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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 12:07

 

http://www.google.fr/url?source=imglanding&ct=img&q=http://2.bp.blogspot.com/_FsljesP7R1A/ShddsnwudtI/AAAAAAAAAVI/_5hGM80JtrI/s320/kundera.jpg&sa=X&ei=HomETo32JMSM-wa0j7Uw&ved=0CAkQ8wc4Hg&usg=AFQjCNENz-uaObATdkMaHDI95kO8qS69Zw

 

 

Milan Kundera est né en Tchécoslovaquie, à Brno, en 1929. Son père était un pianiste célèbre. Il a milité dans sa jeunesse pour le régime communiste. Après l'intervention soviétique en 1968, il perd son emploi, ses livres sont interdits. Il quitte son pays en 1975. En 1981, il acquiert la nationalité française.

 

* http://fr.wikipedia.org/wiki/Milan_Kundera

 

 

****************

 

  <<A Prague, un jeune poète en quête d'absolu se fait prendre au piège de la révolution communiste.>>

 

 

Splendeur et misère du poète

 

Jaromil naît à la veille de la seconde guerre mondiale à Prague. Ne sachant pas aimer son mari, sa mère reporte sur lui son amour déçu. Très tôt, elle s'extasie devant ses premières paroles et lui révèle sa vocation poétique. La poésie devient pour Jaromil une fuite devant sa peur des femmes, et le rêve prend un rôle compensatoire. Avec l'arrivée au pouvoir des communistes en 1948, il voit dans la révolution un moyen d'échapper à sa mère. De plus, son père résistant et mort en déportation, devient un héros officiel : Jaromil peut dès lors s'identifier intégralement au nouveau régime. Il devient un poète officiel et s'enflamme pour une jeune rousse. Il est jaloux à http://ecx.images-amazon.com/images/I/31J21bxzYtL._AA300_.jpgl'excès : il vit dans l'absolu. Un jour, la jeune fille, en retard à son rendez-vous, prétend pour se justifier qu'elle essayait de dissuader son frère de partir à l'Ouest. Stalinien en quête d'héroïsme, Jaromil le dénonçe à la police : la jeune fille est emprisonnée avec son frère. Devenu désormais homme, Jaromil cherche en vain à séduire une femme très en vue du régime. A la suite d'aventures humiliantes, il disparaît à vingt ans d'une mort sans gloire ; une pneumonie. Quelques années plus tard, son nom tombe dans l'oubli définitif.

 

Une épopée ironique

 

"La vie est ailleurs" est une épopée qui met sarcastiquement en branle les valeurs tabous : la maternité, comme compensation à un amour raté ; l'originalité, comme produit du hasard ; le triple mariage révolution-jeunesse-lyrisme, comme insrument de la terreur. L'écriture de Kundera est ironique, surtout lorsque le propos est sérieux ! C'est par ce procédé que s'affirme la philosophie de Kundera : à la quête de l'absolu, l'écrivain substitue la voie incertaine du specticisme, du relativisme. De même, la recherche de l' "ailleurs" s'efface au profit de  l' "ici et maintenant". L'extrême légereté de la forme permet tout aussi bien à Kundera de traîter les sujets les plus graves que de laisser libre cours à la fantaisie de son inspiration. Réflexion philosophique et imagination romanesque sont inextricablement liées dans le livre ; la rencontre des deux genres différents fait de Kundera un romancier philosophe.

 

 

"La vie est ailleurs" à été interdite de publication en Thécoslovaquie. Cependant ce livre a eu une audience internationale. Il a reçu le prix Médicis étranger en 1973.

 

Extraits :

 

La poésie, comme compensation et mystiflcation 


"Je suis sous l'eau et les chocs de mon coeur font des cercles à la surface" ; ce vers offrait l'image de l'adolescent tremblant devant la porte de la salle de bains, mais en même temps, dans ce vers, ses traits

s' estompaient lentement ; ce vers le dépassait et le transcendait. "Ah, mon amour liquide", disait un autre vers, et Jaromil savait que cet amour liquide c' était Magda, mais aussi il savait que personne n' aurait pu la reconnaître derrière ces mots, qu' elle y était perdue, invisible, ensevelie ;  le poème qu'il avait écrit était absolument autonome, indépendant et incompréhensible, aussi indépendant et incompréhensible que la réalité elle-même qui n' est de connivence avec personne et qui se contente d' être ; et cette autonomie du poème offrait à Jaromil un magnifique refuge, la possibilité rêvée d'une deuxième vie  ;  il trouva cela si beau qu' il tenta dès le lendemain d' écrire d' autres vers et qu' il s'adonna peu à peu à cette activité.

 
                         ***
Lyrisme et inexpérience


Tant qu' il n'est pas adulte, l' homme aspire, pendant longtemps encore, à l'unité et à la sécurité de cet univers qu' il emplissait à lui seul tout entier à l'intérieur de sa mère, et il éprouve de l'angoisse (ou de la colère) face au monde adulte de la relativité où il est englouti comme une gouttelette dans un océan d' altérité. C' est pourquoi les jeunes gens sont des monistes passionnés, des messagers de l' absolu ; c'est pourquoi le poète trame l' univers privé de ses poèmes ; c' est pourquoi le jeune révolutionnaire revendique un monde radicalement nouveau forgé d' une seule idée ; c' est pourquoi ils n'admettent pas le compromis, ni en amour ni en politique  ;  l' étudiant révolté clame à travers l'histoire son tout ou rien, et Victor Hugo, à l'âge de vingt ans, se met en fureur en voyant Adèle Foucher, sa fiancée, relever sa jupe sur  un trottoir boueux, découvrant sa cheville. "Il me semble que la pudeur est plus précieuse qu'une robe", lui reproche - t- il ensuite dans une lettre  sévère,  et il menace : "Prends garde à ce que je te dis ici, si tu ne veux m'exposer à donner un soufflet au premier insolent qui osera se tourner vers toi !

 

Lyrisme et terreur


Et si nous allions rendre visite aux dix poètes qui étaient assis à la tribune avec Jaromil pendant la soirée chez les flics ! Où sont les poèmes qu' ils ont récités ce soir-là ? Personne, mais personne ne s' en souvient .. et les poètes eux-mêmes refuseraient de s' en souvenir ; parce qu' ils en ont honte, ils en ont tous honte à présent... Au fond, qu' est-il resté de ce temps lointain ? Aujourd' hui ce sont pour tout le monde
les années des procès politiques, des persécutions, des livres à l'index et des assassinats judiciaires. Mais nous qui nous souvenons, nous devons apporter notre témoignage : ce n' était pas seulement le temps de l' horreur, c' était aussi le temps du lyrisme !

 

Traduit du tchèque par François Kérel. Collection Folio, Gallimard, 1973

 

Notes de l'éditeur

 

<<Le romancier n'est historien ni prophète  : il est explorateur de l' existence.>>


<<L'interrogation méditative (méditation interrogative) est la base sur laquelle tous mes romans sont construits. Restons-en à  "La vie est ailleurs" . Ce roman avait pour premier titre : L'Age lyrique.
(...) Ce roman repose sur quelques questions : qu'est-ce que I'attitude Iyrique ? qu'est-ce que la jeunesse en tant qu'âge Iyrique ? quel est le sens du triple mariage : lyrisme-révolution-jeunesse ?
Et qu'est-ce être poète ? (...)>>
 

 

<<Le roman n'est pas une confession de I'auteur, mais une exploration de ce qu'est la vie humaine dans le piège qu'est devenu le monde. >>


<<Découvrir ce que seul un roman peut découvrir, c'est la seule raison d'être du roman. Le roman qui ne découvre pas une portion jusqu'alors inconnue de I'existence est immoral. La connaissance est la seule du roman. >>


<<Si la raison d'être du roman est de tenir le "monde de la vie" sous un éclairage perpétuel et de nous protéger de I"'oubli de I'être", l'existence du roman n'est-elle pas aujourd'hui plus nécessaire que jamais ? >>
<<Mes romans sont une méditation poétique sur l' existence. >>.

 

Milan Kundera, L'Art du roman, Gallimard, 1986

Seul auteur à entrer dans "La Pléïade" de son vivant.

 

 

 

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 11:13

1918 - 2008

 

 

Lorsque, en 1962, la revue moscovite <<Novy Mir >> publie un récit intitulé  "Une journée d'Ivan  Denissovitch", le nom de son auteur, Alexandre Issaievitch Soljenitsyne, est totalement inconnu. Le récit soulève l'enthousiasme et la stupeur, il est traduit à l'étranger, où il reçoit également un accueil chaleureux. A cent ans de distance, venant du même pays, et sur le même sujet, on retrouve l'émotion soulevée par les "Souvenirs de la maison des mort" de Dostoievski - http://fr.wikipedia.org/wiki/Souvenirs_de_la_maison_des_morts


Le texte révèle un véritable écrivain, à la langue originale et très pure, dont le récit est rigoureusement construit. Et c'est la première fois, depuis les révélations du rapport Khrouchtchev en 1956*, qu'une revue soviétique publie officiellement un témoignage sur les camps de concentration. L'homme dont l'histoire est racontée n'est ni un opposant, ni un  <<ennemi du peuple >> : son seul crime est d'avoir été fait prisonnier par les Allemands au début de la guerre, puis d'être rentré chez lui après l'armistice de 1945. Un cas banal, en somme, celui de milliers d'autres hommes, mais qui ouvre des horizons sur la population des camps soviétiques.
A partir de ce moment, le nom et la personnalité de Soljenitsyne ne cesseront plus d'occuper une place dans I'actualité. Il devient impossible de l'ignorer, de faire abstraction de son oeuvre, et plus rien ne pourra empêcher sa voix de s'élever, même lorsque les fluctuations de la politique auront rendu l'écho rencontré par cette voix tout à fait indésirable. La plupart des oeuvres de Soljenitsyne vont être publiées hors de l'U.R.S.S., mais même ceux de ses livres qui y seront interdits circuleront clandestinement, suscitant des discussions passionnées.

 

* http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMDictionnaire?iddictionnaire=1412

 

Une vie de combats

 

Soljenitsyne est né à Kislovodsk (Caucase), le 11 décembre 1918. Il passe sa jeunesse à Rostov-sur-le-Don, où il fait des études de mathématiques et de physique, avant d'être mobilisé en octobre 1941. Simple soldat dans I'infanterie, il est envoyé dans une école d'artillerie, d'où il sort chef de batterie, en 1942. Il passe le reste de la guerre sur le front. Décoré deux fois, promu capitaine, il est arrêté en février 1945, http://www.google.fr/url?source=imgres&ct=img&q=http://www.rue-des-livres.com/images/auteurs/auteur_1504.jpg&sa=X&ei=ciUgTsyoFsmt8QO9-NDSAw&ved=0CAQQ8wc&usg=AFQjCNHag5sAzabfD9oBm-DgDrFF5u8Xhgdevant Koenigsberg, en pleine bataille, pour avoir critiqué Staline dans des lettres à un ami.
Incarcéré à Moscou, Soljenitsyne est condamné à huit ans de camp. Il passe la première année sur des chantiers de construction à Moscou. En 1946, il est transféré dans une prison spéciale, Ia
<<charachka >> de Marfino, aux environs de Moscou. Des détenus ayant une formation scientifique y sont chargés de recherches <<d'un niveau si élevé que tout homme de science en liberté aurait pu être fier d'y collaborer>>, comme le dira plus tard Soljenitsyne.


Le régime est beaucoup moins dur que dans les camps, la nourriture suffisante, les détenus forment une communauté homogène d'hommes d'une exceptionnelle qualité intellectuelle et humaine. C'est l'îlot privilégié au milieu de l'Archipel du Goulag, décrit dans le roman <<Le Premier cercle>>. Pourtant, Soljenitsyne le quitte presque volontairement : il refuse un travail dont le résultat serait utilisé par le NKVD  - police secrète soviétique - contre des suspects, sachant très bien que son refus signifie le renvoi dans un camp de travail.


