondances, qui témoignent d'une recherche esthétique très soignée.


Virgile, poète pastoral
 
Recueil d'églogues (
poème de style classique consacré à un sujet pastoral. Les poèmes de ce genre littéraire sont parfois qualifiés de « bucoliques ».), les "Bucoliques" sont empreintes de nostalgie. Le paysage naturel de son enfance, lieu d' origine du poète et constitutif de son identité, devient objet poétique. Or, derrière le caractère formel et champêtre du poème qui emporte le lecteur parmi les bergers apparaît aussi une peinture subtile des sentiments, où l'amour n'est point égarement de l'âme mais admiration et déchirement face à l'être aimé.
Toutefois, Virgile n'inaugure pas simplement une conception nouvelle de l'amour. En effet, les bergers de Virgile dénoncent les guerres civiles qui les contraignent à l' exil . Ce serait le temps retrouvé d'un nouvel âge d'or qui, espéré d'abord, ne trouvera pas d'achèvement réel.
Oeuvre contrastée, les "Bucoliques" témoignent pourtant d'un rare espoir en l'homme, quand bien même est soulignée l'impossibilité  de la poésie, médiatrice entre la Nature et l'homme, à infléchir le cours des événements. La publication des "Bucoliques" confirma le succès de Virgile auprès de ses amis romains, dont il avait prêté certains traits aux bergers de son recueil. Dès lors connu et reconnu, il reçut d'Octave (qui deviendra quelques années plus tard l'empereur Auguste) un nouveau domaine, en Campanie. C'est là qu'il termina, en 29, "les Géorgiques".


Virgile, poète de l'homme au travail

En écrivant les Géorgiques, Virgile ne rompt pas avec les Bucoliques. La thématique littéraire, organisée autour de la Nature, reste présente. Simplement, elle s'inscrit dans une démarche différente. Le travail de la terre est le sujet apparent de ce livre. Néanmoins, le travail porte avec lui une symbolique riche de sens : le paysan trace le sillon d'un avenir authentique, loin des utopies d'un âge d' or paisible.
Car si paix il doit  avoir, ce ne peut être que la paix de l'homme réconcilié avec l'ordre du cosmos, adorant de sages et protectrices divinités. Oeuvre documentée (les techniques agricoles y sont présentées abondamment), les Géorgiques rappellent que Virgile est homme de son temps, où était en vogue une poésie toute didactique. Mais plus que cela, l' oeuvre révèle un Virgile novateur, attaché à célébrer les vertus de l'homme au travail dans une Cité qui aspire à retrouver la concorde.

Virgile, poète de la grandeur de Rome

 
L'Empire reconnaît l'autorité d'un empereur incontesté, Auguste. Virgile compose "L' Énéide" à partir de 30. L'histoire d'Énée, héros troyen en exil et à la recherche d'une nouvelle patrie, n'est pas une création de l'auteur. En effet, une légende romaine veut que la fondation de Rome ait une origine troyenne. Virgile a donc utilisé une histoire existante dont il a fait un chef-d'oeuvre poétique, où Énée, au terme d'une épopée digne d'Homère, jeté par les dieux sur les rivages africains, aborde enfin au Latium. Le choix de Virgile ne doit rien au hasard : s'il peint Énée, héros de légende, ce n' est pas pour fuir le temps présent. Tout au contraire, L' Énéide nous ramène constamment à l'actualité de l'Empire d' Auguste. Dans ce long poème, les hommes et les dieux, l' Asie et l'Occident romain, les dieux eux-mêmes, vivent en paix, annonçant la grandeur de l'Empire, foyer d'une pacification retrouvée. "L' Énéide" est ainsi le miroir prospectif de ce que deviendra  l'<<Urbs* >>. Elle est l'aboutissement de l' oeuvre du poète : la réconciliation  de l'homme avec la Cité, avec son histoire et son avenir,  recherchée dans "les Bucoliques**", entrevue dans "les Géorgiques**", atteint son achèvement
dans "L' Énéide". Ce dernier poème que nous a légué Virgile n'est pourtant pas terminé. Car, parti pour la Grèce afin d'authentifier certains détails de l'oeuvre, Virgile fut soudain frappé d'insolation à Mégare. Ramené rapidement en Italie, à Brindes, il ne peut être sauvé. C'est là qu'il meurt le 21 septembre de l'an 19 av. J-C., sans avoir pu parfaire son oeuvre majeure.

*L'Urbs est un mot latin qui signifie « la  ville ». Ce terme, ayant une connotation d'excellence, sera utilisé durant l' antiquité romaine pour symboliser « la ville d'entre toutes les villes », Rome. L'Urbs, jusque vers 350, désigne le pomœrium, partie intra-muros de la cité, espace de décision politique, siège du gouvernement et centre de spiritualité de l'Empire. Autour de l'Urbs, à mille pas, se trouvent les continentia, les faubourgs.

**
  http://www.memo.fr/article.asp?ID=PER_ANT_008#Som1


Extrait 


L'Enéide :

Didon, reine de Carthage, a écouté avec passion les récits Énée. Elle aime désormais le héros. Virgile représente avec la précision d'un clinicien et la chaleur d'un poète les égarements de l'amour. Comme la plupart des Anciens il voit dans cette conduite les effets d'une véritable maladie physique qui entraîne un profond désordre de l'âme.