Effectivement, en mai 1950, Soljenitsyne est transféré au camp d'Ekibastouz, au Kazakhstan occidental. C'est le camp d'lvan Denissovitch. Soljenitsyne y est opéré d'une tumeur cancéreuse, et renvoyé au travail sans avoir été averti de la nature de son mal.
En février 1953, deux mois après I'expiration légale de sa peine, Soljenitsyne est libéré, mais condamné à la relégation perpétuelle, au Kazakhstan, dans la région du lac Balkhach. Il s'installe dans un village kazak, où il http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/grandes110/8/3/1/9782266161138.giftrouve un poste de professeur de mathématiques. En 1955, de nouveau malade, il obtient d'être hospitalisé, à moitié mourant, à Tachkent. Malgré le pessimisme des médecins, il se remet. L'expérience de l'hôpital lui inspirera  <<Le Pavillon des cancéreux>>, en 1963.
En 1956, il obtient l'annulation de la condamnation à la relégation et quitte le Kazakhstan. Il s'installe à Riazan, où il continue à enseigner. En février 1957, la Cour suprême d'U.R.S.S. prononce le jugement le réhabilitant.
Au camp, à la charachka, Soljenitsyne avait composé des poèmes, des récits, qu'il apprenait par coeur lorsqu'il ne pouvait les écrire. A Marfino, où il avait pu écrire, il avait dû brûler ses manuscrits avant de partir. Après sa libération, il écrit  <<Le Premier cercle>>,  et commence à réunir des documents sur les camps. Dès 1957, il rédige les premiers chapitres de ce qui sera << L'Archipel du Goulag>>.
En 1959, il écrit  <<Ivan Denissovitch>>, mais c'est seulement en 1961 qu'il l'envoie à Alexandre Tvardovski, directeur de "Novy Mir". Celui-ci, bouleversé par ce texte, se bat pendant des mois pour obtenir l'autorisation de le publier.


Après le succès d' <<Ivan Denissovitch>>, Soljenitsyne espère voir paraître <<Le Premier cercle>>, mais en 1963 déjà la critique n'est plus unanime sur les nouvelles publiées par "Novy Mir". A partir de 1964, http://ecx.images-amazon.com/images/I/51X3L8tt4fL._SL500_AA300_.jpgsurtout après la chute de Khrouchtchev, qui marque un durcissement de la censure littéraire et un tournant dans la politique intérieure de l'U.R.S.S., Soljenitsyne sera en butte à l'hostilité de la critique officielle et d'une partie des membres de I'Union des Écrivains. Le K.G.B.- service de renseignements de l'Union soviétique -  le surveille, saisit des manuscrits de lui chez un de ses amis et s'en sert pour le discréditer, notamment d'une pièce, composée au camp, qu'il a reniée par la suite, <<Le Banquet des vainqueurs>>.

L'Union des Écrivains s'oppose à la publication du <<Pavillon des cancéreux>>, et, en 1969, elle exclut Soljenitsyne, sans qu'il ait pu se défendre.


Soljenitsyne entreprend une grande fresque, dont la première partie, <<Août 14>>, très sérieusement documentée, décrit la défaite des armées russes à Tannenberg. Cette bataille marque, dans l'esprit de Soljenitsyne, le début de l'effondrement du régime tsariste. Il se propose d'illustrer ainsi les origines de l'Union soviétique, jusqu'à la Révolution d'octobre. La suite paraîtra en 1976, avec <<Lénine à Zurich>>.

 

En 1970, le prix Nobel de littérature est attribué à Soljenitsyne, qui ne peut aller le recevoir à Stockholm. Dans <<Le Chêne et le veau>>, rédigé à la même époque, il explique les conditions extrêmement difficiles dans lesquelles il écrit, et ses démêlés avec les autorités et la censure. Ce livre, qui est un complément indispensable à la lecture de son oeuvre, ne paraîtra qu'en 1975, à Paris. En 1973, le K.G.B. saisit une copie de <<L' Archipel du Goulag>>, chez une amie de Soljenitsyne, qui, désespérée, le prévient avant de se suicider. Pour que le K.G.B. ne puisse dénaturer son texte, Soljenitsyne décide de faire immédiatement publier à l'Ouest la copie qu'il a clandestinement fait passer en Suisse. Le premier volume paraît en russe, à Paris, en janvier 1974. Quelques semaines plus tard, Soljenitsyne, qui refuse fermement d'émigrer, est arrêté, incarcéré à Moscou et expulsé d'U.R.S.S. Il obtient que sa femme et ses enfants puissent le rejoindre avec ses archives. Il s'installe en Suisse. Il publie <<Des voix sous les décombres>>, recueil de textes d'opposants soviétiques, dont il a réussi à faire sortir les manuscrits d'U.R.S.S. Les deux derniers tomes de <<L'Archipel du Goulag>> paraissent en 1975 et 1976. Avec d'autres émigrés soviétiques, dont Siniavski, Soljenitsyne fonde la revue "Continent". Il voyage, en Europe et aux États-Unis. Ses discours soulèvent des réactions passionnées, chaleureuses ou hostiles.

 

L'ARCHIPEL DU GOULAG


Hanté par l' ampleur du drame qu'iI avait découvert, Soljenitsyne a voulu en retracer la genése, s'en faire I'historien, au-delà du témoignage individuel que constituaient <<Ivan Denisssovtich>> et <<Le Premier cercle>>.
Son idée première était la réalisation d'une oeuvre collective, où les survivants auraient pris la parole avec lui. Finalement, aucun d' eux ne voulut, ou ne put s' associer à la rédaction. Soljenitsyne le regrette, à la fin de I'ouvrage. Pourtant, iI semble au lecteur que les témoins ont été sages de laisser à Soljenitsyne la responsabilité de I'édification finale de I'oeuvre. Car iI s'agit réellement d'une somme née de la volonté d'un homme et qui porte sa marque. Il est certain que Soljenitsyne n' aurait pu la mener seul, mais iI est non moins sûr qu'une rédaction multiple lui aurait enlevé son extraordinaire unité, d' autant plus extraordinaire http://image.evene.fr/img/livres/g/2020021188.jpgque son auteur ne put jamais en avoir le manuscrit complet sous les yeux, Car cette monumentale fresque de l' univers concentrationnaire soviétique est beaucoup plus que la seule histoire d'un système répressif.

 

C'est, en fait le demi-siècle d'existence de I'Union soviétique qui est mis à nu dans ces trois volumes. La législation  de I'U.R.S.S. est exposée avec ses modifications, ses contradictions, ses revirements brutaux. De 1918 à nos jours, toute I'histoire soviétique se déroule, avec ses ambitions, ses réalisations, le prix exorbitant payé à I'industrialisation, à la collectivisation, à la reconstruction. Soljenitsyne démonte le  mécanisme du Goulag : entretenir la terreur et obtenir le maximum de travail aux moindres frais. Sans avoir eu accès aux travaux publiés sur le sujet à I'Ouest longtemps auparavant. Soljenitsyne est allé beaucoup plus loin dans l' analyse du phénomène concentrationnaire soviétique, que personne n'avait démonté d'une manière aussi objective. A la fois exposé historique, rapport, étude sociologique et même ethnographique, mais aussi témoignage brut et création littéraire,<< l'Archipel du Goulag>> échappe à toute classification. Son originalité tient à la fusion totale que l' auteur accomplit entre tous ces genres disparates.

Il embrasse toute la vie de l' Archipel, avec ses différentes couches de population, ses " ères" historiques et géologiques. Dans le foisonnement des histoires individuelles et des tragédies collectives, domine la tenace volonté d'un homme qui parle pour les plus déshérités : un rescapé qui, en demandant  justice pour le passé, plaide pour l' avenir.

 

Le héros de l'oeuvre : le peuple russe


Dès ses années d'université, Soljenitsyne avait commencé à écrire, mais sans être publié. Il a dit, dans <<Le Chêne et le veau>>, qu'à l'époque, sa préoccupation majeure était de trouver des thèmes sur lesquels écrire, mais qu'après un an de camp, il en avait plus qu'il n'en pouvait utiliser. Et, effectivement, l'écrivain Soljenitsyne est né au camp. Mais c'est en exil, au Kazakhstan, que commence vraiment son oeuvre, et il s'agit d'emblée d'un grand roman, <<Le Premier cercle>>, foisonnant de personnages, qui révèle un écrivain en pleine possession de ses moyens.


A première vue, on pourrait penser que l'oeuvre de Soljenitsyne se divise en deux parts : l'oeuvre romanesque et l' oeuvre de témoignage. En réalité, cette distinction serait arbitraire : toute son oeuvre n'a qu'un seul sujet, qu'une seule préoccupation : le peuple russe et son histoire.
Le peuple russe, Soljenitsyne ne l'a découvert ni à l'université, ni dans les livres, mais à l'armée, et surtout dans les prisons et les camps. On pense au mot de Dostoïevski sortant du bagne :  << J'ai appris à connaître sinon la Russie, du moins son peuple, à le connaître bien, comme peu le connaissent peut-être. >>
Pour comprendre l'oeuvre de Soljenitsyne et saisir sa portée, il faut avoir présente à l'esprit cette réalité : la tragédie vécue par le peuple russe et les millions d'êtres sacrifìés dans le Goulag. Dans une interview de 1968, Soljenitsyne disait : "Je sais que la chose la plus simple est encore d'écrire sur soi-même, mais j'ai cru qu'il était plus important et de plus d'intérêt de décrire la destinée même de la Russie. De toutes les tragédies qu'elle a endurées, la plus profonde fut celle des Ivan Denissovitch".


Le monde de la prison et du camp est un monde renversé, où plus aucune des valeurs du monde normal n'a cours : il est construit sur le mensonge, la délation, la cruauté. La légalité n'y est plus qu'une fìction. Contre cet univers de violence et de haine, Soljenitsyne a voulu dresser la seule défense possible : la vérité.
Il  ne lui suffisait pas de témoigner pour lui-même, il lui fallait parler pour les millions de morts silencieux. Le devoir de l'écrivain, dont il a une très haute conception, lui impose de remonter jusqu'aux sources du drame et de refuser de se taire. Son oeuvre est une revendication passionnée de l'autonomie de la conscience contre le pouvoir établi, la revendication de la vérité pour tous. Soljenitsyne refuse que la réalité concrète de l'homme vivant soit sacrifìée à une idée abstraite - celle de la stratégie militaire en 1914, comme celle d'une société future toujours à venir pour la Révolution.

 

Il meurt à son domicile moscovite à 89 ans dans la nuit du 3 au 4 août 2008 d'une insuffisance cardiaque  aiguë.

 

Soljenitsyne - Pivot 9 décembre 1983

 

 

 

 

 

EXTRAITS 

 

Le Pavillon des cancéreux

 

Hospitalisé pour une tumeur cancéreuse, Kostoglotov, un ancien détenu, demande à une jeune interne, Zoé, de lui prêter un livre d' anatomie pathologique. Elle commence par refuser : << C' est contre indiqué>>. 

 

- C'est peut-être contre-indiqué pour certains, mais pas pour moi ! dit Kostoglotov en  frappant la table de sa grosse patte. J'ai connu dans ma vie toutes les peurs possibles et inimaginables, et j'ai cessé d'avoir peur. Dans l'hôpital régional où j'étais, un chirurgien coréen, celui qui avait établi mon diagnostic [...] ne voulait rien m'expliquer non plus, et moi je lui ai ordonné de parler [...] Alors il a fini par lâcher : <<Vous avez trois semaines devant vous, ensuite je ne me prononce pas ! >>

- Il n'en avait pas le droit !
- Voilà quelqu'un de bien ! Voilà un homme ! Je lui ai serré la main. Je dois savoir ! Enfin, cela faisait six mois que je souffrais comme un martyr, à ne plus pouvoir rester ni couché, ni assis, ni debout sans avoir mal, je ne dormais plus que quelques minutes par vingt-quatre heures, eh bien, tout de même, j'avais eu le temps de réfléchir ! Cet automne-là, j'ai appris que l'homme peut franchir le trait qui sépare de la mort tout en restant dans un corps encore vivant. Il y a encore en vous, quelque part, du sang qui coule mais
psychologiquement, vous êtes déjà passé par la préparation qui précède la mort, et vous avez déjà vécu la mort elle-même. Tout ce que vous voyez autour de vous, vous le voyez déjà comme depuis Ia tombe, sans passion, et vous avez beau ne pas vous mettre au nombre des chrétiens, et même parfois vous situer à l'opposé, voilà que vous vous apercevez tout à coup que vous avez bel et bien pardonné à tous ceux qui vous avaient offensé et que vous n'avez plus de haine pour ceux qui vous ont persécuté. Tout vous est  devenu égal, voilà tout ; il n'y a plus en vous d'élan pour réparer quoi que ce soit ; vous n'avez aucun regret. Je dirai même que l'on est dans un état d'équilibre, un état naturel, comme les arbres, comme les pierres. Maintenant, on m'a tiré de cet état, mais je ne sais pas si je dois m'en réjouir ou non. Toutes les passions vont revenir, les mauvaises comme les bonnes.


Le Pavillon des cancéreux
trad. A. et M. AUCOUTURIER,L. et G. NIVAT
(Julliard)

 

 

L'Archipel du Goulag 

 

Au camp d'Ekibastouz, en janvier 1952, les détenus ont entrepris une grève de la faim et du travail. 

 

Et nous nous couchons, épargnant nos forces [...] Il nous reste assez de besogne : réfléchir : Depuis longtemps dans la baraque, les dernières miettes sont achevées. Plus personne ne fait plus rien cuire, plus personne n'a rien à partager. Dans le silence et l'immobilité générale, on n'entend plus que les voix des jeunes guetteurs collés aux fenêtres : ils nous font part de tous les déplacements qui se produisent dans la zone. Nous admirons cette jeunesse de vingt ans, son élan famélique, lumineux, sa résolution qui lui dicte de mourir au seuil d'une vie non encore commencée, plutôt que de capituler. Nous les envions, la vérité n'a pénétré dans nos têtes que tardivement, nos vertèbres dorsales déjà s'engourdissent le long de nos échines courbées.
Et soudain, juste avant la soirée du troisième jour [...] nos guetteurs s'écrient : <<La 9 !... La 9 capitule !... La 9 va au réfectoire !>>
Nous bondissons [...] nous contemplons, fìgés, ce triste cortège. Deux cent cinquante silhouettes [...] se traînent à travers la zone, longue fìle docile et humiliée. Je sens que je pleure. Essuyant mes larmes, je jette un coup d'oeil en coin : mes camarades en font autant. L'avis de la 9 est décisif. C'est chez eux, le quatrième jour déjà, depuis la soirée de mardi, que gisent les morts.
Ils vont au réfectoire, du même coup il se trouve qu'ils ont décidé de pardonner aux assassins pour une briquette et du gruau.
La 9 est une baraque famélique. Entièrement occupée par des brigades de manoeuvres, presque personne n'y reçoit de colis. Elle contient beaucoup de crevards.

Si ça se trouve, ils ont capitulé pour ne pas augmenter le nombre des crevards. Quittant les fenêtres, nous nous dispersons en silence.
C'est à ce moment-là que j'ai compris ce qu'est la fìerté polonaise et quelle fut l'essence de leurs insurrections désintéressées. Ce même ingénieur polonais, Jerzy Wiengierski, faisait partie à présent de notre brigade. Il achevait de purger sa dixième et dernière année. [...] Avec colère, mépris, souffrance, il détourne la tête du spectacle de ce cortège de mendiants, se redresse et crie d'une voix sonore et méchante : << Brigadier ! Ne me réveillez pas pour le dîner ! Je n'irai pas ! >>.


Il grimpe en haut de son wagonnet, se tourne contre le mur, et ne se lève pas. Nous allons manger dans la nuit, lui ne se lève pas. Il ne reçoit pas de colis, il est seul, il ne mange jamais à sa faim, et il ne se lève pas. La vue d'un gruau fumant ne saurait lui masquer l'immatérielle Liberté !
Si nous avions tous été aussi fìers et aussi fermes, quel tyran aurait tenu ?

 

L' Archipel du Goulag, T. III

 


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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 15:05

1867 - 1936

 

 

Pirandello et la rançon de la gloire

 

Pirandello est incontestablement l'un des phares du théâtre moderne et l'un des étrangers les plus joués en France depuis un demi-siècle. Il a en effet opéré une révolution des formes dramaturgiques, mais son trop grand succès dans les années vingt lui a joué un mauvais tour : le grand public  n'a retenu que le côté  le plus provoquant si ce n'est  le plus superficiel du novateur.

 

http://www.google.fr/url?source=imgres&ct=img&q=http://platform.ak.fbcdn.net/www/app_full_proxy.php%3Fapp%3D4949752878%26v%3D1%26size%3Do%26cksum%3D3e80740a3fd5d860e0bfc0b98d15fe16%26src%3Dhttp%253A%252F%252Fi33.tinypic.com%252F2jeu5jc.jpg&sa=X&ei=1U0HTvbUCIyr-Qb5mKGyDQ&ved=0CAQQ8wc4BQ&usg=AFQjCNGBEp4IG7HzXPnquybXLptWWBf8TgBon nombre de ses pièces  sont des adaptations de nouvelles écrites souvent une décennie plus tôt  ; or, il est impossible de comprendre la révolution théâtrale si l'on ignore l'oeuvre narrative qui a d'abord  exprimé le drame existentiel vécu par l'auteur. 

 

Travailleur infatigable et auteur fécond de plus de deux cents nouvelles, de sept romans et d'une trentaine de comédies sans compter les poésies du débutant et les essais de la maturité, Pirandello est un géant à cheval sur deux siècles, paradoxalement mal connu en dépit de son indéniable notoriété.

 

La formation d'un Sicilien à vocation européenne

 

L'Italie achevait à peine  son unité lorsque le petit Luigi naquit le 28 juin 1867 à Agrigente en Sicile,  d'un père qui venait de combattre au côté de Garibaldi* et qui allait le marquer de son anticléricalisme.

 

* http://fr.wikipedia.org/wiki/Giuseppe_Garibaldi

 

L'enfant a grandi dans la période de désenchantement qui a suivi les enthousiasmes du << Risorgimento >> - mouvement d'unification et de démocratisation de l'Italie : http://fr.wikipedia.org/wiki/Risorgimento - Déçue par ce qui équivalait à une annexion piémontaise, la bourgeoisie sicilienne libérale à laquelle appartenaient ses parents se détourna de l'idéal social et unitaire ; le jeune étudiant Pirandello sympathisera quelque temps à Palerme avec le mouvement autonomiste des <<fasci siciliani >> - mouvement de masse démocratique et inspiré par les socialistes, développé en Sicile de 1891 à 1893 pami les travailleurs urbains, ouvriers agricoles, mineurs et travailleurs -   

Comme beaucoup de méridionaux, le jeune Pirandello est venu poursuivre ses études à Rome, où il est déçu par les compromissions et les scandales du monde politico-financier : la capitale du nouveau Royaume est indigne du mythe national de la Grande Rome. L'étudiant préfère délaisser un monde latin décadent pour partir à la découverte de l'Allemagne, où il séjourne plus de deux ans (1889-1892). Ce méditerranéen sera marqué par un certain romantisme (l'aventure sentimentale et le rêve d'évasion liés au motif du voyage dans les nouvelles) et par la culture positiviste qui règne à l'époque dans les universités germaniques. L'influence de Schopenhauer se retrouvera dans le subjectivisme radical de la connaissance ("à chacun sa vérité", "comme tu me veux"), dans le pessimisme de sa vision (le thème obsédant de la maladie et de la mort dans les nouvelles), et dans la noble pitié de l'auteur pour ses créatures. Il ne renie pas pour autant ses racines siciliennes, puisqu'à Bonn il prépare un mémoire de philologie sur le dialecte de sa ville natale.

 

Le narrateur vériste*

 

Le "vérisme"  est dans la littérature narrative italienne de la fin du siècle, l'équivalent du naturalisme français.


En vérité, Pirandello sera à la fois Sicilien et Européen, régionaliste dans son réalisme et occidental (pour ne pas dire universel) dans sa problématique ; il sera peu Italien, en marge de la littérature nationale. A Rome où, professeur de littérature italienne, il revient s'installer, il est introduit dans les milieux littéraires <<véristes>> : Verga, Capuana et De Roberto, chefs de file de ce mouvement, sont comme lui des Siciliens qui, déçus par la nouvelle Italie, font découvrir aux lettrés romains les tristes réalités régionales. Dans cette capitale fin de siècle, c'est le provincialisme qui est à la mode : les véristes décrivent la Sicile de leurs jeunes années dans la vérité de ses passions archaïques avec un humour où se mêlent la tendresse pour le pays natal et la férocité d'un esprit lucide.


La plupart des nouvelles composées avant la Grande Guerre se déroulent dans l'île et constituent une série de tableaux de la vie populaire, où alternent les bergers ("Requiem aeternam"), les propriétaires terriens et les paysans ("La Jarre"), les ouvriers de mines de soufre  ("Ciaula découvre la lune"), que l'auteur connaissait bien car son père était propriétaire d'une soufrière, les employés de bureau (" Le Train a sifflé"), les femmes enfermées au foyer ("Le Voyage"), sans oublier les juges et les avocats ("La Vérité") ("La Brouette") de cette société procédurière.


Dans le roman vériste  <<Les Vieux et les jeunes>> (1909), le pessimisme historique de l'auteur est particulièrement sensible. Alors que Verga, son modèle, ne cachait pas son admiration pour certaines coutumes paysannes jugées chevaleresques, Pirandello dénonce les méfaits de la misère et de l'ignorance superstitieuse et tourne en ridicule le sens de l'honneur, entremêlant le registre tragique et le registre comique distincts dans les nouvelles. Condamnant à la fois, dans ce tableau historique, l'hypocrisie du parti clérical, l'impuissance nostalgique des anciens combattants du Risorgimento et  les excès des jeunes autonomistes des "fasci", le narrateur dresse un constat désabusé mais perspicace. Ce roman inégal manque d'unité : on n'y sent pas passer le grand vent de l'Histoire.

 

La thématique pirandellienne

Les brillantes tirades philosophiques des comédies les plus célèbres ne doivent pas nous faire oublier que la crise d'identité et le drame de la personnalité éclatée ont été, avant d'être formulés de manière subversive, pathétiquement vécus par l'auteur. Le mélange explosif d'amour et de haine que le moi porte à l'imago paternelle et qui témoigne d'un oedipe mal résolu transparaît dans la fiction des tragi-comédies. Ce complexe paternel a des origines profondes : encore enfant, Luigi a surpris son père en flagrant délit d'adultère, et la hantise de cette http://www.decitre.fr/gi/60/9782253138860FS.giffaute se retrouve dans l'oeuvre dramatique sous la forme cyclothymique d'un sentiment dépressif de culpabilité et d'un besoin de vengeance (le couple père-belle-fille dans "Six personnages en quête d'auteur"  étant l'exemple le plus connu) qui alternent parfois dans le même personnage (telle protagoniste de "La Volupté de l'honneur").
Lorsqu'en 1903, toute la fortune familiale (y compris la dot d' Antonietta, son épouse) est engloutie dans l'éboulement de la soufrière paternelle, la jeune femme, qui s'était trop identifiée sous le regard des autres à cet avoir désormais perdu, sombre dans la folie. Pirandello, tenté par le suicide, surmonte la crise en composant son roman "Feu Mathias Pascal", suicide symbolique d'un homme qui profite d'un accident et d'un quiproquo pour changer d'identité en passant pour mort aux yeux des siens.