Didon, dans toute sa beauté, la patère à la main, verse elle-même le vin entre les cornes d'une blanche génisse ou devant les images des dieux fait d'un pas grave le tour de l'autel humide de sang (1). Elle renouvelle ses sacrifices comme si le jour recommençait et penchée, les lèvres béantes, sur les flancs ouverts des victimes, elle consulte leurs entrailles palpitantes. Hélas, que les haruspices sont ignorants (2)! Que servent à une âme passionnée les voeux et les temples l La flamme dévore ses tendres moelles et la silencieuse blessure se creuse dans son coeur. La malheureuse Didon brûle et va, errante, égarée, a travers toute la ville. Ainsi la biche atteinte à l'improviste d"une flèche que, de loin, dans les bois de la Crète, le pâtre qui la poursuivait a lancée : elle emporte avec elle, sans qu'il le sache, le fer ailé, et elle fuit, elle parcourt les forêts et les fourrés dictéens (3) ; mais le mortel roseau demeure attaché à son flanc. Tantôt la reine conduit Énée au milieu de la ville ; elle lui montre avec orgueil les ressources de Sidon (4) et de la cité prête à le recevoir.  Elle commence une phrase et tout à coup s'arrête. Tantôt,  à la tombée du jour, elle veut retrouver le même banquet que la veille et dans son délire redemande au Troyen le  récit des malheurs d'Ilion (5) et de nouveau reste suspendue à ses lèvres. Lorsqu'on se sépare, lorsqu'à son tour la lune pâlissante amortit son éclat et que le déclin des astres conseille de dormir, seule et triste dans sa maison déserte elle se jette sur le lit qu'il a quitté. Absente, absent, elle le voit, elle l'entend, ou elle retient dans ses bras Ascagne, séduite par sa ressemblance avec son  père pour essayer de tromper son indicible amour. Les tours commencées ne s'élèvent plus ; la jeunesse ne s'exerce plus aux armes ; le port et les ouvrages de défense sont  abandonnés ; tous les travaux s'interrompent, demeurent suspendus, et les énormes menaces des remparts et les échafaudages qui atteignaient les cieux (6).

                                                                             Éneide, IV, 60-89 TRAD. A. BELLESSORT (Les Belles Lettres)


1 Virgile décrit les rites des sacrifices latins.
2 L'haruspice est un sacrificateur qui prédit l'avenir par l'examen des entrailles des victimes : les         Romains  n'avaient qu'une confiance limitée en ses talents...
3 Du mont Dicté, en Crète.
(4) Didon est venue de Tyr, colonie de Sidon.
(5) Autre nom de Troie.
(6) La ville de Carthage est alors en pleine fondation ; les Anciens conçoivent la cité comme un organisme :  tout dérangement du centre de décision, du cerveau, le frappe gravement. Ainsi cesse  l'activité d'une ruche quand sa reine dépérit.


Notes :


"Virgile, né et grandi dans les plus sombres années de Rome, a vu de son vivant s'instaurer, s'affirmer, par le règne rayonnant d' Auguste, l'âge d'or qu'il avait toujours annoncé (...). Qu'a-t-il donc vu, qu'annonçait-il, qu'a-t-il saisi que nous-mêmes, avec deux mille ans en plus, n' entrevoyons qu'à grand-peine ? (...) C'est nous devant lui, c'est le monde qu'il regarde ; il semble discerner au travers quelque être réel et qui ne l'épouvante pas".

Jacques Perret, Virgile, Seuil, " Écrivains de toujours >>,1969

"Déjà célèbre en son temps, tenu en haute estime par l'empereur Auguste, Virgile est apparu très tôt comme le plus grand poète de Rome. Il l'est assurément par la perfection technique de tout ce qu'il a écrit, par l'étendue de sa sensibilité, la profondeur de ses intuitions. De surcroît, les Romains ont eu l'impression
de recevoir de lui l'image idéale qu'ils avaient à se former d'eux mêmes. Après la dislocation de l'Empire, il est demeuré le représentant le  plus éminent de l'humanité romaine, voire des grandeurs de l' âme païenne ; c'est à ce titre qu'il tient tant de place dans l'oeuvre de Dante. Aux temps modernes, sa gloire n' a guère subi d'éclipses ; chaque époque littéraire, chaque âge de la sensibilité trouvant des raisons de s'intéresser à lui. >>.

Jacques Perret, " Virgile ",Encyclopédia Universalis

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DANTE


                                                                                                      Béatrice Portinari









Dante par Giotto








Première page de la Divine Comédie













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SOPHOCLE



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                                                                                                       Antigone




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Philotecte abandonné par les Grecs







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Sophocle  Bas relief en marbre









Sophocle




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Pythagore



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Le Banquet manuscrit sur papyrus.






Platon par Raphaël





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ARISTOTE





Aristote par Raphaël




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Aristote sur une fresque murale à Rome




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Alexandre à une bataille






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Alexandre combattant un lion







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Bronze - Alexandre









Buste d'Alexandre le Grand







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Alexandre et Aristote





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Enluminure "Chanson de Roland"










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Mort de Roland à Ronceveaux
















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Charlemagne et le Pape Adrien I






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Charlemagne et son fils Louis le Pieux






RUTEBOEUF

                            



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