 

La débâcle mentale d'Antonietta s'accentue durant la Grande Guerre, parallèlement à la faillite de sa double famille et contraint Pirandello en 1919 à faire interner sa femme : douloureux cas de conscience qui l'oblige à se demander qui a le droit de déclarer "l'autre" fou. Qui dans l'histoire est vraiment fou ? C'est l'interrogation qui parcourt tout le théâtre.

 

Déjà dans des nouvelles comme " Le Train a sifflé "  la folie apparaît comme la résultante de la solitude à laquelle nous sommes condamnés socialement et métaphysiquement. Dans "Son mari "et dans "Les Cahiers de Serafino Gubbio opérateur", deux romans sur l'échec du couple, une romancière et une actrice de cinéma ne s'appartiennent plus et sont victimes de l'image que les autres se font de Ia vedette. C'est toutefois "Un, personne et cent mille", roman de l'après-guerre, qui traduit le mieux, sous la forme du monologue intérieur d'une conscience malade, la crise de notre identité. Face au miroir, Vitangelo Moscarda interroge son double et constate qu'il n'est pas pour les autres (et d'abord pour sa femme) ce qu'il avait cru être jusqu'ici ; que, faute de pouvoir se regarder vivre, il demeure étranger à lui-même, quelqu'un que les autres voient en action, chacun à sa façon, mais qui, dans le miroir, n'est plus qu'un corps vide, une apparition de rêve, une apparence plantée là dans l'attente que quelqu'un la prenne ; que n'importe qui pouvait donner à cette image une interprétation différente, que cette apparence pouvait jouer cent mille rôles ; qu'enfin, ce corps en lui-même n'était rien ni personne, qu'un courant d'air pouvait le faire éternuer aujourd'hui et l'emporter demain. Nous avons l'illusion d'être un dans le temps et l'espace alors que nous prenons cent mille apparences aux yeux des autres : mieux vaut ne plus être personne en se réfugiant dans une folie libératrice.

 

Le malheur de l'homme vient de sa conscience, des moments où il se découvre prisonnier des habitudes et des conventions comme le juge de la nouvelle <<La Brouette>>, ou étranger à lui-même comme  Bersi qui dans <<Nos souvenirs>> ne se retrouve  pas du tout dans les récits de ses camarades d'enfance. L'individu refuse d'être jugé sur les apparences, il lutte pour se libérer de l'étiquette social, familial, professionnelle. Mais peut-on constamment se dérober à son identité ?

 

Mathias Pascal - http://rosannadelpiano.perso.sfr.fr/Pirandello_ONPA_html.htm 

renonçait finalement à vivre libre mais sans passé et venait  trop tard reprendre son  identité première ;   Moscarda  - <<Un , Pas cent mille>> - va jusqu'au bout et renonce à être quelqu'un : "Ne plus avoir conscience d'être, comme une pierre, comme un arbre ; même plus se souvenir de son nom, vivre pour vivre, comme les bêtes, comme les plantes...".

C'est le refus de l'aliénation qui pousse le narrateur  à cette extrémité.

 

La dramaturgie pirandellienne

 

Le théâtre opère un renversement de cette dialectique puissante et subtile de l'être et du paraître. Mathias Pascal et Moscarda <<faisaient du roman>> pour éviter  les pièges des apparences. Or nous sommes  condamnés à jouer des rôles et c'est  ce <<théâtre>> forcé que Pirandello nous donne à voir dans ses pièces, dont le sujet profond est toujours la comédie du personnage et la tragédie d'avoir  à jouer  cette comédie.

 

Dans <<Chacun sa vérité>>,  qui joue la comédie, de Monsieur Ponza ou de Madame Frola ? Leurs versions respectives semblent incompatibles mais tous deux sont sincères : la tragédie de Madame Ponza, c'est d'appartenir à une double fiction pour assurer à chacune des deux personnes qu'elle aime leur raison  d'être ; écartelée  dans son double rôle, elle n'est personne pour elle-même.

 

C'est aussi la tragédie d' <<Henri IV>>  - http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_IV_%28Pirandello%29,   - ce non -être  par excellence, puisqu'il est condamné à jouer le rôle de l'Empereur d'Allemagne ; en lui culminent la comédie et la tragédie du personnage. La chute de cheval a anéantie son être et transformé un costume de carnaval en vérité éternelle. Il parait toujours fou alors qu'il a  cessé de l'être depuis douze ans : il a choisi de survivre à son drame en se réfugiant derrière le masque de la folie. <<Henri IV>>, c'est le triomphe du théâtre qui prend sa revanche sur la vie : la personne est niée au profit du personnage.

 

Ces personnages , plus vrais que des êtres  de chair, sont en quête d'auteur parce que le dramaturge leur donne  pleinement leur raison d'être en leur laissant la parole sur scène.  Ce qui importe chez les << Six personnages en quête d'auteur>>, ce n'est pas  le mélodrame de leur histoire familiale, qui est déjà du passé au lever du rideau, c'est le masque qui colle à leur peau, la tragique obligation qu'ils s'imposent mutuellement de jouer la comédie.

 

Luigi Pirandelleo obtient le Prix Nobel de littérature le 10 décembre 1934 - "pour son renouvellement hardi et ingénieux de l'art du drame et de la scène". Il meurt en 1936 d'une pneumonie.

 

Dix années après sa mort, ses cendres sont transportées à Agrigente. Comme l'écrit la critique littéraire Rosanna Delpiano : " [...] son destin de personnage se clôt sur un dernier jeu entre apparence et réalité : par les rues de sa ville, les cendres de Pirandello passent, enfermées dans une caisse qui donne l'impression que la crémation n'a pas eu lieu, que le corps est dans le cercueil. Il paraît qu'en ont décidé ainsi les autorités ecclésiastiques : ainsi, sans le savoir, elles s'employaient à donner la dernière touche "pirandellienne" au séjour involontaire sur la terre de Luigi Pirandello." Après la seconde guerre mondiale, ses cendres ont été scellées dans un mur près de sa maison natale, classée monument national en 1949. Sa femme mourut en 1959, dans une clinique psychiatrique, à l'âge de 87 ans. (Wikipédia).

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 10:11

1897  1962

 

 

Naissance de l'écrivain

 

 

La première oeuvre publiée par Faulkner, à vingt deux ans (poème intitulé en Français  "l'après-midi d'un  faune") date de 1919 ; comme Dos Passos, Hemingway, E.E. Cummings la génération d'écrivains Américains venait de découvrir en France, que la guerre est une boucherie, l'héroïsme, un mythe, et les valeurs  des baudruches.

Mais pour celui qui n'avait pas encore ajouté au nom de famille (Falkner) la lettre qui fera la différence, les lendemains de la Première Guerre mondiale étaient d'autant plus amers qu'il n'avait pas accédé au front. Sa naissance à la littérature se fait sous le signe d'une triple frustration : frustration d'action et de http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRhHottuwrjFSYz96iWd0J9UJHuaBNX8o9Q-HeIryw1pPYrjaDrgloire, puisqu'il  n'a pas tout à fait achevé sa formation de pilote de la R.A.F. à Toronto lorsque l'armistice le surprend ; frustration d'amour, aussi,  puisqu'à son retour chez lui, celle qui  deviendra finalement sa femme, dix ans plus tard, après un divorce, vient d'en épouser un autre ; frustration  de statut social enfin, puisqu'il n'est bon à rien (le <<Vicomte Vaurien>>, tel est son surnom à cette époque), pas même à expédier correctement le courrier de l'Université du Mississippi, où son père est  administrateur. Il se trouve donc seul devant les feuilles blanches qu'il va  noircir pendant dix ans d'assez mauvais poèmes, de proses nettement plus prometteuses et, en 1926 et 1927, des deux premiers romans,  "Monnaie de  singe" et "Moustiques".

 

L'exil intérieur

 

En, 1929, lorqu'il publie coup sur coup "Sartoris" et "Le Bruit et la fureur" Faulkner a fait brièvement l'expérience de 3 grandes villes (New-York,  La Nouvelle Orléans et Paris),  mais déjà à trente deux ans, il a effectué un choix  majeur, qui le situe à l'opposé des exilés parisiens de la <<génération perdue>>  :   il s'est installé définitivement à Oxford (Mississippi), une bourgade  http://ecx.images-amazon.com/images/I/51YHFZPDYML._SL500_AA300_.jpgd'environ  deux mille habitants, à peine sortie du XIX ème siècle. Là, il épouse Estelle Oldham Franklin (dont il aura une fille, Jill,  en 1933 et qui restera son unique enfant) ; puis il acquiert une maison délabrée d'avant la guerre de Sécession, dont il fait sa demeure.

 

Commence alors un véritable exil intérieur qui va durer vingt ans, pendant lesquels s'élabore l'une des oeuvres littéraires les plus importantes du siècle, et duquel Faulkner  émergera seulement, hormis les nombreux séjours à Hollywood  - "les mines de sel" qui lui permettaient de gagner l'argent  que ne lui procuraient pas ses livres - avec le prix Nobel, en 1950.  Alors sa vie se détend : il se remet à voyager, allant même à jouer un rôle semi-officiel d'ambassadeur itinérant pour le Département d'Etat ; il cède volontiers aux sollicitations de plus d'une jeune admiratrice en mal d'écriture ; il écrit moins et plus difficilement. A la hantise des 25 premières années, l'agent, se substitue celle du doute. L'alcool, par  à-coups, lui servira de recours jusqu'à l'ultime limite, celle qu'il franchira pour ne plus en revenir, le 6 juillet 1962, à Byhalia (Mississippi), non loin de chez lui, dans une "maison de retraite"où il avait déjà tenté de se désintoxiquer.

 

Une oeuvre en spirale

 

C'est donc en 1929 que le troisième roman de Faulkner, "Sartoris" inaugure  la délimitation du domaine auquel, sept ans plus tard, sous la forme d'une carte qu'il donne en appendice  "Absalom ; Absolom !"*,  il ajoutera l'appellation, avec cette légende : <<Comté de Yoknapatawpha, Mississippi (chef -lieu, Jefferson) ; superficie 2400 miles carrés ; population : 6298 Blancs, 9313 Noirs. William Faulkner, Unique Possesseur et Propriétaire>>.

 

* http://fr.wikipedia.org/wiki/Absalon,_Absalon!

 

Pourtant, il ne faudrait pas limiter son oeuvre  à ce comté mythique : on peut, en effet, estimer que cinq romans et une vingtaine de nouvelles n'y sont pas spécifiquement localisés. A l'opposé de celle de Balzac, l'oeuvre de Faulkner ne s'étend pas horizontalement, en annexant les diverses "scènes" de la vie sociale, mais verticalement  et en profondeur, à la manière d'un foret. C'est ainsi qu'ont voit la série de ses plus grands romans dessiner une sorte de spirale en revenant l'un après l'autre sur des problèmes abordés dans le précédent : la figure est nettement celle de la répétition dans la différence. "Absolom, Absolom ! "(1936) reprend  "Le Bruit et la  fureur", "Descends, Moïse" (1942) revient sur "Absolom, Absolom !", et enfin "Parabole" (1954) tente de totaliser : tel est l'oeuvre, ou même l'âme de l'oeuvre de Faulkner, qui se déploie donc en volute autour d'une réflexion centrale et intense jusqu'à être douloureuse, sur la nature de la vérité.

 

Classique ou moderne

 

En un sens, Faulkner est encore un classique (ou un romantique) : à partir de 1929 et de la découverte émerveillée de ce qu''il pouvait faire dire à l'écriture (Le Bruit et la fureur semble en effet lui ouvrir  les portes  du possible en littérature), les oeuvres successives vont lui permettre de concevoir un projet démesuré, celui de l'Oeuvre, de l'Opus monumental qu'on paraphe avant de mourir ou,  mieux,  qu'on laisse à l'humanité comme un fragment anonyme de sa propre mémoire. C'est aussi un classique, en ce qu'aucun de ses récits n'abandonne la référence au réel ;  <<le réalisme de Faulkner est d'un genre nouveau, "subjectif", et plus soucieux de communiquer le discours du moi sur le monde que l'ordre des faits eux-mêmes>>.

En revanche, Faulkner est un moderne dans le sens où, avec lui, bien des conventions du genre romanesque sont tombées comme des masques, à commencer par celle de la <<psychologie>> des personnages, catégorie si chère aux Français, qui aiment coller sur tel ou tel héros l'étiquette des grands sentiments (il y a l'amoueux, l'ambitieux, l'avare, le jaloux, etc...) ; moderne aussi, car chez lui,  le lecteur voit l'oeuvre  se faire sous ses yeux, à tel point  qu'il lui faut assumer une certaine collaboration pour réunir, par exemple, les morceaux épars de l'univers des Compson* dans "Le Bruit et la fureur", ou dans "Tandis que j'agonise", les cinquante-neuf discours des personnages  pour "totaliser" l'évènement qu'est la mort de la mère et ses conséquences ; moderne enfin par les audaces, les excès mêmes, et les étranges beautés qui sont dans son écriture.

 

*http://fr.wikipedia.org/wiki/Quentin_Compson

 

Un poète tragique

 

En réalite, proche de celles d'Eschyle, de Dostoïevski, de Melville et de Beckett, l'oeuvre de Faulkner s'érige au-dessus d'insondables profondeurs qu'elle a pour double mission - comme toute  écriture vraie -  de suggérer mais aussi de conjurer. Surtout, ces profondeurs, qui sont évidemment  celles de l'inconscient de l'auteur, sont aussi les notres, celle de tout homme face au temps et à la mort, au  sentiment de néant et à l'angoisse du vide.

La France  a donc eu raison de reconnaître en lui très tôt ce qu'il est : un poète tragique. En particulier,  André Malraux  eut le mérite d'attirer d'emblée l'attention sur cette dimension de l'art faulknérien, alors que les premiers critiques  américains, hormis quelqu'uns se fourvoyaient  dans une lecture "régionaliste". Car, dans la préface que donna Malraux à ce roman, c'est moins la conclusion  trop célèbre sur "Sanctuaire" comme <<l'intrusion de la tragédie grecque dans le roman policier>>  qu'il faut retenir, que cette phrase : <<[...] il s'agit d'un état psychologique sur quoi repose presque tout l'art tragique, et qui n'a jamais été étudié parcequ'il ne ressortit pas à l'esthétique : la fascination>>.

 

 

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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 17:10

 

 

1887  1975

 

 

La situation de Saint- John Perse dans la poésie de notre temps est paradoxale. Poète difficile, quasiment ignoré durant la majeure partie de sa vie, il semblait voué aux suffrages d'une élite, voire d'une poignée http://media3.picsearch.com/is?wjG29VuHx8FgXsURJNonXLRirjId0K6Dw263ngowtrsd'amateurs, plus attentifs à la singularité d'un écrivain, ou à la rareté de ses éditions qu'au rayonnement de son oeuvre. Réfugié derrière d'étranges pseudonymes, avare de son oeuvre et plus encore de lui-même, solitaire et orgueilleux, affecté dans son langage comme dans son écriture, apparemment trop sûr de lui pour être jamais complaisant, cet homme courtois et distant dut à ses relations avec l'intelligentsia des diplomates bien plus qu'à l'audience de ses poésies d'être projeté, en 1960, par le prix Nobel de littérature, au premier plan de l'actualité littéraire. Et pourtant, voici que dans le même temps, ignorant les précautions aseptisantes prises par de trop vigilants amis et la répulsion de Saint- John Perse pour toute forme de dialogue facile et spontané, une nouvelle génération de lecteurs revendiqua avec ferveur cet homme singulier et découvrit en lui le poète de notre siècle.  

 

Saint-John Perse, de son vrai nom Alexis Leger est né le 31 mai 1887 à Pointe à Pitre  en Guadeloupe. Une enfance guadeloupéenne, au sein d'une vieille famille créole, se teinte de réminiscences paradisiaques. La ruine, à la suite d'un tremblement de terre, le retour en France, dès 1889  à Pau, des études de droit à Bordeaux, la mort du père, en 1907, et les responsabilités nouvelles qui en découlent, le succès au concours des Affaires étrangères, en 1914, le départ pour la Chine, en 1916, résument en quelques mots les premières années de la vie d'Alexis Saint-Léger Léger (autre pseudonyme). Trente années durant lesquelles s'est formée la personnalité de cet homme méditatif et actif, toujours obsédé par un rêve de partances, plus proche de la nature que des bibliothèques, mais également désireux d'apprendre à connaître le monde avec et sans les livres.

 

Fasciné par la poésie, un instant proche de F. Jammes, il découvre Claudel, Gide, Jacques Rivière, Satie, Stravinski, et surtout la vanité des jeux littéraires. Sans doute essaie-t-il, dans un premier temps, de publier, de-ci, de-là, des vers d'adolescent : il les reniera vite, et, avec une surprenante autorité, imposera son idée de la Poésie, art total et mode de connaissance,   << la plus proche convoitise et la plus proche appréhension >>  du réel absolu. Dès 1909, la "Nouvelle Revue française" l'accueille. Elle publie "Éloges" en 1911 et Valery Larbaud salue en lui un poète des Eléments, un "vrai poète".

 

Le séjour à Pékin, de 1916 à 1921, est déterminant : une poésie cosmique va naître du contact avec un empire moribond, une civilisation millénaire, des espaces infinis. Les vraies valeurs, détachement et réalisme, attention au monde et indifférence au monde, sur lesquelles se fonde la sagesse orientale, lui deviennent évidentes et l'éloignent plus encore que naguère des objectifs illusoires que se propose la société occidentale. Seul, il s'engage dans << un voyage aux frontières de l'esprit  >>, en quête de l'Homme.


http://www.gallimard.fr/couvBNF/A22365.jpg"Anabase"  paraît, anonyme, en 1924, sur l'initiative de Larbaud*  et presque malgré l'auteur, qui semble avoir désormais renoncé à toute activité littéraire. Par hasard, Briand a découvert en Alexis Léger un de ces ((grands commis )) qui fìrent jadis la force et le prestige de l' Administration française. De longues années, Léger exerça les très hautes fonctions de secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et durant tout le temps où il dirigea, de fait, la diplomatie française, il s'opposa même à toute réédition de ses oeuvres publiées.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Valery_Larbaud

 

 

Révoqué par le gouvernement de Vichy en 1940, exilé, déchu de la nationalité française, pacifiste convaincu et résolument hostile au nazisme, il va désormais, aux  États-Unis, à l'écart des querelles partisanes, mener une deuxième carrière littéraire. Indifférent au sort de manuscrits accumulés en vingt années de travail silencieux et détruits par les occupants lors du pillage de son appartement parisien, il publie une
oeuvre nouvelle et abondante : "Exil" (1942), "Pluies" (1943), "Neiges" (1944), "Vents" (1945), "Amers" (1957), "Chronique" (1960) témoignent dans une étonnante continuité d'une inspiration moins tendue, plus
sereine à mesure qu'approche << le grand âge >>. Fasciné par l'immensité primitive de la nature américaine et de l'Océan, plus que jamais épris de botanique, de zoologie et de navigation solitaire, il ne
revient en France qu'en 1957 ; ses séjours annuels ne seront guère que les vacances d'un homme qui a trouvé son véritable enracinement en Amérique,  où il s'est marié en 1958 avec Dorothy Russel. A partir de 1957, il vient régulièrement en France sur la presqu'île de Giens ou des amis Américians ont acquis pour lui une propriété.

 


Il meurt le 20 septembre 1975, à  Giens où il repose désormais. Ses tout derniers poèmes, "Nocturne et Sécheresse", paraissent peu après sous le titre "Chant pour un équinoxe". Peu avant sa mort, il avait légué tous ses manuscrits, papiers et objets personnels, ainsi que les livres de sa bibliothèque, à la Ville d' Aix en Provence, qui  aujourd'hui encore abrite la Fondation Saint-John Perse.

 

 

Éloges


Publié en 1911 aux éditions de la NRF, le recueil Éloges est modifié dans les éditions ultérieures (1925, 1948). Il comporte plusieurs poèmes :


· Écrit sur la porte daté de 1908.


[...] Un homme est dur, sa fille est douce. Qu’elle se tienne toujours à son retour sur la plus haute marche de la maison blanche, et faisant grâce à son cheval de l’étreinte des genoux, il oubliera la fièvre qui tire toute la peau du visage en dedans.

*

J’aime encore mes chiens, l’appel de mon plus fin cheval, et voir au bout de l’allée droite mon chat sortir de la maison en compagnie de la guenon… toutes choses suffisantes pour n’envier pas les voiles des voiliers que j’aperçois à la hauteur du toit de tôle sur la mer comme un ciel.

 

· Images à Crusoé  daté de 1904 mais vraisemblablement écrit en 1906 selon Joëlle Gardes Tamine (directrice de publication de Saint-John Perse sans masque, Lecture philologique de l’œuvre, Poitiers-Rennes, La Licorne-Presses universitaires de Rennes, 2006).


Vieil homme aux mains nues,
remis entre les hommes, Crusoé !
tu pleurais, j'imagine quand des tours de l'Abbaye, comme un flux, s'épanchait le sanglot des cloches sur la Ville…
ô Dépouillé !
Tu pleurais de songer aux brisants sous la lune ; aux sifflements de rives plus lointaines ; aux musiques étranges qui naissent et s'assourdissent sous l'aile close de la nuit,
pareilles aux cercles enchaînés que sont les ondes d'une conque, à l'amplification de clameurs sous la mer…

Images à Crusoé, Les Cloches.

 

· Pour fêter une enfance daté de 1907.

 

Palmes...!
Alors on te baignait dans l'eau-de-feuilles-vertes ; et l'eau encore était du soleil vert ; et les servantes de ta mère, grandes filles luisantes, remuaient leurs jambes chaudes près de toi qui tremblais...
(Je parle d'une haute condition, alors, entre les robes, au règne de tournantes clartés.)

Palmes ! et la douceur
d'une vieillesse des racines ... ! La terre
alors souhaita d'être plus sourde, et le ciel plus profond, où des arbres trop grands, las d'un obscur dessein, nouaient un pacte inextricable...
(J'ai fait ce songe, dans l'estime : un sûr séjour entre les toiles enthousiastes.) [...]

Éloges, Pour fêter une enfance, I.

 

· Éloges daté de 1908.


Enfance, mon amour, j'ai bien aimé le soir aussi : c'est l'heure de sortir.
Nos bonnes sont entrées aux corolles des robes... et collés aux persiennes, sous nos tresses glacées, nous avons
vu comme lisses, comme nues, elles élèvent à bout de bras l'anneau mou de la robe.
Nos mères vont descendre, parfumées avec l'herbe-à-Madame-Lalie... Leurs cous sont beaux. Va devant et annonce : Ma mère est la plus belle !
— J'entends déjà
les toiles empesées
qui traînent par les chambres un doux bruit de tonnerre... Et la Maison ! la Maison ? ... on en sort !
Le vieillard même m'envierait une paire de crécelles
et de bruire par les mains comme une liane à pois, la guilandine ou le mucune.

Ceux qui sont vieux dans le pays tirent une chaise sur la cour, boivent des punchs couleur de pus.

Éloges, XV.

 

Tité de :  Fondation Saint John Perse :

 

  http://www.fondationsaintjohnperse.fr/html/loeuvre_02.htm


 

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24 mars 2011 4 24 /03 /mars /2011 16:46

                Alain Robbe Grillet                                     Nathalie Sarraute   

                                                                       http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTngSXyW-ZIMkOHOiBFlBuwijJf9bTHBO3YNfOjQJBo6YPXMuM3Dghttp://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQgoLJtNw1ZyYVwXkBvSGvbV2kD-o_N6rfLp8saQSsUAIV6AZisOQ

 

 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/d6/Michel-Butor.jpg/200px-Michel-Butor.jpg

                                                Michel Butor

 

 

 

Un phénomène confus ?


Le phénomène littéraire connu sous le nom de << Nouveau roman >> date du milieu des années cinquante : il est lié aux noms de Michel Butor, Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute, et quelques autres. Comme jadis le surréalisme et naguère l'existentialisme, il bénéficie de l'attention de la presse, suscite de vives polémiques entre critiques conservateurs et critiques d'avant-garde. La presse joue même un rôle si voyant dans l'événement qu'on en accuse le caractère publicitaire. Il faut cependant noter que le bruit fait autour de romans certes différents les uns des autres, mais qui tous mettaient en cause le type de récit alors en faveur exclusive auprès du grand public, fait soudain connaître des écrivains qui, aujourd'hui, passent pour les plus importants de notre temps. Même s'ils sont relativement peu lus (mais leurs tirages sont constants) et s'ils doivent le plus clair de leur notoriété à leur grande diffusion dans les universités - d'abord étrangères, puis françaises - et aussi aux innombrables travaux critiques dont ils ont été et restent l'objet.


Mais si le Nouveau roman appartient à l'histoire littéraire, il n'y est pas enfermé, comme un phénomène clos et achevé. Il y a une persistance actuelle de ses acquis. Plus encore, sans qu'il prenne jamais l'aspect d'une orientation concertée - incompatible avec l'irréductible originalité de chacun des  <<nouveaux romanciers >>, hier comme aujourd'hui -, un travail à partir de ses acquis. Ainsi le Nouveau roman devrait être considéré de deux façons : dans sa genèse historique et dans son développement.

 

Pour Jean Ricardou*, qui, depuis les années soixante, s'est fait le théoricien vigoureux, mais parfois un peu totalitaire, du Nouveau roman, des <<critères>> nets doivent permettre de trouver des liens communs entre des oeuvres dont les différences apparaissent souvent plus nettes que les ressemblances.

 

* http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Ricardou

 

 A souligner I'origjnalité particulière de chaque écrivain, on risque de méconnaître le fondement de leur communaute. Mais à vouloir reporter sur un roman de Butor les prises de position théoriques de Robbe-Grillet, on ne peut que brouiller les perspectives. Car le Nouveau roman ne s'est jamais constitué en << groupe >>. Les  << nouveau romanciers >> n'ont jamais signé de manifeste collectif. Tous ont toujours refusé la notion  <<d' école >>. Le lecteur doit donc avoir à tenir compte de la spécificité des oeuvres, d'une volonté commune de rupture avec certaines idées régnantes et de l'effet de groupe, au moins relativement à la percée du Nouveau roman.

 

Une percée explicable


En 1953 paraissent "Les Gommes"  L'auteur, Alain Robbe-Grillet, est un inconnu : on allait bientôt apprendre qu'il n'appartenait pas aux milieux littéraires, mais qu'il était ingénieur agronome. Compte tenu des préjugés en vigueur contre la << culture >> scientifique, on s'en souviendra pour stigmatiser son style comme style << d'arpenteur >>. La même année, Nathalie Sarraute, dont, la veille de la guerre, "Tropismes", était passé complètement inaperçu, publie "Martereau". L'année suivante, un autre inconnu, Michel Butor, "Passage de Milan". Ces romans surprennent. Les critiques qui en parlent, tentent avec bien des hésitations, d'insérer ces romans divers dans  des filiations connues.

 

Le "Nouveau Roman" ne se présente pas comme un exposé ou une relation linéaire, mais comme une << recherche >>.  Un constant va-et-vient dans le temps, la juxtaposition d'instantanés, de versions divergentes de la même scène, la présence obsédante des objets, un << double mouvement de création et de gommage >> peuvent déconcerter le lecteur ; mais celui-ci doit comprendre que l'auteur attend de lui une participation plus active.  << Ce qu'il lui demande, écrit Robbe Grillet, ce n'est plus de recevoir tout fait un monde achevé, plein, clos sur lui-même, c'est au contraire de participer à une création, d'inventer à son tour l'oeuvre - et le monde - et  d'apprendre ainsi à inventer sa propre vie >> (Pour un nouveau roman).

 

fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Butor

fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Robbe-Grillet

fr.wikipedia.org/wiki/Nathalie_Sarraute

 

 

Interview de Nathalie SARRAUTE sur son 7ème roman "Vous les entendez ?" édité par Gallimard. L'auteur explique qu'elle continue à prospecter le même univers depuis son premier livre "Tropismes" car elle a le sentiment d'avoir encore à découvrir, dans la recherche de la profondeur de l'être humain. Elle évoque ses affinités avec l'art abstrait en peinture et reconnait qu'elle se passerait bien d'être considérée comme le chef de file de l'école du Nouveau Roman. L'écrivain parle de la spécificité de ses personnages, individualisés par leur attitude à l'égard de l'ordre des choses et elle explique les rapports qu'elle entretient avec eux dans la logique d'une action.

 

 

 

 

Alain ROBBE GRILLET commente le rapport entre le nouveau roman et la poésie

 

 

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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 11:00

 

 

Dans "En attendant Godot" (1952), la scène se passe <<sur une route à la campagne, avec arbre >>. Deux clochards, VLADIMIR et ESTRAGON conversent tant bien que mal, pour tuer le temps interminable, en attendant un certain GODOT avec qui ils ont, croient-iI, rendez-vous. IIs espèrent de lui monts et merveilles, mais tous les soirs GODOT leur fait dire qu'il viendra <<sûrement demain >>. On y a vu le symbole de l'existence absurde passée
http://myboox.f6m.fr/images/livres/reference/0010/44/9782729806507FS.gifvainement dans I'attente de Dieu (en anglais, God), mais Beckett a rejeté cette interprétation... Surviennent deux autres personnages : POZZO, sûr de lui, jouisseur, cruel, tient en laisse LUCKY, vieillard décharné et pliant sous le poids de ses bagages ; à coups de fouet, iI le contraint à exécuter ses moindres caprices. Est-ce le symbole de l'esclave tyrannisé par son maître ? ou celui de l'homme asservi à la divinité (à deux reprises, Pozzo est confondu avec GODOT) ? Ces deux images de la condition humaine semblent se superposer quand les clochards, apitoyés, interrogent Pozzo sur son souffre-douleur.

 

******

 

 

Vladimir mime celui qui porte une lourde charge. Pozzo le regarde sans comprendre.


ESTRAGON (avec force) : Bagages ! (il pointe son doigt vers Lucky.) Pourquoi ? Toujours tenir. (il fait celui qui ploie, en haletant.) Jamais déposer. (il ouvre les mains, se redresse avec soulagement.) Pourquoi ?
POZZO : J'y suis. II fallait me Ie dire plus tôt. Pourquoi il ne se met pas à son aise. Essayons d'y voir cIair. N' en a-t-il pas le droit ? Si. C'est donc qu'iI ne veut pas ? Voilà qui est résonné. Et pourquoi ne veut-il pas ? (Un temps) Messieurs, je vais vous le dire.
VLADIMIR : Attention I
POZZO : C'est pour m'impressionner, pour que je le garde.
ESTRAGON :Comment ?
POZZO : Je me suis peut-être mal exprimé. Il cherche à m'apitoyer, pour que je renonce à me séparer de lui. Non, ce n'est pas tout-à-fait ça.
VLADIMIR :Vous voulez vous en débarrasser ?
POZZO : Il veut m'avoir, mais il ne m'aura pas.
VLADIMIR :Vous voulez vous en débarrasser ?
POZZO : Il s'imagine qu'en le voyant bon porteur je serai tenté de l'employer à l'avenir dans cette capacité.
ESTRAGON :Vous n' en voulez plus ?
POZZO : En réalité, il porte comme un porc. Ce n'est pas son métier.
VLADIMIR : Vous voulez vous en débarrasser ?
POZZO : Il se figure qu' en le voyant infatigable je vais regretter ma décision.  Tel est son misérable calcul. Comme si j'étais à court d'hommes de peine !
(Tous trois regardent Lucky). Atlas, fils de Jupiter ! (Silence) Et voilà. Je pense avoir répondu à votre question. En avez-vous d'autres ?
VLADIMIR :Vous voulez vous en débarrasser ?
POZZO : Remarquez que j'aurais pu être à sa place et lui à la mienne. Si le hasard ne s'y était pas opposé. A chacun son dû.
VLADIMIR :Vous voulez vous en débarrasser ?
POZZO : Vous dites?
VLADIMIR : Vous voulez vous en débarrasser ?
POZZO :En effet. Mais au lieu de le chasser, comme j'aurais pu, je veux dire au lieu de le mettre tout simplement à la porte, à coups de pied dans le cul, je l'emmène, telle est ma bonté, au marché de Saint-Sauveur, où je compte bien en tirer quelque chose. A vrai dire, chasser de tels êtres, ce n'est pas possible.
Pour bien faire, il faudrait les tuer. (Lucky pleure.)
ESTRAGON : Il pleure.
POZZO : Les vieux chiens ont plus de dignité. (il tend son mouchoir à Estragon.) Consolez-le, puisque vous le plaignez. (Estragon hésite.) Prenez. (Estragon hésite) . Prenez (Estragon prend le mouchoir.) Essuyez-lui les yeux. Comme ça il se sentira moins abandonné. (Estragon hésite toujours.)
VLADIMIR :Donne, je le ferai, moi.

 

Estragon ne veut pas donner le mouchoir.Gestes d 'enfant.

 

POZZO : Dépêchez-vous. Bientôt il ne pleurera plus. (Estragon s'approche de Lucky et se met en posture de lui essuyer les yeux. Lucky lui décroche un violent coup de pied dans les tibias. Estragon lâche le mouchoir,se jette en arrière, fait le tour du plateau en boitant et en hurlant de douleur.) Mouchoir. (Lucky dépose valise et panier, ramasse le mouchoir, avance, le donne à Pozzo, recule, reprend valise et panier.)
ESTRAGON :Le salaud ! La vache ! (il relève son pantalon.) Il m'a estropié !


En attendant Godot, (Éditions de Minuit).


<<Pour que le temps leur semble moins long>>, Pozzo s'efforce de distraire les deux cloéhards, leur parle << de choses et d' autres >>, leur << explique le crépuscule>> en termes lyriques, et finit par faire danser devant eux puis <<penser à haute voix >> le malheureux LUCKY, qui débite un discours incohérent. Restés seuls sur la route, VLADIMIR et ESTRAGON retombent dans l'ennui : ils se pendraient à l'arbre s'ils avaient une corde.

 

 

Au théâtre de l'Odéon, on joue "En attendant Godot" de Samuel BECKETT, mise en scène par Luc BONDY. Alternance d'extraits de la pièce avec les interviewes de Gérard DESARTHE et de François CHATTOT : "C'est le jeu de la variation à l'infini. [...] Cela crée un système d'humour à tiroirs, le spectateur est complice de cet humour là". - Interview de Luc BONDY, le metteur en scène.

 

 

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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 10:38

 

Dans un royaume fantastique qui se dégrade et pourrit, le roi Bérenger découvre qu'il va mourir. Puéril et déchirant, il se révolte, se désespère et finit par se résigner.

 

"Le roi se meurt" (créé en 1962 au théâtre de l' Alliance-Française dans une mise en scène de J. Mauclair qui interprétait le rôle du roi) a souvent été considéré comme le chef-d' oeuvre de lonesco. Les pièces suivantes, tout en perpétuant les thèmes habituels, ont remporté moins d' adhésion.

 

Le roi Bérenger va mourir


L ' entourage du roi Bérenger, Marguerite sa première  épouse, Marie sa favorite, le médecin, le garde, Juliette la femme de ménage sont réunis dans une salIe du trône d'alIure gothique mais en triste état. lls ont compris que le délabrement du palais et de tout le royaume sont des signes avant-coureurs de la mort http://ecx.images-amazon.com/images/I/31IQ5nguEcL.jpgdu roi. Tandis que Marguerite veut le préparer dignement, Marie préférerait lui épargner la vérité. Mais voici le roi Bérenger, dérisoirement supérieur, inconscient de ce qui l' attend et qui prétend continuer à exercer son pouvoir magique sur les choses ; malheureusement, le monde ne lui obéit plus. Marguerite lui annonce qu'i! va mourir "à la fin du spectacle". Bérenger essaie de chasser cette idée sinistre, mais son corps le trahit : il chancelle, il tombe. Après une période de révolte, le roi hurle sa peur sans vergogne, cherchant échappatoires et compensations. Les êtres qui l'entourent disparaissent les uns après les autres. Marguerite reste seule, majestueuse alIégorie de la Mère et de la Mort, pour parachever la cérémonie.

 

La mort sans fards


La réussite particulière de cette pièce tient d'abord dans la gravité d'un sujet habituellement occulté et traité ici d'une manière absolument directe, sans aucun découpage en actes ni en scènes. Ionesco a su préserver le dénuement du sujet en n'introduisant aucune digression anecdotique, en braquant le projecteur sur un seul personnage autour duquel gravitent les autres qui n'existent pas pour eux-mêmes mais uniquement dans leur relation avec le roi. Ainsi, jamais notre attention n'est détournée du spectacle de cet homme se débattant dans l'angoisse de la mort prochaine. De plus, bien que le lyrisme ne soit pas absent de la pièce, Ionesco a su jouer de tous les registres du comique, de la pantomime guignolesque jusqu'aux invraisemblances délectables d'un monde où s'entrechoquent des réalités d'ordre différent.
A cet égard, le rapprochement hétéroclite de la dignité royale avec un univers presque trivial de ménage et de pot-au-feu est source de cocasseries significatives.

 

Extraits :

 

MARIE
Dites-le-lui doucement, je vous en prie. Prenez tout votre temps. Il pourrait avoir un arrêt du coeur.
MARGUERITE
Nous n' avons pas le temps de prendre notre temps. Fini de folâtrer, finis les loisirs, finis les beaux jours, finis les gueuletons, fini votre strip-tease. Fini. Vous avez laissé les choses traîner jusqu' au dernier moment, nous n' avons plus de moment à perdre, évidemment puisque c' est le dernier. Nous avons quelques instants pour faire ce qui aurait dû être fait pendant des années, des années et des années. Quand il faudra me laisser seule avec lui, je vous le dirai. Vous avez encore un rôle à jouer, tranquillisez-vous. Après, je l'aiderai.


                    ***

 
MARIE
Hélas ! Ses cheveux ont blanchi tout d'un coup.(En effet, les cheveux du Roi ont blanchi.) Les rides

s' accumulent sur son front, sur son visage. Il a vieilli soudain  de quatorze siècles.
LE MÉDECIN
Si vite démodé.
LE ROl
Les rois devraient être immortels.
MARGUERITE
Ils ont une immortalité provisoire.
LE ROI
On m' avait promis que je ne mourrais que lorsque je l' aurais décidé moi-même.
MARGUERITE
C' est parce qu' on pensait que tu te déciderais plus tôt. Tu as pris goût à l' autorité, il faut que tu te décides de force. Tu t' es enlisé dans la boue tiède des vivants. Maintenant, tu vas geler.
LE ROI
On m' a trompé. On aurait dû me prévenir, on m' a trompé.
MARGUERITE
On t' avait prévenu.
LE ROI
Tu m' avais prévenu trop tôt. Tu m' avertis trop tard. Je ne veux pas mourir... je ne voudrais pas. Qu'on me sauve puisque je ne peux plus le faire moi même.
MARGUERITE
C' est ta faute si tu es pris au dépourvu, tu aurais dû t'y préparer. Tu n' as jamais eu le temps. Tu étais condamné, il fallait y penser dès le premier jour, et puis, tous les jours, cinq minutes tous les jours. Ce n' était pas beaucoup. Cinq minutes tous les jours. Puis dix minutes, un quart d' heure, une demi-heure. C' est ainsi que l' on s' entrame.
LE ROI
J'y avais pensé.

 

Notes :

 

Le nom de Bérenger a été utilisé dans d'autres pièces de Ionesco, notamment "Rhinocéros", pour désigner un personnage typique, infantile et vaniteux, qui s' étonne des contraintes du monde et met longtemps à les admettre. Le titre de la pièce fait allusion au célèbre mot de Bossuet "Madame se meurt, Madame est morte." Ionesco avait pensé l'intituler : "La Cérémonie" . Elle en garde d'ailleurs une atmosphère solennelle et ritualisée, entretenue par Marguerite, véritable "maître de cérémonie".

 

 

Découvrez Le roi se meurt une 3ème fois pour Michel Bouquet sur Culturebox !

 

 


 


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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 09:30

 

 

 

La jeunesse du Paris d'après-guerre désire inventer un nouveau théâtre. Georges VITALY et Jacques MAUCLAIR sont dans le quartier latin où est né le théâtre d'aujourd'hui. Jacques MAUCLAIR évoque la rue Champollion où le théâtre des Noctambules et le théâtre du Quartier Latin ont disparu. André REYBAZ y avait révélé GHELDERODE et Jean VAUTHIER ainsi que la pièce de Boris VIAN "L'Equarissage pour tous". Georges VITALY y avait assuré la mise en scène des "Epiphanies" d'Henri PICHETTE avec Gérard PHILIPE. Dans un café, Eugène IONESCO qui a eu une enfance parisienne parle de ses débuts au théâtre et de ses maîtres. Jacques MAUCLAIR a créé la troisième pièce de IONESCO "Victime du devoir" et Nicolas BATAILLE, la première "La Cantatrice chauve" pièce qui a connu plus de 7000 représentations à La Huchette.Jacques MAUCLAIR qui a monté "Ping pong" parle d'Arthur ADAMOV. 

 

Témoignage de Jean MARTIN sur IONESCO, BECKETT et ADAMOV : ils étaient les auteurs de ce qui a été appelé le "théâtre de l'absurde". Boulevard Raspail, Eleonore HIRT et Jean Marie SERREAU créérent le théâtre Babylone, disparu lui aussi. Témoignage de Roger BLIN sur "En attendant Godot" la pièce que BECKETT lui a confiée et qu'il a montée au Babylone, ne trouvant aucun autre lieu d'accueil. Témoignage de Jean MARTIN sur "Fin de partie" une autre pièce de BECKETT qu'il a fallu aller monter à Londres, malgré l'immense succès de "Godot".IONESCO se souvient de l'accueil de leurs premières pièces à Londres : ils ont influencé de nombreux auteurs anglais comme PINTER et en Angleterre le mouvement de ce théâtre s'est poursuivi.

 

 

 

 

 

1909  1994  -  Eugène Ionesco

 

 

Né à Stalina  en novembre 1912 d'un père Roumain et d'une mère Française, Eugène Ionesco vint à Paris avec sa famille  et passa son enfance dans la capitale à l'exception d'une année où il fut mis en pension dans un village de la Mayenne.

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcS-F7vi-zgNOyTsX8OWwDHplKxSt1jF5fIXnXlhCbqKPD6tpsCPhwSes parents ayant divorcés, il  revint à Bucarest où il fit ses études secondaires et supérieures. Tenté par une critique  littéraire agressive, il rejoignit  les rangs de l'avant-garde roumaine, se maria, et, en 1938, regagna Paris. Il devait alors connaître une existence difficile, adoucie par ses rencontres des milieux <<pataphysiciens>>*.

 

La pataphysique est une  science ou peudo-science qui explore ce qui est au-delà de la métaphysique.

 

En 1948,  il écrit une pièce  singulière : "La Cantatrice chauve", qui décide de sa vocation.  En dépit  des  réserves d'une critique décontenancée, Ionesco s'impose  peu à peu avec  "La Leçon" en 1951,  "Jacques ou la soumission" en 1955 et surtout "Les Chaises" en 1952. De 1953 à 1955, il fait jouer  "Victimes du devoir" et "Amédée ou Comment s'en débarasser", et à l'occasion d'une polémique, revendique  l'autonomie du théâtre de l'insolite face à la dramaturgie conventionnelle et à l'engagement brechtien (L'Impromptu de l'Alma en, 1956).

 

Si  "Tueurs sans gages" en 1957 et "Le Nouveau locataire" en 1957 sont encore des pièces courtes, "Rhinocéros" en 1958 ouvre la voie aux pièces majeures : "Le Roi se meurt" 1962 - "Le Piéton de l'air" en 1963 - "La Soif et la  faim", en 1965.

Les dernières pièces  de  Ionesco -  "Macbeth" 1972 - "Ce formidable bordel" 1974 - "L' Homme aux valises" 1976, témoignent  de la liberté du dramaturge, nullement bridée dans sa fantaisie créatrice  par son entrée à l'Académie Française en 1973.

 

Il meurt à Paris le 28 mars 1994.

 

L'homme prisonnier de la condition humaine

 

Le théâtrre de Ionesco est , à chacune de ses répliques, comique et tragique. Son insolite  procède  d'une accumulation de paradoxes et  de boutades qui, à la manière  socratique* nous contraint   à une perpétuelle et inhabituelle interrogation sur le sens de la vie.

*  Qui est affilié à la pensée, à la philosophie attribuée  à  Socrate

 

Ce théâtre fait grimacer notre impuissance  devant la mort.  La vieillesse dan "Les Chaises", avec ses séquences de radotage, tout comme  la déshumanisation de "Rhinocéros", annonçait  le naufrage  d'une vie.  Dans "Le Roi se meurt",  une cérémonie  conduit le roi Bérenger au trépas.

Ionesco tente  de défendre  l'homme  fut-ce contre lui-même.  Dans ces pièces, de graves questions sont abordées : l'individu opprimé par la masse, l'impossibilité  d'atteindre l'absolu, l'homme devant la mort. A travers les images oniriques  qui hantent son théâtre, Ionesco  se montre obsédé par les problèmes du bien et du mal, du péché et de la mort,  de l'inaptitude à vivre heureux ici-bas pour l'homme dévoré comme lui, par la <<nostalgie ardente>> et incompréhensible d'un ailleurs qu'il ne saurait définir.

 

 

 

 

1906   1989  -  Samuel Beckett

 

Né le 13 avril 1906 à Foxroch, près de Dublin, de parents protestants , Beckett devait  être attiré par la littérature française contemporaine au point de s'installer en France et de choisir la langue Française pour s'exprimer, après avoir écrit ses premiers ouvrages en Anglais.

 

Au terme de ses études à Dublin, Beckett, après un premier voyage en France à vingt ans, passe deux ans à Paris http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRPCxkUzHL4-P70q1Xw0NrbnrVpX8Z4NkgCVJuiO8jCFd6KACgl4Qcomme lecteur à l'Ecole Normal Supérieur. A la suite d'un retour à Dublin et d'un court séjour comme professeur à son collège,  il entreprend  de 1934 à 1936 ses premières oeuvres romanesques en Anglais <<Murphy>>, puis de 1936 à 1937  parcourt l'Allemagne.  Reinstallé à Paris, il vit de leçons et traductions et retrouve James Joyce dont il avait fait la connaissance neuf ans plus tôt. Au cours de la guerre il participe à la résistance et doit se retirer dans le Vaucluse. Ses ouvrages d'après-guerre sont des poésies, des nouvelles et des romans.

 

Quand il  aborde le théâtre en 1948, avec <<En attendant Godo>>, c'est pour inaugurer une nouvelle forme de dramaturgie. Fuyant  la société malgrès ses obligations de journaliste et de critique, Beckett continue à écrire régulièrement, en particulier pour le théâtre : <<Fin de partie>> 1957 - <<Acte sans parole>> 1957 - <<La dernière bande>> 1960 -  <<Oh les beaux  jours>> 1961. Les textes qu'il propose sont de plus en plus courts : sa technique se fait de plus en plus radicale et il utilise  toutes les possiblités de l'image, en particulier dans le scénario de  <<Film>>, oeuvre  limite. Il reçoit le prix Noble de littérature en 1969.

 

Un monde lunaire

 

Le monde de Beckett est bien différent de celui de Ionesco, qui met en scène des lieux de la vie ordinaire, salon, bureau, chambre à louer, jardin public. Beckett a réduit le décor de ses pièces à des étendues ou à des locaux indistincts et blafards <<Fin de partie>>, voire à un désert où le personnage central est enlisé jusqu'au tronc <<Oh les beaux jours>>. L'éclairage est angoissant; les personnages, prisonniers de jarres ou de poubelles, offrent un aspect misérable, poussiéreux. Leur visage ahuri et blanchi s'éclaire mal de leur regard vide. L'épure de la condition humaine exige des arbres dépouillés de leurs feuilles, des objets avilis, un jeu de scène mécanisé. Des personnages, on ne connaît guère que le nom monosyllabique. Leur fonction sociale est indistincte comme les motivations de leur action. Le dialogue lui-même est rongé de silences, désorganisé par des réflexions discontinues ou soudain congestionné par la logorrhée de quelque hurluberlu.

 

Un théâtre discuté et passionnant

 

Ce théâtre  de fin du monde, qui anéantit nos rêves en les objectivant et en les ravivant un instant malgré leur dérision, n'a pas manqué de susciter des commentaires opposés. Le théâtre de Beckett n'est pas seulement une occasion d'interroger la vie mais aussi une provocation à l'interrogation sur sa propre nature et le sens ultime de la parole.

 

Suzanne Beckett, son épouse, décède le  17 juillet 1989. Beckett, atteint d'emphysème et peut-être de la         maladie de Parkinson, part en maison de retraite où il meurt le  22 décembre  de la même année. Ils sont tous deux enterrés au  cimetière Montparnasse  à Paris.

 

Robert Pinget parle de Samuel Beckett, avec beaucoup de chaleur, de leur amitié. Beckett, très amical, chaleureux, au coeur magnifique et d'une érudition extraordinaire, Robert Pinget a beaucoup admiré sa conscience professionnelle à trouver chaque mot, très exigeant. Beckett avait horreur du mensonge dans la vie et d'un caractère intransigeant, il est mort tout doucement comme ses personnages.

 

 

 

 

1908  1970 - Arthur Adamov

 

 

Né à Kilovodsk, au Caucases le 23 août 1908 de parents propriétaires de puits de pétrole, Artur Adamov  passe son enfance et son adolescence en Suisse et en Allemagne dans des conditions précaires. Installé en France, il http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTLojhDVEzzM9BARpRU_MimgL-b_YycftHdfAwk9rv59XnlBvdHOQentre en contact avec le mouvement surréaliste et se tourne à la Libération, vers le théâtre dans l'intention d'exorciser son malaise intérieur. En 1950, il fait jouer <<La grande et la petite manoeuvre>>, bientôt suivie d'une série de courtes pièces  : <<L'Invasion>> 1950 - <<La Parodie>> 1952  - <<Le professeur Taranne>>.

 

En 1955 - 1956, à l'inverse de Ionesco,  il se détache des théories d'Artaud pour se faire le porte parole d'un message marxiste. Sensible au succès de Brecht joué par le Berliner Ensemble, il opte pour une dramaturgie de  l'engagement. Il fera un théâtre dénonçant le système capitaliste. <<Ping-Pong>> 1955 et surtout <<Paolo Paoli>> en 1957 doivent être considérées comme des pièces charnières. <<Printemps 71>> 1963, préparé par de sérieuses recherches à la B.N., fait revivre la  Commune de Paris en rivalisant avec la pièce de  Brecht sur le même sujet. <<Off limites>> - <<La Politique des restes>> - <<Monsieur le modéré>> écrits de 1963 à 1969 sont inspirés par l'actualité politique. Malheureusement, Adamov voit son  activité entravée par son état de santé. Il ne peut surmonter sa déchéance physique, et meurt, le 15 mars 1970 à Paris dans la souffrance, toujours à la recherche de lui même.

 

Les premières pièces de théâtre s'interogent, dans leur nudité,  sur l'absence de communication entre les êtres. Le professeur Taranne éprouve une grande peine à se faire  reconnaître de son entourage et à se justifier d'une accusation d'impudeur qui le met à l'écart de tous. Mais Adamov ne tarde pas à qualifier ces pièces  de structure onirique de << no mans's land pseudo-poétique>>. A partir de <<Ping-Pong>>, le contexte social, jusque-là absent, fait son apparition. Avec <<Paolo Paoli>>, c'est un mécanisme économique qui est mis en relief : une histoire de collectionneur de papillons  permet d'aborder le problème des profits capitalistes. Cependant la meilleure pièce  engagée d'Adamov demeure <<Printemps 71>>. On y voit entrecoupé par le défilé des guignols versaillais, une série de tableaux vivants consacrés  à la vie quotidiennes des  Communards, à leurs espoirs et à leurs  illusions, à leur naïveté  et à leur héroïsme.

 

Pour comprendre Adamov et rétablir l'unité de son inspiration, il faut mesurer l'intensité de son désarroi intérieur, qu'il évoque dans  ses ouvrages et confessions <<L'Aveu>>. La liquidation de ses complexes séxuels, ses interrogations métaphysiques, ses luttes politiques  se disputent la première place dans son théâtre. Aussi, l'a- t-on  décrit entre  Artaud et Brecht , donnant,  comme malgré lui, un théâtre  de la tendresse et de l'authenticité : théâtre d'une grande richesse mais dont la portée à été limitée par les incertitudes  de la technique dramaturgique.

 


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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 15:00

 

Etouffant dans l'univers de sa belle-famille et du petit village perdu dans les Landes qu'elle habite, Thérèse Desqueyroux tente d'empoisonner son mari.

 

Ce geste obscur....

 

A Thérèse elle-même, le geste obscur qui l'a conduite devant les tribunaux apparaît mystérieux. Tandis qu'ayant bénéficié d'un non-lieu elle retourne vers son mari, elle tente de trouver une explication à son acte criminel et de préparer sa défense pour qu'enfin on la comprenne.

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51YNGM9KWDL._SL500_AA300_.jpgSur le chemin du retour, Thérèse se souvient : orpheline, élevée par un père radical, ses seules joies furent ses vacances passées à Argelouse avec son amie Anne de La Trave. Vint ensuite le mariage avec le demi-frère d'Anne, un propriétaire terrien, un homme ordinaire. Et avec le mariage, l' "inéffaçable salissure" de la nuit de noces. Alors, aux longs pins des Landes vinrent s'ajouter les "barreaux vivants" de la famille Desqueyroux.

 

Anne s'est éprise entre-temps de Jean Azévédo, un fils de famille juive, retiré à Argelouse, semblait-il, en raison d'une phtisie, deux "tares" qui rendaient impensable aux yeux des Desqueyroux toute idée d'union. Peut-être mue par un obscur sentiment de jalousie, Thérèse accepte d'entraver ce début de liaison et découvre en Jean Azévédo un orateur brillant qui lui ouvre de nouveaux horizons. Aussi lorsque, malade, Bernard Desqueyroux se trompe dans le dosage de ses médicaments, Thérèse ne fait rien pour l'en prévenir.  Petit à petit, elle tente ainsi de le mener jusqu'à la mort.

 

La séquestrée d'Argelouse

 

Les ordonnances falsifiées sont découvertes et une instruction est ouverte. Grâce à l'habileté du père de Thérèse et à la coopération intéressée de Bernard, elle aboutit à un non-lieu.  De retour chez elle, Thérèse croit enfin trouver chez Bernard un début de compréhension. Las ! Bernard décide de la séquestrer dans la maison d'Argelouse, juqu'au jour où,  amaigrie Thérèse dépérit de manière inquiétante. Bernard l'envoie alors à Paris où nous la laissons, à la terrasse d'un café. 

 

François Mauriac descend jusqu'aux profondeurs les plus obscures de l'âme humaine, et évoque à merveille l'univers étriqué et mesquin d'une certaine province.

 

François Mauriac a donné une suite à "Thérèse Desqueyroux"  : les deux nouvelles de "Plongées" évoquent la vie de Thérèse à Paris, entre l'hôtel et le psychiatre  ; dans "La Fin de la nuit", après une nouvelle passion pour un jeune homme (le fiancé de sa propre fille), Thérèse trouve la délivrance dans la mort.

 

Extraits 

 

"Jusqu'à la fin de décembre, il fallut  vivre dans ces ténèbres. Comme si ce n' eût pas été assez des pins innombrables, la pluie ininterrompue multipliait autour de la sombre maison ses millions de barreaux mouvants. Lorsque l'unique route de Saint-Clair menaça de devenir impraticable, je fus ramenée au bourg, dans la maison à peine moins ténébreuse que celle d'Argelouse. Les vieux platanes de la Place disputaient encore leurs feuilles au vent pluvieux. (...) Je ne voyais Anne qu' aux repas, et elle ne m' adressait plus la parole ; résignée, semblait-il, réduite, elle avait perdu d' un coup sa fraîcheur. Ses cheveux trop tirés découvraient de vilaines oreilles pâles. On ne prononçait pas le nom du fils Deguilhem, mais Mme de la Trave affirmait que si Anne ne disait pas oui encore, elle ne disait plus non. Ah ! Jean l' avait bien jugée : il n' avait pas fallu longtemps pour lui passer la bride et pour la mettre au pas. Bernard allait moins bien parce qu'il avait recommencé à boire des apéritifs. Quelles paroles échangeaient ces êtres autour de moi ? lls s' entretenaient beaucoup du curé je me souviens (nous habitions en face du presbytère). On se demandait, par exemple, "pourquoi il avait traversé quatre fois la place dans la journée, et chaquefois il avait dû rentrer par un autre chemin..."


                         ***
Thérèse revoit Bernard, la tête tournée, écoutant le rapport de Balion, tandis que sa forte main velue s'oublie au-dessus du verre et que les gouttes de Fowler tombent dans l' eau. Il  avale d' un coup le remède sans, qu' abrutie de chaleur, Thérèse ait songé à l' avertir qu' il a doublé sa dose habituelle. Tout le monde a quitté la table - sauf elle qui ouvre des amandes fraîches, indifférente, étrangère à cette agitation, désintéressée de ce drame, comme de tout drame autre que le sien. Le tocsin ne sonnne pas. Bernard rentre enfin : "Pour une fois, tu as eu raison de ne pas t'agiter : c' est du côté de Mano que ça brûle...  Il  demande : "Est-ce que j' ai pris mes gouttes ?" et sans attendre la réponse, de nouveau il en fait tomber dans son verre. Elle s' est tue par paresse, sans doute, par fatigue. Qu'espère-t-elle à cette minute ? "lmpossible que j' aie prémédité de me taire." Pourtant, cette nuit-là, lorsqu'au chevet de Bernard vomissant et pleurant, le docteur Pédemay l'interrogea sur les incidents de la journée, elle ne dit rien de ce qu' elle avait vu à table. II eût été facile, sans se compromettre, d' attirer l' attention du docteur sur l' arsenic que prenait Bernard. Elle aurait pu trouver une phrase comme celle-ci : "Je ne m' en suis pas rendu compte au moment même... Nous étions tous affolés par cet incendie... mais je jurerais, maintenant, qu' il a pris une double dose..." Elle demeura muette.

 

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DANTE


                                                                                                      Béatrice Portinari









Dante par Giotto








Première page de la Divine Comédie













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SOPHOCLE



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                                                                                                       Antigone




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Philotecte abandonné par les Grecs







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Sophocle  Bas relief en marbre









Sophocle




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Pythagore



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Le Banquet manuscrit sur papyrus.






Platon par Raphaël





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ARISTOTE





Aristote par Raphaël




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Aristote sur une fresque murale à Rome




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Alexandre à une bataille






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Alexandre combattant un lion







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Bronze - Alexandre









Buste d'Alexandre le Grand







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Alexandre et Aristote





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Enluminure "Chanson de Roland"










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Mort de Roland à Ronceveaux
















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Charlemagne et le Pape Adrien I






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Charlemagne et son fils Louis le Pieux






RUTEBOEUF

                            



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Ruteboeuf par Clément Marot

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